30 septembre 2009

Tueries à Conakry : Et monsieur Dadis est désolé !

L'Observateur paalga          30 septembre 2009

 

"Bain de sang à Conakry. Les militaires ont utilisé leurs armes et tiré à balles réelles sur des manifestants qui s’étaient regroupés dans le plus grand stade de la capitale guinéenne pour dénoncer la possible candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, à la présidentielle prévue en janvier".

 

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Depuis le lundi 28 septembre, date anniversaire de l’indépendance de la Guinée en 1958, c’est l’information africaine principale qui passe en boucle sur les chaînes de télévision, montrant des images choquantes et révoltantes de corps blessés ou inertes.

 

Cette tuerie heurte davantage la sensibilité avec l’attitude désinvolte de Dadis qui, toute honte bue, a osé déclarer hier sur les ondes de RFI qu’il n’était pas sur les lieux, mais dans son bureau et que l’armée guinéenne est incontrôlable. Avant d’ajouter avec une légèreté déconcertante qu’il est très franchement désolé face à cet événement malheureux.

 

On dit souvent que quand ce que vous devez dire n’est pas plus lourd que le silence, il vaut mieux se taire et, à l’évidence, l’interviewé d’hier matin aurait dû se garder de parler si c’était pour débiter pareilles inepties. Ces déclarations hasardeuses traduisent, en réalité, un aveu de faiblesse et d’impuissance.

 

Car, si le chef suprême des armées avoue lui-même ne pas maîtriser ses éléments, nul doute que le pays va à vau-l’eau avec toutes les dérives qu’on peut imaginer. C’est quel genre d’officier d’ailleurs qui, au lieu d’assumer courageusement les dérives de ses troupes quitte à sévir après, passe le temps à répéter : "Je n’étais pas sur place" Bien sûr que le président n’a pas appuyé lui-même sur la détente. Pour autant, il n’est pas moins coupable que ses sbires qui ont massacré dans un espace clos de pauvres civils aux mains nues.

 

Dans tous les cas, ces militaires guinéens ressemblent à leur patron, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui s’illustre chaque jour par ses excès de colère et son autoritarisme. Pourtant, le n°1 guinéen, dès sa prise du pouvoir le 23 décembre 2008 suite au décès du président Conté, avait, avec son Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), affiché de bonnes intentions : nettoyer la maison guinéenne en mettant fin à la corruption et à la mal gouvernance.

 

Et voilà l’homme qui disait ne pas être assoiffé du "naam" pris par les vertiges du fauteuil présidentiel neuf petits mois seulement après s’y être assis, à tel point qu’il veuille s’y éterniser en organisant une élection à laquelle il serait candidat. C’est justement pour empêcher cette candidature que les militants de l’opposition se sont fait piéger dans l’enceinte de la cuvette du football.

 

Le bilan provisoire (en constante évolution), faisait état, hier, de plus de 150 cadavres. Maintenant on fait quoi ? On peut faire tuer autant de ses compatriotes et continuer à régner comme si de rien n’était ? Espérons en tout cas que ce carnage sera une source de sagesse pour le leader du CNDD afin d’éviter au peuple martyr de Guinée un autre régime à l’image des précédents sous le règne de Sékou Touré et de Lansana Conté. A défaut, il persistera dans l’erreur, ce qui pourrait lui coûter cher.

 

C’est nous qui sommes désolés, Monsieur Dadis. On se doutait déjà après quelques semaines d’exercice du pouvoir que vous n’aviez pas l’étoffe d’un dirigeant, on se convainc maintenant que, dans l’intérêt de la Guinée et du vôtre, il vous faut remettre au plus vite la charge, qui pèse manifestement trop lourd sur vos épaules.

 

Adama Ouédraogo
Damiss

 

lobservateur

CONDAMNATION DES COUPS D’ETAT : Manuel Zelaya, une victime "heureuse"

Le pays          30 septembre 2009

 

Le président renversé du Honduras, Manuel Zelaya, est un sacré veinard. Après avoir réussi l’exploit de retourner dans son pays – même s’il s’est réfugié dans une ambassade – à la surprise générale des nouvelles autorités, il vient de réussir un autre. Il s’agit de son adresse à la 64e Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) par la magie du téléphone depuis son refuge. C’est un vrai soutien de l’organisation mondiale qui, d’ailleurs, ne l’a jamais laissé tomber depuis qu’il a été destitué.


 

 

Bon nombre de chefs d’Etat évincés auraient aimé avoir bénéficié d’un tel soutien au moment où ils ont été chassés du pouvoir. Sauf oubli de notre part, ils ne sont pas nombreux à en avoir bénéficié. La plupart du temps, l’ONU se borne à condamner les coups d’Etat, à menacer les nouvelles autorités de sanctions individuelles ou collectives (gels de biens, interdictions de voyager, embargo, exclusion de l’organisation, etc.).

 

A l’évidence, cela ne fait ni chaud, ni froid aux putschistes dont beaucoup ont fini par comprendre l’âme de l’ONU, de la fameuse communauté internationale : il faut savoir tenir dès les premiers moments et l’on finira par se faire oublier ou accepter car les premières condamnations sont proférées par principe. Et malheur au chef de l’Etat qui aura perdu son pouvoir car dans la plupart des cas, il ne peut plus le retrouver. Lui-même finit par se rendre à l’évidence que malgré les soutiens qui lui sont témoignés, sa couronne lui a été ravie pour de bon.

 

Toutefois, ce qui se passe avec l’ancien homme fort de Tegucigalpa marque une petite rupture avec ce que l’on a vu jusque-là surtout en Afrique, continent réputé pour ses coups d’Etat que même la démocratie, instaurée dans les années 90, n’a pas encore réussi à éradiquer. Malgré le temps qui passe, le soutien de l’ONU à Manuel Zelaya est constant. L’organisation le considère toujours comme le président légitime du Honduras.

 

A y voir de près, on se demande si cette fermeté de l’organisation n’est pas liée à la fermeté de l’ensemble des pays de l’Amérique du Sud qui ont condamné sans ambages le coup de force de Roberto Micheletti. Parallèlement, ils ne ménagent pas leur soutien au président déchu. L’ONU ne peut donc qu’appuyer fortement cette attitude, qu’aller dans le sens du rejet ferme du coup de force.

 

Si jamais le soutien exprimé à l’homme au chapeau du Honduras lui permettait de retrouver son fauteuil, ce serait la preuve que l’ONU, quoique l’on dise, dispose de moyens de coercition. Ce serait aussi la preuve que l’ONU, ce ne sont pas seulement des résolutions prises qui ne sont jamais respectées sur le terrain. D’une manière générale, l’ONU doit passer de la parole aux actes dans la condamnation des coups d’Etat. Cela peut se traduire par l’usage, au besoin, de la force pour rétablir un président élu qui a été renversé. Dans le même temps, elle devra aussi rappeler à l’ordre les chefs d’Etat qui, une fois élus, n’en font qu’à leur tête et oppriment leur peuple. En d’autres termes, il faudra faire de telle sorte qu’il n’y ait pas de terreau fertile aux coups d’Etat.

Par Séni DABO

LEGISLATIVES AU NIGER : Le dernier acte du Tazartché

Le pays          30 septembre 2009

 

 

 

La tenue effective des législatives anticipées du 20 octobre prochain marquera le dernier acte du Tazartché, la continuité (en langue locale) mise en scène au Niger par le Président Mamadou Tandja.

 

tandja-niger_article.jpgLa campagne pour ces élections a été lancée lundi dernier et le président Tandja a invité ses compatriotes à participer massivement au vote. Après avoir dissous l’Assemblée nationale et la Cour suprême qui obstruaient son chemin, Tandja a eu les coudées franches pour organiser un référendum et faire adopter une Constitution qui renforçait ses pouvoirs et lui permettait de prolonger son mandat à vie. Cette élection des députés, conséquence de ce qui précède, refermera donc la boucle et Tandja sera parvenu à ses fins. On imagine difficilement que cela se passe autrement car jusqu’à présent, les événements se sont toujours déroulés suivant le bon vouloir du président. Que peut bien faire l’opposition dans cette galère nigérienne, elle qui essaie aussi de montrer sa détermination, qui appelle ses militants au boycott et qui affirme "qu’elle ne cautionnera aucune élection organisée sur la base de la nouvelle Constitution" ?

 

Mamadou Tandja a montré que le Niger lui appartenait et qu’il pouvait en faire ce qu’il voulait. Jusqu’à ce jour en effet, personne, aussi bien au Niger qu’à l’extérieur, n’a pu le faire plier, l’arrêter ou dévier de sa trajectoire. Dirigeant le pays d’une main de fer et contrôlant tous les pouvoirs, Tandja n’a pas daigné laisser une parcelle de liberté aux contestataires de ses ambitions. Les leaders de l’opposition et leurs sympathisants sont traqués et matraqués ; la presse libre est mise sous coupe réglée. Tout cela a fait dire à l’opposant Mahamadou Issoufou que le Niger n’était plus un Etat de droit. Même si l’opposition nigérienne n’est pas encore mise hors d’état de nuire, elle n’est plus en état de mobiliser ses partisans comme aux premières heures. Malgré ses rares velleités offensives, cette opposition semble avoir perdu l’essentiel de ses forces et de sa capacité de mobilisation, donc de nuisance.

 

Pendant ce temps, personne ne s’émeut du sort des opposants au Niger. C’est comme si ceux-ci avaient été sacrifiés. Dans ce contexte, que vaudront des élections sans leur participation ? On assistera tout simplement à une assemblée monocolore qui servira de caisse de résonnance au régime. Personne n’est étonnée que cette campagne législative soit terne, insipide et ne mobilise pas de grandes foules. Il ne peut en être autrement vu que cette élection ne comporte pas d’enjeu. La seule inconnue sera seulement le taux de participation, mais là encore, Tandja pourra afficher le pourcentage qu’il voudra. La mobilisation des électeurs pourra toujours se faire grâce à l’argent qui servira à acheter les consciences. Quand on connaît le contexte de pauvreté dans lequel vivent les populations, on ne doit pas s’étonner ou s’offusquer outre mesure que, ici comme ailleurs en Afique, elles échangent leurs votes contre des espèces sonnantes et trébuchantes. C’est aussi cela une des réalités de la démocratie sous nos tropiques.

 

En tout état de cause, après cette élection législative, Mamadou Tandja parachèvera le processus d’installation des nouvelles institutions de la VIe République. Les dés seront jetés et tout retournera à la normale. Au demeurant, le Président nigérien semble avoir déjà l’esprit ailleurs. Ayant pris part au sommet Afrique-Amérique du Sud, au Vénézuéla, et après sa visite en Libye, Tandja peut maintenant se préoccuper de questions internationales. La prolongation de trois années supplémentaires qu’il s’est octroyée, et le règne indéfini qui pourrait s’en suivre lui donneront suffisamment de temps pour terminer ses chantiers et inaugurer d’autres. Pendant ce temps, s’ils tiennent encore debout, les opposants devront se trouver d’autres raisons de vivre.

Par Boureima OUEDRAOGO SONRE

29 septembre 2009

ONU / Côte d'Ivoire : Les Nations unies se penchent sur le processus électoral ivoirien

RFI         29 septembre 2009


 

Au menu du Conseil de sécurité de l'ONU de ce mardi : la Côte d’Ivoire. La communauté internationale veut rappeler son attachement au maintien du calendrier électoral dans ce pays. Le premier tour de la présidentielle est en théorie prévu pour le 29 novembre.


Le chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, à la tribune des Nations unies à New York, le 25 septembre 2009.( Photo : Mike Segar/ Reuters )

Le chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, à la tribune des Nations unies à New York, le 25 septembre 2009.
( Photo : Mike Segar/ Reuters )

 


Deux mois jour pour jour avant la date prévue des élections ivoiriennes, c’est une déclaration présidentielle que le Conseil de sécurité va adopter ce mardi à New York. Acte solennel visant à rehausser l’attention portée par la communauté internationale au processus électoral ivoirien, et son souci de le voir mené à son terme dans les délais les plus proches.

 

Pour les Nations unies, il s’agit d’encourager les institutions ivoiriennes à aller aux élections, en dépit des retards du processus électoral. Le président burkinabé Blaise Compaoré, « facilitateur » du dialogue inter-ivoirien, en avait fait tout autant lors de sa visite officielle il y a deux semaines en Côte d’Ivoire.

 

Au soir du 28 septembre, à Abidjan, on apprenait d’une source proche de la Commission électorale indépendante que les opérateurs techniques du processus électoral devraient remettre au Premier ministre Guillaume Soro le fichier électronique contenant la liste électorale provisoire « dans les 48 heures ».

 

Il y quatre jours à peine, devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président Gbagbo déclarait que son pays était entré dans un processus irréversible devant conduire à ce rendez-vous capital de la démocratie ivoirienne qu’est le 29 novembre, jour prévu du premier tour de la présidentielle. Ce mardi, à New York, le Conseil de sécurité devrait, justement, le prendre au mot.

GUINEE : Le premier carnage de Dadis

Le pays          29 septembre 2009

 

Le climat politico-social en Guinée Conakry est à présent des plus délétères. L’humeur des uns et des autres est à l’escalade. Plus que jamais, la junte et les forces vives de la nation multiplient les actes, et des deux côtés, on compte les points. Le capitaine Dadis est allé défier ses "détracteurs" dans leur fief de Labé. Histoire sans doute de faire comprendre qu’il y est plus populaire qu’on ne veut le laisser croire. Réponse du berger à la bergère, ces mêmes forces vives guinéennes décident de se saisir de l’opportunité de la date anniversaire de l’indépendance, le 28 septembre, pour manifester leur opposition à la candidature du patron de la junte pour l’élection de janvier 2010.

 

 

La réaction de la junte ne se fait pas attendre : l’initiative de l’opposition est déclarée illégale, et donc interdite. Mais ses concepteurs ne désarment pas et tiennent coûte que coûte à manifester. Le pouvoir, de son côté, tient à faire entendre la loi. Résultat : des affrontements violents, des tirs à balles réelles avec malheureusement mort d’hommes.

 

De toute évidence, de gros nuages semblent s’amonceler sur Conakry. A tel point qu’il n’est pas saugrenu de se demander si l’opposition guinéenne ne se trompe pas de cible. Dadis, lui, aura réussi la prouesse de focaliser tout le débat sur sa propre candidature à la présidentielle de janvier. On ne parle que de cela en Guinée. Et de rien d’autre. Plus personne ne pipe mot sur le processus électoral lui-même. Plus personne se semble se préoccuper de tout ce travail de titan qui précède et prépare toute élection, en matière de textes, de commissions, et qui constitue à vrai dire la condition sine qua non de tout scrutin démocratique sain et crédible. A

 

ce rythme-là, l’opposition guinéenne, sans le vouloir, fait le jeu du capitaine président. Et cela, d’autant plus que le climat politico-social semble de plus en plus à l’orage. Car, il n’est pas superflu de craindre le pire en Guinée. Il est tout à fait légitime de craindre que les ultras des deux côtés ne cèdent au désir d’en découdre, surtout après le carnage de ce 28 septembre. Une telle situation de fait ne saurait qu’engendrer violences et autres dérives dont on sait généralement quand elles commencent sans pouvoir cependant affirmer avec exactitude, quand elles prennent fin. Et Dadis, en fin calculateur, pourrait d’ailleurs tirer un excellent parti de la chose.

 

Le capitaine président pourrait alors voler de report en report, justifiant le dilatoire au moyen d’un argument aussi banal qu’imparable : un scrutin ne peut se programmer que dans un climat social apaisé. L’exemple du voisin ivoirien l’illustre à souhait. En tout état de cause, Dadis, lui aussi, aura "roulé" tout le monde, en Guinée et ailleurs. Et les différentes oppositions de son pays qui ont peut-être un peu trop longtemps attendu un hypothétique secours de la communauté internationale, auront fini par se rendre à l’évidence : le salut ne peut venir que de leurs propres rangs. C’est déjà cela de gagné. Mais il leur reste sans doute des réglages à effectuer, si toutefois ils ambitionnent de contrer sérieusement un Dadis Camara décidément bien résolu à s’incruster dans un pouvoir à l’égard duquel il manifestait du dédain, il y a seulement quelques petits mois.

 

Reste à savoir si ces différentes oppositions seront en mesure d’aborder un si délicat virage, face à un homme qui est prêt à faire usage d’armes à feu, pour se maintenir au pouvoir.

Jean Claude KONGO

Gabon : Pour avoir la paix, Ali recompte les voix

L'observateur paalga         29 septembre 2009

 

On a comme l’impression que les dieux de la politique tiennent toujours à ce qu’une succession après un long règne soit très difficile à réussir. Est-ce la loi du karma, cette croyance d’origine asiatique selon laquelle il y a une facture à payer pour nos actions passées, qu’elles soient bonnes ou mauvaises ?

 

 

OFRWR-GABON-PRESIDENTIELLE-CANDIDAT-20090716.jpgL’idéal serait seulement que ce constat soit matière à réflexion pour nos dirigeants actuels. Mais tel ne semble pas être toujours le cas.

 

En attendant, le Gabon est à son tour entré dans cette spirale de lendemains incertains, depuis l’élection controversée du 30 août 2009 qui a connu la victoire du fils de qui l’on sait. André Mba Obame et Pierre Mamboundou, les deux candidats ayant obtenu chacun un peu plus de 25% des suffrages contre 41,7% à Ali Bongo, ne voulaient pas se laisser tondre sans donner de violents coups de corne.

 

Ils ont si bien montré du muscle qu’ils ont finalement eu gain de cause sur un point de leur revendication. Après plusieurs jours de levée de boucliers pour l’annulation de l’élection, la Cour suprême, la plus haute juridiction du pays, dont l’échine plie difficilement, a finalement ployé : un nouveau comptage des bulletins a lieu aujourd’hui même.

 

Visiblement celui qui tient mordicus à être le nouveau maître du Gabon s’est vu contraint d’accéder à la requête des opposants après de multiples contestations postélectorales. Rageant tout de même pour Ali Bongo, qui pensait certainement qu’un boulevard était tout tracé afin de rejoindre au plus vite le fauteuil laissé vacant par le père.

 

L’on peut donc se féliciter que les parties concernées, notamment le Cour constitutionnelle de ce pays, cherchent par cette voie à mettre balle à terre en lâchant du lest. N’est-ce pas là une petite preuve qu’ils se préoccupent de la quiétude des Gabonais ? Néanmoins, l’on peut se poser la question de l’utilité de ce recomptage. Que va-t-il changer ? Pas grand-chose, sauf tremblement de terre. Il serait très étonnant que de cette procédure, Ali Bongo en sorte perdant.

 

Pour éviter que pareille fâcheuse situation n’arrive, il n’est pas exclu qu’un travail en laboratoire soit déjà fait. La petite consolation qu’auront André Mba Obame et Pierre Manboundou, ce sera d’avoir obligé la machine électorale à faire machine arrière. Mais pour reprendre quelle route ? Peut-être celle de la démocratie, si l’on veut verser dans l’angélisme. La récolte sera cependant maigre. Comme ailleurs.

 

A quoi a servi ce procédé sous d’autres cieux, en Iran par exemple, si ce n’est à confirmer la « victoire » d’un Mahmoud Ahmadinejad, président de la République sortant, au grand dam des partisans du chouchou de l’Occident, Mir Hossein Moussavi ? Le Pays de Léon Mba fera-t-il exception ?

 

Rien n’est moins sûr. En attendant, une chose est cependant bien certaine : la Cour constitutionnelle n’a pas joué franc-jeu. Sachant qu’il y avait un lourd contentieux, cette institution devrait tout de même attendre de le vider avant de procéder à la proclamation des résultats. Cette précipitation est, convenons-en, bien suspecte et donne du grain à moudre à ceux qui pensent qu’elle est aux ordres du clan Ali.

 

Fort du blanc-seing de cette structure, ce dernier, dont la victoire était vivement contestée, avait même commencé à effectuer des mission à l’extérieur du pays, ce genre de tournées qu’aiment faire dans les capitales africaines les présidents, souvent mal élus ; une manière à eux de se gratter pour rire. Le décompte fait, touchons simplement du bois pour que le Gabon ne sombre pas encore dans la violence.

 

Et s’il y a bien quelqu’un qui est certainement surpris de la tournure que prennent les événements aujourd’hui, c’est Ali Bongo. La destination « Présidence » ne sera finalement pas un voyage de tout repos pour lui. Révolu, le temps de Bongo-père. Ses compatriotes se réveillent de leur longue hibernation politique. A défaut du large boulevard tout tracé pour atteindre le trône laissé vacant par son père, c’est plutôt une voie sinueuse avec beaucoup de précipices qu’il a devant lui.

 

Il lui faudra beaucoup de vigilance et de perspicacité pour éviter les ornières. Les Gabonais, ce peuple pacifique vivant dans l’abondance, ne veulent plus se contenter de l’école, du logement et de la santé gratuits. Certes, par ce décompte, Ali veut avoir la paix pour prêter serment. Mais qu’il ouvre l’œil, et le bon, parce que les lendemains risquent d’être chauds, chauds, chauds !

 

Issa K. Barry

28 septembre 2009

Gabon / Election présidentielle : Il va falloir recompter



La Cour constitutionnelle va donc procéder mardi à un recomptage des résultats du scrutin présidentiel du 30 août, dans le cadre des recours déposés par plusieurs candidats qui contestent les résultats du vote, donnant la victoire à Ali Bongo. Divulguée d'abord par les états-majors des candidats contestataires, l'information a été confirmée par la présidente de la Cour constitutionnelle qui ne parle néanmoins pas de « recomptage des suffrages ».

 

Cour-constitutionnelle-Gabon-Pr-sidente.jpg« Il s'agit pratiquement d'un dépouillement, mais cette fois-ci des 2 800 procès-verbaux de chaque bureau de vote », selon la présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo. Elle précise que ceux qui ont déposé des recours n'assisteront pas eux-mêmes au recomptage et que chaque candidat se fera représenter par un huissier. Invités avant-hier à désigner ceux qui les représenteront mardi 29 septembre, les neuf candidats qui ont saisi la Cour constitutionnelle ont eu 24 heures pour le faire. Les noms des huissiers désignés devaient parvenir au greffe de la Cour constitutionnelle hier en fin de journée.

 

Début des opérations mardi


Les principaux requérants répondront présents mardi. Certains d'entre eux saluent d'ailleurs une avancée, comme dans le camp d'André Mba Obame et celui de Pierre Mamboundou, officiellement arrivés 2ème et 3ème à l'élection présidentielle du 30 août dernier et qui contestent chacun la victoire d'Ali Bongo.

 

Concernant l'opération de recomptage des procès-verbaux, une source proche de la Cour constitutionnelle indique que les originaux seront confrontés aux copies dont disposent les candidats. Mais il reste un problème car certains candidats maintiennent que plusieurs procès verbaux ne comportent pas les signatures de leurs représentants dans les bureaux de vote le jour du scrutin. Ils n'excluent pas d'insister pour un recomptage des bulletins de vote.

Affaire Clearstream : Le lapsus sarkozien va-t-il sauver Villepin ?

Lobservateur paalga          28 septembre 2009

 

La langue du président de la République a fourché, émois au Palais de justice. « Il faut remuer sa langue sept fois avant de parler », conseille pourtant l’adage populaire. Pour l’avoir oublié ou méprisé, lors de son intervention télévisée du mercredi 23 septembre 2009, le président français, Nicolas Sarkozy, constitué partie civile dans le procès Clearstream, pourrait manquer de gibier, qu’il destinait, avec délectation, « à un croc de boucher ».

 

 

media--image-278999-article-ratio_450.jpgTout cela, à cause d’un petit lapsus qui pourrait faire basculer la balance dans le sens contraire au souhait de l’auteur de la méprise. « Au bout de deux ans d’enquête, deux juges indépendants avaient estimé que les coupables (sic) devaient être traduits devant un tribunal correctionnel », s’est, en effet, fendu d’un commentaire le locataire de l’Elysée. Déclaration qui a eu l’effet d’une bombe à la Cour où les protagonistes de la bataille politico-judiciaire sans précédant dans l’Hexagone font arme de tout fait et geste.

 

Coupable. Ce petit mot, sitôt lancé, prématurément, sitôt retourné sur le visage du lanceur. La suite est pleine de promesses. Déjà, les défenseurs du principal prévenu du procès (ouvert il y a une semaine de cela), Dominique de Villepin sont verts de rage, ou feignent de l’être, pour ce qu’ils considèrent comme un verdict avant la lettre. Dire que Nicolas Sarkozy est dans l’embarras va de soi.

 

Le plus illustre des cinq plaignants, dont les noms figuraient sur le faux listing des personnes détentrices de comptes occultes dans la société luxembourgeoise Clearstream, a beau ironiser, plus tard, sur sa sortie télévisée, le soupçon d’ingérence de l’Exécutif dans le Judiciaire est entré au Palais, à travers portes, fenêtres et cheminées, d’autant que, depuis le début de son mandat, le chef de l’Etat, avocat d’affaire de formation, est suspecté de vouloir faire une OPA sur le pouvoir des magistrats : en effet, la réforme du système judicaire, actuellement en cours en France et dont la finalité est la suppression du juge d’instruction (indépendant du pouvoir politique) et le renforcement du pouvoir du procureur (magistrat subordonné à la Chancellerie), est perçue par nombre de politiques et de praticiens du droit comme une volonté de mainmise de l’omniscient président sur la Justice.

 

En désignant à l’avance les coupables, le président de la République, par ailleurs président du Conseil supérieur de la magistrature, ajoute une bonne dose de confusion dans un procès aux allures de règlements de comptes. Et son ennemi politique juré, Dominique de Villepin, en bon stratège comme son idole Napoléon Bonaparte, a su se glisser dans la peau d’une victime de la rancune, tenace, du « nain » de l’Elysée.

 

Même si l’ex-Premier ministre et ses coprévenus sont reconnus coupables au terme d’un procès juste et équitable, pour beaucoup, le verdict sonnera comme un remake. Et pour cette frange de justiciables, l’image d’Epinal d’une Justice indépendante ne serait qu’une ligne d’horizon.

 

Si, en revanche, par sursaut d’orgueil, le président du tribunal, qui est un être de chair et de sang, il ne faut pas l’oublier, décide de la relaxe des prévenus pour tout simplement manifester son indépendance vis-à vis du pouvoir politique, ce serait encore et toujours la Justice qui sortira meurtrie de cette affaire pas claire de Clearstream.

 

Comme on le voit, le lapsus sarkozyen pourrait, in fine, sauver Villepin. Au grand malheur du boucher dont la gueule risque de rester désespérément vide. A moins que du menu fretin lui soit servi.

 

Alain Saint Robespierre

 

lobservateur

Présidentielle ivoirienne : Dahico vainqueur avant même les joutes...

L'Observateur paalga          28 septembre 2009

 

Cela s’est vécu en live, pour emprunter le vocable du show-biz : Adama Dahico né Dolo, ce grand humoriste malo-ivoirien qui n’est plus à présenter, a déposé un dossier de candidature pour la présidentielle du 29 novembre 2009 (si un nouveau report, fort probable du reste, n’intervenait pas) en Côte d’Ivoire.

 

 

depot candidature 041 (Medium).JPGUne initiative qui eut pour résultat d’ambiancer même ses potentiels adversaires dans la course au fauteuil que sont, entre autres, ADO, HKB, LKG. Ces initiales, en dehors des trois dernières (Laurent Koudou Gabgbo) étant entrées dans les mœurs politiques. Dahico à la magistrature suprême ? Le rêve est permis même si, dans la mallette que transportait son protocole, manquait sciemment le reçu de dix millions représentant la caution exigée pour être sur la ligne de départ.

 

N’empêche, une fois élu, le président du Doromikan (Paroles d’ivrogne en malinké) régularisera la situation en puisant dans les fonds secrets. Quelle honnêteté citoyenne ou, du moins, artistique ! Mais aussi quelle bravoure pour celui dont le penchant pour l’époux de Simone Gbagbo n’est pourtant qu’un secret de polichinelle !

 

Mais, on l’aura tous compris, comme la musique adoucit les mœurs, l’humour contribue à dérider les visages.

 

Certes, Dahico n’est pas ce Coluche de F rance qui y était allé franco en son temps, mais son mérite n’en est pas moins écarlate. Et l’on a hâte de le voir en campagne si la Commission électorale indépendante venait à être fair-play et se prêtait à son humour.

 

Car des votants, il en recrutera à tous les niveaux, du pouvoir en place à l’opposition en passant par les indécis, et qu’il sera plébiscité avant même la proclamation officielle des résultats, comme il l’est du reste déjà avant le lancement des joutes.

 

Rêvons donc comme lui en attendant d’être situés sur son sort, que l’on imagine déjà auréolé d’humour...

 

 

lobservateur

27 septembre 2009

REFORME DE L’ONU : Kadhafi, avocat des faibles

Le pays          vendredi 25 septembre 2009

 

Beaucoup s’y attendaient. L’Assemblée Générale n’aura finalement pas innové, et dans tous les cas, n’aura pas été révolutionnaire, dans ses décisions. Aux sempiternels discours ont répondu d’autres interventions non moins traditionnelles qui affichent tous la ferme volonté des uns et des autres de sérieusement s’attaquer aux divers problèmes dont souffre la planète, mais sans plus. Et déjà, les puissants de ce monde ont déjà les yeux tournés vers Pittsburgh, lieu de rencontre des géants mondiaux du G 20. Autrement plus importante et sans doute plus intéressante.

 

 

 

Mais cette AG de l’ONU aura été marquée, peut-être malmenée, par le passage du Guide libyen, par ailleurs président en exercice de l’Union africaine. Là aussi, beaucoup s’y attendaient. Le Colonel Kadhafi s’est bâti une solide réputation de trublion qui dérange protocole et ordre établi. A tel point que chacun de ses passages constitue en soi un spectacle. Ce n’était pas face à la tribune de l’ONU que l’homme allait faire la fine bouche. Kadhafi se sera agrippé à cette opportunité inespérée et au final, on l’aura entendu 1h 30 mn durant. Du moins ceux qui seront restés dans la salle. Pour tout dire, il aura fait scandale. Mais si on dépouille le discours de Kadhafi de ses scories, des extravagances et des vices de forme, il en reste certainement quelque chose de digne et qui vaut son pesant de vérité.

 

Lorsque le colonel descend en flammes le Conseil de sécurité ainsi que le droit de veto de cinq membres permanents que sont la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie, il faut le dire tout net, il se fait le porte-parole des "petits" pays et même de certains "grands" qui sont convaincus qu’une réforme de l’instance planétaire est plus que nécessaire, au regard du chemin parcouru. Malheureusement, realpolitik oblige, ils n’ont pas la possibilité de l’exprimer ainsi, ou, tout simplement, choisissent de se taire.

 

De nombreux pays, notamment du tiers-monde, sont persuadés, à l’instar du Guide libyen, que le veto est immoral et va à l’encontre des grands principes édictés par la charte de lONU. L’existence des membres permanents obéit à des principes tout simplement égoïstes et injustifiés. Lorsque Kadhafi, dans un discours même décousu, stigmatise les grandes puissances, les accuse d’avoir déclenché de nombreux conflits depuis 1945 dans le but de poursuivre leurs propres intérêts, lorsque le Guide libyen fait revenir comme une ritournelle le thème de l’injustice du monde, les délégations occidentales qui ne voulaient pas l’entendre avaient déjà déserté la salle. Mais de nombreuses populations du monde arabe et d’Afrique noire l’écoutaient avec délectation, fières de trouver enfin en ce trublion quelqu’un qui sait se dresser sur ses ergots pour dire à la face de ces Occidentaux ce que les pays pauvres pensent vraiment d’eux. Et peut-être qu’elles ont raison, ces populations africaines, de mettre leur espoir en Kadhafi. Ce ne sont pas leurs chefs d’Etat qui mettront en la matière, la main à la pâte. Trop délicat, trop risqué.

 

C’est bien plus simple de poser pour l’historique photo avec l’Américain Barack Obama. Et pourtant, ces chefs d’Etat, pris individuellement, ne sont pas loin de penser que Kadhafi a raison. Mais Kadhafi n’a peur de personne. Son pétrole et sa masse de pétrodollars sont pour lui une assurance certaine. Ce qui n’est pas le cas pour tous les dirigeants africains. Alors ils se taisent et certains même applaudissent sous cape. A cette Assemblée Générale de l’ONU, le président français Nicolas Sarkozy, a lui aussi réclamé une réforme du Conseil de sécurité. En d’autres termes, bien sûr que ceux de Kadhafi. En usant d’un autre genre d’argumentaire aussi. Mais au fond, les deux chefs d’Etat souhaitent la même chose car ils constatent la même inadéquation à l’intérieur d’un même système. Et si cela n’est pas la preuve suprême, il peut être un indice sérieux de l’urgence à changer un mode de fonctionnement devenu obsolète et injuste et qui génére malaise et frustration.

 

Il est saisissant de voir à quel point souvent ces AG de la plus grande instance de la planète s’apparentent à une véritable foire d’empoigne où le désordre le dispute à l’anarchie, et ce, à l’intérieur de la salle où se déroulent les discours des chefs d’Etat et dirigeants des cinq continents. Cela montre sans conteste que quelque chose ne tourne pas rond. Et de plus en plus, s’élève une protestation jadis sourde mais qui, de plus en plus, tient à faire entendre un message, clairement exprimé par le président français, Nicolas Sarkozy : "Les pays les plus développés ne peuvent prétendre gouverner seuls l’humanité". Le président français et le guide libyen ont raison. Certains n’auront retenu du second que son discours fleuve, volontiers construit sous la forme d’une diatribe contre l’Occident, parsemé de redites, d’improvisations et de redondances. Mais indéniablement, il faut se réjouir que le Guide libyen ait choisi de mettre le doigt là où ça fait mal. Une bonne cause, même servie par un mauvais avocat, demeure une bonne cause.

"Le Pays"

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