03 juillet 2009

ECHEC DE L’OPERATION VILLE MORTE AU NIGER : Tandja doit-il s’en rejouir ?

Source : lepays.bf (Article publié le 3 juillet 2009)

 

Le président nigérien Mamadou Tandja doit sans doute se frotter les mains de satisfaction, car, à ses yeux, quelque main divine est venue lui ôter une grosse épine du pied : l’opération "Journée pays mort", lancée par l’opposition nigérienne n’a visiblement pas mobilisé grand-monde. Et ce qui était attendu par beaucoup comme une grosse manifestation de protestation contre la politique du président Tandja a tourné au pétard mouillé.


 

 

Et vite, Tandja et ses amis applaudissent, ironisent et surtout y voient le désir du peuple d’aller à ce référendum prévu pour le 4 août prochain. A y voir de près cependant, plusieurs éléments permettent de lire et d’interpréter autrement cet échec somme toute prévisible. Les populations, pour convaincues qu’elles soient de la justesse d’une cause, ont cependant l’impérieuse nécessité de vivre de quelque chose. Fermer une boutique, un étal ou quelque autre établissement de commerce, une journée durant, n’est pas chose forcément raisonnable lorsque la pitance du soir dépend inéluctablement de la recette encaissée au cours de la journée.

 

Au Niger, comme dans de nombreux pays du continent noir, beaucoup de gens en sont réduits à manger au fur et à mesure ce qu’ils gagnent. On vit au jour le jour. Il est alors extrêmement difficile pour des gens qui luttent dans le but d’assurer une existence au quotidien, de se permettre le luxe de fermer boutique, ne serait-ce qu’une journée de travail. Elle serait l’équivalent d’une journée sans pitance. Autre explication de cette opération qui n’aura pas draîné grand-monde : on l’imagine, les grands opérateurs économiques du pays, même s’ils sont convaincus de la justesse de la cause qui appelle les citoyens à la rue, ont tout intérêt à garder un profil bas.

 

C’est bien connu, le pouvoir peut à tout moment, leur mettre les bâtons dans les roues, pour peu qu’il imagine qu’ils manifestent quelque affinité avec l’opposition ou décide de manifester avec elle. Cela relève tout simplement de la pure prudence que de ne pas s’exposer à la vindicte d’un pouvoir qui, après tout, a fini d’administrer la preuve qu’il sait user de tous les moyens pour parvenir à ses fins. De l’échec de l’opération "pays mort", le pouvoir nigérien a, en ce moment, beau jeu de se gausser. Mais la réalité des faits indique très simplement autre chose.

 

L’opposition nigérienne a manqué de stratégie, et cela ne signifie pas que le front anti-référendum se sera évanoui comme par enchantement. Et, en tout état de cause, le problème nigérien reste entier. Le pays, divisé, file tout droit vers une situation d’enlisement dont, à la vérité, personne ne sortira réellement gagnant. D’ailleurs, on a comme l’impression que l’étau, peu à peu, se resserre autour de Tandja. L’opinion internationale, lasse d’observer, commence à donner de la voix. Alors que la Commission européenne menace de revoir sa coopération avec Niamey, le gouvernement français affirme que la dissolution de la Cour constitutionnelle est "un signal négatif pour la démocratie et la stabilité du pays".

 

Le président Barack Obama, lui, ne cache pas sa vive inquiétude au sujet de ce qui a cours en ce moment, au pays de Tandja. Reste à savoir ce que peuvent avoir comme effet, sur Tandja, les émotions ainsi que les condamnations extérieures. Le président nigérien semble s’être forgé un moral à toute épreuve et les actes qu’il a jusque-là posés, n’indiquent pas qu’il se pourrait qu’il renonce , du jour au lendemain, à une idée qu’il semble avoir planifiée et mûrie longuement avant de chercher à la mettre en application, fût-ce en bousculant et en renversant tout et tous sur son passage. Que fera à présent, l’opposition nigérienne ? Pour sûr, elle tirera les conséquences de son "acte manqué" de mercredi et reverra sa stratégie de lutte.

 

Convaincue et de la justesse et de la nécessité de sa lutte, à n’en point douter, elle se fera le devoir de rectifier le tir, puisque de toute façon, l’adversaire d’en face, est lui aussi, plus que jamais décidé à opérer un passage en force. Et tout cela n’augure sans doute pas de jours paisibles pour le Niger. En tout état de cause, c’est l’ensemble de la population de ce pays qui a le devoir de le sauver de la débâcle ainsi que du gouffre vers lequel il glisse presque inexorablement. Et si les Nigériens refusaient de le faire, ils se condamneraient par la même occasion à une tâche future et bien plus lourde : cellle de reconstruire un pays que la haine de ses fils aura jeté dans les affres de la mésentente et de la division. Et ce labeur-là est autrement plus long, plus difficile et sans doute aussi, plus hypothétique. C’est donc, dès à présent, qu’il faut savoir raison garder.

 

"Le Pays"

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