16 décembre 2009

FRONDE DE L’OPPOSITION SENEGALAISE

L’Afrique interpellée

 

Le pays         16 décembre 2009

 

Le continent africain est coutumier de certains vilains faits. Qu’un parti majoritaire et une coalition de l’opposition se trouvent presque à couteaux tirés, à l’approche de décisives élections, ne choque presque plus grand monde dans une Afrique qui, dans le domaine, en a vu des vertes et des pas mûres. Mais lorsqu’il s’agit d’un pays comme le Sénégal qui s’est tout de même bâti une solide réputation de pays à fort socle démocratique, cela donne certainement à réfléchir et partant interpelle un continent entier qui, décidément, découvre de plus en plus qu’il a bien mal à sa démocratie.

 

Bennoo Siggil Senegaal.jpg

Au Sénégal, les concertations sur la réforme du Code électoral se trouvent en ces moments grippées. Et pour cause. Le retour des plénipotentiaires de la coalition Bennoo Siggil Senegaal à la table desdites concertations est assujetti au respect de conditions prises par la conférence des leaders de l’opposition. Les représentants de l’opposition avaient claqué la porte à cause de certains points essentiels que la mouvance présidentielle avait choisi d’imposer et qui devraient donc s’appliquer à la présidentielle à venir. Ils se résument en :

 

. un écourtement de la durée de la campagne électorale de 21 à 15 jours ;

 

. une interdiction faite à la presse de donner les résultats des élections avant 22h ;

 

. un prolongement du scrutin jusqu’à 22h.

 

Bennoo Siggil Senegaal les refuse tout net et choisit de claquer la porte. Au-delà du refus manifeste de l’opposition sénégalaise pour des raisons qu’elle maîtrise sans doute, c’est la politique de la chaise vide qui interpelle. Tout comme au-delà du pays de la Téranga, il convient d’analyser le phénomène désormais récurrent sur l’ensemble du continent africain. La réforme du Code électoral est plus qu’essentielle à la bonne tenue d’élections saines et démocratiques sur le continent. Personne ne peut le contester sérieusement. Les fraudes les plus significatives commencent d’ailleurs par la mainmise frauduleuse opérée sur le fichier électoral, c’est bien connu.

 

C’est bien la raison pour laquelle, pour une élection de l’importance de celle qui est prévue pour se tenir en 2012 au pays de la Téranga, tout le monde, majorité comme opposition, ouvre l’œil et surveille les faits et moindres gestes de l’adversaire politique. L’opposition sénégalaise voit dans les mesures de la mouvance présidentielle, de nouvelles stratégies qui constituent autant de tuyaux pour réussir des fraudes massives. Elles viennent après d’autres manœuvres, au nombre desquelles le décagnotage de Macky Sall de l’Assemblée nationale ainsi que la « démission » de Moussa Touré de la Cena.

 

Soit. Mais l’opposition doit-elle pour autant opter pour la voie du boycott du processus ? A-t-elle pour autant raison d’appliquer la politique de la chaise vide ? Rien de moins sûr. Et ce, pour plusieurs raisons. Nous sommes en Afrique, dans un continent où bon nombre de chefs-d’Etat ne se préoccupent pas de considérations d’éthique pour se maintenir sur le fauteuil présidentiel que beaucoup d’entre eux ont fini par confondre avec un trône que leur aurait légué un bien généreux aïeul. La symbolique que devrait représenter le départ de l’opposant mécontent et qui a pour vocation de donner à réfléchir plus, à ramener les dirigeants injustes et iniques sur la bonne voie de la sagesse et de la raison, cette symbolique-là ne paie pas forcément sur le continent noir. Et plus que triste, la chose est malheureuse.

 

Quitter la table des négociations, si cela démontre à souhait à quel point on refuse de cautionner un processus que d’autres ont choisi de biaiser, de piper dès le départ, ne change pas forcément la mentalité d’hommes assoiffés et accrochés à un pouvoir qu’ils espèrent garder pour toute la vie, et tant pis pour ceux qui ne sont pas contents. Les exemples existent à profusion sur ce continent africain où des boycotts d’élections de toutes sortes n’ont produit pour unique effet que d’ouvrir un large boulevard au seul candidat en lice. Il se fera élire sur la plus petite des marges, avec le score le plus insignifiant qui soit, mais au final, c’est lui qui aura remporté la course, en toute légalité en plus, tandis que les boycotteurs n’auront plus que leurs yeux pour pleurer. Désespérant à fendre le cœur, sans doute, mais c’est cela aussi la réalité qui se vit sur le continent.

 

On comprend toute la rancœur qui vous anime lorsqu’on vous a volé une victoire, en l’occurrence, celle des urnes, qui est censée représenter le choix d’un peuple. On saisit toute la frustration qui s’empare de celui qui sent fort justement qu’il a été battu à la « déloyale ». Et on comprend volontiers qu’un opposant refuse d’aller à un jeu où tous les dés sont pipés à l’avance. Mais les opposants africains qui rêvent de faire mieux que ceux qu’ils souhaitent remplacer à la tête des Etats, se devront de s’inscrire dans la logique d’un plus grand patriotisme. De même qu’ils se devront d’éviter de céder au découragement. Ils ont pour obligation d’aller au processus, dussent-ils en dénoncer les iniquités et les pièges tendus. L’accepter et le faire suppose beaucoup de courage, de persévérance et d’amour pour la patrie. Mais ont-ils vraiment le choix, s’ils s’inscrivent dans la logique d’un patriotisme sincère ?

 

Il est plus que clair que l’opposition dans son ensemble souffre le martyre sur le continent africain, confrontée qu’elle est, à des pontes en place qui font feu de tous bois pour ne pas bouger d’un iota, bien sûr, mais obligée qu’elle est aussi, de souffrir les désagréments des inévitables fraudes électorales, les innommables dégâts que causent l’analphabétisme et l’illettrisme, sans compter sa propre indigence financière désormais légendaire et dont elle peine depuis toujours à se remettre. Mais il faudra tout de même aller au processus. La persévérance devra un jour aboutir sur du bon. Alors, le rôle d’opposant en terre africaine ? Un tonneau des danaïdes ? Peut-être bien. Mais certainement aussi une vocation ardue, mais noble sans laquelle l’idéal de bonne gouvernance et de démocratie auquel rêvent de nombreux Africains aujourd’hui, n’aurait aucune chance de se réaliser un jour. Les vrais démocrates ont le devoir de sauver ce continent en vue de le confier aux générations futures. Et pour cela, il leur faudra savoir se battre.

 

"Le Pays"

Manifestations politiques au Niger

La semaine de tous les dangers

 

L'observateur paalga          16 décembre 2009

 

 

22 décembre 2009. C’est la date à laquelle devrait prendre fin le dernier mandat présidentiel de Mamadou Tandja. Parvenu à la tête de l’Etat en 1999 et réélu une fois, l’ex-colonel de l’armée nigérienne, gagné par l’ivresse du pouvoir, n’a pourtant jamais eu l’intention de rendre si tôt le tablier, tant son désir de servir la nation est fort.

 

 

niger_opposition.jpgDésireux de jouer les prolongations durant les trois prochaines années, ce serviteur dévoué du peuple a résolu de bafouer la loi fondamentale pour parvenir à ses fins. Et ni les protestations de la communauté internationale, ni les manifestations de l’opposition, pourtant réunie sous la même bannière, n’empêcheront la Tazartché (la continuité en langue haoussa) de passer par la force d’un référendum, largement contesté.

 

A une semaine du dead line constitutionnel, la situation, déjà tendue à Niamey, est montée d’un cran entre opposition et pouvoir : dimanche, des dizaines de milliers de manifestants ont réclamé le départ du président, qualifié d’usurpateur. Ils ont exhorté la communauté internationale à maintenir la pression sur le pouvoir, exprimant leur soutien à la médiation ouest- africaine pour une sortie de crise.

 

Le mouvement anti- Tazartché à peine dispersé, voilà que les partisans du colonel Tandja investissent les rues de la capitale pour faire entendre leur voix, celle du référendum et de la prolongation, artificielle, d’un mandat présidentiel à l’agonie. Réponse du berger à la bergère, le grand meeting qui a mobilisé hier les partisans de la continuité avait pour objet de défendre le fait accompli et le passage en force du colonel, qui compte bien se maintenir au pouvoir envers et contre tous.

 

C’est donc pour la « bonne cause » de la sixième République que des établissements de la capitale ont fermé hier leurs portes, fournissant à ceux qui en avaient besoin la foule nécessaire. « Jour J -7 pour Tandja », clament les syndicats et les opposants, tandis que, dans le camp adverse, on prône les valeurs de la continuité dans une république taillée sur mesure.

 

Mais dans l’un comme dans l’autre camp, le compte à rebours a bel et bien commencé dans l’attente de la date fatidique du 22 décembre, dernier jour du mandat présidentiel.

 

D’ici là, on peut craindre que, de part et d’autre, les manifestations s’intensifient au point de virer, à terme, à l’affrontement. Dès lors, tous les regards sont tournés vers Abuja, où ont débuté, il y a de cela quelques semaines, les pourparlers de la médiation ouest-africaine, sur laquelle reposent tous les espoirs des compatriotes de Mamadou Tandja et ceux de leurs voisins de la sous-région. Niamey attend donc avec anxiété de savoir comment se passera la semaine de tous les dangers.

 

Par H. Marie Ouédraogo


 

lobservateur

MADAGASCAR

TGV sévit, même dans les airs

 

L'observateur paalga          16 décembre 2009

 

La situation de Madagascar, la Grande Ile, est de plus en plus préoccupante. Les lueurs d’un retour à la paix entre les protagonistes ne sont qu’un leurre avec la énième sortie de l’homme fort du pays, Andry Rajoelina, l’ancien DJ, pour répondre aux coups de patte de ses adversaires ou tout simplement pour leur rappeler qu’il est et reste le seul maître à bord.

 

Andry Rajoeloina.jpgEn effet, depuis trois jours maintenant, les autorités de Madagascar empêchent le retour au pays de représentants de trois mouvances malgaches du président déchu Marc Ravalomanana et des ex-présidents Didier Ratsiraka et Albert Zafy.

 

Ces derniers, qui se sont réunis du 4 au 9 décembre 2009 à Maputo, suite à l’initiative du président mozambicain pour renouer le dialogue entre les quatre mouvances, ont établi la liste de leurs candidats à l’entrée au gouvernement de transition, conformément à un accord signé en novembre à Addis-Abeba.

 

Le camp présidentiel a décidé de boycotter ladite rencontre, estimant, selon le conseiller Norbert Ratsirahonana, que « c’est une honte pour le pays que de devoir se réunir à l’étranger pour former un gouvernement ». Pis, pour Rajoelina, il ne s’agit que d’un « coup d’Etat » en bonne et due forme.

 

Vendredi dernier, le président de la Grande Ile a jugé qu’une cohabitation avec ces trois mouvances était désormais “impossible”. Il y a même vu un acte de “haute trahison”. De quoi susciter son courroux, puisque sa réaction ne s’est pas fait attendre avec le refus du retour au bercail de « ses traîtres », qu’il ne tient certainement pas à voir retrouver le sol malgache d’un air triomphal.

 

En effet, les opposants ont été de nouveau empêchés ce samedi de prendre un vol régulier de l’Afrique du Sud vers Madagascar. Pour toute réponse justifiant la fatwa d’Antananarivo, le ministre de la Sécurité intérieure, Organès Rakotomihantarizaka, indiquera que “ce n’est pas une mesure contre eux, mais pour leur sécurité et pour celle du pays, il ne faut pas créer de troubles”, confirmant que les autorités malgaches étaient à l’origine de cette interdiction d’embarquer.

 

Il ajoutera d’ailleurs que la dernière rencontre de Maputo “a frustré la majorité de la population ; alors, tant que la situation n’est pas calmée, ce n’est pas dans leur intérêt ni dans celui du pays qu’ils reviennent”. Avec de tels arguments, il est évident qu’il est difficile de faire avaler à l’opinion internationale que le président musicien est avant tout soucieux de la moindre sécurité de ceux qui troublent son sommeil. On comprend, certes, la réaction de Rajoelina, qui veut rompre l’isolement que les autres forces tentent de lui faire subir.

 

Et récemment, l’ex-président Albert Zafy, en envoyant un courrier au Premier ministre danois pour empêcher le président malgache d’être reçu à l’occasion du Sommet de Copenhague, n’a fait qu’envenimer une situation déjà précaire. Cependant, l’ancien bourgmestre d’Antananarivo a eu tort de refuser que ses compatriotes regagnent leur pays, voire leurs familles respectives ; et de tels actes, déplacés, peuvent faire douter plus d’un de sa volonté manifeste de fumer le calumet de la paix avec les autres protagonistes.

 

Du moment que, même en dépit de son boycott, la rencontre de Maputo a concédé plusieurs ministères clés à Andry Rajoelina, dont la Justice, l’Armée, l’Economie et l’Industrie, le camp présidentiel doit éviter de jouer trop de fausses notes.

 

Ce qui est sûr, il va falloir qu’il ouvre le ciel de l’île aux « exilés forcés », car le président mozambicain ne voudrait pas d’un séjour trop prolongé de ses hôtes, qui ne sont d’ailleurs pas des moindres.

 

En effet, outre le Premier ministre de consensus, Eugène Mangalaza, les deux coprésidents du Conseil présidentiel, institué par l’accord d’Addis-Abeba en novembre, figurent parmi les personnalités bloquées. Espérons donc que l’appel lancé par les représentants du Groupe international de contact (GIC) sur Madagascar, demandant aux dirigeants malgaches de chercher une résolution de crise consensuelle et d’éviter les provocations, sera entendu et respecté par les différentes parties.

 

Il le faut pour ne pas compromettre l’espoir d’une paix durable dans ce pays. La réunion du Groupe international de contact a été fixée à demain jeudi à Antananarivo, sous l’égide de l’Union africaine, afin de faire une mise au point des objectifs des accords de Maputo, en vue de l’organisation de l’élection présidentielle anticipée, prévue pour courant 2010 et qui ne pourra bien se dérouler avec des opposants qui manquent à l’appel.

 

Cyr Payim Ouédraogo

 

lobservateur

GUINEE

Le Général Konaté rassure, la population attend...

 

Le pays          16 décembre 2009


 

 

Le 11 décembre, une délégation des Forces vives de la nation a rallié Ouaga, la capitale du Burkina Faso, sur invitation du Groupe international de contact sur la Guinée qui entend mettre face à face le président Blaise Compaoré, les acteurs des Forces vives et leurs propositions respectives de sortie de crise. Des sources proches du Groupe international indiquent qu’à cette rencontre placée sous la coupe de la CEDEAO, il ne devrait pas être question de négociations entre Blaise Compaoré et les Forces vives de la nation. Ils ne sont pas protagonistes. Il était question de convaincre le médiateur à reconsidérer sa première mouture de sortie de crise qui avait fait râler les Forces vives et fait jubiler les délégués de la junte.

 

Sekouba Konate2.jpgUne fois que le groupe de contact, le médiateur et les Forces vives seront au même niveau de compréhension de la situation actuelle, le trio va tirer les leçons de l’urgence de la sortie de crise et envisager une nouvelle démarche. En adoptant cette nouvelle stratégie, le Groupe international de contact n’avait pas pris en compte la participation du CNDD à cette troisième phase de négociation prévue à Ouaga. Et pour cause. La semaine dernière, répondant à des questions des journalistes de la radio télévision nationale, Idrissa Chérif, ministre de la Communication auprès de la présidence de la République et du ministère de la Défense nationale, a fait savoir que « ce qui préoccupe le CNDD en ce moment, c’est l’état de santé du capitaine Moussa Dadis Camara. Pas les négociations de Ouaga ». Il a ajouté avec de l’énergie dans le ton « qu’on ne peut pas aller à une négociation à Ouaga sans l’aval du président Moussa Dadis Camara ». Enfin, comme pour calmer les esprits, Idrissa Chérif a promis que « les négociations de Ouaga ne sont pas bannies, mais suspendues jusqu’au retour en Guinée du capitaine Moussa Dadis Camara".

 

Idriss Chérif avait profité de cette occasion pour indiquer que le CNDD soupçonne fortement les services secrets français d’avoir contribué à l’attentat contre El Dadis. Il n’a pas manqué de déclarer que les propos de Mohammed Ibn Chambas selon lesquels « le président Dadis Camara est un problème, mais pas une solution » est une attaque violente contre la Guinée. Pour Idrissa Chérif, Ibn Chambas n’a pas le droit de s’acharner sur la Guinée à travers des déclarations fracassantes dans la mesure où « il n’est ni un ministre, ni un président de la république d’un pays membre de la CEDEAO ». Idrissa Chérif a mis en garde Ibn Chambas, indiquant qu’en temps opportun, le gouvernement guinéen va écrire à la CEDEAO pour demander à l’institution de demander à Ibn Chambas d’aller voir ailleurs et de laisser les Guinéens avec leurs salades.

 

Dans la même soirée, sur les mêmes ondes, à travers un même langage et une même fougue, le commandant Moussa Keita, le secrétaire permanent du CNDD, a remis ça en disant que Mohammed Ibn Chambas n’a pas le droit de planter ses choux dans la transition guinéenne. Il a réitéré la déception du CNDD de voir Ibn Chambas s’en prendre à la transition, à El Dadis et à la Guinée. Il a aussi assuré que si Ibn Chambas ne met pas de l’eau dans son vin, le CNDD va suspendre sa participation à la médiation de la CEDEAO. Ces mots prononcés à Conakry par deux "en haut de en haut" de la junte sont tombés dans des oreilles attentives à Abuja. Ainsi la CEDEAO a-t-elle programmé la rencontre de Ouaga qui ne prenait pas en compte le CNDD.

 

Revirement de situation, deux jours après ces déclarations, Alexandre Cécé Loua, le ministre des Affaires étrangères est monté au créneau pour une série de mises au point. Il a juré la main sur le palpitant que la Guinée ne soupçonne nullement la France d’avoir trimé dans la tentative d’attentat contre El Dadis. De même, il a dit que le CNDD n’entend pas suspendre sa participation dans la médiation de la CEDEAO, encore moins dans tout processus axé sur la recherche d’une solution apaisée au problème guinéen. C’est absurde et totalement infondé, a-t-il dit. Et des petits malins terrés à Conakry de rire sous cape et d’en déduire que ces propos de Alexandre Cécé Loua disqualifient de facto Moussa Keita et Idrissa Chérif désormais priés de ne pas parler au nom de la junte sans se référer à qui de droit. Il semble même qu’au nom d’une Commission interministérielle sur la crise en Guinée, le Premier ministre Kabiné Komara a écrit une missive à l’attention d’Idrissa Chérif pour lui dire de s’abstenir désormais de toutes déclarations sans se référer au Comité interministériel.

 

Pour bien des aigris, ces mises au point sont les premiers signes de désapprobation du CNDD contre les déclarations en désordre des membres de la junte. Et Dieu sait que ces derniers temps, des déclarations à l’emporte-pièce ont été faites à la pelle servies par des porte-voix du CNDD. La recréation est terminée, il faut mettre de l’ordre dans la maison. Le général Sékouba Konaté, ministre de la Défense nationale et le Premier ministre Kabiné Komara ont-ils l’intention de mettre balle à terre pour la suite de la transition ? Tout porte à le croire. En tout cas, les récents speechs du général Konaté dans les garnisons militaires sont perçus par bon nombre de Guinéens comme le signe d’un départ apaisé pour une alternance démocratique. Il a demandé aux militaires de ne plus investir les quartiers de Conakry joujoux de feu en main, pour tuer, blesser ou arnaquer. Il a rappelé la mission du soldat qui consiste à sécuriser les citoyens et leurs biens et à veiller à la défense de l’intérêt supérieur de la Nation. Bon nombre de Guinéens estiment que les propos du général Sékouba Konaté rassurent et qu’ils vont peser sur la balance pour amener à la paix et la réconciliation nationale.

 

A Ouaga aussi, le Groupe international de contact sur la Guinée entend œuvrer à mettre sur la même table les protagonistes, les amener à conjuguer le même verbe, celui de l’intérêt supérieur de tous les Guinéens. « Nous n’avons que trop souffert pour continuer dans la même galère. Il est temps d’aller dans le sens de l’apaisement pour que tous les Guinéens se retrouvent en famille, dans le bonheur. Pour un monde meilleur pour tous », nous a confié un syndicaliste.

 

Désormais, tous les regards restent encore portés sur le Maroc où se soigne El dadis et Ouaga où le Groupe international de contact sur la Guinée a décidé de reprendre le taureau par les cornes. Depuis qu’il a pris les rênes de l’intérim, le général de Brigade Sékouba Konaté n’a pas lésiné sur les mots pour dépeindre ce qu’il appelle « l’indiscipline dans les garnisons ». Il entend assainir l’armée, la doter d’un statut juridique, chasser de la troupe tous les « délinquants ».

 

Dans le but de mettre en pratique son plan d’assainissement de la troupe, le général Sékouba Konaté a entrepris la semaine dernière une tournée de reconnaissance et de sensibilisation dans les principales garnisons de la capitale Conakry. « Nous devons assainir nos rangs, ne plus accepter la pagaille parmi nous. C’est une honte de voir des militaires s’en prendre aux populations. Je ne tolérerai plus jamais cela. Prochainement si un groupe de militaires s’isole pour aller semer la terreur chez les civils, nous n’allons pas pardonner. Nous allons isoler le coin et procéder à une destruction », explique le général Sékouba Konaté. Evoquant l’attentat contre le capitaine Moussa Dadis Camara, le général Sékouba Konaté soutient que « c’est une honte pour notre armée, une honte pour notre Nation. Attenter à la vie d’un président de la République.

 

Et pourtant, nous avons prêté serment. Nous savons ce qui se passe dans notre armée, dans toutes les unités, il y a l’indiscipline caractérisée. Nous savons que c’est à partir du camp Alpha Yaya, il faut avoir le courage de le dire. Il y a une indiscipline caractérisée, la hiérarchie n’est pas respectée ». Parlant de l’insubordination dans les rangs, il soutient que « ces derniers temps, il faut avoir le courage de le dire, l’armée guinéenne n’a jamais connu de tels actes. Ces jeunes de 2000 ou de ceci, vous devez pouvoir vous conseiller entre vous. On ne vous laissera plus faire, c’est clair. Il faut que le caporal qui est là sente sa place, que le chef de groupe qui est là sente sa place, le chef de commandant de compagnie, ainsi de suite ». Les récentes interventions du général Sékouba Konaté dans les garnisons militaires ont largement contribué à apaiser et à calmer les nerfs des Guinéens. « Avec lui, c’est sûr que nous allons aboutir. Il a planté le doigt dans la plaie. Il connaît le problème qui mine l’armée guinéenne et je pense qu’il commence à y trouver une approche de solution », indique Idrissa Souaré, enseignant.

 

Pour Camara N’Fanly, fonctionnaire à la retraite, « les Guinéens ont écouté trop de discours. Nous en avons entendu de tous les sons. Lorsque le capitaine Moussa Dadis Camara est arrivé au pouvoir, il a commencé des discours, il a promis et il a peu réalisé. Et nous savons tous où tout cela nous a conduits. Donc, trêve de bavardage, le général Sékouba Konaté a promis, on le verra à l’action. C’est un homme formidable, qui parle peu, qui est effacé, mais attendons de le voir à l’ouvrage. Soif de changement ou besoin de souffler après les folles journées qui ont précédé le 3 décembre ? En tout cas, environ 60% de la population déclare faire confiance au général Sékouba Konaté pour sortir la transition guinéenne de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Tout le monde ne jure que par les élections. Vivement, dit-on, des élections pour amener les Guinéens à tourner les pages tristes de l’histoire de la Guinée ».

 

Par Bouba DIALLO (Conakry)