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31 juillet 2007

Discours de Nicolas SARKOZY à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)

sarkozy_senegalMesdames et Messieurs,

Permettez-moi de remercier d’abord le gouvernement et le peuple sénégalais de leur accueil si chaleureux. Permettez-moi de remercier l’université de Dakar qui me permet pour la première fois de m’adresser à l’élite de la jeunesse africaine en tant que Président de
la République française.

Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l’on doit à des amis que l’on aime et que l’on respecte. J’aime l’Afrique, je respecte et j’aime les Africains.

Entre le Sénégal et la France, l’histoire a tissé les liens d’une amitié que nul ne peut défaire. Cette amitié est forte et sincère. C’est pour cela que j’ai souhaité adresser, de Dakar, le salut fraternel de la France à l’Afrique toute entière.

Je veux, ce soir, m’adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, qui n’ont pas la même religion, qui n’ont pas les mêmes coutumes, qui n’ont pas la même culture, qui n’ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l’Afrique.

Oui, je veux m’adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier, aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant haïs, qui parfois vous combattez et vous haïssez encore mais qui pourtant vous reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l’humiliation, frères dans la révolte, frères dans l’espérance, frères dans le sentiment que vous éprouvez d’une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l’exil lui-même ne peut effacer.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l’Afrique. Car l’Afrique n’a pas besoin de mes pleurs.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour m’apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d’abord entre vos mains.

Que feriez-vous, fière jeunesse africaine de ma pitié ?

Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s’efface pas.

Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.

Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité toute entière.

Et l’homme noir qui éternellement « entend de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit de l’un d’entre eux qu’on jette à la mer ». Cet homme noir qui ne peut s’empêcher de se répéter sans fin « Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ». Cet homme noir, je veux le dire ici à Dakar, a le visage de tous les hommes du monde.

Cette souffrance de l’homme noir, je ne parle pas de l’homme au sens du sexe, je parle de l’homme au sens de l’être humain et bien sûr de la femme et de l’homme dans son acceptation générale. Cette souffrance de l’homme noir, c’est la souffrance de tous les hommes. Cette blessure ouverte dans l’âme de l’homme noir est une blessure ouverte dans l’âme de tous les hommes.

Mais nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères.

Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes.

Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance.

Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non d’oublier cette déchirure et cette souffrance qui ne peuvent pas être oubliées, mais de les dépasser.

Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non de ressasser ensemble le passé mais d’en tirer ensemble les leçons afin de regarder ensemble l’avenir.

Je suis venu, jeunes d’Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune.

L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s’est entretué en Afrique au moins autant qu’en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l’Afrique.

Ils ont eu tort.

Ils n’ont pas vu la profondeur et la richesse de l’âme africaine. Ils ont cru qu’ils étaient supérieurs, qu’ils étaient plus avancés, qu’ils étaient le progrès, qu’ils étaient la civilisation.

Ils ont eu tort.

Ils ont voulu convertir l’homme africain, ils ont voulu le façonner à leur image, ils ont cru qu’ils avaient tous les droits, ils ont cru qu’ils étaient tout puissants, plus puissants que les dieux de l’Afrique, plus puissants que l’âme africaine, plus puissants que les liens sacrés que les hommes avaient tissés patiemment pendant des millénaires avec le ciel et la terre d’Afrique, plus puissants que les mystères qui venaient du fond des âges.

Ils ont eu tort.

Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale.

Ils ont eu tort.

Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l’ouverture aux autres, l’échange, le partage parce que pour s’ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l’autre, par la crainte de l’avenir.

Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.

Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs.

Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères.

Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation.

Ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude.

Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c’étaient les esprits, c’étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine.

La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides.

Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution.

Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l’amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.

La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l’estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.

La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur.

La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l’Europe et le destin de l’Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes.

Et la France n’oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté.

Nul ne peut faire comme si rien n’était arrivé.

Nul ne peut faire comme si cette faute n’avait pas été commise.

Nul ne peut faire comme si cette histoire n’avait pas eu lieu.

Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l’homme africain et l’homme européen.

Jeunes d’Afrique, vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l’Occident a déposé dans le cœur et dans l’âme de l’Afrique.

Jeunes d’Afrique, la civilisation européenne a eu tort de se croire supérieure à celle de vos ancêtres, mais désormais la civilisation européenne vous appartient aussi.

Jeunes d’Afrique, ne cédez pas à la tentation de la pureté parce qu’elle est une maladie, une maladie de l’intelligence, et qui est ce qu’il y a de plus dangereux au monde.

Jeunes d’Afrique, ne vous coupez pas de ce qui vous enrichit, ne vous amputez pas d’une part de vous-même. La pureté est un enfermement, la pureté est une intolérance. La pureté est un fantasme qui conduit au fanatisme.

Je veux vous dire, jeunes d’Afrique, que le drame de l’Afrique n’est pas dans une prétendue infériorité de son art, sa pensée, de sa culture. Car, pour ce qui est de l’art, de la pensée et de la culture, c’est l’Occident qui s’est mis à l’école de l’Afrique.

L’art moderne doit presque tout à l’Afrique. L’influence de l’Afrique a contribué à changer non seulement l’idée de la beauté, non seulement le sens du rythme, de la musique, de la danse, mais même dit Senghor, la manière de marcher ou de rire du monde du XXème siècle.

Je veux donc dire, à la jeunesse d’Afrique, que le drame de l’Afrique ne vient pas de ce que l’âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen.

C’est en puisant dans l’imaginaire africain que vous ont légué vos ancêtres, c’est en puisant dans les contes, dans les proverbes, dans les mythologies, dans les rites, dans ces formes qui, depuis l’aube des temps, se transmettent et s’enrichissent de génération en génération que vous trouverez l’imagination et la force de vous inventer un avenir qui vous soit propre, un avenir singulier qui ne ressemblera à aucun autre, où vous vous sentirez enfin libres, libres, jeunes d’Afrique d’être vous-mêmes, libre de décider par vous-mêmes.

Je suis venu vous dire que vous n’avez pas à avoir honte des valeurs de la civilisation africaine, qu’elles ne vous tirent pas vers le bas mais vers le haut, qu’elles sont un antidote au matérialisme et à l’individualisme qui asservissent l’homme moderne, qu’elles sont le plus précieux des héritages face à la déshumanisation et à l’aplatissement du monde.

Je suis venu vous dire que l’homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l’homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires.

Je suis venu vous dire que cette déchirure entre ces deux parts de vous-mêmes est votre plus grande force, et votre plus grande faiblesse selon que vous vous efforcerez ou non d’en faire la synthèse.

Mais je suis aussi venu vous dire qu’il y a en vous, jeunes d’Afrique, deux héritages, deux sagesses, deux traditions qui se sont longtemps combattues : celle de l’Afrique et celle de l’Europe.

Je suis venu vous dire que cette part africaine et cette part européenne de vous-mêmes forment votre identité déchirée.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, vous donner des leçons.

Je ne suis pas venu vous faire la morale.

Mais je suis venu vous dire que la part d’Europe qui est en vous est le fruit d’un grand péché d’orgueil de l’Occident mais que cette part d’Europe en vous n’est pas indigne.

Car elle est l’appel de la liberté, de l’émancipation et de la justice et de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Car elle est l’appel à la raison et à la conscience universelles.

Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.

Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire.

Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance.

Le problème de l’Afrique, c’est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de se préparer au retour du malheur, comme si celui-ci devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer le malheur, car l’Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du monde.

Le problème de l’Afrique, c’est de rester fidèle à elle-même sans rester immobile.

Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à regarder son accession à l’universel non comme un reniement de ce qu’elle est mais comme un accomplissement.

Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à se sentir l’héritière de tout ce qu’il y a d’universel dans toutes les civilisations humaines.

C’est de s’approprier les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, l’égalité, la justice comme l’héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes.

C’est de s’approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute l’intelligence humaine.

Le défi de l’Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les peuples qui veulent garder leur identité sans s’enfermer parce qu’ils savent que l’enfermement est mortel.

Les civilisations sont grandes à la mesure de leur participation au grand métissage de l’esprit humain.

La faiblesse de l’Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. Elle a payé cher, l’Afrique, ce désengagement du monde qui l’a rendue si vulnérable. Mais, de ses malheurs, l’Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant à son tour.

Ce métissage, quelles que fussent les conditions douloureuses de son avènement, est la vraie force et la vraie chance de l’Afrique au moment où émerge la première civilisation mondiale.

La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation, au-delà des crimes et des fautes qui furent commises en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’histoire.

Ne vous laissez pas, jeunes d’Afrique, voler votre avenir par ceux qui ne savent opposer à l’intolérance que l’intolérance, au racisme que le racisme.

Ne vous laissez pas, jeunes d’Afrique, voler votre avenir par ceux qui veulent vous exproprier d’une histoire qui vous appartient aussi parce qu’elle fut l’histoire douloureuse de vos parents, de vos grands-parents et de vos aïeux.

N’écoutez pas, jeunes d’Afrique, ceux qui veulent faire sortir l’Afrique de l’histoire au nom de la tradition parce qu’une Afrique ou plus rien ne changerait serait de nouveau condamnée à la servitude.

N’écoutez pas, jeunes d’Afrique, ceux qui veulent vous empêcher de prendre votre part dans l’aventure humaine, parce que sans vous, jeunes d’Afrique qui êtes la jeunesse du monde, l’aventure humaine sera moins belle.

N’écoutez pas jeunes d’Afrique, ceux qui veulent vous déraciner, vous priver de votre identité, faire table rase de tout ce qui est africain, de toute la mystique, la religiosité, la sensibilité, la mentalité africaine, parce que pour échanger il faut avoir quelque chose à donner, parce que pour parler aux autres, il faut avoir quelque chose à leur dire.

Ecoutez plutôt, jeunes d’Afrique, la grande voix du Président Senghor qui chercha toute sa vie à réconcilier les héritages et les cultures au croisement desquels les hasards et les tragédies de l’histoire avaient placé l’Afrique.

Il disait, lui l’enfant de Joal, qui avait été bercé par les rhapsodies des griots, il disait : « nous sommes des métis culturels, et si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s’adresse aussi aux Français et aux autres hommes ».

Il disait aussi : « le français nous a fait don de ses mots abstraits -si rares dans nos langues maternelles. Chez nous les mots sont naturellement nimbés d’un halo de sève et de sang ; les mots du français eux rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit ».

Ainsi parlait Léopold Senghor qui fait honneur à tout ce que l’humanité comprend d’intelligence. Ce grand poète et ce grand Africain voulait que l’Afrique se mit à parler à toute l’humanité et lui écrivait en français des poèmes pour tous les hommes.

Ces poèmes étaient des chants qui parlaient, à tous les hommes, d’êtres fabuleux qui gardent des fontaines, chantent dans les rivières et qui se cachent dans les arbres.

Des poèmes qui leur faisaient entendre les voix des morts du village et des ancêtres.

Des poèmes qui faisaient traverser des forêts de symboles et remonter jusqu’aux sources de la mémoire ancestrale que chaque peuple garde au fond de sa conscience comme l’adulte garde au fond de la sienne le souvenir du bonheur de l’enfance.

Car chaque peuple a connu ce temps de l’éternel présent, où il cherchait non à dominer l’univers mais à vivre en harmonie avec l’univers. Temps de la sensation, de l’instinct, de l’intuition. Temps du mystère et de l’initiation. Temps mystique ou le sacré était partout, où tout était signes et correspondances. C’est le temps des magiciens, des sorciers et des chamanes. Le temps de la parole qui était grande, parce qu’elle se respecte et se répète de génération en génération, et transmet, de siècle en siècle, des légendes aussi anciennes que les dieux.

L’Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu’ils avaient partagé la même enfance. L’Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce besoin, ce besoin auquel je crois moi-même tant, ce besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d’être en harmonie plutôt que d’être en conquête.

Ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants, tous ceux-là ont oublié que la Grèce antique qui nous a tant appris sur l’usage de la raison avait aussi ses sorciers, ses devins, ses cultes à mystères, ses sociétés secrètes, ses bois sacrés et sa mythologie qui venait du fond des âges et dans laquelle nous puisons encore, aujourd’hui, un inestimable trésor de sagesse humaine.

L’Afrique qui a aussi ses grands poèmes dramatiques et ses légendes tragiques, en écoutant Sophocle, a entendu une voix plus familière qu’elle ne l’aurait crû et l’Occident a reconnu dans l’art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les siennes et qu’il éprouvait le besoin de ressusciter.

Alors entendez, jeunes d’Afrique, combien Rimbaud est africain quand il met des couleurs sur les voyelles comme tes ancêtres en mettaient sur leurs masques, « masque noir, masque rouge, masque blanc–et-noir ».

Ouvrez les yeux, jeunes d’Afrique, et ne regardez plus, comme l’ont fait trop souvent vos aînés, la civilisation mondiale comme une menace pour votre identité mais la civilisation mondiale comme quelque chose qui vous appartient aussi.

Dès lors que vous reconnaîtrez dans la sagesse universelle une part de la sagesse que vous tenez de vos pères et que vous aurez la volonté de la faire fructifier, alors commencera ce que j’appelle de mes vœux, la Renaissance africaine.

Dès lors que vous proclamerez que l’homme africain n’est pas voué à un destin qui serait fatalement tragique et que, partout en Afrique, il ne saurait y avoir d’autre but que le bonheur, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous, jeunes d’Afrique, vous déclarerez qu’il ne saurait y avoir d’autres finalités pour une politique africaine que l’unité de l’Afrique et l’unité du genre humain, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l’Afrique et que vous la prendrez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause.

Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l’Afrique.

La réalité de l’Afrique, c’est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible.

La réalité de l’Afrique, c’est encore trop de famine, trop de misère.

La réalité de l’Afrique, c’est la rareté qui suscite la violence.

La réalité de l’Afrique, c’est le développement qui ne va pas assez vite, c’est l’agriculture qui ne produit pas assez, c’est le manque de routes, c’est le manque d’écoles, c’est le manque d’hôpitaux.

La réalité de l’Afrique, c’est un grand gaspillage d’énergie, de courage, de talents, d’intelligence.

La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes.

 

La Renaissance dont l’Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d’Afrique, vous pouvez l’accomplir parce que vous seuls en aurez la force.

Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l’Europe et la Renaissance du monde.  

Je sais l’envie de partir qu’éprouvent un si grand nombre d’entre vous confrontés aux difficultés de l’Afrique.

Je sais la tentation de l’exil qui pousse tant de jeunes Africains à aller chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas ici pour faire vivre leur famille.

Je sais ce qu’il faut de volonté, ce qu’il faut de courage pour tenter cette aventure, pour quitter sa patrie, la terre où l’on est né, où l’on a grandi, pour laisser derrière soi les lieux familiers où l’on a été heureux, l’amour d’une mère, d’un père ou d’un frère et cette solidarité, cette chaleur, cet esprit communautaire qui sont si forts en Afrique.

Je sais ce qu’il faut de force d’âme pour affronter le dépaysement, l’éloignement, la solitude.

Je sais ce que la plupart d’entre eux doivent affronter comme épreuves, comme difficultés, comme risques.

Je sais qu’ils iront parfois jusqu’à risquer leur vie pour aller jusqu’au bout de ce qu’ils croient être leur rêve.

Mais je sais que rien ne les retiendra.

Car rien ne retient jamais la jeunesse quand elle se croit portée par ses rêves.

Je ne crois pas que la jeunesse africaine ne soit poussée à partir que pour fuir la misère.

Je crois que la jeunesse africaine s’en va parce que, comme toutes les jeunesses, elle veut conquérir le monde.

Comme toutes les jeunesses, elle a le goût de l’aventure et du grand large.

Elle veut aller voir comment on vit, comment on pense, comment on travaille, comment on étudie ailleurs.

L’Afrique n’accomplira pas sa Renaissance en coupant les ailes de sa jeunesse. Mais l’Afrique a besoin de sa jeunesse.

 

La Renaissance de l’Afrique commencera en apprenant à la jeunesse africaine à vivre avec le monde, non à le refuser.

La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que le monde lui appartient comme à toutes les jeunesses de la terre.

La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que tout deviendra possible comme tout semblait possible aux hommes de la Renaissance.

Alors, je sais bien que la jeunesse africaine, ne doit pas être la seule jeunesse du monde assignée à résidence. Elle ne peut pas être la seule jeunesse du monde qui n’a le choix qu’entre la clandestinité et le repliement sur soi.

Elle doit pouvoir acquérir, hors, d’Afrique la compétence et le savoir qu’elle ne trouverait pas chez elle.

Mais elle doit aussi à la terre africaine de mettre à son service les talents qu’elle aura développés. Il faut revenir bâtir l’Afrique ; il faut lui apporter le savoir, la compétence le dynamisme de ses cadres. Il faut mettre un terme au pillage des élites africaines dont l’Afrique a besoin pour se développer.

Ce que veut la jeunesse africaine c’est de ne pas être à la merci des passeurs sans scrupules qui jouent avec votre vie.

Ce que veut la jeunesse d’Afrique, c’est que sa dignité soit préservée.

C’est pouvoir faire des études, c’est pouvoir travailler, c’est pouvoir vivre décemment. C’est au fond, ce que veut toute l’Afrique. L’Afrique ne veut pas de la charité. L’Afrique ne veut pas d’aide. L’Afrique ne veut pas de passe-droit.

Ce que veut l’Afrique et ce qu’il faut lui donner, c’est la solidarité, la compréhension et le respect.

Ce que veut l’Afrique, ce n’est pas que l’on prenne son avenir en main, ce n’est pas que l’on pense à sa place, ce n’est pas que l’on décide à sa place.

Ce que veut l’Afrique est ce que veut la France, c’est la coopération, c’est l’association, c’est le partenariat entre des nations égales en droits et en devoirs.

Jeunesse africaine, vous voulez la démocratie, vous voulez la liberté, vous voulez la justice, vous voulez le Droit ? C’est à vous d’en décider.

La France ne décidera pas à votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors la France s’associera à vous pour les construire.

 

Jeunes d’Afrique, la mondialisation telle qu’elle se fait ne vous plaît pas. L’Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du laisser-faire.

Jeunes d’Afrique vous croyez que le libre échange est bénéfique mais que ce n’est pas une religion. Vous croyez que la concurrence est un moyen mais que ce n’est pas une fin en soi. Vous ne croyez pas au laisser-faire. Vous savez qu’à être trop naïve, l’Afrique serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier. Et cela vous ne le voulez pas. Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d’humanité, avec plus de justice, avec plus de règles.

Je suis venu vous dire que la France la veut aussi. Elle veut se battre avec l’Europe, elle veut se battre avec l’Afrique, elle veut se battre avec tous ceux, qui dans le monde, veulent changer la mondialisation. Si l’Afrique, la France et l’Europe le veulent ensemble, alors nous réussirons. Mais nous ne pouvons pas exprimer une volonté votre place.

Jeunes d’Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie.

Mais le voulez-vous vraiment ? Voulez-vous que cesse l’arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l’argent soit investi au lieu d’être détourné ? Voulez-vous que l’État se remette à faire son métier, qu’il soit allégé des bureaucraties qui l’étouffent, qu’il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu’il domine les féodalités, qu’il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l’État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu’il peut attendre des autres ?

Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l’exiger, mais personne ne le voudra à votre place.

Voulez-vous qu’il n’y ait plus de famine sur la terre africaine ? Voulez-vous que, sur la terre africaine, il n’y ait plus jamais un seul enfant qui meure de faim ? Alors cherchez l’autosuffisance alimentaire. Alors développez les cultures vivrières. L’Afrique a d’abord besoin de produire pour se nourrir. Si c’est ce que vous voulez, jeunes d’Afrique, vous tenez entre vos mains l’avenir de l’Afrique, et la France travaillera avec vous pour bâtir cet avenir.

Vous voulez lutter contre la pollution ? Vous voulez que le développement soit durable ? Vous voulez que les générations actuelles ne vivent plus au détriment des générations futures ? Vous voulez que chacun paye le véritable coût de ce qu’il consomme ? Vous voulez développer les technologies propres ? C’est à vous de le décider. Mais si vous le décidez, la France sera à vos côtés.

Vous voulez la paix sur le continent africain ? Vous voulez la sécurité collective ? Vous voulez le règlement pacifique des conflits ? Vous voulez mettre fin au cycle infernal de la vengeance et de la haine ? C’est à vous, mes amis africains, de le décider . Et si vous le décidez, la France sera à vos côtés, comme une amie indéfectible, mais la France ne peut pas vouloir à la place de la jeunesse d’Afrique.  

Vous voulez l’unité africaine ?

La France le souhaite aussi.

 

Parce que la France souhaite l’unité de l’Afrique, car l’unité de l’Afrique rendra l’Afrique aux Africains.

Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est regarder en face les réalités. C’est faire la politique des réalités et non plus la politique des mythes.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est le co-développement, c’est-à-dire le développement partagé.

 

La France veut avec l’Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une politique d’immigration négociée ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en France et dans toute l’Europe avec dignité et avec respect.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur.

Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est préparer l’avènement de l’Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l’Europe et l’Afrique.

A ceux qui, en Afrique, regardent avec méfiance ce grand projet de l’Union Méditerranéenne que la France a proposé à tous les pays riverains de la Méditerranée, je veux dire que, dans l’esprit de la France, il ne s’agit nullement de mettre à l’écart l’Afrique, qui s’étend au sud du Sahara mais, qu’au contraire, il s’agit de faire de cette Union le pivot de l’Eurafrique, la première étape du plus grand rêve de paix et de prospérité qu’Européens et Africains sont capables de concevoir ensemble.

Alors, mes chers Amis, alors seulement, l’enfant noir de Camara Laye, à genoux dans le silence de la nuit africaine, saura et comprendra qu’il peut lever la tête et regarder avec confiance l’avenir. Et cet enfant noir de Camara Laye, il sentira réconciliées en lui les deux parts de lui-même. Et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes de l’humanité.

Je vous remercie.

23 juillet 2007

Financement occulte des partis : Délit en France, banalité en Afrique

lundi 23 juillet 2007.
Jacques Chirac
Jacques Chirac
Les acteurs politiques, la société civile, l’opinion publique et les magistrats du continent, doivent être attentifs aux propos tenus par l’ancien président français Chirac sur la transparence du financement en politique.

Le voir se débattre et chercher à contextualiser le financement occulte des partis et la gestion gabegique de fonds publics, devrait servir de leçon à tous. Ce qui constitue un délit en France, apparaît en effet chose banale en Afrique. Le temps est venu de prendre des mesures et de les mettre en application.

Le fait est sans précédent dans l’Hexagone : pendant plus de quatre heures, un ancien chef d’État a été entendu comme témoin assisté sur une partie de sa vie politique. Preuve que cela peut arriver à n’importe quel dirigeant, n’importe où, pour peu qu’on respecte les principes républicains. Chirac, lui, semble vouloir s’assumer. Devant le juge, il a tenu à déplorer l’inexistence, à l’époque, de textes qui auraient permis d’éviter des impairs. Ces pratiques de l’époque, les partis politiques de droite autant que ceux de gauche y recouraient. En les dénonçant aujourd’hui, après avoir passé douze ans à l’Élysée, Chirac conforte son successeur Sarkozy dans son option de la rupture.

Entendu pour avoir été maire de Paris de 1977 à 1995, et président du RPR de 1976 à 1994, il doit répondre de la rémunération frauduleuse de cadres du Rassemblement pour la république (RPR) par la ville de Paris et par des entreprises dans les années 90. Dans ce dossier ouvert en 2002, il peut être mis en cause pour « prise illégale d’intérêt et recel ou abus de biens sociaux », et subir ultérieurement une mise en examen entraînant un procès en correctionnelle. Son ex-adjoint, Alain Juppé, avait déjà été sanctionné pour un an d’inéligibilité.

L’ancien « môgô-puissant » de Paris est aussi sous le coup d’une autre menace : des emplois de complaisance accordés à des personnalités à son cabinet de maire de Paris dans les années 80 et 90. En revanche, Chirac a refusé de répondre à la convocation des magistrats à propos des faux listings de la société Clearstream. Selon lui, l’article 67 de la Constitution française et le principe de séparation des pouvoirs empêchent toute audition sur la période des mandats présidentiels. Dans son cas, cette période s’étend de 1995 à 2007.

Selon Chirac, la période qui l’interpelle a été marquée par l’insuffisance des contributions des adhérents des partis, et la nécessité de mobiliser des fonds pour pouvoir se faire entendre et participer au débat démocratique. Du fait de l’explosion des dépenses de communication et de publicité liées au développement des médias, appel a donc été fait à la générosité des particuliers, militants ou non, entreprises, budgets publics, etc. Chirac assure que malgré tout, « les responsables politiques de l’époque avaient agi avec probité et dans le souci de l’intérêt général ».

La situation dépeinte par Chirac relève du quotidien dans les pays d’Afrique où de véritables potentats font perpétuer le trouble et le laxisme dans la gestion des fonds. L’inexistence de vérificateurs omnipotents ou l’inadéquation des textes, rendent bien difficiles les tâches de contrôle et d’interpellation de ceux qui violent les principes républicains. Un terme doit être mis au printemps des partis-États. Ceux-ci meurent toujours lorsqu’agonise le régime alors en place. En cas d’alternance, l’opposition, en ce qui la concerne, généralement hostile à cette forme de gestion, assure le relais. Le parti, naguère malingre, prend subitement des proportions incroyables, preuve que le principe des vases communicants a toujours bien fonctionné entre le parti au pouvoir et les deniers publics et privés. Aux dépens de l’intérêt général.

Que n’a-t-on pas vu ? Occupations de bâtiments, domaines publics transformés en sièges de partis politiques, racket d’entreprises au profit exclusif du parti au pouvoir, services publics où des agents de l’État sont inquiétés, traqués et martyrisés pour avoir osé faire obstacle à l’usage abusif des ressources publiques, particuliers harcelés pour n’avoir pas contribué ou pas suffisamment, etc. Le plus souvent, les fonds recueillis sont gérés dans des conditions d’une opacité sans pareil. Jamais, même en cas de perte du pouvoir, nul ne rend compte au contribuable. Malgré la continuité de l’administration républicaine, ni les services d’inspection et de contrôle, ni la justice ne s’activent. C’est à croire que l’impunité arrange tout le monde. Jusqu’au simple militant qui fait fi de son devoir citoyen.

L’Afrique ferait pourtant un grand pas en avant si l’on adoptait et respectait des mesures de lois sur la provenance, la limitation des financements en politique et la transparence dans la gestion des partis. En liant par exemple le bénévolat, les œuvres charitables, les contributions des militants, des particuliers et des entreprises aux exonérations de taxes et d’impôts, et en publiant les contributions et leurs sources de manière à lever toute équivoque.

L’Afrique doit en finir avec les susceptibilités et les manœuvres d’intimidation et de diversion. Chefs de partis politiques, société civile, militants, citoyens, magistrats devraient regarder davantage ce qui se passe en France, au nom de la démocratie, de la transparence et de l’éthique en politique. Mais aussi, et surtout, dans l’intérêt de la république, de ce continent, et pour la postérité.

Source: Le Pays

18 juillet 2007

Affaire Norbert ZONGO : Aïcha Koné, le dernier suspect sérieux ?

mercredi 18 juillet 2007.
Aicha Koné
Aicha Koné
Séjournant à Ouagadougou à la faveur du concours Miss Burkina 2007, la Diva de la musique ivoirienne, Aïcha KONE, en accordant une interview à notre confrère Sidwaya dans sa parution du vendredi 13 juillet 2007, a dit sa part de vérité sur sa prétendue implication dans l’assassinat de Norbert ZONGO au grand déplaisir des "fabricants" des suspects sérieux.

La Diva de la musique ivoirienne Aïcha KONE ne se savait pas aussi importante au Faso pour que son nom et son image puissent être exploités par certains pour atteindre des objectifs inavoués. On s’en rappelle comme si c’était hier, des croisées et autres fabricants de "suspects sérieux" prétendant batailler pour que lumière soit faite sur l’assassinat de notre confrère Norbert ZONGO, dans une sorte de hystérie guidant leur affabulation l’avaient citée comme personnage non moins important de la fiction politico-policière construite pour leur cause.

Comme bien d’autres personnalités qui avaient une certaine aura nationale ou internationale et qui avaient été des cibles de ceux qui tenaient coûte que coûte à impliquer la responsabilité du régime en place dans cet assassinat odieux, Aïcha KONE devait jouer un rôle de premier ordre dans l’histoire à servir à l’opinion publique, ce qui y mettrait plus de piquant.

Mais vraisemblablement, la personnalité de la star qui fut élève du Maestro Boncana MAIGA ne collait pas à l’histoire si fait que la Commission d’enquête internationale (CEI) essentiellement composée des membres du Collectif dans lequel se recrutent ces fameux croisées et fabricants de "suspects sérieux" n’a trouvé nécessaire ou judicieux de citer à comparaître par devant elle la bien nommée. Ainsi, très vite comme baudruche, la machination ourdie contre la Diva juste pour "épicer" l’histoire a fait choux blancs et n’eût été sa récente venue au Faso, il faut se dire que personne n’y pensait encore même pas les auteurs de cette "salle histoire".

Toutefois après coup, le mal a été fait d’autant que ces gens qui se disent "amis sûrs" de Norbert ZONGO ont eu le temps de traîner son nom dans la boue de cette affaire. Une affaire rendue alambiquée par des "justiciers" qui ont peur de la justice et lui ont fourgué une histoire à dormir débout mais qui n’a pas résisté à l’analyse scientifique et aux faits.

Et alors, on ne peut s’empêcher de repenser à cette tentative d’empoisonnement de notre confrère, quelques temps avant son supplice à quelques encablures de Sapouy. Déjà-là, étaient ses "amis sûrs" qui lui ont fait partager leur repas non sans l’avoir auparavant assuré du risque zéro car l’homme était méfiant. Ne faudrait-il pas écrire la vraie histoire de cette "sale affaire" en situant en bonne place cet épisode de l’empoisonnement que l’on a volontairement couvert d’un voile opaque ?

L’histoire n’ayant pu être menée rondement comme le souhaitaient ses auteurs, il est à présent temps qu’ils montrent eux-mêmes pattes blanches plutôt que de continuer par des montages grossiers brouillant les pistes à divertir l’opinion et retarder l’éclatement de la vérité. En tout cas, ainsi que le dit un adage très populaire, le mensonge a beau courir, la vérité finira par le rattraper.

Et Aïcha KONE ne croit pas si bien dire lorsqu’elle laisse éclater son cœur en ces termes : "...J’ai été surprise de voir mon nom dans cette affaire et jusqu’à demain, je me demande comment est-ce que mon nom a pu être fourré là-dedans. J’en ai souffert..." En demandant à Dieu de ne pas la "laisser mourir sans découvrir la vérité", Aïcha exprime ainsi le vœu de nombre de Burkinabè qui ont aussi souffert des accusations gratuites à la limite des calomnies.

Tous ceux qui ont en son temps préparé savamment le lynchage médiatique d’Aïcha devraient être dans leurs petits souliers. La Diva n’a pas été citée par la CEI et plus tard, neuf ans plus tard, des six "suspects sérieux" soupçonnés dans la commission du crime, l’instruction judiciaire n’a pu rien retenir contre aucun d’eux. Ainsi, l’histoire prise par le mauvais bout peut difficilement trouver épilogue. Et nous revoilà à avant Sapouy pour nous dire qu’il y a d’abord eu Kaya !

Aujourd’hui, Sidwaya a donné l’occurrence à Aïcha KONE de s’exprimer sur cette affaire Norbert ZONGO dont on l’avait accablée pour rien. Elle est pour le moins, le dernier "suspect sérieux" qu’on n’avait peut-être pas encore entendu. Maintenant qu’elle dit n’être ni de près ni de loin impliquée dans cette affaire, il est temps donc que le Collectif fasse la battue dans son propre camp d’autant qu’on dit de ne négliger aucune piste.

Source: www.lefaso.net

13 juillet 2007

Côte d’Ivoire: L’Onu enquêtera sur l’attentat contre Soro

Le Premier ministre de la Côte d'Ivoire Guillaume Soro serre la main du Préfet Sam Etiasse, le 18 juin 2007, à Bouaké. (Photo : AFP)
Le Premier ministre de la Côte d'Ivoire Guillaume Soro serre la main du Préfet Sam Etiasse, le 18 juin 2007, à Bouaké.
(Photo : AFP)
Le gouvernement ivoirien a décidé de demander aux Nations unies la mise en place d’une commission d’enquête internationale sur l’attentat manqué de Bouaké contre le Premier ministre Guillaume Soro, le 29 juin dernier.

L'ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire) attend donc la demande officielle émanant du gouvernement ivoirien concernant cette commission d'enquête internationale. La demande sera ensuite envoyée à New York au siège de l'Onu. Dans le même temps, l'ambassadeur ivoirien auprès des Nations unies doit lui aussi transmettre la demande directement au Conseil de sécurité. Demande qui sera examinée par les juristes de l'Onu.

C'est à ce moment-là que seront précisées l'identité des enquêteurs, ainsi que leur prérogatives. Dans cette affaire d'attentat, il va falloir bien sûr faire appel à des experts balistiques, peut être aussi s'assurer du concours de l'Organisation de l'aviation civile internationale. Il va falloir également déterminer comment les enquêteurs de l'Onu vont collaborer avec les enquêteurs ivoiriens. Car une enquête nationale est actuellement en cours, confiée au procureur général près de la cour d'appel de Bouaké.

Au vu de cette procédure, le travail des enquêteurs internationaux ne devrait pas débuter avant plusieurs jours. Peut-être commenceront-ils par auditionner le Premier ministre ivoirien. Guillaume Soro a en effet déclaré à plusieurs reprises qu'il connaissait les auteurs de l'attentat, sans jamais les citer.

01 juillet 2007

Union africaine: Deux visions divergentes

Le colonel Kadhafi s'oppose au président Thabo Mbeki sur l'avenir de l'Afrique. (Photo : Reuters)
Le colonel Kadhafi s'oppose au président Thabo Mbeki sur l'avenir de l'Afrique.
(Photo : Reuters)

 

Le 9è sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des 53 pays membres de l'Union africaine (UA) a abordé, dès son ouverture dimanche à Accra, la création des «Etats-Unis d'Afrique», défendue par Mouammar Kadhafi. Un projet qui est loin de faire l'unanimité.

Les ministres des Affaires étrangères ont dénoncé de graves irrégularités de gestion de l'organisation et ont demandé des sanctions. Se pose par ailleurs la question de la succession d'Alpha Oumar Konaré à la tête de la Commission de l'UA. Il n'est pas candidat pour un autre mandat, mais il pourrait rester toutefois plus longtemps que prévu à la tête de la Commission, le temps de mettre en place les réformes.

Certains parlent de la bataille des éléphants. Le grand débat sur le gouvernement de l’Union, le thème officiel de ce sommet, va en fait opposer deux visions de l’avenir de l’Afrique. Celle incarnée par le colonel Kadhafi qui rêve des Etats-Unis d’Afrique, tout de suite sans attendre, et celle du Sud-Africain, Thabo Mbeki, qui prône le réalisme, une approche pragmatique basée sur la consolidation des ensembles régionaux.

Le bras de fer inquiète les plus hauts responsables de l’Union africaine. Un affrontement entre le colonel Kadhafi et Thabo Mbeki peut être dangereux pour l’organisation, affirme t-on, dans l’entourage d’Alpha Oumar Konaré. L’inquiétude est également manifeste dans de nombreuses délégations où l’on redoute les conséquences que pourraient avoir les débordements de langage du numéro un libyen. L’idéal serait que Kadhafi ne s’exprime pas, a même déclaré sous couvert de l’anonymat, un ministre.

Ce bras de fer va éclipser l’autre débat de ce sommet : celui du renforcement des institutions de l’Union africaine souhaité par le président de la Commission, Alpha Oumar Konaré, qui n’est pas candidat à sa succession. Il espère que les chefs d’Etats accepteront ses propositions : un mandat de sept ans pour le président de la Commission, doté de pouvoirs exécutifs plus importants.

 

Source: www.rfi.fr

 

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