04 décembre 2009

DEMISSION DU PRESIDENT DE LA CENA AU SENEGAL

Que manigance Wade ?

 

Le pays          04 décembre 2009

 

Exit Moustapha Touré. Il ne sera pas parti de son plein gré, mais plutôt contraint à la démission par le président Abdoulaye Wade. « Je vous ai fait venir pour vous demander de démissionner de vos fonctions », aurait annoncé Gorgui au désormais ex-président de la CENA, au cours de l’audience qu’il lui a accordée dans la première semaine de novembre. Et d’ajouter, menaçant : « Si vous refusez, j’ai les moyens de vous y contraindre ». Touré hésitera un temps, mais la pression de sa famille et de ses amis aura finalement raison de ses réticences. Il s’en va donc, renvoyé comme un malpropre, par le Maître des lieux, alors que le mandat en cours qu’il détenait devait le garder à la tête de l’institution jusqu’en 2011. Et la vie continue au pays de la Téranga.


 

 

cena-president_l.jpgUn autre coup d’éclat de Gorgui, sans doute, qui vient s’ajouter à la liste déjà longue d’autres hauts faits du genre. Pas de doute là-dessus, Wade a bel et bien commencé les manœuvres pour la présidentielle de 2012. Après avoir « décagnoté » Macky Sall de la présidence de l’Assemblée nationale, et sonné le rassemblement de la famille politique du PDS, il pousse à présent le président de la Commission électorale nationale vers la sortie, démontrant au passage que ladite institution, parue sous le prisme Wade n’a d’indépendant que le nom. Car lorsqu’on se rend compte de l’importance que représente pareille institution dans l’organisation ainsi que la tenue des élections dans les pays africains, on perçoit pleinement ce qu’une telle démission cavalière recèle de non-dit, ainsi que l’importance qu’elle peut revêtir pour la suite de l’avenir politique au Sénégal.

 

De toute évidence, Maître Wade aura retiré son fauteuil au président de la CENA, dans le but certain mais inavoué de reprendre en main une institution dont il veut, à n’en point douter, pleine dévotion et entière soumission. Il ne manque pas de justifications pour cela. La présidentielle est pour 2012, autant dire à portée de main. En outre, le Maître n’a pas vraiment oublié la débâcle du PDS aux élections municipales de mars 2009. Et il ne tient pas du tout à ce que le scrutin à venir connaisse la bérézina du passé. Il se donne alors sans doute les moyens adéquats pour parvenir à ses fins.

 

wade.jpgMais, ce faisant, le président sénégalais se révèle inégalant et finit d’administrer la preuve qu’il est prêt à faire feu de tout bois pour remporter la présidentielle de 2012. Car il faut le reconnaître, avoir la mainmise sur une commission qui a charge d’organiser les élections, si ce n’est pas déjà avoir la certitude de remporter une victoire programmée, mais cela y contribue et grandement. On se rend compte avec quel acharnement Wade tient à remporter son troisième mandat à la tête de l’Etat sénégalais. Mais on espérait tout de même un peu que malgré tout, il saurait mettre la forme dans certaines de ses manigances. Car, au final, outre que la mesure irrite l’opposition au plus haut point, elle jette encore le pays tout entier dans un désordre malsain qui n’augure pas de la tenue d’un scrutin sain.

 

Et on ne peut non plus manquer d’y voir un indice de plus que sous Wade, le Sénégal aura décidément bien perdu de son aura de « pays démocratique » dans la sous- région, voire sur le continent africain dans son ensemble. Ni Senghor, ni Diouf (qui sont restés bien plus longtemps que lui à la tête de l’Etat) ne se seront permis les dérives autoritaires et anti démocratiques que Gorgui aura donné aux Sénégalais de voir, et cela alors qu’il tient les rennes du pays depuis neuf ans seulement. Les médias sénégalais auront souffert le martyre sous lui. Ironie du sort, ce sont ces mêmes médias qui auront grandement contribué à faire élire Gorgui, en mars 2000.

 

Des hommes politiques seront humiliés, renvoyés sans ménagement. Certains parmi eux durent goûter aux rigueurs de Rebeuss, et cela, pour délit de divergence d’opinion, ou, plus grave, pour avoir voulu faire ombrage à Karim, le désormais tout-puissant fils du Père. Et, selon toute vraisemblance, Wade ne semble pas vouloir s’en arrêter là. Se faire élire à la présidentielle de 2012 lui apparaît comme la consécration de la vie d’un homme longtemps resté dans l’opposition mais qui, à présent, tient fermement les commandes d’un pouvoir qu’il ne lâchera pour rien au monde. Et tant pis pour ceux qui pleurnichent parce que la démocratie recule au pays de la Téranga. Idem pour ceux qui se soucient déjà de l’après Wade. Le « candidat naturel » du PDS est en marche vers 2012 et tel le pachyderme des savanes, entend tout bousculer sur son passage. Les omelettes, il les fera, dût-il pour cela avoir obligation de casser des œufs.

 

Fort heureusement, il aura en face de lui, un pays dont le peuple est doté d’une maturité politique certaine et avérée. Il l’aura d’ailleurs à maintes et maintes reprises, déjà manifestée. Et c’est bien cette caractéristique sénégalaise qui, aujourd’hui, peut sauver le pays de la Téranga. Elle se présente aujourd’hui comme le dernier et précieux rempart contre les dérives de Gorgui. Au vu de ce qui se prépare, il n’est pas saugrenu de penser que Maître Wade n’est pas aussi certain qu’il le prétend de pouvoir s’assurer une victoire à la régulière et sans coup férir. Il n’est pas sûr non plus qu’il refuserait d’avoir recours à l’arme fatale des fraudes pour ramener à lui une victoire qui aurait tendance à lui échapper en 2012.

 

Gageons que ce peuple sénégalais saura lui donner la réplique qui convient, en temps opportun. Et que, ce faisant, il redorera le blason d’une démocratie sénégalaise qui a bien perdu de son lustre d’antan et peine à luire, tant elle est entachée de bourdes, de dérives, d’initiatives très floues et décidément autocratiques.

"Le Pays"

07 novembre 2009

Affaire Segura : manifestation pour exiger le départ de Wade

Jeune Afrique         07 novembre 2009

 

Plusieurs milliers de Sénégalais ont manifesté, vendredi à Dakar, à l'appel de l'opposition, pour "demander la démission" du chef de l'Etat Abdoulaye Wade, présenté comme "le président corrupteur" depuis l'affaire des 133. 000 euros offerts à un agent du FMI, a constaté l'AFP.


Wade est vivement critiqué depuis l'affaire des 133. 000 euros offerts à un agent du FMIWade est vivement critiqué depuis l'affaire des 133. 000 euros offerts à un agent du FMI© AFP

 

En tête du défilé, un manifestant portait sur la tête une valise estampillée "Alex Segura", du nom du représentant du Fonds monétaire international (FMI) auquel la présidence avait remis "100. 000 euros et 50. 000 dollars", selon le FMI.

 

Le chef de l'Etat avait expliqué que son aide de camp s'était "trompé sur la somme" à donner au fonctionnaire en guise de traditionnel "cadeau" d'adieu.

 

"Na dem" ("qu'il parte", en langue ouolof) était le nouveau slogan de cette manifestation organisée par la coalition d'opposition Benno Siggil Senegaal ("S'unir pour un Sénégal debout"), qui avait remporté les élections locales de mars dans plusieurs grandes villes, dont la capitale, Dakar.

 

Pétition pour la démission de Wade


Portant des vêtements ou des brassards rouges, couleur de la contestation, des militants faisaient signer "une pétition pour la démission" du président. Dans son texte intitulé "10 raisons pour faire partir Wade", l'opposition avait placé en premier "mal gouvernance au quotidien : un président corrupteur".

 

Sur une pancarte, un manifestant demandait "des éclaircissements sur l'Anoci", agence nationale présidée par le fils du président, Karim Wade, dont la gestion avait été très contestée dans un récent livre d'enquête.

 

Mais les mères de familles, venues en nombre, se plaignaient surtout que "tout soit si cher", "qu'on ne puisse plus faire trois repas par jour" ou "qu'autant de jeunes soient au chômage".

 

Deux jours plus tôt, le président Wade, âgé de 83 ans et au pouvoir depuis 2000, s'était déclaré sûr d'être réélu en 2012, sans même avoir besoin de faire campagne.

 

"Le Sénégal n'est pas une république bananière"


L'opposant Abdoulaye Bathily (Ligue démocratique) a au contraire estimé que cette manifestation marquait "le début de la fin" pour le régime, en déclarant : "ces mêmes jeunes qui avaient porté Wade au pouvoir en 2000 sont aujourd'hui dans la rue pour exiger sa démission".

 

"Wade veut instituer un régime monarchique, il veut installer son fils à la tête du pays, mais le Sénégal n'est pas une république bananière", a protesté M. Bathily devant la presse.

 

Le maire de Dakar, Khalifa Sall (Parti socialiste), a assuré que "10. 000 à 15. 000 personnes" étaient dans la rue, tout en appelant à amplifier la mobilisation. "Depuis longtemps, on n'avait pas bougé. Ce coup d'essai est un coup de maître", a-t-il néanmoins estimé.

 

Des femmes brandissaient le portrait d'un dirigeant de l'opposition absent, l'ex-Premier ministre (2004-2007) Macky Sall. Le secrétaire général du PS, Ousmane Tanor Dieng, ne participait pas non plus au rassemblement.

28 octobre 2009

SENEGAL – FMI : Une valise pas du tout diplomatique

Le pays          28 octobre 2009

 

Et revoilà que l’affaire de la valise d’argent qu’un quidam aurait remise à l’ancien représentant du FMI au pays de la Téranga refait surface. Elle risque de faire des gorges chaudes de manière très particulière dans les gargotes dakaroises et ce, pour au moins deux raisons : le montant du cadeau remis à Alex Segura est désormais connu et l’entourage de Maître Wade essaie de justifier ce qui apparaît aux yeux de plus d’un, comme de la "corruption". L’affaire risque de prendre des proportions insoupçonnées. Et ce n’est pas le Directeur du FMI qui le niera, lui qui vient de demander par écrit au président sénégalais de fournir des explications sur son implication, dans la tentative de corruption dont a été victime le représentant du Fonds à Dakar, l’Espagnol Alex Segura.

 

 

Voilà donc une mallette pleine de fric qui explose et risque de faire des victimes. A vrai dire, ce sont à la fois, le chef de l’Etat sénégalais lui-même, le fonctionnaire international espagnol et l’image même du pays de la Téranga qui risquent de prendre un sérieux coup, dans cette affaire, au bas mot, diplomatiquement incorrecte.

 

Si du côté de la présidence on évoque "un cadeau traditionnel d’adieu" remis à un diplomate en fin de mission pour lui permettre "d’acheter des cadeaux" qui feraient le bonheur des siens, la somme qui se trouvait à l’intérieur de la valise cadenassée est bien exorbitante : 133 000 euros, ce n’est pas quelques misérables billets de malheureux Francs CFA dévalués, et il est légitime de se demander si le pays de la Téranga pour légendaire que soient son hospitalité et son amour de l’étranger, peut vraiment se permettre d’offrir des cadeaux d’un tel luxe. Surtout au moment même où ses populations se trouvent frappées par les récentes pluies diluviennes qui ont sinistré une bonne partie de l’Afrique occidentale, et alors que les délestages intempestifs de la Sénélec privent une grande partie des sénégalais de la capitale, d’électricité, et pour certains d’entre eux, de leur pitance quotidienne. A y voir de près, le cadeau fait au diplomate, à supposer que sa visée finale n’était pas de faire "coincer" Segura par ses chefs, n’était pas loin du cheval de Troie. Il se révèle à présent bien encombrant et même empoisonné : pour celui qui le reçoit mais aussi pour celui qui l’a envoyé. Et l’affaire est bien embarrassante pour tous. Et la toute dernière déclaration de Maître Wade, qui vient après des semaines passées à s’emmurer dans un silence que certains qualifient de coupable, sonne comme un aveu.

 

C’est une pratique presque de bonne guerre que des dirigeants cherchent à s’attirer les bonnes grâces de certains "grands" qui ont voix au chapitre dans ces instances internationales qui détiennent les cordons de la bourse. Il est toujours bon, lorsqu’on est un pays du tiers monde, d’avoir un "ami" en haut lieu qui vous protège, introduit et soutient votre dossier en temps opportun. Surtout lorsque cet ami, le temps de son mandat chez vous ne s’est pas montré particulièrement tendre, et a dénoncé ce qui devait l’être, avec rigueur, sans avoir « peur de l’œil ». Un ami de cette trempe, il vaut toujours mieux l’avoir pour soi, que contre soi, surtout au moment où il s’en retourne à sa maison mère. Une fois de plus, la pratique du petit don est plus que monnaie courante, dans des cas du genre, mais il faut quand même savoir rester dans la mesure en respectant les normes et les formes. La somme est colossale pour le service espéré. Mais peut-être aussi que le président Wade s’est trompé sur la personne de son destinataire. Ou en tout cas, quelque part il a manqué de lucidité ou de baraka. Car rien ne dit qu’un représentant du FMI, autre que Segura, aurait ébruité l’affaire. Et le tour aurait été joué. Et Wade aurait sans doute eu "son homme" en tout haut lieu, dans le saint des saints du FMI. En lieu et place de tout cela, on aura assisté au triste dénouement d’un coup foireux qui ternit, et l’image du Sénégal et celle de l’instance financière mondiale.

 

Le président Wade, à l’instar de bon nombre de dirigeants africains qui rêvent de mettre certains décideurs dans leur poche, aurait sans doute dû se souvenir que le FMI a ses lois. La meilleure façon d’y voir sa requête exaucée est le simple respect de la bonne gouvernance ainsi que la gestion sans complaisance des ressources financières dont on a la charge. Les lobbies et autres hommes de main qui usent de contours souterrains pour parvenir à leurs fins, en plus de sortir du cercle de l’éthique recommandable même en politique, ne s’avèrent pas toujours payants. Bien plus, il arrive qu’ils "versent votre figure par terre". Par maladresse ou par incompétence. En tout état de cause, les instances internationales par précaution se munissent de garde-fous qui veillent sur la probité morale de leurs agents : les commissions d’éthique. Juste au cas où…

 

Reste à savoir à présent ce que renfermera le contenu de la lettre d’explication que Dominique Strauss-Kahn demande au président sénégalais, et quelle décision l’instance financière mondiale décidera de prendre pour mettre un terme à cette affaire de mallette peu diplomatique et décidément à double fond. Gorgui a cependant un atout, au moment où il prépare sa défense : il peut déjà se convaincre que l’argument du "cadeau traditionnel d’adieu" , ne convainc personne.

 

"Le Pays"

07 octobre 2009

Sénégal : Galaxie Wade contre Benoo Siggil

L'observateur paalga          07 octobre 2009

 

En cette fin de septembre 2009, marquée par la canicule au Sénégal, la conjoncture politico-sociale oscille entre la présidentielle de 2012 (déjà !), la polémique sur les comptes de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (ANOCI), si ce n’est le drame du joola et le sac qu’ont subi les locaux du groupe de presse Walfadjiri.

 

 

arton8950.jpg« Si Dieu me prête longue vie, la bonne santé et tous mes esprits, je serai candidat en 2012 », lâchait le président Abdoulaye Wade en ce début septembre pour mettre sans doute fin aux guerres de positionnement que se livrent ses fils biologique et spirituels. Et, connaissant la constitution physique de l’enfant de Kébémer, né le 29 mai 1926, « un cas pathologique de bonne santé », de l’avis de certains médecins, (propre d’ailleurs à la famille, son frère aîné Moustapha est mort presque centenaire), beaucoup de Sénégalais ne doutent pas que, dans 3 ans, l’artisan de l’alternance en 2000 pourra succéder à lui-même pour un troisième mandat.

 

Wade a oublié et rangé au placard, depuis longtemps, cette promesse, faite à ses amis politiques d’alors, les Abdoulaye Bathily et Amanth Dansokho, avec qui il faisait le tour du Sénégal en 2000 pour provoquer la chute du PS : « Je ne ferai qu’un seul mandat et je laisserai la place à la jeune génération », si on en croit Bathily.

 

La déculottée du 22 mars

 

Elections locales pour enjeu national, titrions-nous notre regard sur l’actualité, la veille des municipales du 22 mars 2009. Ce fut une claque que les populations ont administrée au PDS : pratiquement toutes les mairies sont tombées dans l’escarcelle de l’opposition, y compris la capitale, Dakar, où Karim Wade s’était mis en pôle position pour en être le bourgmestre. Hélas, tout ne se passa pas comme prévu, et voici venus les jours de ...Kalifa Sall, qui devint le maire de Dakar sous la bannière de la Coalition de l’opposition.

 

Qu’a cela ne tienne, le chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, qui avait vu, à travers cette option, la voie royale pour Karim de lui emboîter le pas vers l’avenue Roume (siège de la Présidence) a dû, fissa, changer ses plans et a bombardé son fils ministre d’Etat en charge des Transports et de la Coopération. Preuve qu’il n’a pas abandonné l’idée qu’un jour Karim pourrait être calife à la place du père.

 

Et comme chacun le sait, le chef de l’Etat sénégalais, pour avoir été dans l’opposition pendant un quart de siècle, a souvent une longueur d’avance sur les autres leaders politiques. Diversion, séduction, ruse, tout y passe pour brider une classe politique qu’on sait très aguerrie et responsable. Les Moustapha Niasse, Abdoulaye Bathily et autre Amanth Dansokho, qui ont d’ailleurs été les coartisans de l’alternance au sommet en 2000, sont de grands politiques. Mais ils savent que Wade a une dextérité manœuvrière exceptionnelle.

 

Sont de ses manœuvres « wadistes » les va-et-vient d’Idrissa Seck, son dauphin présomptif, qui, de la Primature, fut défenestré pour aller goûter aux délices de la prison de Rebeus... avant d’être de nouveau reçu par Wade, qui lui demandera de rejoindre la grande famille libérale. Le fondateur du PDS sait que l’indéboulonnable maire de Thiès a une réelle assise électorale, d’où cette proposition saugrenue qu’il lui a faite récemment : conserver son parti, Rewmi, tout en rentrant dans les rangs du PDS, et même se voir nommé vice-président de la République, poste créé de toute pièce pour appâter ceux qui ne peuvent pas résister aux vertiges du pouvoir. On ne saurait non plus oublier que Wade tente de tenir ses ouailles en haleine en transformant le PDS en PDSL. L’ajout du mot “libéral” change-t-il quelque chose à la réalité du pouvoir ? Rien n’est sûr.

 

De toute façon, il sait qu’en agissant de la sorte, il anime son parti, détourne ses compatriotes des vrais problèmes nationaux : d’abord, il sait que les caciques du PDS ne voudront jamais du retour du fils prodigue Idrissa Seck, et ils l’ont manifesté bruyamment lors des municipales du 22 mars 2009 ; ensuite, il n’ignore pas non plus les relations exécrables qu’il y a entre le patron de la Génération du concret, Karim Wade, et « Idy ».

 

Et certains opposants commencent à entrevoir dans cette politique du dilatoire qu’entretient le pape du sopi des moyens d’amuser la galerie. Vrais remaniements ou petits jeux de chaises musicales, si ce n’est une petite touche comme celle du 30 septembre 2009, qui a frappé Cheick Tidiane Gadio, scotché à son fauteuil des Affaires étrangères depuis 9 ans de façon continue ? (Lire encadré “Bouffé par le dossier guinéen), tout est bon pour détourner l’attention des Sénégalais de leurs préoccupations.

 

Qui sera le candidat de Bennoo Siggil Senegaal ?

 

fss_leaders_2.gifD’où son annonce prématurée de sa candidature pour 2012 ; et surtout le projet de loi qu’il mitonne pour la suppression du second tour à la présidentielle. Une chose est sûre : comment garder le pouvoir en 2012 est la question qui taraude l’actuel président. N’est-il pas judicieux, à défaut que ce soit Karim, qu’au moins ce soit Idrissa Seck qui lui succède ? Comme pour dire que « parce que ce sera Idy parce que ce sera moi », selon les mots de Voltaire au sujet de La Boetie ? En effet, de tous ses dauphins, d’Ousmane Ngom à Macky Sall, la préférence de Wade va à Idrissa Seck. “Il était le moins mauvais de tous”, confie le chef de l’Etat sénégalais.

 

De leur côté, Bennoo Siggil Senegaal, face à cette volonté affichée du PDS de conserver le pouvoir (ce qui est légitime), multiplie les activités pour se présenter en alternative pour sauver « un Sénégal en délitement total », selon Abdoulaye Bathily, secrétaire général de la Ligue démocratique (LD) et un des leaders du mouvement Bennoo. Pour cette raison, Bennoo tente de faire un front unique pour contrer la machine libérale.

 

Abdou Latif alpague « Monsieur Grands chantiers »

 

Le mouvement hésite pour le moment entre une candidature unique, plurielle ou de transition, avec une préférence pour la candidature unique. Une bataille se déroule, du reste, actuellement au sein de Bennoo, puisque, par exemple, les partisans de l’Alliance pour la République(APR/Yaakar) de Macky Sall sont pour « des candidatures plurielles rationalisées en 2012 », selon son porte-parole, Seydou Gueye. Pire, on évoque même l’éventualité de lézardements dans Bennoo, ce qui fera dire à Mamadou Lamine Keita, ministre de la Jeunesse et patron de l’Union des jeunesses travaillistes libérales (UJTL), avec une pointe d’humour salace, que « Bennoo va se transformer en Tassaro (dispersion en wolof) ».

 

Alors qu’on épilogue à souhait sur la présidentielle de 2012, une polémique a éclaté sur les chantiers de l’ANOCI. Certes, on parlait beaucoup des gros sous engloutis par les infrastructures qui ont abrité le 11e sommet de l’OCI, mais c’est véritablement après la sortie du livre-réquisitoire d’Abdou Latif Coulibaly, « Contes et mécomptes de l’ANOCI » (éditions du Sentinelles), que les phares de l’actualité se sont de nouveau braqués sur les premiers responsables de l’ANOCI, en l’occurrence Karim Wade, président du Conseil de surveillance, et Abdoulaye Baldé, le directeur exécutif.

 

Grosso modo, le journaliste d’investigation Abdou Latif Coulibaly soutient que le bilan des activités de l’ANOCI fait le 16 juin 2009 vole au ras des pâquerettes. Il conteste les chiffres avancés par la direction de l’ANIOCI et exige qu’un bilan plus fouillé soit fait aux Sénégalais. « Tout a été bien fait à l’ANOCI... les travaux se sont déroulés dans les conditions optimales de sécurité et de confort, conformément aux règles protocolaires et au strict respect du cahier des charges ». Tel est le communiqué de presse publié au lendemain du bilan. Pourtant, selon l’auteur de l’ouvrage susmentionné, les crédits alloués jurent avec les réalisations sur le terrain. Du côté de Karim, aucune réaction, son directeur de la communication, Cheick Diallo, qui est un de mes amis, est aussi peu disert sur le sujet, tout juste se contente-t-il de nous dire qu’il n’a rien... à dire sur ce livre.

 

(Voir encadré Lu pour vous). Un autre évènement, malheureux cette fois, même s’il a eu lieu il y a 7 ans, s’est invité dans l’actualité de la fin du mois écoulé : le drame du Joola, du nom du bateau qui a coulé au large des côtes gambiennes le 27 septembre 2002. Sur la route qui mène vers Kaolack ou Thiès dans la forêt classée de Keur Massar se trouve le cimetière des disparus, où se sont rendues, ce 27 septembre, les familles des défunts pour leur rendre hommage. A l’occasion du 7e anniversaire de la plus grande catastrophe maritime jamais survenue au Sénégal, le Collectif des familles des victimes du Joola crie à l’injustice et à l’indifférence des autorités, car, jusqu’à présent, le bateau n’a pas été renfloué. Idrissa Diallo, patron de ce collectif, estime que le régime actuel répondra tôt ou tard de ce qu’il qualifie de forfaiture.

 

Enfin, en cette fin du mois de septembre 2009, la bâtisse du groupe de presse Wafadjiri a été attaquée par des individus qui seraient proches d’un chef religieux du nom de Sergine Modou Kara. Que s’est-il passé ce jour-là ? J’étais dans le taxi en ce 25 septembre 2009 (autour de 14h 30 alors que les musulmans venaient à peine de terminer leur prière), en partance pour le quartier HLM où se trouve le siège de l’hebdomadaire « La Gazette », le dernier bébé de Latif. Je m’y rendais pour acheter le livre de ce dernier, pratiquement introuvable dans les librairies, lorsqu’à hauteur du quartier Khar Yalla, je suis tombé sur le saccage des locaux de Walfadjiri. Lorsque je suis arrivé sur les lieux, la police y était déjà et, renseignement pris, ce serait des Talibés de Serigne Modou Kara qui seraient à l’origine de ce sac.

 

Pourquoi ? Il semble qu’une interview d’un demi-frère de ce gourou religieux serait le cassus belli de cette descente des casseurs. En vérité, si l’entretien a bien existé, le journaliste s’est trompé sur le nom de l’interviewé, car le vrai Mame Thierno Birame Mbacké (demi-frère du marabout) n’a pas accordé d’entretien à Walf. S’ensuivront des passes d’armes entre Sidy Lamine Niasse, le P-DG du groupe Walfa, et Moustapha Guirarassy, le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement. Le procureur de la République a diligenté une enquête.

 

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana


Cheick T. Gadio :

“bouffé” par le dossier guinéen

 

Journaliste de formation, Cheick T. Gadio a évolué d’abord aux USA, où, d’ailleurs, il s’est fait de solides relations avant que le président Abdoulaye Wade ne lui fasse appel en 2000 pour occuper le prestigieux département des Affaires étrangères ; un poste qui lui est allé comme un gant tant l’homme s’y est bien incrusté. Alors que l’espérance de vie des ministres de Wade varie entre 3 et 5 ans, Gadio est demeuré à son même poste durant 9 ans. Un record vu que, dans le même temps, Wade a usé 4 Premiers ministres et en est à son 5e. On peut donc qualifier Gadio de chanceux. Mais est-ce seulement la baraka ? A l’évidence, non. Il a « duré » à la tête de ce ministère, car :



- primo, il savait anticiper la volonté du chef, évitant ainsi les pertes de temps ;



- deuzio, il était prêt à sauter dans le premier avion pour aller représenter le Sénégal là où bat le cœur du monde ;



- tertio, de retour de chaque mission,cet américanophile savait faire un rapport synthétique mais fidèle au chef ;



- quartio, il livrait à Wade certains off des sommets, surtout les plus rigolos, qui amusaient le chef de l’Etat et le détendait.

 

Mais il semble que c’est le dossier guinéen qui a « bouffé » Cheick T. Gadio. En effet, depuis le 23 décembre 2008, date d’accession de Dadis au pouvoir, Abdoulaye Wade s’est rendu à Conakry 3 fois sans ...Gadio, qui ne partagerait pas la position de son patron, mais celle de l’UA, des USA et de la CEDEAO sur la Guinée. Le président sénégalais a donc décidé de se séparer de son ministre le 30 septembre 2009. Une victime collatérale du dossier guinéen.

 

Z.D.Z.


Contes et mécomptes de l’ANOCI :

 

lu pour vu

Si vous faites le tour des librairies et des hôtels de Dakar, excepté la librairie Athèna, vous n’y trouverez pas le dernier ouvrage d’Abdou Latif Coulibaly, dont le titre, en lui-même, est une salve contre les dirigeants de l’ANOCI. Dès l’introduction, la charge est sonnée : « Non, l’ANOCI n’a pas utilisé 72 milliards CFA pour les travaux réalisés dans Dakar. Elle en a dépensé au moins le double... De ce point de vue,nous sommes à même de dire que l’ANOCI a dépensé pour l’organisation de la conférence islamique une somme totale de 205 milliards 211millions de FCFA », écrit Latif.

 

Ayant analysé les comptes présentés par le rapport de contrôle de gestion de l’Agence, ainsi que d’autres rapports et le budget, gestion 2008, le verdict du patron de la Gazette est sans appel : il y a eu gaspillage dans la gestion des sous de l’ANOCI. L’auteur donne des exemples tels l’aménagement des bureaux de Karim et de ses collaborateurs, qui aura coûté 750 millions CFA, des bureaux situés à l’immeuble Tamaro, qui a d’ailleurs souffert d’un incendie il y a quelques jours. Autre problème posé par le journaliste : quid des villas présidentielles, pour lesquelles 26 milliards ont été dégagés et remis à l’ANOCI par le ministère des Finances en octobre 2007 ? Bref, dans ce bouquin, l’auteur de Loterie nationale sénégalaise, chronique d’un pillage organisé estime qu’il faut un audit et un vrai bilan pour faire la lumière sur la gestion des milliards CFA alloués à l’ANOCI.

 

Z.D.Z

 

lobservateur

23 septembre 2009

MENACES CONTRE LES SENEGALAIS DE GUINEE : Attention aux dérapages xénophobe

Le pays          mercredi 23 septembre 2009


 

Les ressortissants sénégalais de Guinée Conakry sont inquiets et on le comprend. Interprétée par bon nombre de Guinéens comme un soutien à Moussa Dadis Camara, la position fort ambiguë du président sénégalais dans la querelle à laquelle se livrent partisans et opposants à la candidature du capitaine aux futures élections, a généré un lourd faisceau de frustrations sur fond de sentiments anti-sénégalais. Et puisqu’il est impossible d’atteindre directement Me Abdoulaye Wade, le bouc émissaire est tout trouvé : ses compatriotes. C’est à eux que les contempteurs de Dadis feront payer la préférence présumée ou réelle de Wade pour le chef de la junte au pouvoir. Cela dit, est-ce la meilleure façon d’agir ? Assurément, non. D’autant que la Guinée compte l’une des plus fortes diasporas dans la sous-région et que, si elle n’y prend garde, elle pourrait faire face à des mesures de représailles à l’étranger et principalement au pays de la Teranga.

 

wade_dadis-copie-1.jpgCes Guinéens frustrés ne devraient pas non plus avoir la mémoire courte, au point d’oublier que d’autres pays ouest-africains - y compris le Sénégal - ont grandement ouvert leurs portes à eux ou à leurs parents, durant les années de plomb, sous l’ère Sékou Touré.

 

En tout état de cause, il n’y a absolument rien à tirer de ce vilain sentiment qu’est la xénophobie, sinon qu’il ne procure que misère morale pour soi et situation d’insécurité pour ses parents à l’étranger. Les agitateurs feraient donc mieux de se ressaisir et de se faire entendre autrement. Attention aux dérapages xénophobes ! De même, le président Abdoulaye Wade se devrait d’enlever le poux qui se promène sur son crâne, fût-il rasé. De fait, il doit prendre davantage conscience que ses moindres faits, gestes et propos seront scrutés à la loupe. N’étant pas n’importe qui, il doit se comporter comme tel. Aussi, tout président des Sénégalais qu’il est, Wade devrait-il mesurer tous les risques qu’il fait courir à ses ressortissants quand il s’invite dans des débats à caractère hautement sensible. A ce propos, il ferait mieux de méditer cet adage qui dit, en substance, que si tu as une queue entre les jambes, fais attention quand tu enjambes le feu.

 

Le pape du Sopi a réagi en précisant qu’il n’a tenu aucun propos pouvant être interprété comme un soutien au capitaine Dadis. Mieux, Dakar vient d’appeler le chef de la junte à tenir ses engagements. Soit. Mais cette frange de Guinéens l’entendent-ils de cette oreille ? Rien n’est moins sûr. Face donc à ce qui apparaît comme un mal à présent fait, même si on n’en est pas encore à une campagne de chasse aux sorcières, comment réagiront Moussa Dadis Camara et les forces vives de la nation, y compris les partis de l’opposition ?

 

Dans tous les cas, il est de leur devoir de faire sonner les grelots de l’apaisement pour l’intérêt de la Guinée. Ils devraient, pour cela, faire comprendre à tous les Guinéens qu’ils ont un devoir d’hospitalité envers les étrangers qui le leur rendent si bien chez eux. Toute récupération politique est à proscrire car elle apparaîtrait comme inopportune et malsaine. Au-delà de l’agitation visant à salir l’image du Sénégalais en Guinée, ces menaces sur ces étrangers sont révélatrices de la mauvaise option de Moussa Dadis Camara de se présenter aux futures élections. Ce dernier aurait décidé de tenir ses engagements vis-à-vis des Guinéens, que la communauté sénégalaise n’aurait sans doute pas commencé à ressentir les effets collatéraux de la détermination de Dadis à étrenner le fauteuil présidentiel.

 

Par Cheick Beldh’or SIGUE

18 septembre 2009

Sénégal : Abdoulaye Wade déclare sa candidature pour 2012

Appelé par plusieurs cadres libéraux à se présenter lors du scrutin présidentiel de 2012, Abdoulaye Wade vient de passer d’une candidature « virtuelle » à une candidature déclarée. Dans une interview à la Voix de l’Amérique (VOA), le chef de l’Etat sénégalais annonce qu’il sera effectivement en course, si sa santé le lui permet, lors de la  prochaine élection présidentielle.

 

De notre correspondant à Dakar, Laurent Correau

 

1564271-2093448.jpg« Je suis candidat en 2012 Inch’Allah. Si Dieu me laisse longue vie, me laisse mon cerveau et ma santé, je serai candidat. » Le président sénégalais n’a pas laissé l’ombre d’un doute sur ses intentions dans l’interview qu’il a accordée à la Voix de l’Amérique, interview donnée à l’occasion de son passage aux Etats-Unis pour la signature d’un accord de financement avec la Millenium Challenge Corporation.

 

Abdoulaye Wade aura plus de 86 ans en 2012, mais il compte bien briguer un troisième mandat. Ces dernières semaines, plusieurs cadres du régime avaient fait entendre leur voix pour l’appeler à se présenter.

 

A l’opposition, qui a soulevé l’inconstitutionnalité d’une telle candidature (le nombre de mandats du président étant limité à deux par la Constitution), Abdoulaye Wade répond d’ores et déjà qu’il a le droit d’être candidat. « Je crois qu’il y a des gens qui réclament la démocratie et qui ne sont pas des démocrates, a indiqué le président sénégalais dans cette interview. Il faut laisser la voix au peuple sénégalais. C’est à lui d’apprécier les candidats, que chacun se présente et que le jeu soit ouvert ».


Dans cette interview, Abdoulaye Wade a également défendu la façon dont son fils Karim Wade a géré l’ANOCI, l’Agence nationale pour l’Organisation de la conférence islamique… Une gestion épinglée dans le livre Contes et mécomptes de l’ANOCI, publié cet été par le journaliste Abdou Latif Coulibaly. « Ce sont des voix de mauvaise foi », a estimé Abdoulaye Wade. « Simplement pour s’attaquer à moi, on s'attaque à Karim ».


Deux ans et demi avant le scrutin


Plus que cette candidature elle-même, c’est sa précocité qui est surprenante : Abdoulaye Wade déclare ses intentions deux ans et demi avant le scrutin présidentiel de 2012. Le moment choisi a lui aussi de quoi étonner : le contexte n’est pas porteur, la banlieue de Dakar est toujours sous les eaux et les Sénégalais gardent un souvenir meurtri des derniers délestages.

 

La clé de cette annonce se trouve sans doute au sein du camp libéral. En faisant cette déclaration de candidature, Abdoulaye Wade fait taire les ambitions qui ont commencé à diviser sa mouvance politique. Il fait passer un message fort entre les lignes : sa succession n’est pas encore ouverte. En se projetant dans l’avenir, Abdoulaye Wade remet dès maintenant de l’ordre dans ses propres rangs. Quelle que soit d’ailleurs la décision qu’il prendra finalement à l’approche de 2012.

 

Le président sénégalais cherche-t-il également à soulager la pression médiatique qui pèse sur son fils ? Karim Wade concentre actuellement un feu nourri de critiques lié à de présumées ambitions présidentielles. La suspension des spéculations sur son avenir politique peut lui permettre de bénéficier d’un relatif répit.

16 septembre 2009

WADE ET LA PRESIDENTIELLE DE 2012 : La tentation du pouvoir à vie

Le pays          mercredi 16 septembre 2009

 

 

L’avocat Me Abdoulaye Wade qui a passé une grande partie de sa vie dans l’opposition va-t-il tenter le coup du pouvoir à vie ? A 84 ans, il est de plus en plus question de sa probable candidature pour un troisième mandat présidentiel. Babacar Gueye, un ministre du sérail, lui, a mis les pieds dans le plat : le vieux Wade serait l’homme de la situation. Mais tout cela est-il bien raisonnable dans un pays qui a toujours été la vitrine démocratique de l’Ouest du continent ?

 

1283048-1682802.jpgComme un scénario bien huilé, le ballon de sonde sur la probable candidature du président sortant fait son petit bonhomme de chemin. Les jeunes du parti s’en ont fait l’écho. Mais le promoteur du Sopi s’est bien gardé depuis lors de se prononcer sur le sujet. En fin stratège, il attend certainement le moment opportun. Et il en a le temps de voir venir, les échéances étant prévues dans 3 ans. Cependant, le fait d’avoir allumé la mèche si tôt, montre bien que l’issue du prochain scrutin préoccupe Wade au plus haut point ainsi que son parti. Malmenés lors des élections locales de 2009 par la coalition Benno Siggil Sénégal de Tanor Dieng, de Mustapha Niasse et autres, les Libéraux ont à coeur de conserver les rênes du pouvoir. La question est de savoir sur quel cheval miser.

 

Abdoulaye Wade, en 10 ans de pouvoir a fait le vide autour de lui. Dans son propre camp, il a humilié, discrédité tous ses potentiels successeurs au profit de son fils. Mais depuis, la déculottée subie par Karim Wade lors des élections locales a peut- être changé les plans du vieux Wade. Celui-ci envisage peut-être d’aller lui-même au charbon. A plus de 83 ans, ce sera probablement une de ses dernières batailles électorales. Ce sera encore plus rude que la dernière fois, parce que lui-même a donné des arguments à ses détracteurs pour le combattre à travers une gestion un peu chaotique du personnel politique. Si Wade engage cette ultime bataille, ce ne sera pas pour négocier un nouveau mandat pour terminer quelque chantier que ce soit.

 

Cette fois, il ne le fera pas pour lui-même mais pour son parti, en panne d’icône pour continuer à faire survivre un Parti démocratique sénégalais (PDS) en déclin, confondu à sa personne et à ses intérêts. Une façon de gagner du temps. Mais à cet âge, le temps lui appartient-il vraiment ?

 

Par Abdoulaye TAO

15 septembre 2009

Wade et la présidentielle guinéenne : Le soutien du “père” au “fils”

L'Observateur paalga          mardi 15 septembre 2009

 

Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, s’est rendu le 12 septembre 2009 à Conakry, où il a rencontré son homologue guinéen, Moussa Dadis Camara. Le maître de la Guinée est candidat à l’élection présidentielle du 31 janvier 2010 dans son pays. Une candidature qui suscite une forte réprobation de la classe politique guinéenne.

 

 

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Devant les médias d’Etat, le célèbre chauve de Dakar, qui était accompagné de la présidente libérienne, Ellen Johson-Sirleaf, a refusé de se prononcer publiquement sur la décision du capitaine Moussa Dadis Camara, chef d’une junte arrivée au pouvoir à Conakry en décembre 2008, quelques heures seulement après l’annonce de la mort, à 74 ans, du général Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984. “Nous sommes venus écouter (...) et conseiller”, s’est contenté d’affirmer Me Wade à la télévision guinéenne, avant d’ajouter qu’il n’était pas question de s’immiscer dans les affaires intérieures de la Guinée.

 

Le déplacement du premier des Sénégalais au pays de Sékou Touré samedi dernier intervient suite à une demande publiquement formulée dans les médias sénégalais par l’ex-Premier ministre (2004-2006), Cellou Dalein Diallo, opposant guinéen, à Wade d’intervenir auprès de son “fils” Dadis pour que celui-ci ne se présente pas à la consultation électorale de janvier. Le chef de la junte militaire aux commandes à Conakry, pour avoir eu le soutien du président du Sénégal qui s’était rendu en Guinée au lendemain de sa prise de pouvoir, a, depuis, affirmé qu’il considérait celui-ci comme son “père”.

 

Dadis a encore une fois répété devant la presse qu’en présence du président Wade, il préférait mettre de côté le protocole d’Etat pour se comporter en “fils”, au nom des “valeurs et de la morale africaine”. Malgré les pirouettes de Wade et son langage hautement politico-diplomatique pour signifier qu’il ne donne pas sa caution à son “fils” Dadis pour faire comme d’autres, c’est-à-dire enlever la tenue militaire pour se présenter à l’élection, on a du mal à croire le contraire.

 

Gorgui botte en touche mais son soutien à l’homme fort de Conakry était clair dès le départ. Avant de se rendre personnellement dans la capitale guinéenne, Wade a été le premier chef d’Etat africain que le capitaine a joint au téléphone pour expliquer les raisons de son coup de force. Il y a aussi que le chantre du sopi est d’une mère originaire de la Guinée forestière, localité dont Dadis Camara est également natif. Cela expliquerait donc ceci, pour qui connaît les ramifications dont est fait l’arbre généalogique en Afrique et surtout son importance.

 

Le président de tous les Guinéens est arrivé au pouvoir avec de bonnes intentions, comme bien d’autres avant lui. Sa volonté, dès les premiers jours après le putsch, était manifeste et consistait à assurer une transition sans ambages et à mettre son pays sur les rails afin de lui permettre d’amorcer enfin son développement.

 

Au cours d’une rencontre, le 28 décembre 2008, il disait aux hommes politiques et à la société civile : “Allez vous concerter et proposez-nous des projets de société et des dates pour les élections... Sinon vous allez dire que nous sommes des dictateurs...” (cf. l’article sous la plume de Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana in l’Observateur paalga n°7295 du 8 janvier 2009). Le même Moussa Dadis Camara, dans un autre écrit signé par notre confrère et paru dans notre livraison du 13 janvier sous le numéro 7298, affirmait : “Si je dis quelque chose, je l’ai dit. Je vais prendre en exemple le président ATT du Mali ou Val de la Mauritanie...

 

Je veux emboîter le pas à ATT... Nous avons parlé d’élection dans 2 ans, mais ça peut être dans 6 mois... mais avec nos camarades et surtout mon frère, le capitaine Sékouba Konaté (NDLR : ministre de la Défense), qui est un homme d’honneur, nous sommes en train de voir comment on peut servir dans une organisation internationale comme le président ATT, car on ne peut être chef d’Etat et retourner au milieu de la troupe... aujourd’hui, le temps des régimes dictatoriaux est fini, l’heure est à la mondialisation”. Ces propos ont été tenus par le chef militaire à une délégation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le 10 janvier 2009. Huit mois après, la présidentielle, initialement prévue pour juin-juillet, a été ramenée au 31 janvier 2010 et, fait majeur, monsieur le président s’est dédit : il va se présenter à l’élection pian !

 

Les airs mélodieux qu’il claironnait dans le genre : “Je ne suis pas un assoiffé de pouvoir” ; “nous sommes venus pour mettre de l’ordre, lutter contre les narco-trafiquants” n’étaient en fait que du vent. A la face du monde, le capitaine Moussa Dadis Camara donne la preuve qu’il n’est pas un ATT, un Ely Ould Val mais plutôt un Robert Guei. Il devait avoir le courage de respecter la parole donnée, partir pour revenir. Malheureusement, il s’arc-boute sur son trône, soutenu par son parrain Wade qui, en bon avocat, le défend contre vents et marrées, n’en déplaise aux détracteurs de tout acabit d’ici et d’ailleurs.

 

D. Evariste Ouédraogo

30 juillet 2009

GUINEE CONAKRY : La piqûre de rappel de Wade

Source : lepays.bf (Article publié le 29 juillet 2009)


 

Le président sénégalais Abdoulaye Wade est en visite auprès de son homologue guinéen Moussa Dadis Camara. C’est la seconde visite du vieux Wade en Guinée. Celle –ci sonne comme pour rappeler le chef de la junte militaire aux bons souvenirs de ses promesses de rétablir l’ordre constitutionnel dans les meilleurs délais. Dadis avait bel et bien promis les législatives en octobre et les présidentielles en décembre 2009. Mais au fur et à mesure que le temps s’écoule, l’homme fort de Conakry, montre des signes d’irritation chaque fois que le sujet est abordé.

 

arton428.jpgIl a même menacé la classe politique guinéenne, qui piaffe d’impatience de voir enfin enclenchés les chantiers des deux scrutins et de se présenter contre eux. Le doute est désormais installé entre les acteurs de la scène politique de ce pays. Et la communauté internationale qui suit de près l’évolution de la situation se montre préoccupée. On comprend dès lors le sens de ces missions d’information auprès de la junte. Une sorte de pression qui ne dit pas son nom afin d’amener l’homme fort de Guinée à accélérer la restauration des institutions républicaines.

 

Les 16 et 17 juillet 2009, le groupe international de contact sur la Guinée a fait le point de l’évolution de la situation. Il a mis le doigt sur le retard accusé dans la mise en place des organes de la transition et du chronogramme devant conduire aux élections. Le fait que le président Abdoulaye Wade revient sur ses pas à 6 mois de l’échéance, témoigne de la crainte qui habite nombre de dirigeants africains de voir la situation politique déraper.

 

Wade a été le premier chef d’Etat à se rendre dans ce pays au lendemain de la prise du pouvoir de la junte militaire, suite au décès du général Conté. Depuis lors, le chef de la junte lui voue une certaine considération et ce dernier le lui rend bien. Wade n’a-t-il d’ailleurs pas déclaré lors de son séjour dimanche dernier : "Je soutiens Dadis en tant que fils et non en tant que Président, par rapport à son engagement à rendre le pouvoir ?" Il faut donc espérer que le vieux Wade utilise à fond ce capital de confiance pour convaincre "son fils" de se hâter pour mettre fin à ce pouvoir d’exception.

 

Tout ce ballet diplomatique tient donc à ce bout de phrase, "son engagement à rendre le pouvoir". Dadis le fera-t-il et à quelles conditions ? Trop concentré sur son programme minimum pour la transition qui se résume à une lutte acharnée contre la corruption et les narcotrafiquants, certains observateurs craignent que ce ne soit un prétexte pour se maintenir encore au pouvoir. En effet, il est illusoire de vouloir gagner une telle bataille en quelques mois, le temps d’une transition. Cependant, la junte a au moins le mérite de montrer la voie. Reste que de mauvais exemples commencent à faire école sur le continent où des putschistes se reconvertissent en organisateurs d’élections et les gagnent haut la main. Dadis pourrait être tenté par ce scénario venu de la Mauritanie ou bien du Niger avec le "tazartché" de Tandja.

 

On n’y est pas encore. Mais bien des personnes y pensent déjà. Il appartient donc au président Wade de travailler à ce que son filleul tienne parole. Le compte à rebours a quant à lui déjà commencé pour les législatives du mois d’octobre, premier grand test qui permettra de mesurer la bonne volonté de la junte militaire. Assurément, tout le monde ne peut être ATT ou Elie Ould Vall.

 

Par Abdoulaye TAO

 

27 juillet 2009

Sénégal / Guinée / Wade demande au chef de la junte en Guinée de «tenir ses promesses»

Source : rfi.fr (Article publié le 27 juillet 2009)

 

En visite à Conakry, le président sénégalais Abdoulaye Wade a pris la parole dimanche pour soutenir la junte au pouvoir, tout en demandant à son chef, le capitaine Moussa Dadis Camara, de « tenir ses promesses, de respecter ses engagements et d'organiser des élections libres et acceptables par tous ».

 

 

Le président sénégalais, Abdoulaye Wade.(Photo : Reuters)

Le président sénégalais, Abdoulaye Wade.
(Photo : Reuters)

 

Le chef de l'Etat sénégalais, arrivé à Conakry dimanche en début d'après-midi, n'a toutefois pas mentionné de date pour la tenue des élections, prévues en octobre 2009 pour les législatives et en décembre de la même année pour la présidentielle. « Je suis rassuré en venant ici, car j'ai eu raison de dire que les militaires guinéens n'ont jamais eu l'intention de garder le pouvoir », a affirmé Abdoulaye Wade.

 

Abdoulaye Wade, président du Sénégal

 

« Si on organise des élections libres et transparentes [...], des élections démocratiques, eh bien, quand un candidat gagne, il faut l'accepter. »

27/07/2009 par Radio Conakry

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