09 décembre 2009
GUINEE
Les étranges absences d’un « Tigre »
L'observateur paalga 09 décembre 2009
Depuis l’attentat perpétré contre la personne du président de la République de Guinée, Moussa Dadis Camara, les informations y relatives sont parfois contradictoires.
Que n’a-t-on pas entendu quand l’avion présidentiel burkinabè est parti de Ouagadougou pour l’évacuer à Rabat au Maroc ? Dans un premier temps, Dadis, dit-on, aurait marché pour monter dans l’appareil. Ensuite, il aurait été transporté par ceux qui étaient avec lui au camp Koundara, où ont eu lieu les tirs.
Toujours est-il que les informations, venant de sources différentes, ne sont pas toutes fiables, sauf pour qui est dans le secret des dieux. Saura-t-on réellement un jour comment le chef de la junte a pu se retrouver dans l’avion ? Hospitalisé dans la clinique royale de l’hôpital militaire Mohammed V, depuis il serait hors de danger mais qu’il ne peut pas parler. A dire vrai, un flou artistique entoure son état de santé, et chacun y va de ses commentaires.
Pendant que Dadis se remet de ce qui lui est arrivé, comme on le sait, c’est le général de brigade Sékouba Konaté, le n°2 du régime, qui assure l’intérim. Celui qui était, jusque-là, ministre de la Défense, a pour surnom le « Tigre » à cause de sa férocité. Ce n’est donc pas un tigre en papier qui s’est installé à l’état-major du CNDD, basé au camp Alpha-Yaya-Diallo. Le général, qui est né en 1966, est marié et père de quatre enfants. Il a été incorporé dans l’armée guinéenne en 1985.
Après la formation commune de base (FCD), il a été désigné pour aller suivre des cours d’officiers au Maroc à Mecknes, où il a obtenu le brevet de chef de section entre 1986 et 1988. En 1996, il se rend en France pour les cours du brevet de chef de section parachutiste à Pau et des cours d’entraînement du premier degré à Mont-Louis.
A la même année, il est nommé commandant adjoint du détachement des parachutistes de la deuxième région militaire de Labé. Nommé général de brigade le 9 janvier 2009, il occupera la fonction de ministre de la Défense nationale quatre jours plus tard. On dit de Sékouba Konaté qu’il est particulièrement conciliant et moins obtus que son patron, grabataire. Certains ne sont pas loin de souhaiter que Dadis ne revienne plus aux affaires et que ce soit, finalement, Sékouba qui conduise la transition sans, bien sûr, les militaires.
Mais, jusqu’à présent, on ne connaît pas les intentions du ministre et intérimaire qui est peut-être préoccupé à mettre de l’ordre dans la troupe ; une armée de plus en plus divisée, et on se demande si les chefs ne sont pas rien dans ce pays.
En appuyant sur la détente, le lieutenant Aboubakar Sidiki Diakité, alias « Toumba », a tout simplement confirmé cela. La thèse du coup d’Etat manqué ou du complot fait son chemin, et on ne s’engage pas dans une telle entreprise sans bénéficier de nombreuses complicités.
On se demande, en effet, comment, après avoir tiré sur un chef d’Etat, il a pu s’enfuir de la caserne de Koundara au nez et à la barbe des militaires et se payer ensuite le luxe de communiquer avec des journalistes par téléphone. A moins qu’il soit particulièrement chanceux au point qu’il serait capable de trouver de la place pour son parapluie si on le mettait dans une bouteille, on en vient d’ailleurs à se poser de nombreuses questions sur les absences, aussi répétées que suspectes, de l’actuel maître de Conakry.
Il était absent du pays quand « Toumba » a tenté d’envoyer Dadis dans l’autre monde. En outre, lors de la boucherie du 28 septembre 2009, il n’était pas non plus dans la capitale, ce qui a donné lieu à de multiples conjectures. Cette situation rappelle ce que disait le premier prix Nobel africain (littérature, 1986), le Nigérian Wole Soyinka : « Un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore ».
Justin Daboné
lobservateur
09:19 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : guinée, sékouba konaté, moussa dadis camara
SANCTIONS DE L’UE CONTRE LE NIGER
Tandja perd de sa superbe
La chose serait à peine croyable si on n’était pas en politique. Le président nigérien Mamadou Tandja envoie une délégation fort étoffée (une bonne partie de son gouvernement) à Bruxelles, pour rencontrer l’Union européenne. Qui l’eût cru, qui l’eût dit ? On se rappelle la violence des propos que lui-même a tenus, et ses porte-étendards après lui, lorsque cette même UE menaçait, et finalement posait un ultimatum à son pays, le Niger.
On se souvient aussi de toute la rhétorique développée par ses missi dominici envoyés pour persuader les pays voisins de la sous-région : elle se résumait en substance à un bilan d’auto satisfaction doublée d’un sentiment de légitime fierté qui finissait irrémédiablement par de vaines tentatives visant à faire croire que le gouvernement nouveau tel que l’a voulu Tandja, n’avait de compte à rendre à personne, qu’il avait bien le droit de faire ce que réclamaient des Nigériens et que pour finir, Tandja avait été élu par des Nigériens pour des Nigériens, et basta ! Tant pis pour ceux qui n’étaient pas contents ! C’est cependant ce même Tandja, jouissant de cette même liberté qui trouve aujourd’hui nécessaire d’envoyer la presque totalité de son gouvernement rencontrer l’UE à Bruxelles.
Bien que n’effectuant pas lui-même le déplacement européen (il confie la délicate mission à son Premier ministre), Tandja, on peut le dire, se rend, par le fait même à Canossa. Toute honte bue. Et il se rend aujourd’hui bien compte que l’indépendance dont se vantent quelquefois les dirigeants africains, est bien fade et hautement de façade : la manne financière que l’UE a depuis quelques temps refusée à son pays, commence à peser de tout son poids. Et puis, même l’être humain le plus entêté au monde se souvient toujours de ce que commande la realpolitik, le cas échéant. Quitte à renoncer un peu à lui-même et à perdre de sa propre superbe. C’est ce qui arrive aujourd’hui à Mamadou Tandja. Il est tout à fait probable que la délégation nigérienne plaide à Bruxelles pour que l’UE desserre l’étau autour de son pays. Des sanctions sont déjà tombées, mais on oublie que d’autres sont annoncées, qui devraient elles aussi, s’abattre sur le Niger, en temps opportun. En termes de retombées financières, cela compte énormément, même pour ce Niger qui jusqu’à présent et en dépit de ses récentes découvertes en pétrole et en uranium, ne peut toujours pas se payer le luxe de se passer sans conséquences désastreuses, de la coopération avec l’Europe des 27.
L’UE, elle, on le sait, a fixé ses conditions : elle demande que le gouvernement Tandja accepte un dialogue franc avec l’opposition, de même qu’elle exige un retour à l’ordre constitutionnel normal. Reste à savoir ce que renferme d’ailleurs cette seconde exigence, et cela presse d’autant que l’on s’achemine inexorablement vers la date du 22 décembre qui aurait été celle de la fin du second mandat légal de Mamadou Tandja à la tête de l’Etat nigérien.
Que peut-on alors attendre du grand oral du régime de Tandja face au jury de Bruxelles ? Si l’UE reste droite et ferme dans ses bottes, maintient ses exigences, nul doute que la leçon portera et administrera un code de conduite à tous ces dirigeants africains qui s’essaient à la “ dictature ” juste pour voir jusqu’où on peut leur résister. Par contre, à supposer que l’UE cède, elle aura aidé à réaliser un type nouveau de manœuvre dictatoriale dont la ligne de conduite est à présent bien claire et limpide : on s’illustre par des dérives autocratiques graves, on résiste à la pression interne et externe, puis on va demander l’absolution des Européens et pour terminer, on revient chez soi parachever le mauvais boulot commencé. Les démocrates de tous bords auront toujours leurs yeux pour pleurer. Le cas mauritanien est hautement illustratif en la matière. Il ne faut pas qu’il soit d’école.
Reste à savoir alors de quelle manière et par quel bout l’Union européenne choisira d’appréhender la question nigérienne. La France est un élément clé, hautement stratégique et d’importance à l’intérieur de ce groupe des 27. Cette même France dont on sait qu’elle possède de gros intérêts au Niger. Areva, ce puissant géant du nucléaire civil français est bien celui qui a remporté le marché de l’uranium nigérien, damant le pion aux Canadiens et aux Chinois qui, eux aussi, se montrèrent en son temps, fort intéressés par la chose. Le diplomatique s’imbriquant souvent de façon inextricable dans l’économique, nul doute que la position de la France peut peser lourd dans la balance des décisions que choisira de prendre l’UE face au régime de Mamadou Tandja. A supposer qu’elle décide de le “protéger” en ami, on voit mal comment elle pousserait le groupe des 27 à la punition et aux sanctions envisagées. A supposer aussi que malgré tout l’UE décide de les appliquer aux fins de ramener le Niger sur la voie de la sagesse, de la bonne gouvernance et de la saine démocratie, le Niger peut tout de même compter sur un allié de poids : les sanctions de l’UE n’impliquent pas forcément une cessation de relations d’avec l’ancienne métropole.
Et c’est bien là aussi que l’on souhaite que la “ rupture ” annoncée par le président Sarkozy se mette à l’œuvre, enfin. En tout état de cause, il serait bien regrettable que les émissaires de Tandja reviennent de Bruxelles avec dans leurs valises une espèce de blanc seing qui aurait tout effacé des dérives qu’on a connues, car il blanchirait un chef d’Etat décidément aux méthodes bien anti démocratiques. Et bien plus, Mamadou Tandja saurait bien utiliser ce qu’il considèrera volontiers comme un adoubement pour perpétrer de nouvelles dérives et manœuvres autocratiques et anti sociales. Et là, nul ne peut dire qui serait en mesure de l’arrêter lorsqu’il décidera de se remettre en marche. Bruxelles est à ce jour, la chance et l’espoir des démocrates nigériens. L’UE a l’obligation de ne pas les décevoir.
"Le Pays"
09:10 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : niger, mamadou tandja, ue
BURKINA FASO / LIMITATION DU MANDAT PRESIDENTIEL
"Blaise ne doit pas être le problème mais la solution"
Le débat sur la clause limitative des mandats présidentiels au Burkina est engagé. Dans l’analyse ci-dessous, ce doctorant en droit public apporte son grain de sel.
Depuis quelque temps, l’actualité nationale est dominée par le débat sur la clause limitative des mandats de l’article 37 de la Constitution du 2 juin 1991. Cette question n’est pas nouvelle puisqu’elle a suscité une controverse lors de la candidature du président Compaoré aux élections présidentielles de 2005. Cela dit, il est à déplorer les insuffisances de certaines opinions dans le débat actuel. A titre illustratif, les invités de l’émission "le débat" de la télévision Canal 3 de ce samedi 21 novembre 2009, n’en faisant point exception, ne nous ont pas évité ces points de vue approximatifs sur le sujet. Il nous semble opportun de rappeler que si l’appropriation de la Constitution est incontestablement souhaitable, seules les personnes qui maîtrisent la science du droit et les grands courants actuels du droit constitutionnel peuvent se prononcer sur certaines questions hautement techniques, en raison surtout de l’internationalisation du droit constitutionnel. En guise de comparaison, nous faisons observer que si tout le monde peut parler du cancer ou du Sida, peu d’individus en sont qualifiés pour le traitement en dehors des médecins et autres tradipraticiens. C’est bien pourquoi le verset 66 de la sourate 3 du Saint Coran interpelle le genre humain en ces termes : « Mais pourquoi discutez-vous des choses dont vous n’avez aucune science ? ».
Pour commencer, le devoir moral nous impose d’avouer que notre présent propos se veut être uniquement une synthèse des développements récents sur la limitation des mandats présidentiels. A vrai dire, des développements fort intéressants ont été déjà menés sur la question, notamment celui du professeur Loada sur la limitation du nombre des mandats présidentiels en Afrique francophone paru dans la revue électronique Afrilex n°03 de 2003. Si les débats passionnés sont encore nourris sur la clause limitative des mandats, nous semble-t-il, c’est bien parce que des faits nouveaux sont intervenus sans avoir nécessairement hélas une forte charge juridique. Quels sont ces faits ? Ils sont principalement au nombre de trois. Ce sont :
la décision N° 2005-007/CC/EPF/ du 14 octobre 2005 du Conseil constitutionnel du Burkina Faso sur le recours en annulation de la candidature du président Compaoré à l’élection présidentielle de 2005. Ce fait nous paraît nouveau parce qu’il est intervenu pour mettre fin à la controverse constitutionnelle qui avait cours avant les élections présidentielles de 2005. Il vient donner la position du juge constitutionnel burkinabè sur l’application de la loi constitutionnelle portant révision de la clause limitative des mandats présidentiels contrairement au débat précédent qui en était dépourvu ;
l’adoption de la Charte africaine pour la démocratie, des élections et la bonne gouvernance du 30 janvier 2007 et le vote de l’autorisation de ratification par notre parlement ;
la médiation du président Compaoré dans la crise ivoirienne. Procédons ensemble à l’examen de ces faits. Le lecteur voudra nous excuser la rapidité de notre analyse qui se veut brève pour des raisons purement techniques.
Le Conseil constitutionnel burkinabè, dans la décision sus-citée, a développé un certain nombre d’arguments pour rejeter le recours des requérants et validé par la suite la candidature du président Compaoré. Dans sa démarche, il a développé une série d’argumentations qui nous conforte dans l’idée que l’article 37 peut être modifié pour permettre au candidat Compaoré de se présenter ad vitam aeternam. Les principaux arguments du Conseil étaient au nombre de trois : la loi n’a point d’effet rétroactif, elle ne vaut que pour l’avenir ; l’esprit de la Constitution s’apprécie en fonction de la volonté du législateur du moment (des députés votant) ; la loi peut voir ses effets déférés (voir l’article de Stéphane Bolle, sur la constitution Compaoré pour de plus amples informations).
Il découle de cette décision que le juge constitutionnel burkinabè a volontairement choisi dans une attitude self-restreinte de neutraliser sa fonction d’interprète de la Constitution, récusant par là même, sa fonction de pouvoir constitué. De ce fait, en cas de nouvelle révision de la Constitution, le Conseil ne pourra guère se dédire puisque la loi n’a point d’effet rétroactif. De la sorte, une loi constitutionnelle pourra être adoptée pour lever la clause limitative ou la durée du mandat. Manifestement, le juge constitutionnel s’est enfermé dans un raisonnement circulaire dont il pourra se défaire difficilement même s’il peut toujours procéder à une lecture évolutive d’une même question.
Ce que prévoit la Charte de l’UA
Le second fait pose quant à lui la question de l’incidence d’une limitation du droit international ou régional sur la fonction constituante. Sur le pouvoir constituant originaire, une limite externe n’a aucun effet. En revanche, sur les pouvoirs constitués (parlementaires et juges constitutionnels) la question est plus nuancée.
Quelles limites à la révision constitutionnelle prévoient la Charte de l’Union africaine sur la démocratie, des élections et de la bonne gouvernance ? Deux principalement aux articles 10 et 23 contrairement à ce que disaient les invités de Canal 3 qui n’en voyaient aucune véritablement.
Article 10 : « Les Etats parties doivent s’assurer que le processus d’amendement ou de révision de leur Constitution repose sur un consensus national comportant, le cas échéant, le recours au référendum ». Article 23 al 5. « Les Etats parties conviennent que l’utilisation, entre autres, des moyens ci-après pour accéder ou se maintenir au pouvoir constitue un changement anticonstitutionnel de gouvernement et est passible de sanctions appropriées de la part de l’Union :…Tout amendement ou toute révision des Constitutions ou des instruments juridiques qui portent atteinte aux principes de l’alternance démocratique ».
Souffrez que nous ne fassions pas un commentaire de ces articles. Deux courants doctrinaux s’affrontent sur l’incidence des instruments internationaux. Sur les règles internes. Les partisans de la force obligatoire des instruments internationaux considèrent que l’adhésion des Etats à une règle internationale est un engagement contraignant dont ils ne peuvent se défaire. Ce courant est celui qui rencontre nos faveurs. A propos, notre pays qui a été le troisième pays à ratifier la charte sus visée ne peut refuser de lui assurer une pleine efficacité en droit burkinabè.
Quant aux partisans de l’effet relatif des règles internationales, ces limites n’ont qu’un effet relatif puisque la violation de la règle internationale n’entraîne que la mise en jeu de la responsabilité de l’Etat au niveau international (sanctions politiques et financières). Au demeurant, elles ne conditionnent pas la validité de la révision constitutionnelle au niveau interne. Autrement dit, la révision peut être contraire au niveau international et être valable au niveau interne si elle respecte la seule limite procédurale que la technique de la double révision peut d’ailleurs mettre en échec. Il ne faut pas, pour ce faire, se méprendre de l’influence réelle du droit international sur le droit interne. Un pays comme le Burkina Faso ne peut pas se permettre le luxe de se priver de l’aide internationale. Le Togo et le Niger en savent quelque chose. Le président Tandja Mamadou qui a bravé toute la communauté pour adopter sa nouvelle Constitution, est en train de déchanter, convaincu qu’il est que la suppression de l’aide européenne et la suspension des instances de la CEDEAO seront préjudiciables pour son pays qui fait depuis 1990, date d’instauration du classement du PNUD, cavalier seul en queue de peloton. Juridiquement donc, on peut parler de l’effet relatif des instruments internationaux, mais économiquement et politiquement cela est moins sûr.
Venons-en au troisième élément qui reste pour nous le plus pertinent, celui de la médiation du président Compaoré. Fort appréciable est la médiation du président Compaoré dans les crises politico-militaires dans les pays de la sous-région. Hier au Niger et au Mali, aujourd’hui ce sont la Côte d’Ivoire, le Togo et la Guinée qui bénéficient des qualités indéniables de médiateur du président Compaoré. Le simple observateur de l’actualité politique encore honnête doit admettre que l’on n’a point besoin d’être du CDP ou de la FEDAP/BC pour reconnaître les qualités de négociateur de l’homme, lesquelles dépassent largement les frontières de notre sous-région. Trêves d’éloges, revenons au droit. Quel lien établir entre ces médiations, notamment celle ivoirienne, et l’éventuelle révision de l’article 37 de la Constitution ?
"Le président Compaoré surfe sur une dynamique favorable"
Quel enseignement le principal artisan, le garant de l’efficacité et de l’interprétation d’un accord politique à contenu juridique, peut-il en inférer comme valeur ajoutée pour faire valoir chez lui ? Un à notre avis. Celui de respecter les règles internationales. Ne dit-on pas que qui peut le plus peut le moins ? Le président qui a fait plier l’échine au président Laurent Gbagbo, auteur du désormais célèbre obiter dictum selon lequel « chaque fois que l’accord de Marcoussis sera contraire à la Constitution, j’appliquerai la Constitution de la Côte d’Ivoire », effectuera le service minimum, nous en somme convaincus.
Le président Gbagbo, dans les deux ordonnances portant respectivement sur la liste des candidats à la présidentielle et sur le réajustement du code électoral pour les élections générales de sortie de crise, s’est référé à l’accord de Ouaga, de Linas Marcoussis. De même, le Conseil constitutionnel ivoirien, malgré les appréhensions de certains journalistes, a, dans les deux décisions sur les dossiers de candidature et sur la liste des candidats, emprunté la même démarche dans son visa. Se référant même à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples de 1981. Pourquoi le président Compaoré qui use de ses talents pour assurer l’effectivité du droit international ne fera pas mieux ? Suivez mon raisonnement… N’oublions jamais que sa légitimité de médiateur, le président Compaoré la tire du Conseil de sécurité des Nations unies, des organes exécutifs de l’Union africaine et de la CEDEAO.
En guise de conclusion, il nous paraît plus que nécessaire de faire observer que les limites juridiques intra ou extra constitutionnelles ne peuvent en aucun cas empêcher un président de réviser la Constitution pour se représenter indéfiniment s’il décide autrement. C’est pourquoi le doyen Roussillon écrivait dans les petites affiches de janvier 2009 que la limitation des mandats est inutile. Cela d’autant plus que, le relève le doyen Jean Du Bois de Gaudusson, le constitutionnalisme sans culture constitutionnelle n’est que ruine du constitutionnalisme.
Le président Compaoré surfe déjà sur une dynamique favorable (les sympathies accumulées) qu’il ne devrait en aucun cas négliger en vue de son entrée au panthéon de l’histoire de notre pays et de l’Afrique, et cela, pour le plus grand plaisir de ceux qui, comme nous, apprécient et encouragent ses nombreuses médiations qui donnent de la visibilité à notre pays. Le président Compaoré ne doit pas être le problème, mais plutôt la solution afin de nous épargner les vicissitudes des missions de facilitation. La solution de créer une fondation pour la paix pour mener la recherche sur les méthodes de médiation du président Compaoré est une ingénieuse idée qu’il faut soutenir. Elle pourra contribuer à ancrer dans l’histoire ses apports à la recherche et à la consolidation de la paix. Cette idée ne pourra véritablement prospérer que si le Seigneur fait que notre président entende la voix des sirènes.
Séni Mahamadou OUEDRAOGO Doctorant en droit public
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08 décembre 2009
GUINEE
Un attentat qui arrange tout le monde
L'observateur paalga 08 décembre 2009
Parce qu’une balle d’un militaire félon a touché la tête du chef de l’Etat autoproclamé de la Guinée le jeudi 3 novembre 2009, l’Afrique, la Communauté internationale, le facilitateur et les Guinéens restent suspendus à l’évolution de sa santé.
Bien que le pronostic vital n’ait été évoqué par aucun des médecins de l’hôpital Mohamed V de Rabat, qui se relaient au chevet de Moussa Dadis Camara, l’anxiété est grande dans de nombreux esprits, car la vacance du pouvoir suprême s’avère toujours délicate, a fortiori dans un pays comme la Guinée, souffrant politiquement depuis des années.
Qu’on soit un disciple d’Hippocrate ou pas, nul n’est censé ignorer qu’une telle blessure à la tête laisse forcément des séquelles indélébiles. Si on se fie au bulletin de santé officiel, délivré à dose homéopathique par le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Chérif Idrissa, ou par celui des Affaires étrangères, Alexandre Cécé Loi, « Dadis est sorti du coma, ses jours ne sont pas en danger, mais il ne peut pas encore parler », et on suppose que le colonel Sékouba Konaté, son alter égo, gardera la maison le temps qu’il se remette et revienne reprendre sa chose.
Encore qu’on n’en sache rien, le mystère Sékouba Konaté s’épaississant au fil des mois, puisqu’il était absent du pays le 3 décembre, tout comme le 28 septembre 2009.
Mais voilà, la Guinée est en crise avec une médiation en suspens, et en l’espèce on ne peut manquer de donner libre cours à des échafaudages : le premier sentiment est que ce "wankage "complique la tâche du médiateur comme nous l’évoquions dans notre Commentons l’évènement du 4 décembre dernier.
Rejeté pratiquement en bloc par les Forces vives, la proposition d’Accord politique interguinéen de Blaise Compaoré de novembre dernier avait grippé la facilitation, et un blocage se profilait à l’horizon. L’attentat du camp militaire de Koundara semblait plomber les actions de bons offices du président burkinabè.
Cependant, l’autre versant de cette tentative d’assassinat pourrait relancer la machine Compaoré. Et certains pousseront le cynisme pour dire que c’est un acte qui tombe à pic. En partant du postulat que Dadis est parti pour une convalescence prolongée, l’intérimaire, Sékouba Konaté, qu’on dit conciliable et moins butté, pourrait faire l’affaire des Forces vives et du médiateur.
La politique n’est que l’art du compromis, même si les compromissions n’y sont pas rares, il suffit donc que le « Tigre » (surnom de Sékouba) accepte certaines conditions avant l’hypothétique retour de Dadis pour que tout soit jouable. C’est connu, sce qui a paralysé la médiation est le cas Dadis, ou plutôt son désir de rester au pouvoir.
Le chef de la junte étant hors jeu, probablement pour un long moment et sachant par ailleurs que la Communauté internationale (UA, UE...) demandait déjà son départ, d’aucuns estiment que cette hypothèse est d’actualité. On sait que les autorités marocaines, pour ne pas mécontenter cette communauté, ont parlé « d’humanitaire », au sujet de l’accueil de l’illustre blessé.
Tout pourrait se jouer là, c’est-à-dire par un maintien de Dadis pour une rééducation au Maroc ou ailleurs, ce qui ferait cesser les rancœurs et les frustrations dont il est le centre de cristallisation. Des pourparlers pourraient alors reprendre avec toutes les parties prenantes à la situation en Guinée.
Une façon de sacrifier Dadis sur l’autel de la paix. Ce ne serait pas pour déplaire aux forces vives, au médiateur et surtout aux Guinéens. Du moins pour ceux qui veulent vraiment voir le bout du tunnel, pas pour les partisans du ni paix ni guerre, qui se repaissent de prébendes, de surenchères et de brigandages tous azimuts.
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
11:55 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : moussa dadis camara, guinée, blaise compaoré