05 novembre 2009
Chirac en correctionnelle : La République face à la tentation régicide
L'Obervateur paalga 05 novembre 2009
Un ancien chef d’Etat, donc ancien président statutaire du Conseil supérieur de la magistrature, qu’on traîne devant les tribunaux de son propre pays, cela s’est déjà vu quelque part au Gondwana (1), et, pour plus de précisions, en Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso. Ce fut d’abord Maurice Yaméogo, trois ans après sa chute, comparaissant le 28 avril 1969 devant un tribunal spécial.
Le verdict, on s’en souvient : cinq ans d’emprisonnement ferme, déchéance de ses droits civiques nonobstant la confiscation de ses biens. Deuxième cas et toujours au Burkina Faso, celui du général Sangoulé Lamizana, premier prévenu, le 3 janvier 1984, des Tribunaux populaires de la révolution (TPR) avec leurs procédures staliniennes bien connues, telles l’absence d’avocats et la diabolique inversion de la charge de la preuve.
Le général-président, dont c’était aussi le dix-huitième anniversaire de l’arrivée au pouvoir, s’en sortira néanmoins blanchi. Troisième cas et pour la troisième fois, toujours en Haute-Volta, actuel Burkina Faso, voici le colonel Saye Zerbo appelé en avril 84 à rendre lui aussi compte devant les TPR de sa gestion sous le Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN).
Quand on ajoute à ces trois ex-prévenus de premier choix d’autres anciens dignitaires comme Gérard Kango Ouédraogo, Joseph Conombo et Issa Palé Weltéi, on se rend compte que, dans notre histoire politique, il n’y a pas eu d’icônes qui tiennent. Surt,e juridiction qui les protégeait.
Mais qu’un ancien président de la République française, quatrième successeur dans l’ordre chronologique du commandeur Charles de Gaulle, se voie rattrapé par son passé de premier maire de Paris, c’est du jamais vu. Et peut-être même du jamais rêvé. Et pourtant, c’est ce qui risque d’arriver à Jacques Chirac, « l’Africain ».
Poursuivi dans l’affaire dite « des emplois fictifs », l’ancien édile de la capitale française est sous le coup de l’ordonnance d’une juge d’instruction malgré le non-lieu requis par le Parquet. En cas d’appel, la procédure peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années. Si l’affaire finit par s’inviter au prétoire, ce serait, certes, une grande première dans l’histoire politique de la République française mais il n’y aurait rien d’étonnant à cela.
Car, quoi d’étonnant de la part d’un pays qui a déjà décapité son roi, en la personne de Louis XVI, guillotiné le 21 janvier 1793 ? Et quand on pense qu’il s’agissait à l’époque d’un personnage sacré détenteur d’un pouvoir de droit divin, on comprend qu’envoyer en correctionnelle un homme politique, fût-il un ancien chef d’Etat, n’a rien de sacrilège.
L’affaire Chirac aura-t-elle lieu ? Tous les regards sont tournés ce matin vers le parquet pour savoir s’il va interjeter appel pour un non-lieu.
En attendant, ceux des Africains qui aiment bien Chirac, malgré les méchancetés qu’il a dites à son temps sur nos odeurs et nos saveurs exotiques, ont comme une envie de crier : « Laissez le frère Jacques tranquille » ! Car, quoi qu’on puisse dire, il a quand même bien mérité de son pays et de bien d’autres.
Alain Saint Robespierre
(1) La République fictive mais très, très démocratique à laquelle fait allusion, sur fond d’humour, un confrère de RFI, Mahamane.
lobservateur
10:20 Publié dans HORS D'AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : france, jacques chirac, emplois fictifs
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