01 octobre 2009

Recomptage des voix au Gabon : Ça (re)commence mal

L'Observateur paalga          01 octobre 2009

 

A l’allure où vont les choses, on ne finira pas, au Gabon, de compter et recompter les voix de la très contestée présidentielle du 30 août 2009. Initialement prévu pour le mardi 29 septembre, le début de la séance de reprise du décompte du suffrage a été finalement reporté au lendemain mercredi, pour raison de modus operandi. Présents à la date initiale, en compagnie des huissiers des auteurs du recours en annulation des premiers résultats, les représentants de l’opposition ont été éconduits des locaux de la Cour constitutionnelle.

 

 

« Certains requérants ont assiégé la Cour avec avocats et représentants et voulaient participer à cette séance, qui est une séance interne », a déclaré la présidente de la haute juridiction, Marie Madeleine Mborantsuo.

 

L’opposition exige également la confrontation des procès-verbaux, des listes d’émargement et des feuilles de dépouillement des 2815 bureaux de vote. Alors, c’est donc parti pour de nouvelles contestations des nouveaux résultats, qui, à n’en pas douter, confirmeront la victoire d’Ali Bongo, candidat du Parti démocratique du Gabon (PDG) et, par-dessus tout, fils de l’ancien président Omar Bongo.

 

Voyez-vous les héritiers de l’ex-locataire du palais du bord de mer, nés pour régner, éduquer pour commander, prendre le risque de perdre le pouvoir après l’avoir obtenu au terme d’un scrutin, entaché soit-il de toutes formes de fraudes ?

 

La présidente de la Cour constitutionnelle à beau se prénommer Marie Madeleine comme la pécheresse repentie qui lava les pieds de Jésus, ce n’est sûrement pas par charité chrétienne qu’elle a décidé de la reprise du décompte. Si elle l’a fait, ce n’est pas pour fermer les portiques de la présidence à celui dont le père est aussi le père de ses enfants.

 

Si Ali Bongo s’est allié moyens humains, financiers, matériels et pourquoi pas occultes pour « voler » la victoire, comme s’en convainquent bien de personnes, ce n’est pas pour après s’en départir afin d’être en paix avec sa conscience.

 

En un mot comme en mille, le recomptage des voix constitue une manœuvre de diversion pour donner un soupçon de légitimité démocratique au mandat de Baby « Zeus », qui n’a ni le tact politique ni l’assise populaire de son défunt père, lequel a régné quatre décennies sur cet émirat pétrolier d’Afrique centrale.

 

Quel accueil l’opposition réservera-t-elle aux résultats de cette nouvelle opération d’inventaire du scrutin ? Ce qui est sûr, tous les Gabonais n’écouteront pas la proclamation que fera Marie Madeleine comme parole d’Evangile.

 

Alain Saint Robespierre

 

lobservateur

03 septembre 2009

Gabon : incidents après la victoire d'Ali Bongo

lemonde.fr          jeudi le 3 septembre 2009

 

De violents incidents ont éclaté jeudi 3 septembre, au Gabon, après l'annonce officielle de la victoire d'Ali Bongo. Dans la journée, pendant qu'étaient officiellement égrenés les résultats de chaque province, des partisans de Pierre Mamboundou ont attaqué la prison de Port-Gentil, deuxième ville du pays. Ils ont libéré les prisonniers avant de se diriger vers le centre-ville où des barricades ont été dressées. Peu après la proclamation, le consulat général de France à Port-Gentil a été incendié par des opposants. Un bataillon de l'armée française a pris position devant le bâtiment.

 


Des soldats gabonais devant les bureaux de la commission électorale, à Libreville, jeudi 3 septembre.
Des soldats gabonais devant les bureaux de la commission électorale, à Libreville, jeudi 3 septembre.

Une employée du groupe franco-américain Schlumberger a été "sérieusement blessée" et trois stations-service du pétrolier Total ont été endommagées ou pillées, après les incidents qui ont suivi l'annonce des résultats électoraux au Gabon, a-t-on appris auprès des sociétés. "Nous avons pris toutes les dispositions pour mettre en sécurité notre personnel et leur famille", a indiqué une porte-parole du groupe à l'AFP. Selon le rapport annuel de Total Gabon, le pétrolier employait 461 personnes dans le pays au 31 décembre 2008.

 

Dans la capitale, Libreville, des incidents se sont produits dans au moins deux quartiers populaires. A Plein-Ciel, au nord de la capitale, des carcasses de voitures étaient visibles sur la voie express qui ceinture la capitale. Des jeunes tenaient des discours hostiles à Ali Bongo et à la France, qu'ils ont accusée d'avoir "imposé" aux Gabonais le fils du président Omar Bongo. A Nkembo, à l'est de Libreville, "des gens cassent ce qu'ils peuvent", affirme un habitant du quartier.



MANIFESTATIONS DISPERSÉES


Des milliers de personnes ont passé la nuit de mercredi à jeudi devant le siège de la Cenap (Commission électorale nationale et permanente), à l'appel de M. Mamboundou et d'autres leaders alliés.

26 août 2009

PRESIDENTIELLE AU GABON : L’alternance est-elle possible ?

le pays          mercredi 26 août 2009

 

 

S’il y a bien une chose dont la classe politique gabonaise doit se féliciter au stade actuel de la transition, c’est sans nul doute le calme, quoique relatif, dans lequel se déroule la campagne en vue de l’élection présidentielle. Après l’épisode des plaintes liées à l’interdiction faite à certains candidats ex-ministres de voyager avec leurs passeports de membres du gouvernement, la démission, un peu tardive soit-elle, de Ali Bongo, candidat du Parti démocratique du Gabon (PDG), de son poste de ministre de la Défense est apparue comme une volonté manifeste de la présidente intérimaire de réunir les conditions nécessaires à la tenue normale du scrutin. Même si Rose Rogombé n’ a pas réagi favorablement à la demande du report de l’échéance du 30 août 2009 formulée par des partis de l’opposition, qui trouvent le temps imparti insuffisant pour établir des listes et des cartes d’électeur fiables.

 

Les longues attentes pour le retrait des cartes, ainsi que des soupçons de fraudes déjà exprimés, prouvent en effet que des imperfections, il n’en manque pas. Ajouté à cela l’inégalité des forces en présence, le parti au pouvoir écrasant ses concurrents grâce à ses grands moyens matériels et financiers qu’il déploie à chacune de ses sorties, il y a de quoi douter de la possibilité d’une alternance politique au Gabon. Etant donné l’absence de structure crédible de sondage en Afrique, il faut attendre la proclamation des résultats et la publication des rapports d’éventuels observateurs indépendants pour apprécier l’opération. La pérennité des partis au pouvoir passe tellement pour une règle en Afrique, qu’il faut désormais faire preuve de plus de réalisme en espérant au moins un changement au sein des partis. Le pays de feu Omar Bongo devra sans doute attendre encore longtemps pour expérimenter cette alternative, car le PDG a raté sa chance de rompre avec le règne des Bongo, depuis la tentative ratée de certains dirigeants de ce mégaparti d’opérer la mutation souhaitable.

 

Et en plus d’être des transfuges du pouvoir gabonais - et donc mal placés pour relever ses erreurs en vue d’en tirer quelque dividende électoral - les principaux opposants actuels semblent se complaire dans leur statut de candidat indépendant, minimisant ainsi l’évidence selon laquelle l’union fait la force. Bruno Ben Moubamba, autre candidat indépendant, en guise de protestation contre le non-report du processus électoral, a entamé depuis l’ouverture de la campagne le 15 août, une grève de la faim qui lui a même valu une hospitalisation. Autant de choses qui montrent, si besoin, le manque de clairvoyance de bien des opposants africains qui n’arrivent pas à dépasser leurs individualités pour constituer un front uni pour une cause commune. Ce n’est point le candidat du PDG qui s’en offusquerait, lui qui n’a d’ailleurs jamais fait mystère de son assurance d’être élu.

 

Par Honoré OUEDRAOGO

17 août 2009

ALI BONGO ET LA PRESIDENTIELLE AU GABON : Une démission en trompe-l’oeil

Source : lepays.bf (Article publié le 17 août 2009)


 

Rose Francine Rogombé, chef de l’Etat gabonais par intérim, vient de frapper un grand coup. Elle a démis Ali Bongo, jusque-là omnipotent ministre de la Défense et candidat à la toute prochaine élection présidentielle. Pourquoi avoir attendu jusqu’à la veille de la campagne pour satisfaire l’opposition ? Ali Bongo a-t-il été démis malgré lui ou avec son consentement ? Stratégie bien orchestrée ou conséquence de pressions exercées sur sa personne, cette décision de la patronne de la transition confirme cependant tout le bien qu’on pense d’elle. Elle met fin au litige avec les autres candidats dont ceux qui avaient pris les devants en renonçant à leur portefeuille gouvernemental et aux privilèges qui lui sont rattachés.

 

La campagne a commencé car l’élection présidentielle aura lieu à la date prévue, au grand désarroi de ceux qui en attendaient le report. On ne peut tout avoir. Certes, la période transitoire a été marquée par quelques couacs : tollé en rapport avec la présence au sein du gouvernement de candidats à la présidentielle, contestations à propos de la confection de la liste électorale, refus de laisser sortir du pays d’anciens bonzes du sérail aujourd’hui dissidents. Mais tout compte fait, les Gabonais auront surpris par leur calme et leur sens des responsabilités. Pourvu que cela continue ainsi. En ce début de campagne, les 23 candidats officiels semblent être sur le même pied d’égalité. Ils appartiennent à l’un ou l’autre des trois principaux camps : le clan Bongo et son Parti démocratique gabonais (PDG), les dissidents de ce parti qui disent agir en candidats indépendants et les autres composantes de l’opposition. Celle-ci aura fort à faire pour déboulonner le parti au pouvoir. En effet, comme toujours dans les républiques bananières, il faudra compter avec la présence d’une opposition factice, payée pour faire du nombre et faire diversion jusqu’au moment décisif. Lequel des discours réussira à convaincre l’électeur ? Bien malin qui pourra le dire.

 

La première semaine en tout cas, constitue une période de mise en train, d’échauffement. Elle permettra aux candidats de se présenter sous leur véritable jour, de mesurer leur performance face à l’électorat. La suite de la campagne sera nettement plus engagée. L’opposition elle, apprendra alors à travailler sa cohésion. Si son départ du gouvernement le met à égalité avec les autres, Ali Bongo n’en est pas moins avantagé. Il aura peu à faire durant la campagne, la machine bien huilée du légendaire PDG faisant le reste. Avant même le déclenchement de la campagne, le fils Bongo s’est révélé comme un tribun, un intellectuel porteur d’idées nouvelles. En même temps, il se veut continuateur de l’œuvre de son défunt père. Mais l’héritage est lourd à porter et les défis nombreux.

 

Certes, les partisans de l’héritier du système vantent la stabilité du régime. Mais l’Afrique d’aujourd’hui milite plus pour la stabilité dans l’alternance. Le temps de la pensée unique, du parti unique, du règne sans fin et sans partage est désormais révolu. Les peuples africains sont patients, mais pas dupes. Ils rêvent d’alternance vraie. Les métamorphoses approximatives et les résistances multiformes n’y pourront rien. Intrépides et résolus dans la défense de leurs intérêts, ils poursuivront le combat jusqu’à se défaire de l’hydre aux mille têtes qui tient chacun de leurs pays en respect.

 

En effet, Ali Bongo a contre lui un fardeau : ce que papa n’a pu réaliser en quarante ans de règne sans partage. Les dissidents eux, auront aussi du mal à se défendre, eux qui ont été à la soupe pendant le long règne des Bongo. La plupart sont riches et leur dépit date de la nomination du fils Bongo comme poulain du parti dominant. Que peuvent-ils apporter de plus, après avoir contribué au bilan que seul devra sans doute supporter le fils ?

 

Le Gabon, peuplé de seulement un million et demi d’habitants, souffre en effet d’un manque cruel d’infrastructures et de services en dépit d’énormes potentialités. Et parce que la plupart des Gabonais manquent presque de tout, l’ONG "Publiez ce que vous payez" attend du prochain gouvernement plus de transparence ; qu’il rende compte à la population de sa gestion des revenus issus de l’exploitation du pétrole et des autres ressources. L’opposition ne manquera certainement pas de rappeler ces failles aux électeurs. Dans cette campagne se profile un déploiement à l’américaine. Certains candidats, sans être démunis, auront néanmoins du pain sur la planche. Et l’opposition devra s’attendre à souffrir les sempiternels problèmes d’inégalité d’accès aux différentes ressources de l’Etat, notamment les médias et les fonds publics. Les dissidents, qui ne bénéficieront plus du soutien du parti au pouvoir, sauront ce qu’il en coûte de se trouver de l’autre côté de la barrière.

 

Pendant deux semaines, le Gabon vivra donc à l’heure africaine. Du début de la campagne à la proclamation des résultats. Les tenants du pouvoir, après avoir abusé du monopole exercé sur les ressources étatiques, mis à profit toutes sortes de stratagèmes pour intimider, voire menacer, soudoyer, n’auront aucune gêne à proclamer puis à fêter leur victoire dans l’allégresse. C’est le propre de ce continent que de voir les tenants du pouvoir se succéder à eux-mêmes, puis de vivre insensibles au sort de citoyens qui ne demandent qu’à disposer du minimum pour survivre. L’opposition, encore une fois, pourra contester les résultats. Mais ce sera peine perdue. Le Gabon fera-t-il l’exception ? Rien de moins sûr.

 

Mais en attendant, on ne peut faire le constat de la démission de Ali Bongo sans penser aux directeurs de conscience du Gabon. Parmi ceux-ci, la France qui a probablement manoeuvré pour que Ali mette fin à son entêtement à rester au pouvoir tout en étant candidat à ce grand jamboree électoral. Démissionnaire, la victoire du dauphin sera ainsi moins entachée de péché. Et cette victoire-là, la France y tient pour une raison évidente : tous les autres candidats représentent un risque pour Paris. Le Gabon de l’après Bongo-père, qui a toujours été le centre névralgique de la Françafrique, doit rester dans l’escarcelle française.

"Le Pays"

12 août 2009

TRACASSERIES CONTRE DES OPPOSANTS AU GABON : Ali Bongo joue des muscles

Source : lepays.bf (Article publié le 12 août 2009)

 

Alors qu’on avait tous applaudi des deux mains la sérénité avec laquelle les Gabonais avaient amorcé l’ère de l’après Bongo, en dépit des nombreuses embûches qui ne pouvaient pas manquer de se dresser sur la route de la transition qui mène à la présidentielle, on se surprend aujourd’hui à être inquiets, au regard de la tournure que prennent les événements. Le charme est-il en passe de se rompre ? Il y eut tout d’abord la répression de manifestants qui réclamaient que Ali Bongo démissionne de son poste de ministre de la Défense, à présent qu’il est le candidat désigné du Parti démocratique gabonais. Pour toute réponse, ils dûrent affronter les matraques, les barrages de police ainsi que des gaz lacrymogènes et fumigènes.


Acte deux, ce sont à présent Jean Eyéghé Ndong et Mba Obame, tous deux dissidents du PDG et candidats indépendants à l’élection présidentielle du 30 août qui viennent de se voir signifier une interdiction de quitter le territoire national. Et ce, au motif que les passeports des deux anciens membres du gouvernement, même démissionnaires, font toujours mention de leurs fonctions gouvernementales. Eyéghé Ndong, ancien Premier ministre et Mba Obame, ancien ministre de l’Intérieur se voient donc contraints de fait de se passer de leurs voyages à l’extérieur du Gabon. Mais alors, question : que se serait-il passé si ces transfuges du PDG étaient restés dans le giron du méga parti ? Les aurait-on empêchés de voyager pour autant ? On peut se permettre d’en douter. Et c’est cela qui inquiète. On a comme l’impression qu’on a décidé de les "embêter" parce qu’ils ont opté de quitter le sérail. Un sérail qu’ils connaissent d’ailleurs bien, très bien. Pour tout dire, ils paient cher leur indépendance d’esprit ainsi que leur nouveau choix politique. Mais alors, de quoi cela augure-t-il ? Car, toutes les argumentations servies par le pouvoir en place ne parviendront pas à convaincre que cette interdiction n’est en fait rien d’autre qu’une "punition". D’autant plus que Ali Bongo, lui, pourtant candidat à la présidentielle, reste bel et bien ministre de la Défense. L’argument évoqué pour sa défense est bien simple : aucun texte ne l’y oblige. On a presque-là du deux poids, deux mesures.

 

Et il convient alors de s’interroger sur la suite des événements devant conduire à la date du 30 août. On peut penser bien sûr que la sanction qui s’est abattue sur les deux anciens ministres procède d’un simple incident de parcours. Mais elle peut aussi être prémonitoire de ce qui risque de se passer, les jours à venir. On se pose alors déjà de sérieuses interrogations sur la possibilité réelle qu’auront les candidats de l’opposition, de mener leur campagne. Et poussant plus loin l’analyse, on peut même se demander si à cette allure, toute éventualité de tripatouillages du scrutin est à écarter d’office. Car, si on traite ainsi le bois vert, il y de fortes chances qu’on maltraite davantage le bois sec.

 

Mais nul doute que tout le monde ne sort pas perdant de ces manoeuvres qui manquent de fair play politique. Le candidat du PDG par exemple ne peut que s’en frotter les mains. De là à subodorer qu’il est la main cachée qui tire les ficelles de ces manoeuvres, il n’y a qu’un pas que l’on franchit aisément. Et pourtant, Ali ne devrait pas avoir vraiment besoin de ces pratiques pour le moins "illicites" pour s’assurer des chances de remporter le scrutin. Il est fort du soutien du méga parti qui, lui-même, est puissant de 40 années de présence au pouvoir. Ses soutiens à l’extérieur du Gabon existent bel et bien, sont nombreux et efficaces, en Afrique et dans l’ancienne métropole. Alors, que veut-il vraiment ? Peut-être, tout et le reste. Ou alors, a-t-on quelque part quelque envie de faire rendre gorge à d’ex-camarades qui, pour avoir choisi d’autres chemins, deviennent par le fait même, de nouveaux ennemis ? Mais tout cela n’est pas vraiment sain et peut augurer d’un scrutin présidentiel sombre. Très dommage, car le processus au Gabon avait pris un bon départ, avait su éviter de dangereux écueils et on se disait que le plus dur était passé. Il n’est jamais facile de succéder à un long règne. Pour le cas gabonais, Bongo père sera resté 41 ans aux commandes du pays. Et on se disait que l’"affaire" de sa succession pouvait être corsée. Fort heureusement, on se rendit compte que les Gabonais avaient choisi d’écarter des scénarii mauvais à la togolaise ou à la guinéenne. On s’était mis alors à penser qu’ils étaient en bon chemin pour faire un parcours sans faute. Mais lorsque se sont présentées les candidatures indépendantes issues du PDG, l’ambiance a vite tourné au vinaigre. A présent, tout porte à croire que le pouvoir en place, au fur et à mesure que se rapproche la date du scrutin, devient fébrile et se radicalise. Il y a nécessité qu’il se ressaisisse. La campagne débute dans une poignée de jours et il est impérieux que chacun des candidats puisse la mener à sa guise, en toute sérénité, et à la loyale. Et cela, qu’il soit du PDG, de l’opposition ou de l’aile indépendante.

 

On le voit, la question de la présidentielle au Gabon n’est pas d’avance réglée. Il faut alors espérer qu’elle se passe dans les normes de la légalité, du bon droit et de la juste émulation. Ce serait bien regrettable que s’invitent à un scrutin démocratique, de vilains coups tordus auxquels répondent basses manoeuvres et sales besognes. Car, on quitterait le domaine de la saine politique pour se retrouver dans celui d’un vulgaire combat de gladiateurs. Les Gabonais n’ont sans doute pas besoin de troquer une présidentielle libre et démocratique contre une hideuse scène de rue où tous les coups sont permis. Appel est alors lancé aux instances organisatrices du scrutin, de savoir se montrer fermes, justes impartiales. Elles se doivent d’ouvrir l’oeil, et le bon.

 

"Le Pays"

31 juillet 2009

CANDIDATURE DE ALI BONGO : Tirs groupés sur un ministre de la Défense

Source : lepays.bf (-Article publié le 31 juillet 2009)

 

 

0.ali-ben-bongo-nc2b011.jpgTirée à hue par les prétendants au trône laissé vaquant par l’illustre disparu Omar Bongo Ondimba, et à dia par son rejeton Ali, la camisole présidentielle pour laquelle se disputent à présent les héritiers-candidats à la présidence du Gabon pourrait-elle échapper à Bongo fils ? Une certitude, en tout cas : la guerre de succession est entrée dans sa phase active. Une situation qui n’étonne guère. Il aurait été, en effet, trop beau pour être vrai, que des cadres compétents, aux dents longues, et pour le moins décomplexés, n’eussent éprouver aucune frustration à devoir céder la place à Ali Bongo qui, après tout, n’a pas plus de mérite qu’eux. Pourquoi Ali Bongo devrait-il être investi comme le candidat du Parti démocratique du Gabon (PDG) pour la présidentielle à venir, et pourquoi pas eux, tout aussi méritants ? Leur demander d’être à l’ombre d’un autre... Bongo - et pour combien de temps encore ? -, c’était visiblement un plat de couleuvres faisandées qu’il ne fallait pas leur dire d’avaler.

 

La suite, on la connaît. Ces "recalés" seront donc sur la même ligne de départ, au même titre que Bongo fils qui sait qu’il aura fort à faire. Autant dire que pour le candidat du PDG, la bataille s’annonce rude. Du haut des gradins, assistera-t-on, pour autant, à un beau spectacle grandeur... démocratie ? Rien n’est moins sûr, pour un pays qui avait toujours fait figure de "nain" démocratique. Déjà, il s’élève des voix pour crier à l’inégalité des chances. Pour ces mécontents, les dés sont pipés. Et comment ? Toujours aux manettes de la Défense, le ministre Bongo serait dans la position de juge et partie. Ce qui devrait lui donner une sérieuse longueur d’avance sur les concurrents qui demandent, de ce fait, purement et simplement sa démission.

 

Reste à savoir si une telle revendication est réaliste et si leur requête trouvera un écho favorable auprès de Bongo fils. Ce dernier prendra-t-il le risque de quitter ce "mirador" s’il n’est pas assuré d’écraser ses concurrents ? Et puis, comment devrait-il être forcé à la démission si les textes sont "sourds" à ce propos ? En tous les cas, la disparition du président Omar Bongo devrait aussi marquer celle de la pensée unique. A présent, on ose tirer à boulets rouges sur... un fils du président ! C’est déjà un bon pas vers la démocratie.

 

Autre nouveauté : pour une fois, une élection aura du piquant dans ce petit pays d’Afrique centrale. On devrait être loin de l’époque des scores à la soviétique auxquels nous avait habitués un certain ... Omar Bongo Ondimba. Un vent d’espérance souffle à présent sur ce pays. Un vent qui apporte aux Gabonais, les clés de leur destinée qui semble de plus en plus à portée de main. Sauront-ils se montrer à la hauteur de la nouvelle situation ?

Par Cheick Beldh’or SIGUE

29 juillet 2009

Présidentielle au Gabon : Ali Bongo, juge et partie ?

 

Source : lobservateur.bf (Article publié le 29 juillet 2009)

 

Les observateurs de la trépidante vie politique gabonaise sont formels : rarement, de mémoire de Gabonais, on aura vu une telle pléthore de candidats se bousculer au portillon de la présidence. La campagne présidentielle s’ouvre le 15 août prochain, et le collège électoral est convoqué le 30 du même mois. Officiellement, le top de départ de la campagne n’est donc pas donné, mais, déjà sur le terrain, ils sont 23 candidats à peaufiner des stratégies pour solliciter les suffrages des électeurs.

 

 

Et les plus connus ont pour noms : Ali Ben Bongo, le candidat du PDG, le parti au pouvoir ; les indépendants Jean Eyéghé Ndong, dernier chef du gouvernement d’Omar Bongo Ondimba et Casimir Oyé Mba, ancien gouverneur de la Banque centrale, ancien PM et, jusqu’à une date récente, patron du stratégique département du pétrole ; Père Mba Abessolé, le fondateur du Rassemblement pour le Gabon (majorité au pouvoir) ; Zacharie Myboto, président de l’Union gabonaise, pour la démocratie et le développement, ancien baron du régime et opposant de fraîche date ; citons aussi et surtout l’enfant terrible de l’opposition gabonaise, qui n’est autre que Pierre Maboundou de l’Union gabonaise pour la démocratie ainsi que l’ancien président de l’Assemblée nationale et leader du Congrès pour la démocratie et la justice, Jules –Aristide Bourdes Ogouliguendé.

 

Vu que la présidentielle au Gabon est à un tour, la probabilité est forte que le futur président sorte des personnalités sus-citées. Si la logique et le bon sens prescrivent pour tout candidat de prendre congé du gouvernement afin de pouvoir, au besoin, se consacrer avec plus d’efficacité à sa campagne électorale, tel n’est pas le cas d’Ali Ben Bongo, l’actuel ministre de la Défense, et de Pierre Claver Maganga Moussavou, ministre de l’Enseignement technique, lesquels sont restés scotchés à leur fauteuil de ministre en dépit de leur candidature officielle à la présidentielle.

 

Ce serait sans aucun doute tout à leur honneur si ces personnalités avaient suivi le bel exemple donné par Jean Eyéghé Ndong et Casimir Oyé Mba, qui n’ont pas hésité une seule minute à rendre le tablier, une fois leur acte de candidature faite. Alors, pourquoi Ali et Pierre Claver traînent-ils les pieds à se mettre en congé du gouvernement ?

 

Certes, c’est connu qu’aucun texte législatif n’oblige un candidat à une élection à quitter ses fonctions, comme l’a du reste laissé entendre le ministre de la Communication, Laure Olga Gondjout, au cours d’un entretien. Mais ici, il ne s’agit pas de textes législatifs, mais de coutume, de simple bon sens, dirions-nous. Du côté de Libreville, la situation semble si embarrassante, voire préoccupante, qu’une bonne dizaine de candidats, qui en ont fait leur cheval de bataille ont exigé, avec véhémence, la démission des deux rescapés du gouvernement Seront-ils seulement entendus ?

 

L’un des deux mis en cause, à savoir Pierre Claver Maganga Moussavou, ne voit aucun inconvénient à se mettre en réserve de la république, le temps d’une présidentielle, lui qui est même allé plus loin en invitant son ami et futur protagoniste Ali à le rejoindre pour rendre sa démission avant le début de la campagne. Le candidat du PDG n’a pas encore donné sa réponse, mais on le dit suffisamment futé pour oser faire de la résistance. Car se serait là un vrai gâchis. Jusqu’à présent, la gestion politique de l’après -Bongo a été unanimement saluée par les observateurs étrangers et les acteurs politiques gabonais et est, en ce sens, le contre-exemple togolais. Et ce serait bien dommage que, pour une petite histoire de mise en réserve de la république, une peccadille donc, on en arrive à sortir les coutelas des chaumières pour s’étriper.

 

Par Boureima Diallo

 

lobservateur

17 juillet 2009

Ali Ben Bongo : Sur les traces de Faure, la manière en plus

Source : lobservateur.bf (Article publié le17 juillet 2009)

 

« Evidemment il y a Ali Ben Bongo, fils du président décédé et grand favori à cet examen de candidature. Son choix pour être le candidat naturel du PDG ne ferait que confirmer ce que d’aucuns susurrent déjà depuis des lustres. Lors des obsèques de son père, il était le porte-parole de la famille Bongo, et son attitude en disait long sur ses intentions.

 

 

ali-ben-bongo.jpgMême si l’homme évitait ce sujet, il était clair comme le nez sur un visage qu’il ne pensait pas moins que son heure était venue » ; telles étaient quelques lignes de notre Grille de lecture du 8 juillet 2009, consacrée au conclave du Parti démocratique gabonais (PDG) pour désigner son champion qui ira à la conquête du fauteuil du palais du bord de mer.

 

10 personnalités avaient postulé pour avoir le blanc seing du parti présidentiel, parmi lesquelles Paul Toungui, le gendre de la famille Bongo, et des éléphants du parti dont Casimir Oyé Mba, Jean Eyeng Ndong... Après donc près de deux semaines de pinaillage, d’âpres négociations et de frustrations, le semblant de consensus a été fait autour d’Ali Ben Bongo, ministre de la Défense et vice-président du PDG, qui devient le candidat naturel de ce parti, ce qui répond à notre titre-question de cette même Grille de lecture qui était : Ali Ben Bongo,candidat naturel du PDG ?

 

Nous nous demandions également si un tel choix n’allait pas engendrer des candidatures indépendantes au sein du parti, créé il ya une quarantaine d’années par le défunt Omar Bongo Ondimba(OBO). Car, si les caciques du PDG ont souhaité le changement dans la continuité, ils savent bien qu’il leur sera difficile d’obliger tous ceux qui se sentent investis d’une mission nationale à taire leurs ambitions.

 

En effet, dans ce pays riche en pétrole et en bois, mais dont les dividendes ne profitent pas à la majorité des Gabonais, les leaders politiques ont pratiquement tous gravité autour du pouvoir central ou se distribuaient les grosses richesses, et ont donc aujourd’hui de quoi battre campagne sans attendre quoi ce soit d’une tierce personne.

 

Au Gabon, les politiques ont des fortunes pour leurs activités. De fait, les « pdgistes » iront en rangs dispersés à cette présidentielle. L’union sacrée tant recherchée volera en éclats, et c’est évident que des « traitres » feront cavalier seuls. On pense par exemple à un l’actuel Premier ministre, Jean Eyeng Ndong, qui, pendant les préparatifs des funérailles de son ancien patron, ne faisait pas mystère de son désir de prendre sa place, tenue au chaud par Rose Francine Rogambe.

 

D’autre part, il faudra que l’opposition, notamment des personnalités qui ont cette envergure au Gabon comme Zacharie Myboto ou Manboundou, s’apprête à batailler si elle veut l’alternance, qu’elle a toujours appelée de ses vœux. La présidentielle gabonaise étant à un seul tour, donc « un coup KO », il n’y a pas de session de rattrapage. Autant mettre l’adversaire groggy tout de suite...

 

Mais, face à un ogre comme le PDG, qui dispose de moyens colossaux, des hommes et qui a maillé tout le pays avec une présence réelle dans le moindre hameau bantou de la forêt, ce sera la mer à boire pour l’opposition. Autant dire qu’Ali Ben Bongo, dont certains croient toujours dur comme fer qu’il a été adoubé par Paris, malgré ses itératives dénégations, à toutes ses chances.

 

Voilà donc un autre Bongo qui a de réelles chances d’accéder à la magistrature suprême, un scénario qui repose la problématique des successions dynastiques, désormais légion en Afrique : hier Gnassingbé au Togo, Kabila au Congo, aujourd’hui Ali Bongo au Gabon ?demain Gamal Moubarak en Egypte ou Seif El Islam en Libye ? Encore que, si la légalité constitutionnelle est respectée, on ne puisse rien trouver à redire sur le fait que ces fils de... remplacent leurs pères.

 

Par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

 

lobservateur

08 juillet 2009

Gabon : Ali Ben Bongo, candidat naturel du PDG ?

Source : lobservateur.bf (Article publié le 8 juillet 2009)

 

En frappant le 8 juin 2009 à la porte de ses ancêtres pour y entrer, Omar Bongo Ondimba (OBO) a dû se retourner une dernière fois pour observer le bal des prétendants à son trône, laissé vacant et occupé de façon transitoire par Rose Francine Rogambe.


 

D’abord dans l’opposition, qu’elle soit radicale ou conviviale, ses états-majors sont suspendus au verdict du comité permanent du Bureau politique du Parti démocratique du Gabon(PDG). C’était connu, beaucoup de candidats se bousculent au portillon du parti présidentiel pour tenter leur chance, celle d’être le prochain locataire du palais du bord de mer.

 

Ainsi, dès le 4 juillet dernier, 10 candidatures du PDG ont été réceptionnées par les instances de ce parti. Et à l’heure où vous lisez ces lignes, l’heureux élu pourrait être connu. En effet, c’est aujourd’hui 8 juillet 2009 que les délibérations du comité permanent du Bureau politique du PDG vont révéler le nom du futur champion de ce parti. Faisons un petit inventaire à la Prévert des candidatures « sérieuses » au sein de cette formation vieille de quatre décennies :


- Paul Toungui, le gendre du clan Bongo et compagnon de Pascaline, la fille aînée, pourrait faire un bon cheval. Il connaît le sérail et a les compétences requises :


- Jean Eyeng Ndong, Premier ministre, qui s’affiche au travers de ses discours comme le candidat du parti. S’il est retenu, ce qui paraît improbable, il n’est pas évident qu’il puisse faire l’unanimité ;


- Casimir Oyé Mba : plusieurs fois ministre et ex-Premier ministre, il est un fidèle du défunt chef de l’Etat ; il fait partie des outsiders du PDG ;

 

- Jean Ping, ex-gendre d’Omar Bongo et homme du système. D’aucuns le présentent comme le candidat du consensus. En tout cas, l’intéressé a pratiquement juré qu’il jouerait les arbitres pour arrondir les angles et n’est donc pas tenté par le pouvoir suprême ;

 

- Pascaline Bongo : a-t-elle vraiment fait acte de candidature ? On en doute, même si son défunt de papa aurait préféré, de loin, qu’elle lui succédât. De nombreux observateurs pensent plutôt qu’elle est faiseuse de roi et qu’elle serait à côté pour veiller sur le trésor familial ;

 

- le général Idriss Ngari, qui côtoya OBO, rêve aussi à un destin national, ce qui ne serait pas un scandale pour cet officier, qui a fait ses preuves à l’ombre du baobab de Libreville ;

 

- évidemment, il y a Ali Ben Bongo, fils du président décédé, grand favori à cet examen des candidatures. Son choix pour être le candidat naturel du PDG ne ferait que confirmer ce que d’aucuns susurraient déjà depuis des lustres. Lors des obsèques de son père, il était le porte-parole attitré de la famille Bongo, et son attitude en disait long sur ses intentions. Même si l’homme évitait ce sujet, il était clair comme le nez sur un visage qu’il n’en pensait pas moins que son heure était peut-être venue.

 

Distant, voire cassant et un peu froid, l’homme n’est pas « proche » des populations, disent certains de ses adversaires, qui le trouvent trop occidental. Pourtant, son passage à la tête du ministère de la Défense aura révélé un homme méticuleux qui sait ce qu’il veut et qui était aux petits soins avec la grande muette. La politique n’était pas loin de ce comportement. Si c’est donc le fils d’OBO qui est choisi, le chef des bûcherons, Paul Mba Abessole, opposant convivial qui a rejoint la mangeoire, et surtout les opposants radicaux tels Pierre Mamboundou et autre Zacharie Myboto vont devoir se jeter dans l’arène s’ils veulent mettre fin à ce qu’ils nomment « dynastie Bongo », qui se profile à l’horizon .Encore qu’au Gabon la Constitution ait été respectée et si Ali Ben Bongo est élu à la régulière, personne ne devrait rien trouver à redire.

 

Ce qui est certain, le danger peut ne pas venir de là où l’on croit : plus concrètement, si le porte-étendard du PDG est choisi, normalement tous les recalés devraient se mettre en ordre de bataille derrière lui. Or, la probabilité que le choix d’un Ali suscite des candidatures indépendantes dans l’écurie PDG est très grande. Au Gabon, les leaders politiques ont le nerf de la guerre, un trésor amassé grâce à OBO, si fait que chacun peut battre campagne sans demander des subsides à autrui.

 

C’est donc véritablement aujourd’hui, avec l’officialisation du choix du candidat du PDG, que les choses sérieuses commencent, car tous ceux qui lorgnent le fauteuil sauront désormais à quoi s’en tenir. Et quelle position prendre : le combattre ou faire allégeance ? C’est ce 8 juillet que l’après-Bongo ( ?) commence !

 

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana


 

lobservateur