30 juin 2009
SORTIE DE CRISE AU NIGER : Les trois scénarios catastrophes
Source : lepays.bf (Article publié le 30 juin 2009)
Entendre la mésaventure du président du Honduras, ces jours-ci, on ne peut manquer d’établir le parallèle avec Mamadou Tandja, le Nigérien. Et pour cause, tous les deux ont manifesté le même entêtement à taillader une constitution, dans le but de la rendre à leur propre mesure, alors que leurs compatriotes, jalousement, tenaient à la garder intacte. Il en a résulté pour le président Zélaya ce que à présent tout le monde sait : il a été pris manu militari et expatrié à son corps défendant au Costa Rica. De son nouveau pays d’exil, il crie au non respect de la Constitution et continue de croire dur comme fer qu’il est toujours le président légitime du Honduras qui l’a vomi. C’est de bonne guerre.
Mais cela fait sourire. Le président nigérien, dans le combat qui l’oppose à son propre peuple au sujet de son projet de réforme de la loi fondamentale du pays, loin de fléchir, a tendance à se durcir. Il s’est octroyé depuis peu les galons d’un dictateur et ne régit à présent que par ordonnances et décrets. Cela lui sied d’ailleurs comme un gant, puisqu’il a réussi la prouesse de faire le vide autour de lui : opposition, société civile, Assemblée nationale et même ses propres partisans n’y auront vu que du feu. Et désormais, silence, le maître règne. Mais sur qui, en réalité ? Excepté de zélés thuriféraires qu’il aura pris soin de façonner pour le service de sa propre cause, on se demande qui, aujourd’hui, au Niger, est satisfait des entêtements excentriques du maître de Niamey.
Les Nigériens, parce qu’ils manifestent tant d’amour pour la légalité des choses, méritent qu’on leur tire bien bas le chapeau. Jusqu’à l’heure actuelle, et en dépit des brimades et autres mesures impopulaires que leur aura imposées Tandja, ils auront su se montrer sereins et auront choisi de manifester leur mécontentement, en restant dans le cadre bien défini de la légalité. Il faut le faire.
Au Honduras, le bras de fer n’aura pas connu la même longueur du temps. Et au final, c’est bien le président déchu qui regrette sans doute, mais un peu tard, certains écarts de conduite. La vigilance de l’armée aura eu raison de son obstination. Et justement, au Niger, on se demande à présent quelle position elle décidera d’adopter, d’autant que la société civile lui a instamment demandé de refuser de se soumettre au nouveau dictateur sahélien. Il faudra sans doute attendre les jours qui suivent pour le savoir.
Mais une chose dont on est sans doute déjà certain, c’est que Mamadou Tandja ne s’est pas mis en route pour s’arrêter en si bon chemin. Et c’est ce qui inquiète le plus. Mais pas tout le monde. Car le silence assourdissant de la communauté internationale étonne au plus haut point. L’ancienne métropole par exemple, observe et compte les coups, mais on le sait, tant que l’uranium ne sera pas vraiment menacé, elle ne pipera mot. Là aussi c’est de bonne guerre. Mais c’est que ce qui a cours au Niger risque d’avoir plusieurs issues possibles.
L’entêtement de Tandja peut se révéler payant. L’homme sort victorieux de tout le monde, réussit son passage en force et met sous coupe réglée adversaires et partisans. Mais, il peut aussi échouer : lassés autant qu’irrités, les militaires nigériens peuvent lui réserver le châtiment infligé il y a une dizaine d’années seulement à son prédécesseur Maïnassara. Ou encore, ils peuvent décider de l’exporter sur quelque désert où il pourra à loisir, méditer sur les concepts de "respect", "peuple" et "constitution".
Mais à supposer que l’un de ces scénarii se passe réellement, il est fort à parier que des condamnations fuseront de toutes parts, se montrant plus acerbes les unes que les autres. A se demander de quelle utilité elles seront, puisque intervenant avec l’urgence du médecin qui surgit après le décès du patient.
Par Jean Claude KONGO
10:42 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : niger, mamadou tandja
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