31 mars 2009

Présidentielle Guinéenne: cap sur le 13 décembre 2009

Source : lobservateur.bf (Article publié le 31 mars 2009)

dadis.jpg13 décembre 2009 ! Enfin une date pour la présidentielle en Guinée-Conakry ! Le CNDD, par la voix de son porte-parole, le capitaine Mandjou Dioubaté, l’a annoncé le 28 mars dernier. Soulagement tant au sein de la classe politique de ce pays, des syndicats que de la communauté internationale, qui a mis au ban la Guinée depuis que, le 23 décembre 2008, 32 officiers et sous-officiers se sont emparés du pouvoir suprême sur le cadavre encore chaud du général Lansana Conté.

En effet, que n’a-t-on pas entendu depuis cette prise du pouvoir par la force, mais sans effusion de sang (on oublie souvent de le souligner) ? Cinq jour après le putsch, le nouvel homme fort, le capitaine Moussa Dadis Camara, disait, lors d’une rencontre avec les syndicalistes et les politiques, ceci :

« Allez-y vous concerter et proposez-nous des projets de société et des dates pour les élections .. si nous vous imposons quoi que ce soit, vous allez dire que nous sommes des dictateurs.. »

Pourtant, quelques jours après, c’est cette même junte qui évoquait la perspective d’élections (lesquelles ?) pour 2010. Dadis et Cie tablaient sur une transition de 2 ans ; une éternité pour ce peuple, qui souffre le martyr et qui n’a jamais eu véritablement, depuis 50 ans, l’occasion de choisir librement les dirigeants qu’il veut, autant dire un peuple en quête du Saint-Graal.

Cette option s’est révélée inacceptable pour la communauté internationale, qui estime que plus vite le pays retournera à une vie constitutionnelle normale, mieux cela vaudra.

On comprend dès lors la polémique qui a entouré le choix du calendrier électoral et qui divise de nos jours les animateurs de la vie politique :pour les uns, notamment un groupe d’opposants composé de 8 formations politiques et de la société civile ,dont le chef de file est Sidya Touré, ex-Premier ministre et leader de l’Union des forces républicaines (UFR), la présidentielle est prioritaire par rapport aux législatives. Ce que n’entend pas de la même oreille Alpha Condé, le leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), qui a pris, lui, la tête de 11 partis politiques partisans du contraire.

Les militaires ont donc tranché. En février dernier, ils ont autorisé la reprise des activités des politiciens et des syndicalistes. Chapeau bas donc à ce fils de la Guinée forestière et à ses compagnons d’armes, qui réitèrent, chaque jour que Dieu fait, leur volonté de remettre rapidement le pouvoir aux civils et d’offrir leur expertise à la communauté internationale.

Une présidentielle détermine tout, car, une fois le président élu, la situation se décante et chacun se détermine. Ceux qui pensent que leur heure a sonné le savent, d’où les différentes gesticulations, ces derniers temps, des probables candidats.

Qu’ils s’appellent Alpha Condé, Sidya Touré, Laoseny François Fall, Celoun Dalein Diallo...,, chacun prétend avoir un destin national. Cependant, si l’on exulte à l’idée d’en découdre avec son adversaire, on le fait moins à la seule pensée de l’organisation de ce scrutin.

Dans un pays où les votes en trompe-l’œil n’avaient pas besoin de processus, les choses étaient faciles : le Parti de l’unité et du peuple (PUP) régnait en maître et Lansana Conté était chaque fois reconduit à la présidence ; l’opposition, atomisée, n’avait pour seule arme que le boycott.

Le 13 décembre 2009, si cette date est maintenue, ce sera toute autre chose, et si l’on demandait ce qu’il faut faire pour la réussir, on pourrait répondre qu’il faut les moyens, encore les moyens et toujours les moyens. La Guinée, « scandale géologique », est, de nos jours, un pays impécunieux et il faudra bien financer cette présidentielle. La communauté internationale, prompte à dicter ses oukases, doit impérativement délier les cordons de la bourse pour accompagner la fin de cette transition militaire.

Depuis un demi-siècle, il n’y a jamais eu de vrais scrutins en Guinée, surtout pas une présidentielle. Tout y est donc à faire : identification, enrôlement, confection des cartes électorales, formation de spécialistes des élections, achat de matériels..., bref, la Guinée doit partir de zéro, puisque c’est une nation novice en matière de vote.

Si donc la junte tient parole et que cette échéance a lieu à bonne date, l’Union Européenne, l’Union Africaine, les USA, la CDEAO ...devront donc être conséquents avec eux-mêmes, car on ne peut pas exiger de raccourcir la transition, le risque de bâclage étant en soi réel, et ignorer qu’un tel scrutin dans un environnement pareil a un coût que ne peut supporter la Guinée actuelle.

Ce serait une prime au maintien au pouvoir des partisans des raccourcis militaires, car entre une mauvaise élection source de tous les problèmes et un pouvoir bien que d’exception, le choix est souvent cornélien, surtout pour des populations qui n’ont pas encore expérimenté un vrai pouvoir civil de leur choix.

Ce samedi 28 mars 2009, le CNDD a encore montré qu’il est dans une posture d’arbitre d’une transition dont la fin a été choisie. Sous réserve que Dadis et ses compagnons commettent un parjure, ils viennent de mettre les politiciens de ce pays et la communauté internationale devant leurs responsabilités. A eux d’opter pour une présidentielle propre et acceptable ou pour la solution la plus défavorable.

Z.Dieudonné Zoungrana

Madagascar : le pied de nez de Marc Ravalomanana

Source : lobservateur.bf (Article publié le 31 mars 2009)

rava.jpgDepuis le 17 mars dernier, date de sa chute, l’homme avait disparu de la scène publique. On le disait réfugié dans une ambassade occidentale. Affaibli par le mouvement populaire mené par Andry Rajoelina et lâché par les militaires, Marc Ravalomanana avait dû démissionner, transférant le pouvoir à un directoire militaire, lequel s’était empressé d’en faire cadeau à son adversaire.

Deux semaines après sa chute, l’ex-président malgache a réapparu jeudi en Afrique du Sud, puis à Mbabane au royaume du Swaziland où s’est ouvert hier le sommet extraordinaire de la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe.

Ragaillardi par le mouvement de contestation contre le régime autoproclamé d’Andry Rajoelina, l’ex-président malgache n’a cessé de multiplier les appels à la résistance. « N’ayez crainte, je reviendrai bientôt. Nous serons réunis pour travailler pour la réussite », a-t-il encore déclaré, dans un message relayé ce week-end par son service de presse alors que ses partisans se rassemblaient dimanche pour un culte aux allures de meeting politique.

Hier lundi donc, Marc Ravalomanana a pris part à l’ouverture de ce sommet comme chef d’Etat en exercice, la SADC n’ayant pas reconnu le nouveau régime au pouvoir à Madagascar. Mises au ban de la communauté internationale depuis l’investiture, contestée, du maire d’Antananarivo, les nouvelles autorités malgaches n’avaient décidément pas besoin d’assister, impuissantes, à l’ouverture d’un nouveau front, ouvertement mené, cette fois, par Marc Ravalomanana lui-même.

« Je reviendrai bientôt », a promis l’ancien maître de la grande île à ses partisans, de plus en plus nombreux. Dans la capitale royale du Swaziland, il occupe de plein droit le fauteuil réservé à son pays et prendra, c’est sûr, une part active aux débats concernant la situation à Madagascar.

Reste à savoir si, à l’issue de cette rencontre au sommet, les chefs d’Etat de la sous-région prendront des mesures contre le régime d’Andry Rajoelina.

Si cela est le cas, on peut, dès maintenant, se demander à quoi pourrait bien aboutir ce nouveau bras de fer entre les deux hommes forts de Madagascar. Mais dans tous les cas, quoi qu’en dise Marc Ravalomanana, la réalité du pouvoir sur la Grande Ile est bel et bien dans les mains de son adversaire, l’ex-maire de la capitale.

Et aucun retour à la légalité constitutionnelle, appelé de tous ses vœux par l’opposition pro-Ravalomanana, ne pourra désormais se faire sans la bonne volonté d’Andry Rajoelina qui, comme son prédécesseur, se targue d’une légitimité populaire confirmée, à tort ou à raison, par la Haute Cour constitutionnelle.

H. Marie Ouédraogo

El Bechir et la CPI : Le jeu du chat et de la souris

Source : lepays.bf (Article publié le 31 mars 209)

elbechir.jpgLe président Omar El Béchir du Soudan semble peu préoccupé par les salves de la Cour pénale internationale (CPI), laquelle entend le juger pour crimes commis au Darfour. En effet, il multiplie les sorties, principalement en Afrique et dans les pays arabes, avec une incroyable audace dans la valise.

La rencontre au Qatar comme tous les foras vers lesquels il se précipite, sont, il est vrai, des opportunités à saisir pour plaider sa cause. Mais jusqu’à quand pourra-t-il ainsi défier la justice internationale ? A-t-il vraiment le choix et peut-il encore se racheter ? C’est véritablement à un jeu de cache-cache que l’on assiste entre le chef de l’Etat soudanais et ceux qui le traquent. Si l’aisance prédomine dans le camp présidentiel soudanais, la CPI elle, ne donne cependant pas le sentiment qu’elle dispose de moyens efficaces pour arrêter, juger et peut-être mettre en cage celui qu’elle accuse d’être le tortionnaire et principal bourreau des peuples du Darfour. Mais pourquoi El Béchir ne s’inquiète-t-il pas outre mesure ? Le chef de l’Etat soudanais sait que la CPI n’a pratiquement pas de moyens de coercition. Il multiplie donc allègrement ses sauts de carpe ou de puce, convaincu qu’il est pour l’instant de ne pas tellement risquer sa peau. Ses sorties lui permettent non seulement de s’expliquer auprès de tiers, mais encore d’élargir le cercle de ses appuis. En même temps, il doit songer à peaufiner sa stratégie de défense le cas échéant. Le président El Béchir a pleinement conscience de l’existence de courants contradictoires au sein de tous ceux qui sont partie prenante dans cette histoire. Il les a sans doute bien circonscrits tout au long de ces années de dialogue infructueux. Il est maintenant temps d’exploiter ces divergences. Par exemple, des fissures existent dans les rangs des pays occidentaux, principaux artisans de la CPI. Les Etats-Unis par exemple, n’ont jamais donné leur faveur à la création de cette Cour, par peur justement de voir un jour leurs citoyens poursuivis par des instances sur lesquelles ils n’exercent pas une réelle emprise. En outre, le Soudan qui recèle de riches gisements de pétrole, a récemment renforcé ses liens de coopération avec la Chine.

Certains pays occidentaux ne désespèrent sans doute pas de renverser un jour ce flux pétrolier qui a pris la direction de l’Est. C’est dire que dans les coulisses, les négociations doivent se poursuivre et El Béchir est mieux placé que quiconque pour savoir comment tirer ses marrons du feu. L’Afrique n’échappe pas à la règle : un pays comme l’Egypte vit certainement dans l’embarras. Même si Le Caire n’est pas toujours d’accord avec ce qui se passe, il doit se résoudre à un minimum de coopération avec le voisin soudanais. Il faut faire en sorte qu’il ne soit un jour tenté d’abriter opposants et autres groupuscules terroristes. Sans oublier que le Nil, fleuve mondialement connu, traverse le Soudan avant d’aller achever sa course en Egypte. Nul n’ignore son importance dans l’économie égyptienne, singulièrement pour la survie des populations. Irriter un voisin de la trempe de El Béchir, pourrait conduire à des excès dont les conséquences seraient tout simplement désastreuses. Par ailleurs, de tout temps, le continent s’est caractérisé par son manque de cohésion dans les prises de décisions. L’UA a pris sur elle d’intercéder auprès des Nations Unies en faveur du chef de l’Etat soudanais. Elle demande de surseoir aux sanctions. En véritable syndicat de chefs d’Etat. Serait-ce la contrepartie du refus renouvelé depuis quelque temps d’accorder la présidence de l’organisation continentale au président El Béchir ? En tout cas, la preuve est bien là que les chefs d’Etat africains se veulent solidaires de leur homologue. Aucun ne voudrait certainement d’un précédent susceptible de fragiliser le pouvoir jusque dans son dernier bastion. Fort curieusement, la position inconfortable du chef de l’Etat soudanais lui donne des atouts auprès de ses pairs africains obligés de porter sa croix. Ainsi, en est-il du président Khadaffi de la Jamahiriya libyenne populaire et socialiste qui s’échine à convaincre l’opinion que la CPI est le bras armé d’une nouvelle forme d’impérialisme. Mais cet appui quasi-inconditionnel ne peut que pousser à la faute. Certes, plusieurs dirigeants africains voient à travers la CPI l’empêcheur de brouter et d’occire en toute quiétude chez soi, les peuples sans défense étant à leur merci. Mais jusqu’à quand l’actuel chef de l’Etat soudanais espère-t-il courir ainsi ? Pense-t-il pouvoir défier longtemps la CPI et la communauté internationale ? Combien parmi ses soutiens tiendront-ils encore longtemps ? On sait que la justice internationale a la patience pour elle. Le traitement fait des dossiers de l’ancienne Yougoslavie en témoigne.

La CPI prendra le temps qu’il faudra pour l’épingler. Au président El Béchir d’alléger les charges qui pèsent contre lui. Nombreux sont tous ceux qui attendent encore de lui des gages, des efforts sérieux quant à la résolution définitive de la crise du Darfour. Il ne sert à rien d’expulser des ONG et des humanitaires ciblés, encore moins de multiplier les zones d’insécurité. Premier chef d’Etat en exercice à être interpellé par la CPI, El Béchir n’ignore point le poids de l’histoire et la responsabilité qui en découlent. Comme tous les gouvernants africains, il aurait tort de se croire au-dessus de la loi. Fût-elle internationale ! Il en est de même pour certains dirigeants de pays développés. On ne saurait ainsi exclure des chefs d’Etat occidentaux dont l’ex-président américain George W. Bush. L’opinion internationale et les militants des droits humains voudraient bien un jour les voir interpellés pour leur gestion controversée des relations internationales. A coup sûr, cela renforcerait les assises de la justice internationale.

"Le Pays"

30 mars 2009

Football – Eliminatoires Mondial 2010 : Bousculade mortelle au stade d'Abidjan

Source : rfi.fr (Article publié le 30 mars 2009)

Dix-neuf personnes sont mortes et 132 ont été blessées dans une bousculade au stade Houphouët-Boigny à Abidjan, avant la rencontre Côte d'Ivoire-Malawi qualificative pour le Mondial-2010 en Afrique du Sud.
Des supporters transportant une des victimes piétinées par un mouvement de foule au grand stade d'Abidjan, le 29 mars 2009. (Photo: AFP)

Des supporters transportant une des victimes piétinées par un mouvement de foule au grand stade d'Abidjan, le 29 mars 2009. 
(Photo: AFP)

Avec notre correspondant à Abidjan, Norbert Navarro

C’est un portail de fer à deux vantaux bloqués par des barres prises dans le mur d’enceinte du stade Houphouët-Boigny d’Abidjan. Deux mètres après le portail, à l’intérieur du stade, un escalier de 20 marches à présent jonchées de chaussures, de casquettes et maculées de sang.

Quand la foule a tenté de pénétrer dans le stade en prenant d’assaut cette sortie de secours destinée à l’évacuation des tribunes, ce n’est pas le portail qui a cédé, mais le béton dans lequel les barres de fer qui verrouillaient cet accès étaient prises.

Enquête

Les premiers rangs à s’engouffrer dans l’escalier ont alors été précipités vers le bas sur les marches puis piétinés par les suivants dans un irrésistible mouvement de foule. Bilan : 18 morts et 132 blessés selon Jacques Anouma, président de la Fédération ivoirienne de football, qui dément qu’un problème de double-billetterie ait été à l’origine du drame et qui confirme que les accès du stade sont homologués et conformes à la réglementation de la Fifa, la Fédération internationale de football.

Le gouvernement a demandé une enquête pour établir les circonstances de la bousculade et pour comprendre pourquoi la foule, plus nombreuse dehors que dedans, a pu approcher en masse l’enceinte sportive alors que les abords du stade étaient contrôlés par les forces de l’ordre.

28 mars 2009

Etat de la nation burkinabè : au-delà du discours et des rituels

Source : fasozine.com (Article publié le 26 mars 2009)

Image
Tertius Zongo

Costume gris bien mis, cravate rouge perlée de fines rayures bleues foncées, impeccablement nouée, le Premier ministre du Burkina, Tertius Zongo, était incontestablement dans son élément, alors qu’il prononçait son discours sur la situation de la nation. On connaissait l’homme pour son aisance oratoire, son sens du détail et son art consommé de la pédagogie, cherchant à montrer et à démontrer plutôt qu’à imposer et à pérorer… On savait que devant n’importe quel micro, Tertius Zongo a le don de sublimer les mots, d’emballer son auditoire, de convaincre, argument après argument, exposé de faits après résultats tangibles, explications de texte après situations cornéliennes… - on savait, dis-je – que l’arme fatale de cet animal politique est et demeure le verbe. Mais aussi l’action!

Là, devant les députés de l’Assemblée nationale, et alors qu’il se livrait à cet exercice, pardon, à ce devoir constitutionnel pour la seconde fois depuis qu’il occupe les fonctions de Premier ministre, Tertius Zongo est resté fidèle à lui-même. On ne peut plus détendu, devisant même gaiement, juste quelques minutes avant le grand oral, avec Cécile Beloum, ministre chargée des Relations avec le parlement, le chef du gouvernement a attaqué, d’emblée, en prenant le crachoir, sur la forme de l’événement qui rassemble, le gouvernement et la représentation nationale.

«C’est avec un engagement renouvelé et une humilité intense que je me présente une fois de plus devant votre auguste Assemblée pour sacrifier à ce rituel républicain qu’impose la Constitution, et dresser un bilan de la gestion des affaires de la nation au cours de l’année écoulée», a notamment précisé Tertius Zongo. Non sans avoir, au préalable, affirmé, la main sur le cœur, «qu’au-delà de l’exigence constitutionnelle qui me conduit devant vous, le plaisir est mien de soumettre le gouvernement à l’obligation de rendre compte de la gestion des affaires publiques».

Le plaisir était du reste là, tout au long des presque trois heures que le Premier ministre a tenu le crachoir. Se refusant de ranger ce «discours» dans le tiroir des «rituels routiniers que l’on s’impose simplement pour satisfaire à des habitudes ou à un jeu de symboles», l’orateur du jour s’est attelé à développer, avec enthousiasme et réalisme, la photographie instantanée du Burkina, tel qu’il marche aujourd’hui, tel qu’il boitille encore, et tel qu’il rêve de le projeter dans la lumière tamisée des espoirs de demain. Et s’il a commencé à évoquer, dans son adresse, les chiffres de la méningite, dont l’épidémie, «malheureusement récurrente», continue de frapper douloureusement notre pays, Tertius Zongo n’a pas occulté les crises alimentaire, énergétique et financière, les cadrant bien dans un contexte international préoccupant.

Au-delà du rituel et par-delà le discours, le Premier ministre a certainement su, avec panache, visiter allègrement les différentes strates de la nation, se réjouissant de tel résultat ici, s’amendant parfois de telle insuffisance, pour, enfin dégager l’essentiel de ce que son pinceau a saisi, le temps de cette nouvelle année à gérer les affaires du pays.

Et si je fais foi aux conclusions du chef du gouvernement, je dirais que dans l’ensemble, et sous son microscope, la démocratie se raffermit au «pays des Hommes intègres», tandis que la croissance économique, «malgré une légère accélération, n’a pas suffi à faire reculer la pauvreté». De même, constate le Premier ministre, «en dépit des graves crises, l’observation d’une gestion judicieuse nous a permis de faire face en grande partie aux besoins pressants des populations», et «la réforme de l’Administration et de l’Etat connaît des avancées, malgré des tares à corriger par l’instauration du civisme administratif». Tertius Zongo affirme également que «les efforts consentis pour la réalisation d’une sécurité humaine durable sont bien perceptibles», et que «le Burkina Faso a enregistré des mérites en matière de promotion des droits humains, de la sécurité publique et des libertés». Il note par ailleurs que «la mondialisation et l’intégration économique régionale demeurent des opportunités encore insuffisamment exploitées», mais que le Burkina Faso apporte «une contribution appréciable à la consolidation de la paix et de la sécurité aux niveaux régional et international».

Il reste que la docte lecture du Premier ministre sur les avancées, les stagnations, voire, parfois, les reculs de nos processus démocratique et de développement, s’oblige à l’autocritique gouvernementale et la critique populaire, afin que des actions hardies soient toujours initiées, pour réduire davantage, la fracture perceptible de la confiance entre gouvernants et gouvernés. Tertius Zongo a déjà deux armes redoutables pour parvenir à réconcilier la parole avec l’action: l’exigence de rigueur et de bonne gouvernance, d’une part, ainsi que l’obligation de résultat, d’autre part, qu’il s’est imposées comme méthode et ligne de conduite. Je ne lui ferai donc pas l’injure de le renseigner qu’après le charme du discours, les populations, qui valsent entre espoir et désespérance, attendent beaucoup de le voir sublimer l’élégance de l’action…

27 mars 2009

Présidentielle ivoirienne : il ne faut pas compliquer le travail du facilitateur

Source : lobservateur.bf (Article publié le 27 mars 2009)

Au fait, depuis le conclave de Pretoria et l’Accord politique global de Ouagadougou, combien de fois a-t-on annoncé la date de la présidentielle pour la reporter sine die ? Si les mois qui ont suivi le 4 mars 2007, date de la signature de cet accord, les protagonistes essayaient d’avancer des dates relatives à cette échéance capitale, conditionnée bien sûr à l’avancée du processus, aujourd’hui, l’antienne serinée à chaque CPC ou CEA est qu’il faut éviter de cultiver le fétichisme des dates, car « si date il y a elle n’est pas contractuelle » pour reprendre les propos du président de la CENI ivoirienne, Robert Mabeu Beugré.

N’empêche, ils sont nombreux à vouloir de cette date « dead line ». C’est ainsi que cette semaine, de jeunes Ivoiriens ont entamé une grève de la faim pour exiger qu’une date de la présidentielle soit arrêtée une bonne fois pour toutes, faute de quoi, ils se laisseront mourir de faim. Il n’est pas jusqu’à Didier Drogba, la star du football, qui n’exige que cette élection ait lieu et fissa ! Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, lui, se montre « pessimiste » face à ces reports à n’en pas finir.

Mais, au-delà de ce fait divers des grévistes de la faim et des souhaits des uns et des autres, on a de plus en plus la vague impression que personne, à commencer par les présidentiables, ne veut de cette élection. Car autant dans les meetings et les déclarations chacun des protagonistes se montre impatient d’en découdre avec les autres, autant, paradoxalement, Gbagbo, Ouattara, et tous les autres à l’exception de Bédié peut-être se pressent lentement.

Par exemple, un Laurent Gbagbo est dans le beau rôle, puisque tant qu’il n’y a pas d’élection qui ait désigné son remplaçant, il n’est pas question qu’il parte, et dans la foulée, il aura eu pratiquement deux mandats même si c’est un règne sous tambouille permanente ; le Premier ministre, Guillaume Soro, a de quoi boire son petit lait, car le statut quo l’arrange et il a le temps, à 34 ans, de voir venir et de renforcer sa carapace politique.

Cependant il serait opportun que ce qui s’apparente à un serpent de mer voie le jour au plus tard fin 2009. Pour des raisons pratiques concernant le facilitateur : après cette date, Blaise Compaoré lui-même sera candidat à sa propre succession pour la dernière fois ( ?) et sera donc retenu par cette tâche combien contraignante.

En effet, même si l’issue de cette présidentielle de 2010 ne fait pas de doute, « le militant émérite du CDP » devra, pour la forme, mettre la main au cambouis, c’est-à-dire tourner dans les 13 régions, tenir des jamborees, serrer des mains ...bref il aura ses chats à fouetter.

En outre, il y a le Togo, dont la fréquence des visites des premiers responsables au Burkina n’est pas anodine, qui sera aussi en année électorale en 2010. Ce n’est pas l’entente parfaite entre le RPT, au pouvoir, et l’UFC, dont le leader charismatique, Gilchrist Olympio, participera, là véritablement, à sa première présidentielle.

Maître d’œuvre de l’Accord politique dans ce pays aussi, le Président du Faso sera sollicité. Si on y ajoute une présidentielle en Côte D’ivoire, ça complique la tâche du facilitateur, et il faudra bien le libérer pour qu’il s’occupe de ses affaires internes, car tout capitaine à la retraite qu’il est, « le faiseur de paix burkinabè » ne saurait se déployer sur tous les fronts.

Par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

lobservateur

Nicolas Sarkozy : L’Afrique, ce n’est pas vraiment sa tasse de thé

Source : lobservateur.bf (Article publié le 27 mars 2009)

Pour la quatrième fois, Nicolas Sarkozy a foulé le sol africain, hier jeudi 26 mars 2009, en sa qualité de président de tous les Français. Ses trois premières tournées africaines l’avaient notamment conduit au Sénégal, au Gabon (juillet 2007), au Tchad, en Afrique du Sud (février 2008)…toujours au pas de charge.

Pour sa dernière sortie en date, les deux Congo et le Niger sont concernés par la visite présidentielle. Sarkozy, lors de son voyage inaugural sur le continent noir, entaché d’ailleurs par une escale libyenne avait littéralement raté le coche. En effet, du discours stéréotypé livré à l’université Cheick Anta Diop de Dakar par l’homme pressé à l’épilogue gabonais, la randonnée sarkozienne a maladroitement entamé la rupture avec les travers de son prédécesseur à l’Elysée, Jacques Chirac. En février de l’année dernière, Sarko s’est permis une session de rattrapage par un speech qui célèbre un partenariat somme toute décomplexé entre la Métropole et ses anciennes colonies d’Afrique.

Congo (Kinshasa), Congo (Brazzaville) et Niger constituent d’autres étapes de cet examen de passage de Sarkozy. Sur la République démocratique du Congo (RDC), où il est arrivé jeudi dans la matinée, le premier des Français avait jusque-là « une nouvelle approche » du conflit du Kivu (est). Nicolas Sarkozy avait à l’occasion prôné « un partage de l’espace et des richesses », minières cela s’entend, entre l’ex-Zaïre et le Rwanda voisin.

Son séjour a donc permis d’atténuer la fièvre patriotique, par une mise en avant des vertus de l’intangibilité des frontières et des dividendes de la paix. Devant un parlement tout ouïe, Sarkozy a tenu un discours flatteur, prudent, évoquant discrètement les questions de bonne gouvernance. Morceaux choisis : « Votre souveraineté ne peut plus être bafouée (…) Vos richesses ne peuvent plus être exploitées dans la grande illégalité ».

A Brazza, il s’agira d’apporter en sourdine un soutien à Denis Sassou Nguesso, qui a maille à partir avec son opposition, divisée. Entre les deux hommes, il sera question de transparence mais aussi et surtout de business. Au pays de Mamadou Tandja, le Niger, la brève escale qui boucle la virée de « Sarkozy l’Africain » mettra au centre des échanges la rébellion touareg et la constitution. Mais le gisement d’uranium d’Imouraren sera surtout un sujet que les deux chefs d’Etat ne manqueront pas d’aborder.

Pour l’essentiel, le passage éclair (36 heures) de Sarkozy dans les trois pays cités met l’accent sur la paix, la démocratie et la rénovation des liens avec le continent africain. En filigrane, il faut voir à travers les trois Etats, dans l’agenda du président de la France une préoccupation ni plus ni moins économique.

La tournée de Nicolas Sarkozy chez les Africains a lieu à un moment où certains groupes français connaissent de véritables problèmes. C’est, entre autres, le cas du groupe Bolloré dans le domaine de la gestion portuaire en Afrique. Le mari de Carla Bruni, en déboîtant en Afrique, veut montrer à la face du monde que la France n’est pas du tout insensible à ses investissements dans cette partie du globe.

Loin de là, puisqu’elle n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts. Chaque fois que l’actuel locataire de l’Elysée se rend en Afrique, il ne faut donc pas s’étonner qu’il s’intéresse exclusivement à des entités ciblées, et cela, au pas de course. Cela conforte tout simplement nombre d’observateurs de la scène politique qui pensent que le berceau de l’humanité, à vrai dire, n’est pas sa tasse de thé. S’il vient chez les Noirs d’Afrique, c’est parce qu’il n’a pas tellement le choix. Comme ses prédécesseurs, il ne fait que sacrifier à une tradition.

D. Evariste Ouédraogo

lobservateur

26 mars 2009

RDC : on a dévitalisé Vital

Source : lobservateur.bf (Article publié le 26 mars 2009)

Ils ont finalement eu sa peau. Après avoir fait de la résistance pendant quelques jours, le vibrionnant Vital Kamerhé, président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC), a fini par jeter l’éponge, en démissionnant du perchoir hier dans l’après-midi. « Je vous prie d’accepter ma démission sans débat ni vote », a-t-il demandé aux députés. En réalité, il faut avouer que les carottes étaient d’autant plus cuites pour lui que, selon le porte-parole du gouvernement, le projet de motion de sa déchéance avait été approuvé par plus de 300 des 500 membres de la représentation nationale.

 

« Kamerhé, le Macky Sall Congolais », tel était d’ailleurs le titre de notre « Grille de lecture » que nous avons publiée dans notre édition datée du 20 mars 2009. Nous faisions ainsi le parallèle entre le sort qui fut celui du président de l’Assemblée nationale sénégalaise, débarqué sans autre forme de procès par le Parti démocratique sénégalais (PDS) pour cause d’opposition frontale avec les Wade père et fils, et les ennuis politiques du président du Parlement de la RDC.

Depuis quelques jours en effet, Vital Kamerhé était l’objet de pression de la part de Joseph Kabila et de ses fidèles pour le faire quitter le perchoir. A l’origine de ses tuiles politiques, son opposition ouverte à la décision du président Kabila, de laisser des milliers de soldats rwandais pénétrer en RDC.

Le 20 janvier 2009, en effet, les armées rwandaise et congolaise avaient lancé une opération conjointe dans la province du Nord-Kivu contre la rébellion congolaise du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, mais aussi contre les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), réfugiés en RDC depuis le génocide au Rwanda de 1994.

Aujourd’hui, les troupes de Paul Kagame ont déjà quitté le Congo, mais la plaie est restée béante entre Kabila et son ancien ami. Et depuis, les députés de l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP) réclamaient la tête du président de l’Assemblée nationale, accusé d’avoir proféré de graves déclarations qui ont affecté la « sécurité et la cohésion nationales ».

Il faut dire que l’étau s’était resserré davantage autour du pauvre Vital qui n’avait peut-être d’autre choix que de rendre le tablier, même si en réalité il n’a commis aucun péché irrémissible. Quoi de plus normal, en effet, en bonne démocratie, que le législatif qui vote la loi, consent l’impôt et contrôle l’action gouvernementale veuille voir clair dans les faits et gestes de l’exécutif.

A cause justement de ces rébellions, les relations entre Kigali et Kinshasa s’étaient dangereusement détériorées. Mais les deux capitales ont récemment fini par pactiser pour nettoyer au karcher le Nord-Kivu. Et le jeune Kabila n’avait pas envie de rendre compte à qui que ce soit, fût-il président de l’Assemblée nationale.

En fait, ce dossier n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le fleuve Congo dans la mesure où beaucoup estimaient que le tenant du perchoir gagnait en popularité. Il y a aussi eu cette histoire du bureau de Kamerhé que Kabila est venu squatter à l’Assemblée nationale. C’est bien connu, qui veut noyer son chien l’accuse de rage et en l’espèce, Kabila fils avait fini par insupporter son fidèle Kamerhé dont la popularité n’était d’ailleurs pas pour lui plaire.

En se débarrassant d’un homme politique qui aurait pu lui faire de l’ombre, et qui aura à présent forcément beaucoup de mal à rebondir, le président congolais écarte ainsi un possible adversaire de l’intérieur. Tout semble donc procéder de règlements de comptes politiques de bas étages comme on en voit souvent sous nos tristes tropiques.

Après Macky Sall et Vital Kamerhé, à qui sera le tour prochainement ? En tout cas, l’éviction spectaculaire en quelques mois de ces deux personnalités sonne comme une mise en garde adressée à tous les occupants de perchoir qui voudraient s’affranchir de la tutelle de leur mentor qu’ils feraient bien de rester les béni-oui-oui qu’ils sont à la tête de simples chambres d’enregistrement, juste bon pour satisfaire les petits et grands désirs du chef.

Pour emprunter le jargon aux chirurgiens dentistes, nous pouvons dire qu’en obtenant la démission de Vital Kamerhé, Joseph Kabila et les siens l’ont « dévitalisé »(1). Il perd ainsi une partie de son influence sociale, politique et financière. Difficile de rebondir dans ces conditions.

Autre lieu, autres mœurs. Ce n’est pas ici en tout cas au Burkina Faso qu’on verrait un Roch Marc Christian Kaboré, président de l’Assemblée nationale, se piquer de velléités indépendantistes vis-à-vis du grand Sachem de Ziniaré, Blaise Compaoré. Pour avoir simplement prétendu être chef de terre, nous savons ce qui est advenu à l’un de ses prédécesseurs au perchoir.

San Evariste Barro

 

lobservateur

CHINE/ DALAI LAMA : La confrontation se déporte en Afrique

Source : lepays.bf (Article publié le 26 mars 2009)

Le Dalai Lama n’est pas seulement un sujet de discorde entre la Chine et l’Occident. L’Afrique vient aussi de s’inviter dans ce duel à distance entre Pékin et le chef religieux tibétain. L’Afrique du Sud n’a pas en effet échappé aux pressions que la Chine exerce systématiquement sur tout pays ayant décidé d’accueillir le Dalai Lama. La conférence sur le football et la paix vient ainsi de pâtir de cette rivalité, parce que la polémique enflait sur cette affaire de visa refusé au dignitaire religieux tibétain. De nombreuses personnalités conviées, dont les prix Nobel Desmond Tutu et Frederick De Klerk, avaient en effet conditionné leur participation à celle du Dalai Lama. Sentant venir le fiasco, l’Afrique du Sud a purement et simplement reporté la conférence. A cause de l’orgueil politique d’un pays, une réunion dont l’importance n’est plus à démontrer, est ainsi annulée. On connaît en effet le rôle du sport et du football en particulier dans la promotion de la paix et de la tolérance.

Certes, le football a souvent charrié de mauvais comportements, les stades devenant des champs d’expression de la violence ou du racisme. Mais cette discipline, par sa popularité, représente un atout et le défi est de transformer ses effets négatifs en vertus. Et qui mieux qu’une personnalité adepte de la non-violence, comme le Dalai Lama, peut traduire ce message de paix aux sportifs, au public et aux dirigeants ? La Chine vient une fois de plus de prouver sa capacité à peser sur les choix politiques et diplomatiques de n’importe quel pays du monde. Très peu sont ceux qui lui résistent. Pas même les pays développés, qui sont obligés de faire profil bas dans le dossier tibétain, pour ne pas s’attirer les foudres de Pékin.

C’est que la Chine dispose d’arguments très convaincants et imparables. Elle met sur la balance de ses relations, le choix entre le Dalai lama et les juteuses affaires. Aucun Etat, surtout par ces temps de crise mondiale, n’hésitera entre les investissements ou les achats chinois et l’accueil d’une personnalité dont les retombées escomptées sont incertaines. L’Afrique du Sud a donc vite fait son choix, aussi embarrassant soit-il. Avec des échanges estimés à 10 milliards de dollars en 2008, l’Afrique du Sud est le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique. Pour rien au monde, le pays n’agirait dans le sens de perdre cette position privilégiée. D’autant que les Etats n’ont que faire des sentiments ; seuls les intérêts comptent. Le Tibet n’est qu’une facette des problèmes de conscience que la Chine pose aux pays démocratiques. Sur les questions des droits de l’homme, l’Occident est aussi contraint de fermer les yeux sur certaines dérives chinoises. Il en est de même de la question taiwanaise.

Isolée diplomatiquement par Pékin, l’île a du mal à rayonner sur le plan international en dépit de ses performances économiques exceptionnelles et d’une pratique démocratique bien ancrée. Depuis son émergence au rang de puissance économique, la Chine a donc les moyens d’imposer son diktat au monde, sur les questions qu’elle juge relever de sa souveraineté. L’Occident n’a pas résisté à ce rouleau compresseur, l’Afrique du Sud encore moins.

Par Mahorou KANAZOE

25 mars 2009

Madagascar : De bien frêles épaules pour une si grande île

Source : lobservateur.bf (Article publié le 25 mars 2009)

Il est arrivé au pouvoir par la force, contraignant ainsi à la démission Marc Ravalomanana, dans un bras de fer en pleine rue. Il, c’est bien sûr Andry Rajoelina, le surnommé « TGV », l’homme fort de Madagascar, qui a prêté serment le samedi 21 mars dernier, devant une foule de 40 000 personnes, au stade municipal de Mahamasina.

A 34 ans, celui qui était maire d’Antananarivo devient le président de la « Haute autorité de la transition » malgache. C’est de l’euphémisme, le jeune est chef d’Etat ! Mais à peine a-t-il pris les rênes du pouvoir qu’il fait face à des manifestants dans la… rue (3000 personnes partisanes de Marc Ravalomanana), qui protestent contre son accession au trône malgache.

Cette contestation de l’intérieur est renforcée par l’ire de la communauté internationale. L’Union africaine a décidé de suspendre Madagascar de ses instances ; le Conseil de paix et de sécurité de l’organisation a dénoncé une prise de pouvoir qu’il juge anticonstitutionnelle. Pour les Etats-Unis, c’est une situation « non démocratique », et ils pourraient revoir leurs relations avec la Grande Ile. Voici le nouveau président malgache entre la rue, d’où il a tiré sa force, et la communauté internationale qui durcit le ton.

Une double contestation donc qui ne manquera pas d’ébranler le pouvoir d’Andry Rajoelina. Ce jeunot s’est donné deux ans pour, dit-il, travailler à la bonne gouvernance. Réussira-t-il vraiment à asseoir une quelconque légitimité de son pouvoir ? Rien n’est moins sûr. Car il y a beaucoup à faire. Les manifestants pro-Ravalomanana qui ont investi par milliers le parc d’Ambohijatovo le 23 mars dernier vont donner du fil à retordre au nouvel homme fort de Madagascar.

Et c’est parti pour un cycle de bras de fer. Andry Rajoelina va-t-il se risquer à interdire cette déferlante de la rue, lui qui prétend gérer démocratiquement le pays ? En tout cas, il est attendu au tournant, sur la place de la Démocratie, symbole de la lutte pour la liberté d’expression, et qu’il a lui-même « inaugurée » il y a deux mois.

Ironie du sort ! Laisser les partisans de l’ancien chef d’Etat, Marc Ravalomanana, s’exprimer librement dans la rue, c’est courir le risque de voir son pouvoir torpillé ; les en empêcher, c’est provoquer, à coup sûr, une guerre civile. Ce qui n’est pas bien pour son image, déjà écornée du fait de cette prise de pouvoir illégale.

Pire, un affrontement entre les deux camps plongerait la Grande Ile dans une grave crise. C’est donc comme un retour à deux mois en arrière qui se profile à l’horizon. Assurément, avec la contestation de la rue, le plus dur commence pour Andry Rajoelina qui prétend être plus démocrate que Marc Ravalomanana qu’il a tombé. S’il veut en tout cas réussir la transition dont il a pris la direction, notre ancien DJ doit jouer maintenant au trapéziste avec le poids de la grande île sur ses frêles épaules.

Par Agnan Kayorgo

lobservateur

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