20 septembre 2008
Présidentielle américaine: Et si les américains n’étaient pas prêts à se faire gouverner par un Noir!
Depuis l’enclenchement du processus électoral aux Etats-Unis avec les primaires dans les camps démocrate et républicain, la fièvre électorale américaine s’est exportée sur le reste du monde, tant le destin de ces six milliards de terriens semble aujourd’hui lié aux options politiques et mêmes aux caprices des occupants de la Maison Blanche. En Afrique particulièrement, les débats sur la présidentielle américaine font rage. Et pour cause, l’un des protagonistes de la présidentielle américaine en est originaire. Barack OBAMA, puisque c’est de lui qu’il s’agit, serait élu à une majorité à la soviétique si les élections se passaient en Afrique. Normal, la jeunesse africaine se projette en OBAMA qui incarne à suffisance le rêve américain. Mais, la réalité est là : les élections se passent aux Etats-Unis et je me pose la légitime question de savoir si les américains sont prêts aujourd’hui à se faire gouverner par un « Black ».
Par Ablo des AS

J’aimerais bien le croire, en tant qu’Africain de voir mon alter prendre les rênes du pays le puissant du monde mais la réalité du terrain semble toute autre : les américains ne seraient pas prêts à se laisser gouverner par un « noir », pas plus que les Français en 2007 n’étaient prêts à se laisser gouverner par une « femme ».
Comparaison n’est pas raison …
A l’époque, au plus fort de l’ascension dans les sondages de Ségolène ROYAL, certains analystes avaient relevé, entre autres atouts, le fait pour elle d’être du sexe féminin, belle de surcroît, et avec une aisance communicationnelle remarquable, tandis que d’autres n’ont pas manqué de relever que cet atout pourrait, en réalité être pour elle un handicap, du fait du « machisme légendaire des Français ». Cette raison subjective, si elle ne justifie pas la dégringolade brusque de Ségolène ROYAL dans les sondages, elle ne devait pas y être insignifiante. La suite, on la connaît : Ségolène ROYAL a perdu aux élections face à un Nicolas SARKOZY très controversé quant à ses options politiques, décevant ainsi l’espoir de tous ces assoiffés de changement pour une France si mal en point, l’espoir de tous ceux qui pensaient qu’une femme pouvait, en ce début de 21ème siècle, diriger la France.

Barack OBAMA n’est pas Ségolène ROYAL, mais tout comme celle-ci en son temps, la popularité soudaine de celui-là est due, je pense, beaucoup moins à sa maîtrise des enjeux de la politique américaine, qu’à sa couleur de peau et à sa volubilité, suscitant ainsi l’espoir chez les progressistes et les minorités. Du coup, la presse, en quête de sensationnel ou plutôt pour ne pas être taxée de raciste s’en mêle faisant donc d’OBAMA, sinon le messie, du moins une chance, un mythe… la personne idéale à même d’incarner le rêve américain, le changement. Mais, sur ces artifices créés par l’OBAMANIA, on en a fait plutôt une « rock star » dont la popularité semble s’émousser avec le temps, à l’approche de la présidentielle, à l’heure des débats sur des questions aussi délicates comme la crise économique et financière aux USA, la lutte contre le terrorisme, la crise dans le Caucase, etc.
Ce contexte, que d’aucuns estiment savamment orchestré par le camp républicain au pouvoir pour justifier une présidence forte durant le mandat à venir, tout comme « Bush aurait créé le 11 septembre pour justifier la guerre en Irak », semble être désavantageux à OBAMA au moment même où les USA viennent de commémorer le 7ème anniversaire de ce triste événement.

Aujourd’hui encore, soit plus d’un demi-siècle après l’affaire Rosa PARK, du nom de cette femme noire-américaine qui refusa, le 1er décembre 1955, de céder sa place à un homme blanc dans un autobus et qui se vit infliger une amende de 10 dollars (plus 4 dollars de frais de justice), les stigmates de la ségrégation raciale semblent subsister à cette apparente égalité entre Blancs et noirs au Etats Unis d’Amérique. J’ai bien peur que 40 ans après l’assassinat de Martin Luther KING, révélé alors par cette affaire, les USA ne me semblent pas prêts à se laisser gouverner par un « Noir ». On sait traditionnellement que pour être élu aux Etats Unis, il fallait être « Blanc, Anglo-Saxon et Protestant » (White Anglo-Saxon and Protestant : WASP). Aujourd’hui, les barrières semblent tomber mais ce n’est que de façade et OBAMA l’a appris à ses dépens lorsque, dans son propre camp politique, on avait fait ressortir ses origines musulmanes pour le mettre hors-jeu.
… mais Barack OBAMA semble sur la même trajectoire que Ségolène ROYAL.
C’est vrai qu’aux Etats Unis des outils de communication comme la télé, le cinéma, etc. ont tenté de faire briser les barrières des stéréotypes sur le « nègre » préparant l’opinion à une présidence black. Mais de là à croire que l’américain moyen, l’américain de base, celui-là qui « possède un calibre à la maison et qui apprend à son fils de 6 ans à tenir une arme… » serait prêt à se faire diriger par un « Black », c’est se laisser raconter un conte de fée.

Je ne veux pas passer pour un oiseau de mauvais augure. Je rêve aussi comme tous mes congénères qu’OBAMA accède au « bureau ovale », mais je crains fort que ce rêve prenne brutalement fin et laisse place à une désillusion, tout comme j’avais rêvé que Ségolène ROYAL remportât la présidentielle française. Hélas, les faits sont têtus et m’amènent à me rendre à l’évidence que les deux hommes politique, aux destins si divers, semblent sur la même trajectoire. Ségolène aurait perdu parce qu’elle est une femme, « un gadget électoral » comme l’avait caricaturée Jean Marie LE PEN, Président du Front National. Ma crainte est donc légitime quant à l’éventualité de l’échec de Barack OBAMA parce qu’il est un « Noir » et que les américains, si puritains, ne seraient pas prêts à « se souiller ». Excusez du peu.


De toutes façons, OBAMA ou MC CAIN, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Un américain reste un américain. A les entendre tous les deux sur certaines questions comme le conflit israélo-palestinienne je me demande vraiment si OBAMA est bien le messie qu’attend cette jeunesse africaine. D’ailleurs, que représente l’Afrique aux yeux de l’Amérique ? Pas grand-chose.

Par Ablo des AS
E-mail: ablodesas@gmail.com
10:23 Publié dans DIASPORA AFRICAINE, INTERNATIONAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : obama, présidentielle américaine
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