« 2007-04 | Page d'accueil | 2007-06 »

31 mai 2007

Banque mondiale: Robert Zoelick remplace Paul Wolfowitz

L'homme du président, Robert Zoellick. (Photo : AFP)
L'homme du président, Robert Zoellick.
(Photo : AFP)
L'ex-numéro 2 du département d'État, Robert Zoellick, a été désigné par la Maison Blanche comme candidat pour remplacer le président démissionnaire de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz. Robert Zoellick, 53 ans, est un spécialiste du commerce international. Sa candidature doit être encore approuvée par le Conseil d'administration.
Robert Zoellick a été désigné par George W. Bush pour succéder à l’ancien président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz.

Âgé de 53 ans, Robert Zoellick a été l’adjoint de la secrétaire d’État Condoleezza Rice pendant un an, avant de rejoindre la banque d’investissement Goldman Sachs en juillet 2006.

Il devrait remplacer l’ancien président Paul Wolfowitz, contraint de démissionner le 17 mai dernier après six semaines de crise. Paul Wolfowitz était accusé d’avoir violé les règles éthiques de l’institution, en accordant une promotion spectaculaire à sa compagne, également employée de la Banque mondiale.

Le mandat de président de la Banque mondiale est de cinq ans.

Un homme du sérail

Robert Zoellick est une figure familière du clan présidentiel. Républicain, il débute sa carrière auprès de James Baker, alors secrétaire au Trésor de Ronald Reagan. À l’arrivée de George H. W. Bush, le père du président actuel, il suit James Baker dans ses nouvelles fonctions de secrétaire d’État. Il est en charge des questions agricoles et économiques internationales.

En août 1992, Robert Zoellick est attaché directement à la Présidence. Il représente le chef de l’État aux sommets du G7 en 1991 et 1992. L’élection de Bill Clinton le renvoie à l’enseignement et il est conseiller international de la banque d’investissement Goldman Sachs.

Robert Zoellick rejoint en 1999 les troupes de George W. Bush dans la préparation de la campagne électorale. Il fait partie du cercle intime des conseillers en politique internationale du candidat, surnommé «les Vulcains» (d’après le nom de la divinité du feu et du métal), auquel appartient aussi son prédécesseur à la Banque mondiale, Paul Wolfowitz.

Quand George W. Bush entre à la Maison Blanche, Robert Zoellick devient le représentant de commerce du gouvernement américain. C’est lui qui se charge de négocier l’adhésion de la Chine et de Taïwan à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il ouvre le cycle des négociations de Doha (Qatar), avec une seule idée en tête, la défense des intérêts commerciaux américains. À l’époque, lorsqu’on lui parle des brevets à accorder aux laboratoires brésiliens et indiens pour commercialiser des médicaments génériques, il répond que «Les États-Unis ne peuvent accepter un accord (…) pour une vague question de santé publique». La phrase résonne encore aux oreilles des organisations non gouvernementales.

Promoteur de l’accord de libre-échange d’Amérique centrale qui ouvre le marché de six pays de la zone aux produits agricoles des États-Unis, négociateur acharné pour l’introduction des OGM en Europe, Robert Zoellick a ses entrées dans la plupart des capitales du monde. Il entretient des relations étroites avec Pascal Lamy, l’actuel directeur général de l’OMC.

En janvier 2005, George W. Bush nomme Robert Zoellick au poste d’adjoint au secrétaire d’État.

Numéro 2 de la diplomatie américaine

Au secrétariat d’État, Robert Zoellick se réserve deux terrains de prédilection la Chine et l’Amérique centrale. Mais il sera aussi l’envoyé spécial du président George W. Bush au Darfour. C’est lui qui «impose» en un temps restreint, l’accord de paix d’Abuja, le 5 mai 2006, entre le gouvernement du Soudan et une faction du Mouvement de libération du Soudan (MLS). Accord décrié aujourd’hui puisqu’il n’a pas intégré les autres mouvements rebelles.

Robert Zoellick aurait dû être nommé président de la Banque mondiale il y a deux ans, et selon ses proches, il n’aurait accepté qu'avec réticence, le poste d'adjoint au secrétaire d'État, offert par Condoleezza Rice.

En juillet 2006, Robert Zoellick retourne à ses employeurs de la Goldman Sachs. Une banque d’investissement qui entretient de bons rapports avec la Maison Blanche puisque quelques-uns de ses anciens directeurs travaillent aujourd’hui à la Présidence.

Les premières tâches

Le premier objectif de Robert Zoellick est de se faire accepter par le Conseil d’administration de la Banque mondiale. De nombreux pays avaient réclamé une liste de candidats plutôt qu’un candidat unique aux États-Unis.

Le nouveau président va devoir également statuer sur le sort des employés promus par Paul Wolfowitz avant son départ, dont sa compagne, Shaha Ali Riza.

La Banque mondiale prête environ 23 milliards de dollars par an aux pays pauvres. Pour atteindre les objectifs de lutte contre la pauvreté, elle doit obtenir 30 milliards de dollars dans les trois ans à venir.


 

par Marion  Urban

30 mai 2007

NIGERIA: Les défis d’Umaru Yar’Adua

Le nouveau président du Nigeria Umaru Yar'Adua salue la foule à Abuja, le 29 mai 2007. (Photo : AFP)
Le nouveau président du Nigeria Umaru Yar'Adua salue la foule à Abuja, le 29 mai 2007.
(Photo : AFP)

Umaru Yar’Adua a prêté serment sur le Coran, mardi matin à Abuja, en présence d’un grand nombre d’enfants et de plusieurs chefs d’Etat africains. Des prières œcuméniques chrétiennes et musulmanes, et un défilé militaire ont précédé la cérémonie qui marque la première transition d’un président élu à un autre président élu dans l’histoire de ce pays, indépendant depuis 1960. Le nouveau président nigérian, élu le mois dernier lors d’un scrutin marqué par des incidents et des irrégularités, aura une tâche bien rude à remplir : sortir ce pays de 140 millions d'habitants de la misère, éradiquer la corruption et s'attaquer au problème de la violence dans le delta du Niger.

Umaru Yar’Adua, 55 ans, ex-gouverneur de l’Etat musulman de Katsina, a promis, lors de son discours d’investiture, de ne jamais tenir compte de ses «intérêts personnels» dans sa fonction de deuxième président de la troisième République : «En tant que président de la République fédérale du Nigeria, j’assumerai ma charge du mieux que je pourrai, dans le respect de la Constitution». Il a garanti «honnêteté, transparence et responsabilité», tout en admettant que son élection n’était pas «parfaite», mais refusant d’organiser un nouveau scrutin, comme cela avait était demandé par l’opposition et par des gouvernements étrangers.

Le nouveau président nigérian a affirmé qu’il allait s’attaquer sérieusement à la pauvreté dans le pays, durcir les lois contre la corruption et faire progresser le secteur de la santé, notamment dans le combat au paludisme et au sida : «On nous a demandé de faire du Nigeria un meilleur endroit. C’est avec joie que je vais m’y employer comme dirigeant et serviteur». De santé fragile, Umaru Yar’Adua, père de six enfants, est souvent présenté comme étant un musulman rigoureux qui a hérité d’un complexe système de pouvoir, où la corruption est omniprésente. Selon l’organisation Transparency International, le Nigeria est l’un des Etats les plus corrompus de la planète. Près de 400 milliards de dollars ont été détournés par les dirigeants du pays et des 36 Etats qui le composent.

L’héritage d’Obasanjo et la violence dans le delta du Niger

Les observateurs soulignent que le nouveau président aura du mal à se démarquer de son mentor, le président sortant Olusegun Obasanjo, lequel s’est emparé des rennes du Parti démocratique du peuple (PDP), au pouvoir depuis huit ans. Malgré la corruption galopante, Obasanjo a néanmoins réussi, pendant ses deux mandats, à éponger près de 35 milliards de dollars de dettes et à devenir une figure incontournable de la diplomatie africaine, en devenant le porte-parole de l’Afrique dans les grandes institutions internationales. Umaru Yar’Adua, souvent défini comme une personnalité «effacée», aura probablement des difficultés à assumer un rôle aussi important que son prédécesseur dans les conférences internationales.

Le nouveau président nigérian aura surtout à gérer, immédiatement, le mécontentement de la population face aux prix des carburants, qui viennent de subir une augmentation de 15% décidée par le gouvernement sortant. Mais il aura surtout à régler le délicat problème du delta du Niger, qu’il a lui-même défini comme étant priorité. Il a l’intention de rétablir la paix et la sécurité dans cette région pétrolière où des groupes armés, qui affirment lutter pour une meilleure redistribution des richesses, prennent souvent en otage des employés étrangers des compagnies pétrolières. Umaru Yar’Adua a fait savoir que tout devra être fait «pour rétablir le respect de la vie humaine et de la propriété de manière à sécuriser les investissements». Il a ainsi imploré les «différentes communautés, les factions et les individus à mettre fin aux violences et à respecter la loi. Laissons-nous une chance de reprendre le dialogue dans une atmosphère sereine».       

Les marchés pétroliers ont réagi favorablement à la prise de fonctions du nouveau président nigérian. Les opérateurs craignaient une vague de protestations lors de la passation de pouvoir à Abuja, ainsi que les effets de la grève générale décrétée la semaine dernière par les employés du secteur pétrolier, contre le projet de privatisation d’une raffinerie de Port-Harcourt. Mais les syndicats ont décidé, samedi 26 mai, de suspendre cette action, qui aurait pu affecter considérablement la production. Le Nigeria est le premier producteur africain d’hydrocarbures et le sixième mondial, avec plus de 2,6 millions de barils par jour. L’instabilité dans la région du delta du Niger a entrainé des pertes de production évaluées à près de 800 000 barils par jour.



par Antonio  Garcia

source: rfi.fr

15 mai 2007

Guinée: Les militaires continuent leur razzia sanglante

Le président Lansana Conté a plusieurs fois remis sa rencontre avec les militaires du camp Alpha Yaya Diallo. (Photo : AFP)
Le président Lansana Conté a plusieurs fois remis sa rencontre avec les militaires du camp Alpha Yaya Diallo.
(Photo : AFP)

Conakry a été ces derniers jours le théâtre des violentes revendications des militaires qui reprochent à leur hiérarchie d’avoir détourné depuis neuf ans des primes et autres soldes qui leur étaient destinées. Les limogeages de certains officiers supérieurs de leur poste et des mesures de promotions prises par l’Etat n’ont pas suffi à calmer leur colère. Ils se sont livrés à des actes de vandalisme auxquels les autorités politiques tentent de réagir.

Le gouvernement guinéen réagit aux actes de vandalisme perpétrés par les militaires à Conakry dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 mai. «Des patrouilles mixtes» circuleront dans la capitale guinéenne pour «assurer la quiétude des populations», a annoncé le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Justin Morel Junior. La composition de ces patrouilles mixtes n’est pas bien connue, mais selon le ministère de la Communication, on y trouvera aussi bien des militaires que des civils. Tous les corps des forces de sécurité y seront représentés, c’est-à-dire la police et la gendarmerie, qu’on n’a pas beaucoup vu, ces derniers temps, dans les villes agitées par les revendications militaires.

Le président Lansana Conté qui avait souhaité aller à la rencontre des militaires au camp Alpha Yaya Diallo, le samedi 12, s’est finalement désisté. La nouvelle du limogeage du ministre de la Défense le général Arafan Camara, et du chef d’état-major des armées, le général Kerfalla Camara n’a pas calmé la colère des militaires. Le ministère de la Défense a été confié au général à la retraite, Mamadou Baïlo Diallo que certains militaires récusent déjà le jugeant trop proche sinon «impliqué» dans le dossier incriminé. Le général Mamadou Baïlo Diallo était au moment des faits (1996), chef d’état-major de l’armée de terre.

Piller au vu et au su de tout le monde

Les militaires ont jugé insuffisants ces quelques pas faits par le pouvoir et ont immédiatement décidé la poursuite de leur mouvement. Par bandes entières ils ont pris d’assaut le marché Madina et ses alentours en pillant les magasins d’alimentation et de distribution de produits manufacturés. Ils se sont couverts entre eux par des coups de feu qui ont tenu tout le monde éloigné de leur besogne. Ils ont ainsi fait main basse sur les entrepôts du riche commerçant Alpha Amadou Diallo, un des ravitailleurs de l’armée. Un entrepôt contenant plusieurs tonnes de riz a été dévasté. Les sacs de riz ont été emportés, certains ont été chargés dans des véhicules volés dans une concession voisine de voitures. Selon des témoins de nombreux civils auraient prêté main forte aux  militaires dans leur basse besogne.

Par ailleurs, les militaires ont considéré que le rendez-vous non honoré par le président de la République était un manque d’égard à leur endroit. Mais de source proche de la présidence de la République, on laisse entendre que le président Lansana Conté «était retenu pour des raisons personnelles, dans son village». Face à l’insistance des militaires révoltés, la présidence de la République leur a fixé un nouveau rendez-vous, reporté du lundi 14 au mardi 15 mai, en, principe toujours au camp Alpha Yaya Diallo comme initialement prévu. Selon le site internet Kibarou.com, «un grand mouvement de camions militaires remplis de centaines de soldats, allant de Kindia en direction de Conakry» a été signalé. Des sources divergentes annoncent ces militaires comme des renforts aux patouilles mixtes instaurées par le gouvernement dans la capitale, ou encore ayant spécialement fait le voyage pour rencontrer le président de la République.

Même si Conakry a retrouvé un calme apparent, les populations sont très inquiètes, car le nombre de victime s’accroît de jour en jour. Au total, les revendications des militaires ont déjà fait 8 civils tués par balles et quelque 100 blessés. Les partis politiques et associations de défense des droits de l’homme dénoncent «les comportements violents et irresponsables des militaires». Ditinn Diallo, porte-parole d’un collectif de partis d’opposition affirme que «finir avec l’impunité concerne aussi les militaires. Nous ne manquerons pas de demander des comptes à tous ceux qui tuent les innocentes populations civiles».



 

par Didier  Samson

source: http://www.rfi.fr/actufr/articles/089/article_51818.asp

08 mai 2007

Sarkozy et l'Afrique : «tourner la page»

Lors de sa visite à Dakar, en septembre 2006, Nicolas Sarkozy avait reçu comme cadeau un boubou blanc et or. (Photo : AFP)
Lors de sa visite à Dakar, en septembre 2006, Nicolas Sarkozy avait reçu comme cadeau un boubou blanc et or.
(Photo : AFP)

Dans son premier discours, juste après l’annonce de sa victoire, dimanche soir, Nicolas Sarkozy a lancé un «appel fraternel aux Africains» pour «décider ensemble d’une politique de l’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse». Les dirigeants africains ont félicité le nouveau président de la République française, alors que bon nombre d’entre eux s’interrogent sur les relations futures entre Paris et l’Afrique, après les positions défendues en matière d’immigration par Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale.

Dimanche soir, place de la Concorde à Paris, devant quelque 30 000 partisans venus célébrer sa victoire, Nicolas Sarkozy a placé l’Afrique en tête de ses priorités. Très récemment, il avait indiqué, qu’en cas d’élection, il comptait se rendre «très vite» en Afrique et avait placé la crise au Darfour au centre de ses préoccupations, la qualifiant de «véritable scandale».

«Je veux lancer un appel à tous les Africains, un appel fraternel pour dire à l'Afrique que nous voulons l'aider; aider l'Afrique à vaincre la maladie, à vaincre la famine, à vaincre la pauvreté, à vivre en paix. Je veux leur dire que nous allons décider ensemble d'une politique d'immigration maîtrisée et d'une politique de développement», a déclaré Nicolas Sarkozy, qui n’a pas utilisé l’expression d’ «immigration choisie» qui, pendant la campagne électorale, avait suscité beaucoup de polémique et une certaine inquiétude parmi les Africains.

Bon nombre d’Africains craignent un durcissement de la politique de l’immigration en France, notamment une reprise des expulsions des immigrés clandestins, comme lorsque Nicolas Sarkozy, alors au ministère de l’Intérieur, avait fait en expulsant par «charters» des immigrés vers le Mali et le Sénégal. Des expulsions qui avaient alors suscité un fort émoi en Afrique. D’où une certaine méfiance au sein des opinions publiques, en Afrique francophone, envers le nouveau président de la République française.

Réactions

Plusieurs chefs d’Etat africains ont immédiatement salué la victoire de Nicolas Sarkozy. Parmi les premiers à réagir, le président tunisien, Zine El Abidine Ben Ali. Tout en adressant ses «chaleureuses félicitations» au nouveau président français, le président Ben Ali salue les «qualités humaines» et la «large expérience politique» du futur président français et se déclare «convaincu» que l'élection de Nicolas Sarkozy va permettre de «franchir de nouvelles étapes dans le raffermissement du dialogue entre les deux rives de la Méditerranée en vue de bâtir ensemble un partenariat stratégique et solidaire». Le chef d’Etat tunisien souligne que ce partenariat doit permettre «de relever les défis du développement, de la stabilité et de la sécurité».

Le chef de l’Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika a, lui aussi, chaleureusement félicité Nicolas Sarkozy en se disant convaincu qu'il saura donner un nouvel élan aux relations bilatérales. «Vous connaissant homme d'engagement et de conviction, je sais pouvoir compter sur vous pour impulser ensemble les relations algéro-françaises et leur conférer une ampleur et une profondeur correspondant aux ambitions que nos deux pays se sont assignés», a déclaré le président Bouteflika. Malgré la visite à Alger du président français, Jacques Chirac, en mars 2003 et la signature de la Déclaration d’Alger par les deux chefs d’Etat pour la relance des relations bilatérales, les deux capitales n’ont pas encore réussi à signer un traité d’amitié scellant le rapprochement. En effet, les relations entre Alger et Paris s’étaient tendues suite à l’article 4 de la loi française du 23 février 2005  sur le «rôle positif» de la colonisation.

Le roi du Maroc, Mohammed VI a félicité le vainqueur : «Votre accession à la présidence de la République est un évènement qui retient particulièrement l'attention du Maroc en raison des liens séculaires, variés et profonds qui unissent nos deux pays». Mohammed VI s’est dit, en outre, convaincu que Nicolas Sarkozy est animé par la volonté d’approfondir les liens «historiques» entre les deux pays, et a mis l’accent sur «l’urgence à trouver des solutions à certaines crises persistantes dont l'acuité met en péril la stabilité, la sécurité et le développement de certaines régions, notamment en Afrique et au proche Orient».

Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a adressé ses «très chaleureuses félicitations» à Nicolas Sarkozy saluant sa «brillante» élection, qui «illustre incontestablement la confiance» des électeurs dans son «projet de société». Le président Wade assure le nouveau chef d’Etat français de « sa ferme détermination à œuvrer (…) au renforcement de la coopération et à l’amitié franco-sénégalaise».

Le chef de l'Etat sud-africain, Thabo Mbeki, a adressé ce lundi ses «sincères félicitations» au président élu, soulignant la «grande importance» que l’Afrique du Sud attache à ses «excellentes relations avec la France». Le président sud-africain souligne : «Etant donné ses liens historiques avec le continent africain, la France sera toujours un interlocuteur respecté et un partenaire dans nos efforts pour construire la paix et la stabilité, renforcer la gouvernance démocratique et favoriser le développement social et économique en Afrique».

En Côté d’Ivoire, l’opposition a salué la «victoire méritée» de Nicolas Sarkozy. «Nous comptons sur lui pour la modernisation des relations entre la France et les pays africains», indique notamment l'ancien Premier ministre et opposant ivoirien, Alassane Ouattara, alors que son parti, le Rassemblement des Républicains (RDR), souligne les valeurs partagées par les deux hommes qui entretiennent des «relations amicales anciennes». «Nous saluons la belle leçon de démocratie donnée par les Français», a déclaré à l’AFP, le secrétaire général du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Alphonse Djédjé Mady. Egalement porte-parole de la coalition du G7, qui regroupe l’opposition et la rébellion, Alphonse Djédjé Mady ne pense pas que l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence française ne va «fondamentalement changer les relations» entre les deux pays, «même s'il y aura une nécessaire remise à jour pour les améliorer», a-t-il ajouté. Saluant «un homme courageux et intelligent, qui a notamment eu le courage de prendre à bras-le-corps le problème de l’immigration en France», le  président du Mouvement des forces d'avenir (MFA), Innocent Anaky Kobenan, a ajouté : «Ce sera une bonne chose, car nous étions un peu englués ces dernières années avec les relations difficiles entre Jacques Chirac et Laurent Gbagbo».

Pour sa part, la presse d’Abidjan considère que l’élection de Nicolas Sarkozy devrait entraîner un changement d’attitude de la France en Côte d’Ivoire et les quotidiens d’opposition estime qu’elle représente un revers pour le président socialiste Laurent Gbagbo qui avait «joué à fond la carte Ségolène». Tandis que Le Courrier d’Abidjan, journal pro-gouvernemental appelle le nouveau président français à «mettre un terme aux nuisances» au lieu de se donner une «posture missionnaire».

En Libye, les journaux officiels s'en sont pris ce lundi à Nicolas Sarkozy, affirmant qu'il n'aurait pas dû «se mêler de l'affaire des infirmières bulgares» condamnées à mort, accusées d’ avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens, écrit notamment le journal Al-Shams dans son éditorial, après l'annonce dimanche soir par Nicolas Sarkozy que la France serait aux côtés des infirmières bulgares «enfermées depuis huit ans».

07 mai 2007

Le premier discours de Sarkozy Président de la République!

 «Dans ce moment qui est, chacun le comprend, exceptionnel, dans la vie d’un homme, je ressens une immense, une sincère et une profonde émotion. J’éprouve depuis mon plus jeune âge la fierté indicible d’appartenir à une grande, à une vieille, à une belle nation : la France. J’aime la France comme on aime un être cher, qui m’a tout donné. Maintenant c’est à mon tour de rendre à la France ce que la France m’a donné. Ce soir ma pensée va aux millions de Français qui aujourd’hui m’ont témoigné leur confiance. Je veux leur dire qu’ils m’ont fait le plus grand honneur qui soit à mes yeux en me jugeant digne de présider aux destinées de la France. Ma pensée va à tous ceux qui m’ont accompagné dans cette campagne : je veux leur dire ma gratitude, je veux leur dire mon affection, je veux le dire d’abord à ma famille, je veux le dire à mes amis, je veux le dire à mes partisans, je veux le dire à tous ceux qui m’ont soutenu.

Mais ma pensée va à Madame Royal. Je veux lui dire que j’ai du respect pour elle et pour ses idées dans lesquelles tant de Français se sont reconnus. Respecter Madame Royal, c’est respecter les millions de Français qui ont voté pour elle. Un Président de la république doit aimer tous les Français, quelles que soient leurs opinions.

Ma pensée va donc à tous les Français qui n’ont pas voté pour moi. Je veux leur dire que par-delà le combat politique, par-delà les divergences d’opinion, il n’y a pour moi qu’une seule France. Je veux leur dire que je serai le Président de tous les Français, que je parlerai pour chacun d’entre eux. Je veux leur dire que ce soir ce n’est pas pour moi la victoire d’une France contre une autre. Il n’y a pour moi ce soir qu’une seule victoire : celle de la démocratie, celle des valeurs qui nous unissent, celle de l’idéal qui nous rassemble. Ma priorité sera de tout mettre en œuvre pour que les Français aient toujours envie de se parler, de se comprendre, de travailler ensemble.

Le peuple Français s’est exprimé. Il a choisi de rompre avec les idées, les habitudes et les comportements du passé. Je vais donc réhabiliter le travail, l’autorité, la morale, le respect, le mérite… Je vais donc remettre à l’honneur la Nation et l’identité nationale. Je vais rendre aux Français l’identité de la France. Je vais en finir avec la repentance, qui est une forme de haine de soi. Et la concurrence des mémoires, qui nourrit la haine des autres.

Le peuple français a choisi le changement, ce changement je le mettrai en œuvre parce que c’est le mandat que j’ai reçu du peuple, et parce que la France en a besoin.

Mais je le ferai avec tous les Français… Je le ferai dans un esprit d’union et de fraternité, je le ferai sans que personne n’ait le sentiment d’être exclu, d’être laissé pour compte. Je le ferai avec la volonté que chacun puisse trouver sa place dans notre République, que chacun s’y sente reconnu, s’y sente respecté dans sa dignité de citoyen et dans sa dignité d’homme.

Tous ceux que la vie a brisés, ceux que la vie a usés, doivent savoir qu’ils ne seront pas abandonnés, qu’ils seront aidés, qu’ils seront secourus. Ceux qui ont le sentiment que, quoi qu’ils fassent, ils ne pourront pas s’en sortir, doivent être sûrs qu’ils ne seront pas laissés de côté et qu’ils auront les mêmes chances que les autres.

J’appelle tous les Français, par-delà leurs partis, leurs croyances, leurs origines, à s’unir à moi pour que la France se remette en mouvement.

J’appelle chacun à ne pas se laisser enfermer dans l’intolérance et dans le sectarisme, mais à s’ouvrir aux autres, à ceux qui ont des idées différentes, à ceux qui ont d’autres convictions.

Je veux lancer un appel à nos partenaires européens, auxquels notre destin est profondément lié, pour leur dire que toute ma vie j’ai été Européen ; que je crois profondément, que je crois sincèrement, en la construction européenne. Et que ce soir la France est de retour en Europe. Mais je conjure nos partenaires européens d’entendre la voix des peuples qui veulent être protégés ; je conjure nos partenaires européens de ne pas rester sourds à la colère des peuples qui conçoivent l’Union européenne non comme une protection, mais comme le cheval de Troie de toutes les menaces que portent en elles les transformations du monde.

Je veux lancer un appel à nos amis américains, pour leur dire qu’ils peuvent compter sur notre amitié, qui s’est forgée dans les tragédies de l’histoire que nous avons affrontées ensemble. Je veux leur dire que la France sera toujours à leurs côtés quand ils auront besoin d’elle, mais je veux leur dire aussi que l’amitié c’est accepter que des amis puissent penser différemment ; et qu’une grande nation comme les Etats-Unis a le devoir de ne pas faire obstacle à la lutte contre le réchauffement climatique, mais au contraire de prendre la tête de ce combat, parce que ce qui est en jeu c’est le sort de l’humanité toute entière. La France fera de ce combat son premier combat.

Je veux lancer un appel à tous les peuples de la Méditerranée, pour leur dire que  c’est en Méditerranée que tout va se jouer ; qu’il nous faut surmonter toutes les haines pour laisser la place à un grand rêve de paix et à un grand rêve de civilisation. Je veux leur dire que le temps est venu de bâtir ensemble une union méditerranéenne, qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. Ce qui a été fait pour l’union de l’Europe il y a soixante ans, nous allons le faire aujourd’hui pour l’union de la Méditerranée.

Je veux lancer un appel à tous les Africains ; un appel fraternel, pour dire à l’Afrique que nous voulons l’aider : aider l’Afrique à vaincre la maladie, à vaincre la famine, à vivre en paix. Je veux leur dire que nous allons décider ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse.

Je veux lancer un appel à tous ceux qui, dans le monde, croient aux valeurs de la tolérance, de la liberté, de la démocratie, de l’humanisme… A tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et les dictatures… Je veux dire à tous les enfants à travers le monde, à toutes les femmes martyrisées dans le monde… Je veux leur dire que la fierté et le devoir de la France sera d’être à leurs côtés. La France sera aux côtés des infirmières libyennes enfermées depuis huit ans… La France n’abandonnera pas Ingrid Betancourt… La France n’abandonnera pas les femmes qu’on condamne à la burqa…  La France n’abandonnera pas les femmes qui n’ont pas la liberté… La France sera du côté des opprimés du monde… C’est le message de la France, c’est l’identité de la France, c’est l’histoire de la France…

Mes chers compatriotes, nous allons écrire ensemble une nouvelle page de notre histoire, Mes chers compatriotes, cette page de notre histoire, je suis sûre qu’elle sera grande, qu’elle sera belle… Et du fond du cœur je veux vous le dire avec la sincérité la plus totale qui est la mienne en ce moment où je vous parle : vive la République et vive la France !»

Toutes les notes