30 mai 2007
NIGERIA: Les défis d’Umaru Yar’Adua
(Photo : AFP)
Umaru Yar’Adua a prêté serment sur le Coran, mardi matin à Abuja, en présence d’un grand nombre d’enfants et de plusieurs chefs d’Etat africains. Des prières œcuméniques chrétiennes et musulmanes, et un défilé militaire ont précédé la cérémonie qui marque la première transition d’un président élu à un autre président élu dans l’histoire de ce pays, indépendant depuis 1960. Le nouveau président nigérian, élu le mois dernier lors d’un scrutin marqué par des incidents et des irrégularités, aura une tâche bien rude à remplir : sortir ce pays de 140 millions d'habitants de la misère, éradiquer la corruption et s'attaquer au problème de la violence dans le delta du Niger.
Le nouveau président nigérian a affirmé qu’il allait s’attaquer sérieusement à la pauvreté dans le pays, durcir les lois contre la corruption et faire progresser le secteur de la santé, notamment dans le combat au paludisme et au sida : «On nous a demandé de faire du Nigeria un meilleur endroit. C’est avec joie que je vais m’y employer comme dirigeant et serviteur». De santé fragile, Umaru Yar’Adua, père de six enfants, est souvent présenté comme étant un musulman rigoureux qui a hérité d’un complexe système de pouvoir, où la corruption est omniprésente. Selon l’organisation Transparency International, le Nigeria est l’un des Etats les plus corrompus de la planète. Près de 400 milliards de dollars ont été détournés par les dirigeants du pays et des 36 Etats qui le composent.
L’héritage d’Obasanjo et la violence dans le delta du Niger
Les observateurs soulignent que le nouveau président aura du mal à se démarquer de son mentor, le président sortant Olusegun Obasanjo, lequel s’est emparé des rennes du Parti démocratique du peuple (PDP), au pouvoir depuis huit ans. Malgré la corruption galopante, Obasanjo a néanmoins réussi, pendant ses deux mandats, à éponger près de 35 milliards de dollars de dettes et à devenir une figure incontournable de la diplomatie africaine, en devenant le porte-parole de l’Afrique dans les grandes institutions internationales. Umaru Yar’Adua, souvent défini comme une personnalité «effacée», aura probablement des difficultés à assumer un rôle aussi important que son prédécesseur dans les conférences internationales.
Le nouveau président nigérian aura surtout à gérer, immédiatement, le mécontentement de la population face aux prix des carburants, qui viennent de subir une augmentation de 15% décidée par le gouvernement sortant. Mais il aura surtout à régler le délicat problème du delta du Niger, qu’il a lui-même défini comme étant priorité. Il a l’intention de rétablir la paix et la sécurité dans cette région pétrolière où des groupes armés, qui affirment lutter pour une meilleure redistribution des richesses, prennent souvent en otage des employés étrangers des compagnies pétrolières. Umaru Yar’Adua a fait savoir que tout devra être fait «pour rétablir le respect de la vie humaine et de la propriété de manière à sécuriser les investissements». Il a ainsi imploré les «différentes communautés, les factions et les individus à mettre fin aux violences et à respecter la loi. Laissons-nous une chance de reprendre le dialogue dans une atmosphère sereine».
Les marchés pétroliers ont réagi favorablement à la prise de fonctions du nouveau président nigérian. Les opérateurs craignaient une vague de protestations lors de la passation de pouvoir à Abuja, ainsi que les effets de la grève générale décrétée la semaine dernière par les employés du secteur pétrolier, contre le projet de privatisation d’une raffinerie de Port-Harcourt. Mais les syndicats ont décidé, samedi 26 mai, de suspendre cette action, qui aurait pu affecter considérablement la production. Le Nigeria est le premier producteur africain d’hydrocarbures et le sixième mondial, avec plus de 2,6 millions de barils par jour. L’instabilité dans la région du delta du Niger a entrainé des pertes de production évaluées à près de 800 000 barils par jour.
par Antonio Garcia
source: rfi.fr
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