04 novembre 2009

OBAMA AN I : L’Afrique entre espoirs et regrets

Le pays          04 novembre 2009


Un an déjà, depuis que Barak Obama a été élu. Comme le temps passe vite. On se rappelle tout l’engouement dont le continent noir a fait montre tout le temps de la longue campagne présidentielle et la liesse populaire qui éclata lors de la nuit historique de l’élection du 44e président américain. L’Afrique avait voté pour Obama et elle avait gagné. Elle avait de quoi pavoiser et nourrir de légitimes espoirs. Cela fait un an déjà.

 

 

A l’intérieur du pays où il a été élu, en cette semaine même où il fête le premier anniversaire de son élection, Obama semble avoir perdu en popularité. Il y a un an, presque jour pour jour, le candidat démocrate rassemblait 70% d’opinions favorables. Aujourd’hui il en compte 50. En Afrique, on ne peut pas dire la même chose. S’il est vrai que la fièvre Obama qui s’était transformée en hystérie dans certaines capitales africaines a dû forcément baisser, on ne peut cependant pas dire que le président américain a perdu la cote. Et ce que l’on peut considérer comme des regrets exprimés par les Africains aujourd’hui n’est en fait qu’une forme d’impatience de voir arriver très vite ce que Barak Obama, par sa nouvelle vision des choses, peut réaliser pour l’ensemble du continent africain.

 

Les Africains ont foi en lui et ils espèrent, confiants. Les marchés des capitales africaines pullulent de gadgets et d’articles à l’effigie d’Obama : porte-clés, lampes torches, motos, salons de coiffure. Un signe des temps sans doute. Vu d’Afrique, l’homme Obama, en plus d’être un Noir (ce qui ne gâte rien) est le président américain qui aura réussi le tour de force d’instaurer un nouveau climat dans un monde en ébullition. Ce qui revient à dire qu’il l’aura sécurisé. Il aura fait de cette planète un monde plus apaisé et cet aspect des choses, déjà, importe énormément. On se rappellera toujours son discours à l’université du Caire qui a sonné comme un discours de rassemblement autour d’une main tendue et qui avait pour vocation de réunir autour d’un même idéal chrétiens et musulmans : celui de la victoire de la paix. De même, on se souvient de sa visite historique au Ghana. En Afrique, on aura noté et apprécié le symbole. Pour une première visite en Afrique noire en tant que président des Etats-Unis, c’est ce pays que choisit l’hôte de la Maison Blanche, principalement grâce à son bilan démocratique et sa stabilité politique.

 

La jeunesse africaine en particulier aura vibré lorsque dans le discours qu’il prononça au Parlement d’Accra, Barak Obama s’engageait à « mettre fin aux pratiques antidémocratiques et à la corruption » et lorsqu’il affirma que le « développement dépend de la bonne gouvernance ». Et jusqu’à présent, elle reconnaît fort justement que le président américain a raison lorsqu’il déclare que « l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains eux-mêmes ». En Afrique, l’engouement pour Obama n’est pas un mythe. Le locataire de la Maison Blanche bénéficie d’une aura certaine. Un peu à l’excès, dira-t-on. Car, après tout, il ne faudra tout de même pas oublier que le 44e président des Etats-Unis a été élu par les Américains et pour les Américains. Mais si les populations africaines des villes et des campagnes, en dépit de la kyrielle de dirigeants bien présents sur le continent, n’ont d’yeux et d’oreilles que pour le cousin africain élu en Amérique, cela est sans doute la preuve manifeste qu’elles en attendent ce petit « quelque chose » qu’elles ont de longues années durant, vainement rêvé de posséder un jour. La presque totalité des chefs d’Etat qui les gouvernent n’arrivant pas à assouvir leur soif de liberté, de justice et de démocratie, les anciens colonisateurs soufflant tantôt le chaud et tantôt le froid et bien souvent évaluant ces aspirations à l’aune de la contrepartie économique et financière en jeu, les Africains placent volontiers leur confiance, leurs espoirs et leurs attentes en leur cousin qui incarne à leurs yeux fermeté, courage et honnêteté. Et comme il se trouve qu’il est par ailleurs l’homme le plus puissant de la planète, cela ne devrait qu’arranger les choses.

 

Ils regrettent seulement que cette crise mondiale qui a accueilli Obama à peine installé dans son bureau de commandement, ne lui ait pas vraiment laissé le temps de réaliser les promesses faites au continent noir. On ne pouvait tout de même pas lui demander de laisser les Américains se débrouiller seuls face au cyclone qui s’apprêtait à ravager leur économie, au seul motif qu’il devrait exaucer les vœux de ses cousins noirs d’Afrique. Mais les jalons que Barak Obama a posés sont des prémices sûres qui permettent de croire qu’il est en route pour « sauver » le continent.

 

Les Etats-Unis, sous sa direction, n’entretiennent de relations privilégiées qu’en contrepartie de l’instauration d’une saine démocratie. En cela ils administrent une excellente leçon de bonne tenue politique à des Chinois qui ne se font pas vraiment de scrupule en la matière, mais aussi à d’anciens colonisateurs dont la mainmise sur certains pays phares du continent, empêche certains rêves de s’accomplir. Le dernier exemple en date est sans doute la divergence de points de vue qui a opposé l’Amérique d’Obama à la France de Sarkozy, à l’issue de la réélection du président Ben Ali de Tunisie. Alors que l’ancienne métropole applaudissait, la Maison Blanche réprimandait. Ce sont là de bons présages. Et tant pis si des dictateurs à la petite semaine se retrouvent à la soupe à la grimace. Obama doit voler au secours des populations africaines. Yes, he can !

 

"Le Pays"

Pouvoir malgache : Un gâteau difficile à partager

L'observateur paalga          04 novembre 2009

 

« Je ne sais plus de quoi on va discuter là-bas. J’ai comme l’impression qu’on tourne en rond », disait en se lamentant un membre de la délégation malgache dans l’avion de Kenya Airways qui devait l’amener à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie, où devrait se tenir le sommet qualifié de dernière chance par beaucoup et dont la vocation est de résoudre la crise dans laquelle s’est engluée Madagascar depuis la prise du pouvoir par Andry Rajoelina, cet ancien disc-jockey au parcours exceptionnel.

 

Depuis hier soir donc, et ce, jusqu’au 5 novembre, les différents protagonistes malgaches sont en conclave. L’objectif du rendez-vous d’Addis est de finaliser le schéma de fin de crise qui permettra d’aboutir à des élections en 2010. Cependant, le risque est que, pendant ces trois jours, concernant le partage des postes, les tendances Rajoelina, Ravalomanana, Zafy et Ratsiraka ne finissent par s’observer en chiens de faïence.

 

Dure sera donc la tâche de l’Union africaine avec son Groupe international de contact (GIC), dont le principal point focal est notre compatriote Ablassé Ouédraogo et qui arbitrera le découpage du gâteau en des tranches équitables qui pourraient contenter les responsables des quatre principales mouvances. Pour aller au bout de l’image, les parties les plus charnues et, par conséquent, les plus disputées restent toujours les postes de souveraineté que sont la Présidence, la Défense, la Justice et les Affaires étrangères.

 

A ce niveau, les enragés ne manquent pas. En effet, s’il y a quelqu’un qui ne manque pas d’ambitions malgré sa grande désillusion, c’est le président déchu Marc Ravalomanana, qui ne veut surtout pas entendre parler de son tombeur comme étant le prochain président de la transition. Il rame perpétuellement à contre-courant du programme de sortie de crise élaboré par le GIC. « Le leader d’un coup d’Etat ne peut pas être légitimé », tempête-t-il. Non content de la fâcheuse situation dans laquelle il se trouve, ce président déchu, qui est nourri, blanchi et logé par l’Afrique du Sud depuis sa chute, a récemment ouvert un autre front, puisqu’il ne veut plus voir, même en image, l’émissaire du GIC, Ablassé Ouédraogo.

 

Selon l’ancien président malgache, notre ancien ministre des Affaires étrangères aurait, lors d’une conférence de presse, annoncé que le poste de président va échoir à l’actuel maître d’Antananarivo et que cette question n’est plus négociable. Conséquence, presque à tue-tête, le « petit laitier » demande… sa tête. Il n’y a d’ailleurs pas que Ravalomanana qui rende la tâche difficile à l’Union africaine : le Pr Albert Zafy et Didier Ratsiraka ne sont guère modérés, même s’ils ont visiblement leur avenir politique derrière eux.

 

Le dernier cité, par exemple, bien que très diminué par l’âge et la maladie - il est non voyant - et porté à bout de bras pas une de ses filles à chacune de ses apparitions publiques, excelle très bien dans le rôle du trouble-fête. Amiral qu’il est, Ratsiraka sait toujours poser des torpilles là où ça peut faire mal. D’ailleurs il ne fait pas mystère de sa menace d’appliquer le principe selon lequel il ne peut plus traire de vache mais peut renverser la calebasse de lait.

 

Il est loisible de constater qu’à l’instar des réunions qui ont eu lieu à l’époque pour résoudre la crise ivoirienne, celles censées régler le problème malgache se multiplient également. On se rappelle qu’avant l’application réussie du concept de « Dialogue direct » en Côte d’Ivoire, il y a eu, entre autres, Marcoussi 1, Marcoussi 2, Lomé, Accra et Pretoria.

 

Pour la thérapie du problème malgache, il y a déjà beaucoup de prescriptions et de prescripteurs : missions de bons offices du Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes (FFKM) malgaches menées avec les Nations unies, Maputo1, Maputo2, les différentes tentatives de rapprochement entreprises par l’Union africaine et le Groupe international de contact (GIC), sans compter les missions non officielles.

 

Aujourd’hui, voici venue l’heure des retrouvailles au siège même de l’Union africaine. Le nouveau round des négociations qui a débuté hier mardi sera-t-il porteur de résultats ? Certes, les accords précédents poussent à l’afro-pessimisme. En effet, l’encre ayant servi à rédiger les documents qui les sanctionnent a à peine séché qu’ils ont été aussitôt déchirés en mille morceaux. Aujourd’hui, il est pourtant urgent que tous les acteurs concernés mettent balle à terre, au nom de la paix et du décollage économique de Madagascar.

 

Touchons donc du bois pour qu’un autre son de cloche soit entendu depuis l’ancienne capitale de cette contrée considérée comme le berceau de l’humanité après la découverte de Lucy.

 

Issa K. Barry

 

lobservateur

DIALOGUE INTER-GUINEEN : La méthode Compaoré en marche

Le pays          04 novembre 2009

 

Le mardi 3 novembre 2009, le président du Faso, facilitateur dans la crise en Guinée, a reçu les leaders de l’opposition guinéenne. Ces derniers ont exposé leurs doléances, puis ont écouté les orientations et les directives du facilitateur. Celui-ci leur a demandé de se concerter afin de lui faire des propositions plus concrètes.


 

C’est aux environs de 11h que le président du Faso est arrivé dans la salle polyvalente de la présidence du Faso où les leaders des Forces vives l’y avaient précédé. La réunion peut alors commencer. Une heure plus tard, un premier groupe sorti : il s’agit d’une partie des Forces vives qui avaient à exposer au président du Faso les aspects politiques de leurs doléances. Le second groupe, qui est sorti une heure plus tard, était chargé d’évoquer les questions touchant aux aspects sécuritaires. Les avis et propos recueillis des différents opposants, il ressort que la pièce maîtresse de leurs revendications est le départ du président du CNDD, le capitaine Moussa Dadis Camara du pouvoir, avant la mise en place d’un organe de transition, composé uniquement de civils, qui organisera une élection présidentielle libre et démocratique pour qu’enfin, la Guinée renoue avec la paix sociale.

 

Le facilitateur les a écoutés et leur a demandé de se concerter entre eux pendant les prochains jours afin de lui proposer un mémorandum où seront concrètement écrites les solutions que les Forces vives préconisent. Pendant ce temps, le président du Faso rencontrera également les représentants de la junte afin de recueillir leurs avis en vue de faire une synthèse d’où naîtra un rapport qui sera soumis aux deux parties. Sur la durée du séjour des Forces vives au Burkina, ainsi que la date de la rencontre avec la junte, le président du Faso n’a pas donné de précisions, car il n’y a aucun calendrier préétabli. Mais il est fort probable que les membres de la junte soient reçus dans les prochaines 24 heures.

 

Avis de participants


Blaise Compaoré, facilitateur du dialogue inter-guinéen


"Il faut s’engager pour une sortie de crise en Guinée"


"Il s’agissait ce matin d’écouter les Forces vives afin de faire une évaluation de la situation qui prévaut en Guinée actuellement. J’ai fait le constat, en les écoutant, que la situation reste préoccupante sur bien des plans : politique, économique, sécuritaire, le respect des droits humains, etc. Il faut donc réellement s’engager pour une solution rapide de sortie de crise en Guinée. De mon côté, j’ai présenté une démarche pour les travaux qui vont commencer dès demain. En leur demandant d’abord de me fixer leurs idées sur les grandes questions centrales de la sortie de crise, notamment leur point de vue définitif sur la nouvelle autorité de transition qui a été préconisée par les chefs d’Etat de la CEDEAO et de l’U.A. Puis, sur un chronogramme du processus électoral et sur les conditions d’éligibilité. Cela va me permettre, avec les avis que je vais recueillir du côté du CNDD, de faire une synthèse et présenter un rapport à discuter entre les deux parties. C’est à partir de demain que nous allons fixer un calendrier (c’est-à-dire, aujourd’hui, 4 novembre 2009, ndlr)."

 

Mariama Penda Diallo, syndicaliste guinéenne


"Nous voulons la paix, mais nous voulons qu’on respecte la femme"


"Nous sommes venues ici pour être sûres que les femmes victimes ne seront pas oubliées et qu’elles seront représentées autour de la table. Et quand je dis femme, ce sont les femmes représentatives, compétentes et qui peuvent négocier. Parce que nous avons constaté que quand il faut déclencher la guerre ou des mouvements d’hostilité, les femmes sont exclues. Mais elles sont toujours les premières victimes, et des témoignages concordants font état de viols(...), car nous sommes les plus faibles physiquement et nous ne sommes pas armées. Nous voulons que les responsables de ces viols soient punis à la hauteur de leur forfaiture. Nous ne pouvons pas tolérer que les femmes soient toujours utilisées comme des armes de guerre à tout moment en Afrique. Nous voulons la paix et nous voulons également qu’on respecte la femme en tant qu’être humain."

 

Sidya Touré, ancien Premier ministre guinéen, président de l’Union des forces républicaines


"Le CNDD est disqualifié depuis le 28 septembre"


"Nous avons besoin que la Guinée redevienne un pays où il est possible de vivre tranquillement, dans la sécurité. Que les activités politiques se remettent en place et qu’une transition crédible se mette en place pour qu’on puisse organiser des élections en dehors d’un militaire du CNDD conformément aux recommandations des différentes réunions et du Groupe de contact international et des chefs d’Etat de la CEDEAO. Le CNDD ne peut pas continuer cette transition, car il est disqualifié depuis le 28 septembre."

 

Moctar Diallo, président du parti des Forces démocratiques nouvelles


"Le président du Faso nous a appelés au dialogue"


"Le Président Blaise Compaoré nous a appelés au dialogue. Il nous a demandé de prendre deux jours ou plus pour faire des propositions concrètes sur la transition, notamment sur la mise en place de notre organe qui va gérer la transition, sur les conditions d’éligibilité, etc. Il a heureusement compris la situation de la Guinée et a exprimé le caractère d’urgence qui doit présider au processus de résolution du problème guinéen. Mais, il doit absolument comprendre que la résolution de cette crise passe nécessairement par le départ du dictateur et sanguinaire capitaine Moussa Dadis Camara. Cela est incontournable."

 

Par Abdou ZOURE

03 novembre 2009

Le prix Goncourt 2009 décerné à Marie N'Diaye

Jeune Afrique          03 novembre 2009

 

Le prix Goncourt a été attribué lundi à Marie NDiaye pour "Trois femmes puissantes" (Gallimard), a annoncé le jury au restaurant Drouant à Paris.

 

Marie-NDiaye_pics_390.jpgMarie NDiaye a obtenu le plus prestigieux des prix littéraires de l'automne au 1er tour avec 5 voix contre 2 à Jean-Philippe Toussaint pour "La vérité sur Marie" et une voix à Delphine de Vigan pour "Les heures souterraines".

 

Marie NDiaye est la première femme a obtenir le Goncourt depuis 1998. Née le 4 juin 1967 à Pithiviers (Loiret), d'un père d'origine sénégalaise et d'une mère française, Marie NDiaye a grandi en banlieue parisienne.

 

Entre la France et l'Afrique


Elevée uniquement en France par sa mère, professeur de sciences naturelles, elle publie à 18 ans son premier roman, "Quant au riche avenir" (1985). Remarquée par Jérôme Lindon des éditions de Minuit, elle abandonne rapidement ses études pour se consacrer à l'écriture et enchaîne depuis romans et recueils de nouvelles. Une vingtaine en 23 ans, parus pour l'essentiel chez Minuit puis chez Gallimard. "Comédie classique" (1988), "La femme changée en bûche" (1989), "La sorcière" (1996)...

 

Romancière atypique, tour à tour féministe, engagée, elle surprend par l'étrangeté de ses récits, qui parlent des femmes et des rapports compliqués entre les gens.

 

Prix Femina en 2001 pour "Rosie Carpe", elle entre en 2003 au répertoire de la Comédie-Française avec "Papa doit manger". "Trois femmes puissantes" regroupe trois récits dont les héroïnes résistent pour préserver leur dignité, entre la France et l'Afrique. En 2007, Marie NDiaye s'est installée à Berlin avec sa famille.

 

Le prix Renaudot 2009 a été attribué à Frédéric Beigbeder pour "Un roman français" (Grasset).