29 mai 2009

Somalie : Chronique d’une guerre oubliée

Source : lobservateur.bf (Article publié le 29 mai 2009)

C’était depuis 1991. Aujourd’hui, cela fait 18 ans que dure cette guerre civile en Somalie, qui ne cesse de faire des ravages, détruisant les bases vitales de la population sans que vraiment ces grands messieurs de la Communauté internationale ne s’en émeuvent outre mesure. Et pourtant, ce pays situé à l’est du continent et qui se trouve sur la côte la plus longue d’Afrique avec ses 2720 km est, de par sa position géostratégique, d’un très grand intérêt pour les puissances étrangères.

Est-ce pour profiter au mieux de cette position idéale et des grandes ressources dont est crédité ce pays que les grandes puissances laissent faire afin que la Somalie se désagrège totalement ? Toujours est-il que, depuis la destitution du président Mohamed Siad Barré le 26 janvier 1991, suivie de la déclaration d’indépendance du nord du pays, le Somaliland, la Somalie est l’exemple achevé d’un Etat failli qui, selon le politologue John Mason, est défini comme ne pouvant plus faire face au critère crucial de la souveraineté nationale : la capacité à pacifier les territoires nationaux et à assurer la protection des populations qui vivent à l’intérieur des frontières.

Bref, la Somalie est un Etat effondré parce qu’il ne remplit plus les fonctions régaliennes d’un Etat qui sont : la sécurité du territoire par la constitution d’une armée ; la sûreté de ses habitants par la constitution d’une police ; l’édification et l’imposition du droit, à travers un ensemble de législations stables et un système judiciaire ; la mise à disposition d’une monnaie commune à tous les agents économiques.

Et depuis ce temps, les écoles, les marchés, les hôpitaux et autres infrastructures sont la cible quotidienne des bombes des différentes milices antagoniques. A ce jour, dit-on, seuls 8% des enfants en âge d’aller à l’école arrivent à suivre des cours entrecoupés de tirs de roquettes.

Les autres enfants sont, quant à eux, mobilisés pour l’effort de guerre. Et comme un malheur ne vient jamais seul, une sècheresse catastrophique s’y est invitée. Depuis 1998, 4 millions d’âmes sur les 12 que compte le pays ont déjà émigré dans le monde entier. Et depuis 1997, plus d’un million de personnes ont dû fuir les villages pour se retrouver dans des camps de réfugiés.

Et comme il n’y a plus d’Etat, les côtes somaliennes, naguère si riches en fruits de mer de toutes sortes et si prisées des touristes sont devenues des no man’s land où sont de nos jours déversés les déchets toxiques de toutes sortes et où opèrent de puissants groupes maffieux. Cependant, à bien d’égards, cette situation chaotique reste le reflet de l’impuissance ou du manque de volonté de la communauté internationale.

En effet, vu le désordre ambiant dans cette partie du monde, les Nations unies, à travers de multiples résolutions, avaient décidé d’intervenir pour y restaurer la paix. Malheureusement, à entendre Mohamed Sahnoun, un diplomate algérien qui œuvrait à la résolution du conflit pour le compte de l’ONU en Somalie, les moyens mis en place par cette organisation internationale n’étaient pas à la hauteur de ses ambitions.

Non seulement, a-t-il avoué, les moyens financiers n’ont pas été débloqués de façon conséquente et à temps, mais il y avait également un lourd déficit en matière de compétence dans la résolution des conflits. Cela a valu au diplomate algérien à l’époque son poste alors qu’il était sur le point de parvenir à un accord. Depuis, la Somalie ne cesse de sombrer dans les profondeurs de l’abîme d’un Etat néant. Sans vraiment que personne ne s’en émeuve !

Par Boureima Diallo

lobservateur

Incendie du marché de Niamey : un chantier de plus pour Tandja

Source : lepay.bf (Article publié le 29 mai 2009)

Le sort s’acharne-t-il sur le Niger ? C’est la question que l’on n’arrête pas de se poser après l’incendie qui a ravagé le grand marché de Niamey, Habou-Béné, le 27 mai dernier. Certes, on ne déplore pas de perte en vie humaine. Mais les dégâts sont énormes. Il est notamment question d’au moins 1 500 échoppes consumées.

Ce troisième incendie du marché, dont l’origine, inconnue pour le moment, est sans doute à chercher du côté de l’anarchie qui s’y était installée. Il pourrait éclipser la crise politique consécutive à la dissolution de l’Assemblée nationale, le 26 mai, par le président Mamadou Tandja, décidé à contourner les lois pour rester au pouvoir.

On peut, en effet, s’attendre à ce que les Nigériens oublient - ne serait-ce que momentanément - cette crise et se préoccupent des conséquences de ce drame qui, pour rappel, a aussi frappé d’autres pays voisins. Au Burkina par exemple, on a encore en mémoire l’épaisse fumée noire s’élevant au-dessus de Rood Woko dans la matinée du jeudi 27 mai 2003. Et c’est une préoccupation d’une extrême importance quand un poumon économique est hors d’usage. Sa réhabilitation dans les plus brefs délais devient même une priorité nationale.

C’est dire que, toutes affaires cessantes, les autorités nigériennes s’emploieront au plus vite à reconstruire le marché pour que tous ceux qui y gagnaient leur pain puissent reprendre leurs activités. Tout cynisme mis de côté, on pourrait dire que ce sinistre tombe bien pour le président Mamadou Tandja qui veut justement rester au pouvoir pour achever ses chantiers. Voilà un chantier de plus pour le "bourreau" du travail Tandja. Mieux, la reconstruction du marché qui vient d’être brûlé est un chantier de la plus grande importance. Cela devrait préoccuper au plus haut point le chef de chantier qu’est Tandja.

Le référendum qu’il veut organiser pour faire adopter une autre Constitution taillée sur mesure passera-t-il après, à présent que le devoir de reconstruction du marché central l’appelle ? En tous les cas, l’argent qu’il mettrait dans l’organisation d’un tel référendum serait d’une grande utilité pour ce chantier imprévu. Reste à savoir si le premier des Nigériens est habité par cette préoccupation. On peut en douter vu qu’il s’entête à se maintenir au pouvoir malgré la limitation constitutionnelle du mandat présidentiel, malgré son serment et ses promesses de s’en aller à terme échu.

Mamadou Tandja surseoira-t-il à son projet controversé pour s’occuper de reconstruire un marché brûlé ? La question reste posée et on attend donc de voir.

Par Séni DABO

28 mai 2009

Processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire : Un faisceau d’indices positifs

Source : lobservateur.bf (Article publié le 28 mai 2009)

Le mardi 26 mai 2009 restera une des dates historiques du processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire. En effet, le soir de ce jour-là, pour la première fois depuis septembre 2002, le nord ivoirien, contrôlé par les Forces nouvelles (FN), l’ex-rébellion, est passé sous la gestion administrative de l’Etat. Lors d’une cérémonie solennelle à Bouaké, les pouvoirs administratifs détenus par les commandants de zone ont été officiellement transférés aux préfets, nommés par l’Etat.

Selon le contenu du document de passation de charges, « les missions civiles d’administration du territoire sont exercées exclusivement par les autorités préfectorales ».

Les missions de sécurité, elles, sont désormais assumées par le Centre de commandement intégré (CCI), qui est un état-major mixte composé des forces loyalistes et des FN. Pour le maintien ou le rétablissement de l’ordre, les préfets auront recours au CCI.

C’est un grand pas qui vient d’être ainsi fait en faveur de la réunification du territoire ivoirien et qui traduit l’engagement des différents protagonistes à aller véritablement à la paix, à œuvrer à une sortie définitive de la crise.

La délicatesse de cette question du transfert des pouvoirs des commandants de zone aux préfets n’était plus à démontrer. Et ce n’est pas pour rien que cet acte a été maintes fois reporté. C’est pour cela qu’il convient de saluer l’effectivité de cette passation de charges.

Un événement qu’il faut mettre aussi à l’actif des commandants de zone qui, au nom des intérêts supérieurs de la nation, ont accepté de renoncer à ces prérogatives et aux avantages qu’ils tiraient de leur fonction. On imagine que ça n’a pas été facile pour eux d’abandonner tant de prébendes.

C’est leur contribution à la paix. Et lorsque qu’on parle de la paix à l’échelle d’une nation, il y a des sacrifices qu’il faut bien consentir. Ce déploiement des préfets sur tout le territoire est, certes, fondamental, mais il reste encore insuffisant pour le retour à la normale, à la légalité et à la constitutionnalité en Côte d’Ivoire.

Il y a en effet d’autres volets du processus de paix qu’il faut parachever, comme les opérations d’identification et d’enrôlement, le désarment des FN et des milices, la réinsertion des combattants dans la vie civile et leur dédommagement.

Si ces différentes questions trouvent des solutions appropriées, il est clair que le chemin sera très dégagé pour l’organisation des élections, tant attendues depuis 2005. Alors, pour que tant d’efforts ne soient pas vains, il est impérieux que la Commission électorale indépendante réussisse un sans-faute dans l’organisation des différents scrutins, notamment la présidentielle du 29 novembre. En effet, la réconciliation est encore précaire, et il suffit d’un rien pour embraser de nouveau le pays. On croise les doigts.

En attendant, il est clair que ce transfert des pouvoirs aux préfets sonne bien et est indiscutablement un signe d’espoir. L’espoir vient aussi du côté de la communauté financière internationale, qui a repris la coopération avec la Côte d’Ivoire, admise à l’Initiative PPTE (Pays pauvre très endetté) : annulation de dette, rééchelonnement de la dette et différents accords de financement sont autant de bonnes nouvelles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), le Club de Paris et celui de Londres vont faire pleuvoir sur la Côte d’Ivoire.

La visite de 48 heures que Dominique Strauss-Kahn, le patron du FMI, vient d’effectuer dans ce pays est une preuve supplémentaire de la renaissance de ce pays, qui affichera en 2009 une croissance économique de 3,2%.

Pour tous ces signaux positifs, les partenaires de la Côte d’Ivoire se doivent de soutenir très fortement et d’encourager les protagonistes ivoiriens à œuvrer à une sortie définitive de la crise.

San Evariste Barro

lobservateur

Situation politique au Niger : Le silence coupable de l’Union africaine

Source : lobservateur.bf (Article publié le 28 mai 2009)

Parfois, les politiques, surtout ceux qui sont au pouvoir, donnent l’impression d’ignorer certains enseignements de l’histoire, qui pourraient éviter, à eux et surtout à leur peuple, de payer un lourd tribut et les sempiternels recommencements. Mamadou Tandja s’est inscrit dans cette catégorie de dirigeants : l’avis de la Cour constitutionnelle ? il n’en a cure.

La phalange déferlante des députés ? il les renvoie le 26 mai 2009 à leurs mandants ! Le message du président nigérien sortant est loin d’être subliminal : il veut son 3e mandat quitte à gifler la Loi fondamentale.

Avant cette escalade politico-institutionnelle, la CEDEAO avait, certes donné, de la voix, rappelant les lois sous- régionales en la matière dont l’une stipule qu’il est strictement prohibé de charcuter la Constitution 6 mois avant une élection. Tandja a peut-être raison d’ignorer ce rappel à l’ordre de ses pairs de la CEDEAO, dont la plupart ont ravaudé leurs constitutions, avides de s’affranchir des carcans du droit pour pouvoir régner ad vitam aeternam.

Mais s’il y a un silence coupable à l’égard de ce qui se passe au Niger, c’est bien celui de l’Union africaine (UA). Tous autant qu’ils sont savent qu’il y a les décisions d’Alger concernant les forcing constitutionnels. Personne ne peut oublier, par exemple, la retentissante sortie d’Alpha Omar Konaré, l’ancien président de la commission de l’UA, lorsque, le 7 février 2005, Faure Gnassingbé a prêté serment, piétinant les articles 55 et 144 de la Constitution, en invoquant "la tolérance zéro" aux putschs constitutionnels.

Autre personne autre mœurs : Jean Ping, son remplaçant, a beau répéter qu’à l’agitation de son prédécesseur il préfère la diplomatie agissante, jusqu’à preuve du contraire, les retombées tangibles de ses actions souterraines se font toujours attendre, avec l’épidémie de pouvoirs kaki survenue dans la sous-région. Le cas de la Mauritanie, sur lequel le "Chinois" a dû confesser qu’il ne faut pas rêver à une remise du pouvoir au président démocratiquement élu, est illustratif de l’impuissance de la fille de l’OUA.

En tout cas, même s’il faut souvent déplorer les longues circonlocutions de la couleuvre diplomatique, animal à sang- froid dont le temps de battement entre l’ingurgition de sa proie et la digestion est long, pour le cas actuel du Niger, il faut que les fonctionnaires d’Addis Abeba sachent anticiper par une veille diplomatico-politique. La règle devrait être qu’il ne faut jamais attendre que le pire soit sûr avant de réagir.

Sans aller jusqu’à prôner les coups d’Etat salutaires dont avait fait mention le fondateur du PAREN, Laurent Bado, il faut avouer courageusement qu’il y a des présidents qui préparent des terreaux favorables à ces raccourcis militaires. Ce sera bien malin de la part de l’UA de crier a posteriori haro si un coup survenait au Niger, mais que fait-elle à présent face à cette dérive ?

Surtout qu’au pays d’Hamani Diori, les fondements démocratiques sont tellement ancrés qu’y toucher revient à une déclaration de guerre contre le peuple. La plaie du "wankage" d’Ibrahim Baré Mainassara (IBM) n’est pas encore totalement cicatrisée en dépit des dix ans qui se sont écoulés, et la prudence est recommandée, car, à présent, il ne reste plus que l’installation de la chienlit pour que des soldats décident de prendre leurs responsabilités.

Après tout, si Tandja a décidé de s’asseoir sur les principes républicains envers et contre le peuple, pourquoi voulez-vous que ce même peuple dont fait partie intégrante l’Armée ferme les yeux sur son destin ? D’où l’impératif catégorique pour l’UA de rompre le silence et d’essayer de ramener le président nigérien à de bonnes dispositions. C’est vrai qu’on ne sait pas sur quoi Tandja est adossé, mais il lui sera très difficile de gagner cette bataille qu’il a déclenchée.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

lobservateur

PROCES DE SHELL : Une victoire morale pour les Ogonis

Source : lepays.bf (Article publié le 28 mai 2009)

La multinationale Shell traverse des moments difficiles. Elle devrait, bientôt, se retrouver dans le box des accusés. En effet, Shell devrait rendre des comptes, à New York, pour sa responsabilité présumée dans l’exécution de l’opposant nigérian Ken Saro-Wiwa et de 8 militants du Mouvement pour la survie du peuple ogoni (MOSOP).

De ce procès, le géant pétrolier pourrait sortir avec une image sérieusement ternie. Car, le procès pourrait étaler au grand jour, les pratiques d’un exploitant pétrolier longtemps accusé d’avoir causé d’énormes dégâts environnementaux et humains dans la région du delta du Niger, zone pétrolifère située au sud du Nigeria. Mais, quel que soit ce que le procès viendrait à révéler, les activistes de tout bord qui continuent de faire de la répartition équitable des richesses générées par l’exploitation de l’or noir dans cette localité, un combat acharné, peuvent déjà éprouver une satisfaction morale.

L’affaire pour laquelle Ken Saro-Wiwa aura payé de sa vie, va être enfin portée devant un tribunal (et pas n’importe lequel). C’est déjà une victoire outre-tombe pour ce héros. Reste que ce procès se déroulera loin du pays qui l’aura vu naître, et qui l’aura porté en terre. Mort par pendaison pour avoir osé faire monter la voix d’un peuple - celui des Ogonis - qui aura toujours dénoncé les conséquences incalculables de l’exploitation de l’or noir, et demandé des réparations pour la pollution environnementale. Une exploitation dans laquelle l’Etat nigérian ne consent toujours à céder, dit-on, que des miettes.

A présent que l’espoir renaît, plaise au Ciel que ce jugement serve de leçon. Qu’il permette non seulement à l’Etat fédéral, mais aussi à la multinationale Shell, de faire une halte : celle de la réflexion et de la remise en cause. De fait, signer des accords, établir un partenariat gagnant-gagnant entre l’Etat fédéral et la compagnie pétrolière, c’est bien. Travailler à créer les meilleures conditions d’exploitation des gisements pétroliers, de sorte que, une bonne fois pour toutes, chacun y trouve son compte, y compris les populations locales du delta du Niger, serait encore mieux. C’est pourquoi une solution définitive doit être vite trouvée à cette longue tragédie. D’autant qu’elle ne fait ni l’affaire du Nigeria, ni celle du peuple ogoni, encore moins celle des multinationales dont les installations sont régulièrement sabotées et les personnels menacés dans leur intégrité physique par des rebelles animés d’une soif inextinguible de justice.

Une fois encore, un procès sur un drame qui a pour théâtre l’Afrique, sera jugé à l’étranger. Il aura donc fallu que la Justice internationale s’en mêle pour qu’on entrevoie, enfin, le bout du tunnel. Toujours est-il que cela ne fait pas honneur au Nigeria, encore moins à sa Justice.

Par Cheick Beldh’or SIGUE

27 mai 2009

MEDIATION EN MAURITANIE : Wade joue sa dernière carte

Source : lepays.bf (Article publié le 27 mai 2009)

Le Sénégal ne s’avoue pas vaincu dans sa médiation en Mauritanie. Le pays de la Téranga ne désespère pas de réconcilier la classe politique mauritanienne dont les acteurs se regardent en chiens de faïence depuis le coup d’Etat d’août 2008.

Pour ce faire, le président Abdoulaye Wade oeuvre résolument pour que les frères ennemis s’asseyent autour de la même table et surtout fument le calumet de la paix. Alors que tout le monde disait les carottes cuites suite au lancement de la campagne électorale, la médiation sénégalaise revient à la charge.

Dans la ferveur de la campagne, Abdoulaye Wade a fait de nouvelles propositions aux protagonistes malgré le risque, pour lui, de ne pas se faire entendre dans cette cohue. Et plus encore, ces derniers sont invités à une rencontre initialement prévue hier 26 mai à Dakar, en terrain neutre, mais qui aura finalement lieu aujourd’hui.

A moins de 10 jours de l’élection présidentielle (prévue pour le 6 juin), c’est peu dire que cette rencontre est celle de la dernière chance. Et aussi que Abdoulaye Wade joue sa dernière carte dans cette médiation qui est aujourd’hui sur le fil du rasoir. On attend de voir ce que le président sénégalais va sortir de sa botte secrète qui pourra réconcilier les frères ennemis mauritaniens dont on peut dire qu’ils ont répondu à l’invitation par pure politesse. Si, par miracle, un accord venait à être trouvé, sur quoi portera-t-il ? Le report au plus tard le 15 juillet de la présidentielle ou son renvoi aux calendes grecques, conformément aux voeux des anti-putsch ? Ou bien l’hypothétique accord portera sur la mise à plat du processus actuel, ce dont Abdel Aziz, qui s’impatiente de retrouver le fauteuil dont il s’est séparé momentanément, ne veut pas entendre parler ?

A priori donc, il sera difficile de contenter les parties. Aucune d’elles ne doit sortir de la rencontre d’aujourd’hui en se disant qu’elle a perdu ou gagné. Chaque protagoniste doit plutôt voir l’intérêt général et savoir faire violence sur lui-même pour préserver celui-ci. Hélas, on est dans une situation de bras de fer dans laquelle chaque camp tient à avoir le dessus. Déjà, le camp de l’ancien chef de la junte se considère en position de force à la manière de la caravane qui passe malgré les aboiements du chien. Ce camp aura tenu bon face aux sanctions de la Communauté internationale et il n’aura pas cédé jusque-là sur le point du report de l’élection.

La véritable réconciliation ne pourra se faire, selon toute vraisemblance, qu’après le 6 juin, lorsque Abdel Aziz songera à tendre la main à ses adversaires, une fois confortablement installé dans le fauteuil présidentiel.

Par Séni DABO

Niger : Coup d’Etat constitutionnel

Source : lobservateur.bf (Article publié le 27 mai 2009)

Dissolution inattendue hier, mardi 26 mai, de l’Assemblée nationale. Refus, la veille, de la Cour constitutionnelle de suivre le président Tandja dans sa volonté d’organiser un référendum constitutionnel. L’actualité nigérienne, ces derniers jours, est riche en rebondissements. Un fol enchaînement de faits à l’issue incertaine. Dans cet imbroglio politique, une chose est néanmoins sûre : l’homme fort de Niamey ne reculera devient rien ni personne pour faire aboutir le projet de prolongation de son mandat à la tête du pays. Et là, pas du tout. Pour tous ceux qui croyaient le chef de l’Etat nigérien capable de faire machine arrière dans sa volonté de prolonger, au mépris de la loi, son bail présidentiel, l’heure est à la désillusion.

Dans ces derniers retranchements, le colonel Tandja a opté pour l’artillerie lourde : congédier les députés, dont la majorité était hostile à son rêve de long règne. Ce n’est là que la première étape d’un passage en force vers l’accomplissement de son dessein. Certes, la constitution lui confère la prérogative de dissoudre l’Assemblée nationale. Mais, vu les circonstances dans lesquelles intervient cette dissolution, il ne s’agit là ni plus ni moins que d’un coup d’Etat constitutionnel.

Et c’est le pays du Ténéré qui bascule dans l’inconnu dans lequel tous les scénarios sont possibles. Surtout celui du coup d’Etat « salutaire », comme disent, pas toujours à tort, certains. En attendant la convocation du corps électoral pour le renouvellement du Parlement (dans les 45 jours au moins et 90 jours au plus après cette dissolution), à quelle autre manœuvre politique s’attendre de l’homme qui a maté la rébellion touareg en 1990 ?

Va-t-il éjecter, à leur tour, les juges constitutionnels, qui refusent de le suivre dans sa vile ambition ? En effet, saisie par une vingtaine de députés de l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle a émis, lundi 26 mai 2009, un avis défavorable à l’organisation d’un référendum sur un changement de constitution. La prolongation du mandat ? « Un acte qui ne serait pas conforme à la constitution », a tranché la Cour.

La soumission du projet présidentiel au référendum ? « L’article 49 exclut du domaine du référendum toute révision de la constitution », a dit la juridiction supérieure. Et si, malgré tout le président persiste et signe ? « Il ne saurait le faire sans violer son serment », a prévenu la gardienne de la constitution. En un mot comme en mille, ça coince à tous les niveaux pour les Tazarché, les partisans de la réforme constitutionnelle.

Tous ces tirs de barrage contre l’idée d’une rallonge du mandat présidentiel sont à mettre à l’honneur de la démocratie nigérienne, dont le dynamisme jure avec le suivisme servile dans lequel pataugent nombre de partis politiques et d’institutions dans bien de nations africaines.

Comme au Tchad d’Idriss Deby, au Gabon d’Oumar Bongo, au Burkina de Blaise Compaoré, en Tunisie de Ben Ali, au Cameroun de Paul Biya, … ? Voyez-vous, dans ces Etats, la Cour constitutionnelle ou un parti allié du pouvoir s’opposer au tripatouillage de la loi fondamentale ? La question mérite d’être posée, car dans un passé très lointain, dans les mêmes circonstances politiques que celles du Niger, la constitution a été allègrement élaguée de sa clause limitative du mandat présidentiel dans ces pays.

Par Alain Saint Robespierre

lobservateur

26 mai 2009

Numéro vert de Jacob Zuma : Populisme ou souci de bonne gouvernance ?

Source : lobservateur.bf (Article publié le 26 mai 2009)

Jacob Zuma le n° 1 sud-africain sait se faire remarquer en faisant dans la différence. On le connaissait grand coureur de jupons, danseur devant l’Eternel lorsqu’il était dans l’antichambre du pouvoir. Le voilà au pouvoir et, en moins d’un mois, il fait déjà dans la différence sur le plan de la gouvernance dans son pays. Pour peut-être rester toujours proche du bas peuple.

Et pour donner le ton de sa volonté de la renaissance sud-africaine, il a décidé de faire installer une ligne téléphonique, un numéro vert par lequel les populations peuvent, d’une part lui faire parvenir, via ses conseillers, leurs préoccupations, et d’autre part formuler des critiques sur la gestion des affaires du pays. Avec ce projet, le nouveau locataire de l’”Union Bulding”, le palais présidentiel de Prétoria, pourra, par procuration, répondre aux sollicitations de ses concitoyens. Et certainement aussi se faire une idée de ce que pense le citoyen lambda de son pouvoir.

Une sorte de sondage qui permettra à l’autodidacte au self-made-man devenu chef d’Etat de jauger son assise populaire et de donner une chance supplémentaire de résoudre certaines préoccupations basiques de ses concitoyens. L’idée de ce numéro vert reste lumineuse. Jacob Zuma, par cette initiave, veut, sans doute, montrer qu’il n’oublie pas ses origines modestes et entend rester en contact avec la masse, celle-là à laquelle il doit aujourd’hui son ascension à la magistrature suprême.

En effet, sans ce franc soutien populaire dont il a bénéficié, l’ancien petit berger du Zoulouland, empêtré dans des affaires de viol et de corruption, faits gravissimes pour pouvoir occuper certaines hautes fonctions, il n’aurait pas pu s’imposer au sein de son parti, le Congrès national africain (ANC), pour se hisser aujourd’hui à la tête de la Nation arc-en-ciel avec les élections générales du 22 avril 2009 remportées par sa chapelle politique.

Le Parlement avait alors la latitude pour élire cet homme controversé à la tête de la première puissance du continent. Parvenu donc au faîte de l’Etat, il entend demeurer en contact permanent avec le peuple grâce à la magie des télécommunications. Avec ses nouvelles charges présidentielles, il lui sera difficile de descendre pour dialoguer directement avec les Sud-Africains comme lors des meetings et des grandes réunions publiques au moment où il était simple dirigeant de l’ANC.

Qu’à cela ne tienne, un numéro vert à la présidence n’est-il pas lourd à gérer dans une Afrique du Sud où l’on compte plus de 4,6 millions de lignes de téléphone et 42 millions de téléphones portables (en 2007) ? Imaginez un seul instant ce beau monde vouloir exposer leurs problèmes au premier magistrat du pays ! Quand bien même techniquement, on pourrait réussir le coup, la gestion des plaintes ne sera pas une partie de plaisir. On se demande alors si Zuma ne verse pas encore dans le populisme dont il est passé maître. A-t-on vraiment besoin d’une ligne téléphonique pour connaître et résoudre les problèmes des populations ?

Les maux dont souffrent les Sud-Africains sont un secret de Polichinelle. L’Afrique du Sud, selon les données, est confrontée à une sérieuse crise. Le Fond monétaire international (FMI) prévoit une contraction de l’économie de 0,3% en 2009. Le taux de chômage frôle les 40%, et la pauvreté affecte 43% de la population. Et pour ne rien arranger, le Sida progresse dangereusement (on estime qu’en 2010, le quart de la population pourrait être porteur du virus, ce qui ferait passer l’espérance de vie de 65 ans, avant l’épidémie, à 48 ans ou moins) et la criminalité ne recule pas.

Près de 40% des villes sont composées de townships et la différence entre les riches et les pauvres est très visible. C’est dire que les chantiers sont grandement ouverts. Zuma n’a donc pas besoin d’un coup de fil pour être au service de la masse. Mieux, il y a des institutions républicaines pour gérer les problèmes sociaux. Reste peut-être à veiller à leur fonctionnement normal pour que tous les Sud-Africains soient traités équitablement. N’est-ce pas, président Zuma ?

Adama Ouédraogo Damiss

lobservateur

25 mai 2009

Présidentielle ivoirienne : Sur les chemins escarpés du consensus

Source : lobservateur.bf (Article publié le 25 mai 2009)

Après moult reports donc, les protagonistes de la crise ivoirienne se paient maintenant le rêve d’une élection présidentielle le 29 novembre 2009. Date entérinée sur les rives du Kadiogo en début de semaine dernière, à la faveur d’un énième pèlerinage du cadre permanent de concertation (CPC) auprès du facilitateur, Blaise Compaoré. Officiellement, la campagne n’est pas encore ouverte, certes, mais chacun laboure son champ, et il importe que tous les camps en présence s’inscrivent désormais dans la logique d’une compétition apaisée. Condition sine qua non pour ranger cette fâcheuse crise, qui perdure depuis ce 18 septembre 2002, dans les oubliettes de l’histoire ivoirienne post-Houphouët-Boigny.

Alors Gbagbo, Bédié, Ouattara et cie auront-ils le patriotisme de surprendre agréablement aussi bien leurs compatriotes des forêts que la Communauté internationale ? Rien n’est moins sûr, en tout cas, car l’opinion s’accorde à reconnaître que tous, autant qu’ils sont, ont un certain intérêt à tirer de l’impasse. Sauf, bien sûr, cette Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest, qui sera contrainte de revoir à la baisse ses ambitions de pays émergent d’ici 2015 et industrialisé en 2040.

Dieu et les mânes des ancêtres qui règnent sur les bords de la lagune Ebrié nous prêtent longue vie pour savoir si les acteurs de la scène politique oseront enfin ce sursaut d’orgueil inespiré. Mais, en attendant, ce sont les organisations de la société civile qui, depuis le vendredi 22 mai et ce, jusqu’au 29 mai, tentent de jouer leur partition dans la résolution de la crise, à travers des journées dites de consensus national.

S’ils ne remettent pas en cause la bible politique de Ouagadougou, ces cinq accords signés sous l’œil vigilant du locataire du palais de Kosyam, les initiateurs de cette semaine sous l’arbre à palabres se promettent de tirer les leçons de la crise, et de donner un coup de pouce au retour de la paix et de la stabilité, même si la faisabilité du calendrier électoral demeure pour eux sujet à caution. La convention de la société civile ivoirienne (CSCI), que préside N’Gouan Patrick, joue-t-elle les oiseaux de mauvais augure en assénant l’impératif de réconcilier les Ivoiriens, en cette période fatidique, alors que les clivages religieux et ethniques ont été renforcés par la crise ?

Les conclusions de ces journées, de consensus national se font toujours attendre, mais l’avertissement de N’Gouan Patrick peut avoir valeur de fatwa. “Si un petit couac se présente dans la préparation du scrutin), on va se retrouver en 2010”. La faune politique est donc prévenue et nous ne lui ferons pas l’injure de croire qu’elle restera sourde au verdict de ces journées qui sentent le procès des leaders politiques de tous les horizons.

Car, si le contraire s’avérait, il ne lui resterait qu’à emboîter le pas au facilitateur qui, en d’autres temps, fut contraint de battre publiquement sa coulpe au détour d’une journée nationale de… pardon un certain 30 mars, mûrie, avait-on dit, par un collège de sages. La même thérapie pourrait-elle marcher en Eburnie ? Peut-être, si et seulement, en toute lucidité, tous consentent que les saints ne sont pas de ce monde et que chacun a sa part de responsablité dans le drame ivoirien.

Par Bernard Zangré

lobservateur

MADAGASCAR : Ratsiraka joue les trouble-fête

Source : lepays.bf (Article publié le 25 mai 2009)

L’ancien président malgache, Didier Ratsiraka, veut imprimer sa marque aux travaux devant façonner le nouveau destin de la Grande île. Depuis Paris où il vit en exil depuis sa chute, en 2002, il a intimé l’ordre aux membres de sa délégation de quitter les négociations en cours à Antananarivo. Le vieux dirigeant estime que les conditions ne sont pas réunies pour un dialogue serein, faisant référence aux diverses poursuites qui pèsent sur lui et certains de ses partisans. En clair, Ratsiraka veut que soit décrétée une amnistie générale.

Fin connaisseur de la politique malgache, il n’entend sans doute pas être oublié dans les tractations. Car si les discussions se poursuivent au train actuel, il est évident qu’elles pourraient être à l’avantage d’un seul homme : Andry Rajoelina.

Le président de la Haute autorité de transition veut sans doute garder cette arme des poursuites judiciaires et des mandats d’arrêt, dans la perspective où les anciens présidents seraient tentés de lui causer quelque difficulté. Il tient entre les mains un outil de change dans les marchandages qui pourraient avoir lieu en coulisses. Ayant compris le danger de laisser les négociations aller plus loin sans que ne soit évoquée cette question de l’amnistie, Ratsiraka a donc tonné. Sera-t-il entendu ? Quel poids représente son groupe, que l’on disait proche de Rajoelina, sur l’échiquier politique malgache ? Ce retrait peut-il mettre en péril le processus de sortie de crise ?

Une chose est sûre, la sensibilité politique représentée par Didier Ratsiraka est consciente qu’elle ne peut pas prendre sur elle la responsabilité de faire capoter les négociations. D’autant qu’il s’agit d’une question qui n’intéresse pas au premier chef le grand public, en ces temps d’extrême misère engendrée par la longue crise politique. En tout état de cause, si l’amnistie est un passage obligé vers le pardon, la réconciliation et la paix, la médiation internationale conduite par le Malien Tiébilé Dramé saura en tenir compte.

Ce nouveau couac provoqué par le camp Ratsiraka vient s’ajouter à bien d’autres difficultés qui rendent la crise malgache extrêmement complexe. Chaque leader a sa vision de la sortie de crise. Marc Ravalomanana, tout en acceptant le dialogue, récuse la médiation de Tiébilé Dramé, préférant celle de la SADC ou de l’Union africaine. Pendant ce temps, son statut demeure des plus flous. Lui se considère comme le président légitime de Madagascar, et demande à rentrer pour organiser un référendum sur l’avenir des institutions politiques et démocratiques. Quant à Rajoelina, il serait tantôt opposé à la candidature des anciens présidents à la prochaine présidentielle, tantôt favorable à condition que lui aussi puisse y participer.

Bref, la situation malgache est plus confuse que jamais. Et on se demande si à ce rythme, un consensus national pourra être dégagé à temps, afin que la présidentielle se tienne effectivement en 2010.

Par Mahorou KANAZOE

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