« Sarkozy et l'Afrique : «tourner la page» | Page d'accueil | NIGERIA: Les défis d’Umaru Yar’Adua »
15 mai 2007
Guinée: Les militaires continuent leur razzia sanglante
(Photo : AFP)
Conakry a été ces derniers jours le théâtre des violentes revendications des militaires qui reprochent à leur hiérarchie d’avoir détourné depuis neuf ans des primes et autres soldes qui leur étaient destinées. Les limogeages de certains officiers supérieurs de leur poste et des mesures de promotions prises par l’Etat n’ont pas suffi à calmer leur colère. Ils se sont livrés à des actes de vandalisme auxquels les autorités politiques tentent de réagir.
Le gouvernement guinéen réagit aux actes de vandalisme perpétrés par les militaires à Conakry dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 mai. «Des patrouilles mixtes» circuleront dans la capitale guinéenne pour «assurer la quiétude des populations», a annoncé le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Justin Morel Junior. La composition de ces patrouilles mixtes n’est pas bien connue, mais selon le ministère de la Communication, on y trouvera aussi bien des militaires que des civils. Tous les corps des forces de sécurité y seront représentés, c’est-à-dire la police et la gendarmerie, qu’on n’a pas beaucoup vu, ces derniers temps, dans les villes agitées par les revendications militaires.
Le président Lansana Conté qui avait souhaité aller à la rencontre des militaires au camp Alpha Yaya Diallo, le samedi 12, s’est finalement désisté. La nouvelle du limogeage du ministre de la Défense le général Arafan Camara, et du chef d’état-major des armées, le général Kerfalla Camara n’a pas calmé la colère des militaires. Le ministère de la Défense a été confié au général à la retraite, Mamadou Baïlo Diallo que certains militaires récusent déjà le jugeant trop proche sinon «impliqué» dans le dossier incriminé. Le général Mamadou Baïlo Diallo était au moment des faits (1996), chef d’état-major de l’armée de terre.
Piller au vu et au su de tout le monde
Les militaires ont jugé insuffisants ces quelques pas faits par le pouvoir et ont immédiatement décidé la poursuite de leur mouvement. Par bandes entières ils ont pris d’assaut le marché Madina et ses alentours en pillant les magasins d’alimentation et de distribution de produits manufacturés. Ils se sont couverts entre eux par des coups de feu qui ont tenu tout le monde éloigné de leur besogne. Ils ont ainsi fait main basse sur les entrepôts du riche commerçant Alpha Amadou Diallo, un des ravitailleurs de l’armée. Un entrepôt contenant plusieurs tonnes de riz a été dévasté. Les sacs de riz ont été emportés, certains ont été chargés dans des véhicules volés dans une concession voisine de voitures. Selon des témoins de nombreux civils auraient prêté main forte aux militaires dans leur basse besogne.
Par ailleurs, les militaires ont considéré que le rendez-vous non honoré par le président de la République était un manque d’égard à leur endroit. Mais de source proche de la présidence de la République, on laisse entendre que le président Lansana Conté «était retenu pour des raisons personnelles, dans son village». Face à l’insistance des militaires révoltés, la présidence de la République leur a fixé un nouveau rendez-vous, reporté du lundi 14 au mardi 15 mai, en, principe toujours au camp Alpha Yaya Diallo comme initialement prévu. Selon le site internet Kibarou.com, «un grand mouvement de camions militaires remplis de centaines de soldats, allant de Kindia en direction de Conakry» a été signalé. Des sources divergentes annoncent ces militaires comme des renforts aux patouilles mixtes instaurées par le gouvernement dans la capitale, ou encore ayant spécialement fait le voyage pour rencontrer le président de la République.
Même si Conakry a retrouvé un calme apparent, les populations sont très inquiètes, car le nombre de victime s’accroît de jour en jour. Au total, les revendications des militaires ont déjà fait 8 civils tués par balles et quelque 100 blessés. Les partis politiques et associations de défense des droits de l’homme dénoncent «les comportements violents et irresponsables des militaires». Ditinn Diallo, porte-parole d’un collectif de partis d’opposition affirme que «finir avec l’impunité concerne aussi les militaires. Nous ne manquerons pas de demander des comptes à tous ceux qui tuent les innocentes populations civiles».
par Didier Samson
source: http://www.rfi.fr/actufr/articles/089/article_51818.asp
19:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Guinée, Sédogo Abdoulaye

Ecrire un commentaire