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22 novembre 2008

LA CRISE FINANCIERE ACTUELLE : CAUSES ET CONSEQUENCES SUR LES PAYS AFRICAINS

Le 22 ocotobre 2008, nous publiions sur ce blog l'analyse d'un économiste burkinabè sur la crise financière internationale. Dans cet article, le Professeur Taladidia Thiombiano, puisque c'est de lui qu'il s'agit, avait "décortiqué" la crise actuelle en situant ses causes, notamment sur les plans théorique, militaire et financier, avant d'en donner les conséquences sur les économies des pays développés et émergeants. Dans l'article suivant, le Professeur, comme promis, situe les causes et conséquences de cette crise sur les pays africains. Très édifiant. Lisez plutôt!

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par Taladidia THIOMBIANO, professeur à l’Université de Ouagadougou

 

Dans les analyses précédentes, nous avons montré les incidences de cette crise née aux Etats-Unis, sur les pays européens et asiatiques, notamment le Japon et la Chine. Les effets de cette crise se situent à un niveau mondial, puisque nous avons situé précédemment les liens que la finance russe a avec les banques américaines actuellement en difficultés. L’interdépendance des économies nationales fait qu’aucune économie n’est à l’abri. Bien que les autorités monétaires africaines et notamment celles de la zone franc semblent être optimistes quant aux conséquences néfastes de cette crise financière sur les économies de la région, nous pensons que c’est d’un point de vue strictement financier et à court terme. Dans la mesure où cette crise financière est en train de se muer en crise économique, il va s’en dire  que les conséquences seront assez dures pour les économies africaines très extraverties. Avant d’analyser les conséquences (2), nous allons examiner les caractéristiques de ces économies (1).

 

I- Les caractéristiques des économies africaines

 

C’est vrai qu’au plan financier, la plupart des banques africaines ne sont pas dans la haute finance internationale. Les titres ne sont pas cotés sur ces marchés car ces banques sont de petites unités caractérisées par un volume de transactions relativement faible. Ce sont essentiellement des banques de dépôts à court terme en provenance principalement des particuliers et surtout des salariés. C’est ce qui les met temporairement à l’abri de la présente crise financière internationale.

 

1.1.Situation économique d’ensemble

 

Il faut souligner d’entrée que la situation économique de l’Afrique au sud du Sahara n’est pas homogène. On distingue des pays à revenus intermédiaires ou émergents comme l’Afrique du Sud et le Nigéria, des pays à rentes pétrolières (Nigéria, Angola, RDC, Congo, Gabon, Cameroun), des pays à pluviométrie abondante et régulière (Afrique équatoriale), des pays sahéliens côtiers (Sénégal, Gambie, Guinée Bissao), des pays sahéliens non côtiers (Burkina Faso, Mali, Niger), des pays sahéliens non côtiers à rentes minières (Tchad, Niger) etc. On peut faire autant de croisements que l’on veut,  tellement les diversités sont grandes.

 

En fonction de ces diversités, les incidences de la crise économique internationale qui se profile à l’horizon ne seront pas ressenties de la même façon dans les différents pays. Il y a ceux qui auront accumulé les rentes pétrolières suite à la hausse des prix de ce minéral et ceux qui n’ont que des produits agricoles à l’exportation dont la hausse des cours a été plus modérée et partant, les réserves de devises sont plus faibles.

 

De façon générale, au cours des  trois dernières années, le taux de croissance du PIB de l’Afrique est resté autour de 5,8%. Ce taux a placé  le continent comme ayant eu la croissance la plus élevée à l’exception de l’Asie est et sud, de l’Inde et de la Chine. Dans l’ensemble, le taux a été légèrement supérieur à ceux de l’Asie occidentale (5,6%) et de l’Amérique latine et Caraïbe (5,2%) selon le Rapport de la Commission Economique pour l’Afrique 2008. Quant aux taux de croissance des pays développés, ils ont été inférieurs à 3%.

1.2.Caractéristiques des exportations

 

Dans nos analyses passées, nous avons expliqué que de façon générale, une crise financière conduit le plus souvent à une crise économique. Si tel était le cas, et il est fort probable qu’il en soit ainsi, les conséquences peuvent être désastreuses sur les économies africaines. La plupart de ces économies exportent des matière premières : produits minéraux (pétrole, gaz), produits miniers (cuivre, aluminium, or), produits agricoles (café, cacao, coton), et importent du matériel industriel, technologique et des produits alimentaires (produits finis, produits agricoles : riz,  blé etc.)

 

En 2007, tout comme au premier trimestre 2008, il y a eu une appréciation des cours des produits de base. La demande de pétrole a augmenté en 2007,  cela étant en partie dû à la Chine. Mais la hausse des prix n’est pas due seulement à l’accroissement de cette demande chinoise mais aussi à certains conflits et catastrophes naturelles (Irak, Nigéria, tempêtes  sur le Texas), et enfin aux spéculateurs. Les analyses de la Commission Economique pour l’Afrique (CEA 2008) montrent que les prix des minéraux (pétrole, gaz), des minerais (aluminium, cuivre) et métaux précieux (or, diamant) ont augmenté de 178% entre 2000 et 2006. Les hausses les plus importantes ayant été pour le cuivre (261%), mais aussi pour l’aluminium et l’or (Afrique du Sud, Burkina Faso, Mali). Notons que pour l’or, l’indice est passé sur base 2000, de 97,1 à 216,6 entre 2001 et 2006, soit  un coefficient multiplicateur de 2,23. En d’autres termes, les prix de l’or ont plus que doublé durant cette période. Ceci a constitué des profits inattendus pour tous les producteurs d’or et notamment un pays comme le Burkina Faso.

 

Pour les matières premières agricoles, la hausse des prix est restée beaucoup plus modérée que celle des produits du sous-sol. Le prix du coton  qui concerne le Burkina Faso a été très faible, passant de l’indice (base 100 en 2000) 81 en 2001 à 111,5 en 2008 avec de fortes fluctuations, notamment en 2002  où il a été de 78,1. Compte tenu de cette situation, quelles sont les capacités de résistance des économies africaines ?

 

II- Forces, faiblesses des économies africaines et conséquences de la crise

 

2.1.Forces

 

La plupart des économies africaines sont faiblement liées au système financier international en dehors d’un pays comme l’Afrique du Sud. Les mécanismes de financement mis en place sont souvent très rigides, en particulier dans l’espace de la zone franc. Le continent a surtout comme atout majeur,  la grande disponibilité de matières premières (pétrole, cuivre, uranium, or, etc.) et de ressources énergiques non polluantes (soleil, chutes d’eau).

 

2.2. Faiblesses

 

Ce sont des économies qui exportent essentiellement des matières premières ; de ce fait, elles sont très fortement exposées aux fluctuations des cours de celles-ci. La transformation permettant une plus grande valeur ajoutée est quasi inexistante.  Il y a peu de diversification des produits exportés. Par ailleurs, le commerce intra africain reste encore relativement peu développé avec une trop grande dépendance vis-à-vis des biens alimentaires, des financements et de la technologie venant des pays développés et émergents. Enfin, ces économies sont fortement liées au plan du secteur primaire, et notamment agricole aux aléas climatiques. Ainsi, les capacités de réponses des agriculteurs à une pénurie alimentaire sont réduites au regard de leur faible équipement et du bas niveau de productivité.

Un facteur très important est la faible disponibilité en qualité et en quantité des ressources humaines dans les secteurs de pointe pour impulser une dynamique économique. Cette situation pourrait s’aggraver avec la politique de l’immigration choisie  chère au président français, N. Sarkozy.

 

Tous ces facteurs montrent la trop grande vulnérabilité des pays africains et la nécessité d’avoir des réflexions plus approfondies. Quoi qu’il en soit, ce sont ces maux qui exposent le continent à un certain nombre de conséquences susceptibles d’accélérer les répercussions de ce qu’il convient présentement d’appeler la crise économique.     

 

2.3. Conséquences sur les économies africaines

 

A la lumière de ces forces et faiblesses, il apparaît très clairement que si la crise financière prenait des proportions plus importantes, au point d’être une crise économique généralisée comme la tendance  se dessine, les conséquences sur les économies africaines seront multiples. Nous ne partageons pas le point de vue de certains financiers qui considèrent principalement  la partie financière de la question pour conclure que les effets négatifs sur les économies africaines seront limités au regard de la situation des  banques africaines. 

 

En effet, malgré une injection massive de monnaie de la part des pays développés dans leurs économies, la consommation des ménages ne sera pas relancée rapidement, ensuite les entreprises qui sont déjà dans de mauvais états ne vont pas prendre le risque d’effectuer de nouveaux investissements, ce qui serait contraire  à la contraction de la demande de la consommation. Les injections massives actuelles de monnaie par ces états vont augmenter les déficits budgétaires et probablement l’inflation. Enfin, il se profile à l’horizon un accroissement du taux de chômage. En conclusion, les perspectives de relance de la production sont faibles à court terme. De là, il en résultera les conséquences ci après :

 

. Les premiers secteurs qui connaîtront des difficultés seront les transports (industrie aéronautique, constructeurs  d’automobiles). Les incertitudes des lendemains vont également amener les ménages à réduire leur consommation. Le résultat final de toute cette situation sera les licenciements massifs et l’aggravation de la crise financière au point de la conduire à une crise économique. La réduction de la production dans ces pays développés peut avoir comme conséquence un ralentissement de la demande des matières premières et une baisse de leurs prix. Il en résultera pour les pays africains:

a) une réduction des exportations et un accroissement des déficits des balances commerciales. Il y aura deux effets sous jacents :

*  la baisse des prix des matières premières ;

* l’aggravation des déficits budgétaires ;

b) une réduction de l’aide au développement des pays industrialisés afin de faire face à leurs propres sans emplois et autres ;

c) dans les pays les plus ouverts au marché international comme l’Afrique du Sud et le Nigéria, on pourrait voir des désinvestissements s’opérer. Toutefois, cela peut être compensé par la venue des pays émergents (Chine, Inde) ;

d) la baisse des taux d’intérêt pourra rendre plus disponible le loyer de l’argent, mais encore faudra t-il qu’il soit disponible pour les pays les plus pauvres comme le Burkina Faso ;

e) une réduction des tensions inflationnistes consécutive à la baisse du prix du baril de pétrole et à une bonne pluviométrie, tout au moins pour ce qui est de l’année 2008-2009.

 

En somme, malgré quelques résultats positifs qui pourront se dégager, les plans de lutte contre la pauvreté vont en souffrir. Le taux de chômage va augmenter. La croissance économique pourra être maintenue dans certains pays si la pluviométrie est au rendez-vous comme c’est le cas cette année. Toutefois, pour l’ensemble de l’Afrique et notamment pour les pays pétroliers, il est fort possible que l’on observe un ralentissement de cette croissance.

 

III- Les alternatives

 

Cette crise peut être un facteur très favorable pour les pays africains au sud du Sahara pour  initier de nouvelles stratégies de développement et de coopération.

 

3.1.Au plan de la stratégie de développement

 

Depuis les indépendances, la stratégie de développement de l’Afrique a consisté à commercialiser ses productions à l’état brut : produits de l’agriculture (coton, café, cacao, arachide),  gisements minéraux et miniers (pétrole, gaz, uranium, fer, or, etc.). De plus, elle a maintenu des relations économiques et politiques privilégiées avec l’ancien colonisateur, toutes ayant contribué à l’empêcher de diversifier ses partenaires commerciaux et technologiques. Le résultat a été un développement faible, une politique de main tendue perpétuelle, un système éducatif désuet ne sachant produire que des chômeurs et des révoltés ; et la crise actuelle risque d’aggraver cet état de fait si les nouvelles opportunités ne sont pas saisies. C’est le moment pour un pays comme le Burkina Faso de revenir avec beaucoup d’humilité  sur le slogan « consommons burkinabè ».  Ce que nous avons appelé dans l’hebdomadaire  burkinabè, L’Opinon « adorer ce que l’on a brûlé hier ». 

 

3.2.Les stratégies de coopération

 

Avec la bipolarisation  du monde au temps de la guerre froide, l’Afrique avait à choisir entre l’Est et l’Ouest. Dans les deux cas, cela a été un échec. Les anciens pays (Europe, Etats-Unis) sont essoufflés. Aujourd’hui, de nouveaux choix sont donnés au continent africain, notamment avec l’avènement de ceux que l’on appelle, les pays émergents : Chine, Inde, Brésil, Corée du sud, Taïwan, sans oublier la piste russe. Ces pays offrent de nouvelles perspectives avec des investissements massifs et de nouvelles technologiques assez variées.  Ils ont la capacité de résister plus à la crise en développant des stratégies de consommation intérieure au regard de leur forte population. Ils ont aussi suffisamment accumulé des réserves de devises au cours de ces dernières années pour continuer à investir massivement dans les gisements miniers  en Afrique. Les pays du Golfe ont aussi d’importantes réserves de devises, et la situation de faible rentabilité des capitaux dans les pays du nord peut les amener à chercher à investir en Afrique. Il s’agit là de quelques pistes que l’Afrique devra explorer et notamment un pays comme le Burkina Faso qui devra compter davantage sur la dynamique de sa diplomatie, les facilités garanties aux investisseurs et les réformes politiques fondamentales qu’il offre.

 

Mais, c’est surtout le génie créateur de sa population qui fera la différence et pour ce faire, des activités comme le FRSIT, le SIAO, le FESPACO, le CITO sont des cadres idéals pour l’attraction de ces investisseurs. Ces activités ne doivent pas être seulement de simples répétitions périodiques, voire des foires, mais des activités d’innovation, de promotion de l’invention que l’Etat devra encourager à travers des soutiens financiers importants. De leur côté, les banques devraient cesser d’être de simples caissiers pour participer effectivement au financement du développement national en accordant certaines facilités de crédit tout en tirant les leçons  de la crise financière que certaines d’entre elles ont connue dans les années 80, et plus près de nous, des subprimes aux Etats-Unis.

 

Conclusion  

 

A travers cet article, notre objectif a été surtout d’informer l’opinion des causes et conséquences de la présente crise et de situer les responsabilités des économistes et des politiques. Ce sont quelques réflexions qu’a suscité en nous la présente crise financière. Nous ne prétendons pas avoir abordé tous les aspects du problème,  nous avons essayé de montrer les incidences sur les économies africaines.  Au-delà de ces conséquences qui peuvent être dramatiques, nous avons indiqué qu’une mauvaise chose pouvait se transformer en une bonne chose, et c’est le cas de la présente crise que l’Afrique devra analyser et exploiter pour un véritable décollage économique. Il n’y a pas de place pour des hésitations et des lamentations incessantes, il faut chercher les  niches qui vont  propulser le continent dans le concert des nations émergentes.

 

Les réflexions sont ouvertes, quoi qu’il en soit, la politique économique est trop complexe pour être laissée entre les mains des simples politiques.

 

Par Taladidia THIOMBIANO,

Economiste,

Professeur à l’Université de Ouagadougou.

Commentaires

comment faire pour supprimer ce facteur déséquilibrant des systèmes financiers qui sévit dans les pays nationaux du monde peut -etre en élaborant des principes et statégies nécéssaire pour un meilleur équilibre dans les secteurs référenciels à production globale merci et à plus.......

Écrit par : essama arno | 24 novembre 2010

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les pays africains jamais a l'abrit de cette crise leur economie est et restera toujours entre les mains des occidentaux tant que ils se decident pas de se lever et une lutte sereine

Écrit par : Kabore Desire | 22 janvier 2011

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L'afrique peut pofiter de cette crise pour être économiquement autonome?

Écrit par : KUETE ERIC | 16 avril 2012

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