12 décembre 2009

GUINEE

Pas de « puissance étrangère » derrière la tentative d’assassinat de Dadis

 

Jeune Afrique          12 décembre 2009

 

Le ministre guinéen des Affaires étrangères Alexandre Cécé Loua désavoue publiquement le porte-parole de Moussa Dadis Camara qui, mardi soir, avait accusé la France d’être à l’origine d’une tentative de coup d’État. Et il réaffirme la participation de la junte aux négociations de Ouagadougou.


Alexandre Cécé Loua, à droite, avec Moussa Dadis Camara, le 18 octobre à ConarkyAlexandre Cécé Loua, à droite, avec Moussa Dadis Camara, le 18 octobre à Conarky© AFP

 

 

 


La junte et le gouvernement « ne soupçonnent aucune puissance étrangère du fait de la tentative d'assassinat [du chef du CNDD, Dadis Moussa Camara, le 3 décembre, ndlr] » a assuré le ministre guinéen des Affaires Etrangères Alexandre Cécé Loua à Conakry, devant des journalistes et des diplomates. Au cours de cette mise au point officielle, il a également regretté que des propos « qui ont semé le doute, et provoqué l’embarras des milieux politiques et diplomatiques » aient été tenus.

 

Dissensions au sein du gouvernement


Alexandre Cécé Loua visait évidemment les déclarations d’Idrissa Chérif, le porte-parole du capitaine Moussa Dadis Camara (toujours hospitalisé au Maroc) et ministre de la Communication. Mardi soir, il avait a accusé le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner et les « services français » d'avoir voulu « préparer un coup d'Etat » en Guinée, dont la tentative d’assassinat de Moussa Dadis Camara par son aide de camp Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba, aurait constitué le signal.

 

Ces propos, qualifiés de « rumeurs absurdes » par la diplomatie française, avaient été démenties « énergiquement ». La mise au point du chef de la diplomatie guinéenne vient donc souligner les fortes dissensions qui travaillent le gouvernement guinéen.

 

Poursuite des négociations avec les « Forces vives »


Alexandre Cécé Loua a également confirmé la participation de la junte à la médiation menée à Ouagadougou par le président burkinabè Blaise Compaoré. « Et nous continuerons à coopérer avec le groupe international de contact sur la Guinée » a-t-il martelé. La rupture des négociations avait pourtant été annoncée mardi par un autre membre de la junte, le colonel Moussa Keïta, ministre secrétaire permanent. Une preuve supplémentaire que, depuis que Moussa Dadis Camara a été blessé, la junte ne sait plus vraiment où donner de la tête…

 

(Avec AFP)

NIGERIA

L'opposition dénonce une vacance du pouvoir


RFI          12 décembre 2009



Deux jours après le congrès du PDP, le parti au pouvoir, Action Congress la principale formation de l'opposition se réunit ce samedi 12 décembre. Au menu des travaux, l'absence prolongée du président Yar'Adua, hospitalisé à Djeddah en Arabie saoudite. L'opposition dénonce une vacance du pouvoir et réclame la démission du président. Une demande fermement rejetée par le parti au pouvoir.


A Umaru Yar'Adua.jpgl'issue de son congrès convoqué à la hâte, le PDP (Parti démocratique du peuple), le parti au pouvoir a donné la meilleure preuve de l'effervescence ambiante en faisant monter au créneau le vice-président Jonathan Goodluck, pour rejeter les appels à la démission du président.

 

Le vice-président, successeur constitutionnel en cas de vacance du pouvoir, a tenté de calmer l'anxiété de ses compatriotes puis qualifié de « politiciens oisifs » tous ces responsables politiques qui multiplient les procédures.

 

Il faut dire que l'absence prolongée du président Yar'Adua, hospitalisé à Djeddah, suscite bien des interrogations. Depuis bientôt trois semaines, aucun communiqué sur son état de santé n’a été donné, ni par son médecin personnel ni par la présidence.

 

Les déclarations du vice-président n'ont d'ailleurs convaincu personne. Après le G53 -un regroupement de personnalités influentes -qui avait appelé le président à démissionner ou à se faire déclarer inapte, c'est Action Congress, la principale formation de l'opposition qui prend le relais.

 

Et à défaut d'user de l'article 144 de la Constitution, l'un de ses sénateurs assure vouloir contraindre le troisième personnage de l'Etat, le président du Sénat, David Mark, à mettre immédiatement sur pied une commission pour juger de la capacité du président à assumer ses fonctions.

LYBIE

Kaddafi fils contre Kaddafi père

 

Jeune Afrique          12 décembre 2009

 

La fondation Kaddafi de Seïf el-Islam - fils du « guide » libyen, et son probable successeur - a présenté jeudi 10 décembre un rapport accablant sur les droits de l’Homme dans la Jamahiriya. Le document fait notamment état de tortures, d’entraves à la liberté de la presse et de non-respect de la société civile.


Les Kaddafi, père et filsLes Kaddafi, père et fils© JA

 

 

 

Seïf-el-Islam fait la leçon à son père. Dans un rapport présenté le 10 décembre, la fondation du fils de Mouammar Kaddafi révèle avoir enregistré en 2009 « plusieurs violations flagrantes et préméditées des lois » ainsi que des « cas de tortures et de mauvais traitements » ou des détentions injustifiées ».

 

Précédents épisodes


Le jugement de Seïf el-Islam semble sans appel. Ce n'est pas la première fois qu'il s'en prend directement à la manière dont le pays est dirigé. Une démarche qui s’est avérée par le passé pour le moins risquée : à force d'avoir défendu la liberté d'expression d'une émission de al-Libiya, Seif s'était vu retirer la direction de la chaîne par son père, le 25 avril.

 

A l'époque, le camouflet était tel qu'on a bien cru que Kaddafi allait se tourner vers son autre fils, Mootassem Billah Kaddafi, pour préparer sa succession. Mais depuis, la querelle s'est calmée et l'on reparle de Seif el-Islam comme « numéro deux » du régime.

 

Stratégie kaddafienne


Alors que Mouammar Kaddafi a lui-même évoqué la nomination de Seif à un « poste officiel permanent », au début d'octobre, que signifie donc la publication de ce rapport qu'on peut qualifier de virulent contre la Jamahiriya libyenne, par celui-là même qui devrait en prendre les rênes ?

 

L'explication pourrait venir directement de la stratégie toute « kaddafienne » de charger Seif de normaliser les relations de la Libye avec les pays occidentaux et, pour ce faire, de lui laisser une relative liberté de ton. Et du même coup, de tuer dans l'oeuf un autre rapport, celui de Human Rights Watch cette fois-ci, qui doit sortir dans quelques jours.

10 décembre 2009

FRANCE - GUINEE

Attentat contre Dadis  La junte y voit la seringue du Dr Kouchner

 

L'observateur paalga          10 décembre 2009

 

 

Ils se fourrent le doigt dans l’œil, tous ceux qui croyaient que la tentative de meurtre ou de coup d’Etat perpétrée contre le capitaine Moussa Dadis Camara par son aide de camp, le lieutenant Aboubacar Diakité dit « Toumba », était une œuvre de salubrité publique et que Dadis mis hors jeu, l’horizon se dégagerait pour une transition apaisée en Guinée. C’était aller un peu trop vite en besogne en croyant que l’équation guinéenne dépendait uniquement de la variable Dadis.

 

 

kouchner.jpgLa preuve, bien qu’étant au Maroc où il reçoit des soins appropriés, l’homme fort de Conakry est loin d’être lâché par ses camarades d’armes dont la plupart ont fait bloc autour de lui. Or, pour faire évoluer positivement les choses, il faut que le chef intérimaire de la junte et ministre de la Défense, le général Sékouba Konaté, accepte de faire bouger les lignes des tenants du pouvoir. Mais cela ne semble pas du tout le cas puisque Sékouba, jusque-là, manifeste sa loyauté à Dadis pour ne pas dire à la junte.

 

Et la traque de Toumba ainsi que les vagues de répressions et d’exactions qui s’en suivent dans les quartiers de Conakry et à l’intérieur du pays en sont la parfaite démonstration. Et comme pour montrer que, malgré la défection et la forfaiture de Toumba, la junte reste unie derrière son chef historique, Conakry a annoncé la suspension de sa participation aux négociations de sortie de crise de Ouagadougou jusqu’à ce que Dadis retourne en Guinée et reprenne ses fonctions de chef d’Etat.

 

Autant dire que la médiation que mène le président du Faso, Blaise Compaoré, est rejetée aux “calendes guinéennes” puisqu’à ce jour, bien malin sera celui qui pourra dire quand Dadis retournera dans son pays et, surtout, sera à même d’assumer le pouvoir d’Etat. Cette suspension est en réalité un non- événement, car tout le monde savait que les négociations piétinaient et que les deux parties s’arc-boutaient sur leurs positions.

 

C’est certain, les événements du jeudi 3 décembre 2009 sont loin de pousser la Guinée vers le bout du tunnel. Ils tendent même à radicaliser les militaires et à détériorer davantage les relations du pays de Sékou Touré avec la communauté internationale, notamment avec la France. L’ancienne puissance colonisatrice est en effet pointée du doigt par la junte, qui l’accuse d’être de mèche sinon d’avoir incité l’avènement du drame au camp militaire de Koundara.

 

dadis.jpgDans la ligne de mire, il y a Bernard Kouchner, le french doctor et ministre des Affaires étrangères. Conakry l’accuse d’être proche de l’opposition et même d’avoir reçu l’opposant Alpha Condé à Paris. Mais il faut dire que Kouchner n’a jamais été tendre, et c’est peu dire, avec la junte. N’ayant pas la langue dans sa poche, le ministre de Sarkozy a souvent été irrévérencieux vis-à-vis des autorités guinéennes. Mais de là à vouloir lui faire porter le chapeau du dénouement sanglant de Koundara, il y a assurément un pas que la junte a vite franchi.

 

Il est évident que les services secrets français ne chôment pas sur le dossier guinéen et qu’il y a des réseaux d’influence qui sont actifs à Conakry. Mais à analyser l’attitude des autorités intérimaires mais aussi de l’aide de camp tireur, tout semble confirmer la non-participation de la France à ce règlement de comptes entre frères d’armes. En effet, les autorités intérimaires sont loyales à Dadis et Toumba, après son forfait, a pris la poudre d’escampette. C’est la preuve qu’il n’avait pas prévu être calife à la place du calife, et que ceux qui assurent l’intérim à Conakry n’étaient en rien impliqués dans les desseins du lieutenant Toumba.

 

San Evariste Barro

 

lobservateur