16 décembre 2009

MADAGASCAR

TGV sévit, même dans les airs

 

L'observateur paalga          16 décembre 2009

 

La situation de Madagascar, la Grande Ile, est de plus en plus préoccupante. Les lueurs d’un retour à la paix entre les protagonistes ne sont qu’un leurre avec la énième sortie de l’homme fort du pays, Andry Rajoelina, l’ancien DJ, pour répondre aux coups de patte de ses adversaires ou tout simplement pour leur rappeler qu’il est et reste le seul maître à bord.

 

Andry Rajoeloina.jpgEn effet, depuis trois jours maintenant, les autorités de Madagascar empêchent le retour au pays de représentants de trois mouvances malgaches du président déchu Marc Ravalomanana et des ex-présidents Didier Ratsiraka et Albert Zafy.

 

Ces derniers, qui se sont réunis du 4 au 9 décembre 2009 à Maputo, suite à l’initiative du président mozambicain pour renouer le dialogue entre les quatre mouvances, ont établi la liste de leurs candidats à l’entrée au gouvernement de transition, conformément à un accord signé en novembre à Addis-Abeba.

 

Le camp présidentiel a décidé de boycotter ladite rencontre, estimant, selon le conseiller Norbert Ratsirahonana, que « c’est une honte pour le pays que de devoir se réunir à l’étranger pour former un gouvernement ». Pis, pour Rajoelina, il ne s’agit que d’un « coup d’Etat » en bonne et due forme.

 

Vendredi dernier, le président de la Grande Ile a jugé qu’une cohabitation avec ces trois mouvances était désormais “impossible”. Il y a même vu un acte de “haute trahison”. De quoi susciter son courroux, puisque sa réaction ne s’est pas fait attendre avec le refus du retour au bercail de « ses traîtres », qu’il ne tient certainement pas à voir retrouver le sol malgache d’un air triomphal.

 

En effet, les opposants ont été de nouveau empêchés ce samedi de prendre un vol régulier de l’Afrique du Sud vers Madagascar. Pour toute réponse justifiant la fatwa d’Antananarivo, le ministre de la Sécurité intérieure, Organès Rakotomihantarizaka, indiquera que “ce n’est pas une mesure contre eux, mais pour leur sécurité et pour celle du pays, il ne faut pas créer de troubles”, confirmant que les autorités malgaches étaient à l’origine de cette interdiction d’embarquer.

 

Il ajoutera d’ailleurs que la dernière rencontre de Maputo “a frustré la majorité de la population ; alors, tant que la situation n’est pas calmée, ce n’est pas dans leur intérêt ni dans celui du pays qu’ils reviennent”. Avec de tels arguments, il est évident qu’il est difficile de faire avaler à l’opinion internationale que le président musicien est avant tout soucieux de la moindre sécurité de ceux qui troublent son sommeil. On comprend, certes, la réaction de Rajoelina, qui veut rompre l’isolement que les autres forces tentent de lui faire subir.

 

Et récemment, l’ex-président Albert Zafy, en envoyant un courrier au Premier ministre danois pour empêcher le président malgache d’être reçu à l’occasion du Sommet de Copenhague, n’a fait qu’envenimer une situation déjà précaire. Cependant, l’ancien bourgmestre d’Antananarivo a eu tort de refuser que ses compatriotes regagnent leur pays, voire leurs familles respectives ; et de tels actes, déplacés, peuvent faire douter plus d’un de sa volonté manifeste de fumer le calumet de la paix avec les autres protagonistes.

 

Du moment que, même en dépit de son boycott, la rencontre de Maputo a concédé plusieurs ministères clés à Andry Rajoelina, dont la Justice, l’Armée, l’Economie et l’Industrie, le camp présidentiel doit éviter de jouer trop de fausses notes.

 

Ce qui est sûr, il va falloir qu’il ouvre le ciel de l’île aux « exilés forcés », car le président mozambicain ne voudrait pas d’un séjour trop prolongé de ses hôtes, qui ne sont d’ailleurs pas des moindres.

 

En effet, outre le Premier ministre de consensus, Eugène Mangalaza, les deux coprésidents du Conseil présidentiel, institué par l’accord d’Addis-Abeba en novembre, figurent parmi les personnalités bloquées. Espérons donc que l’appel lancé par les représentants du Groupe international de contact (GIC) sur Madagascar, demandant aux dirigeants malgaches de chercher une résolution de crise consensuelle et d’éviter les provocations, sera entendu et respecté par les différentes parties.

 

Il le faut pour ne pas compromettre l’espoir d’une paix durable dans ce pays. La réunion du Groupe international de contact a été fixée à demain jeudi à Antananarivo, sous l’égide de l’Union africaine, afin de faire une mise au point des objectifs des accords de Maputo, en vue de l’organisation de l’élection présidentielle anticipée, prévue pour courant 2010 et qui ne pourra bien se dérouler avec des opposants qui manquent à l’appel.

 

Cyr Payim Ouédraogo

 

lobservateur

08 décembre 2009

Gouvernement d’union malgache

Blocage à Maputo

 

L'observateur paalga          08 décembre 2009

 

Madagascar continue de faire parler d’elle avec la crise politique qui secoue le pays depuis l’éviction du pouvoir du président Marc Ravalomanana par le maire de la capitale, Andry Rajoelina. Et depuis, les partisans du chef de l’Etat déchu ne cessent de manifester, presque quotidiennement, plongeant la Grande Ile dans une totale impasse.

 

 

president-joaquim-chissano.jpgFace à une telle situation, le nouvel homme fort de Tana a accepté l’ouverture de négociations, sous médiation internationale, qui se sont tenues d’abord à Maputo, ensuite à Addis-Abeba.

 

Les discussions, qui ont réuni Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Albert Zafy, les chefs des quatre formations politiques les plus représentatives, avaient pour but de trouver un modus vivendi pour le retour de la paix.

 

Après plusieurs semaines d’interruption, les protagonistes de cette crise, hormis le trentenaire, Andry, se sont retrouvés hier à Maputo au Mozambique, avec un objectif : signer une charte qui permettra de mettre un terme aux violences qui secouent l’île depuis plusieurs mois, et gérer la transition vers de nouvelles élections. Au menu des échanges : le principe d’une transition pacifique, l’amnistie et la question d’un gouvernement de consensus, où toutes les sensibilités politiques malgaches seront représentées. Un consensus avait été trouvé à l’issue des précédentes rencontres.

 

Mais une chose est de prendre des décisions, une autre de les appliquer. Et comme nous l’écrivions dans une de nos éditions, le partage du gâteau malgache sera difficile, et nous n’avons pas été démenti.

 

On ne savait pas si bien dire, car, depuis quelques jours, le camp présidentiel se pose en obstacle à la formation du gouvernement d’union nationale. En effet, Andry Rajoelina ne prend pas part au énième round des pourparlers, qui se tiennent dans la capitale mozambicaine et au cours desquels la question de la formation du gouvernement de transition, inclusif et consensuel, dirigé par le Premier ministre Mangalaza, fondé sur une répartition équitable des postes ministériels et la mise en place des autres institutions de la transition était censée être réglée. Motif avancé par le jeune président : la solution à la crise ne peut être trouvée à l’extérieur de Madagascar. Un prétexte qui pourrait remettre en cause tous les acquis et plonger le pays dans un long marasme politique, alors qu’on pensait voir le bout du tunnel.

 

Finalement, Albert Zafy, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanan se retrouvent sans Andry Rajoelina, avec la liste de leurs candidats, qu’ils devraient proposer aux postes ministériels. En l’absence du président de la transition, les violons ne peuvent pas être accordés pour une issue heureuse à la crise.

 

En refusant de prendre le micro du dialogue, le DJ de Tana, qui est sans doute otage de son propre camp, compromet toutes les chances de retour à la normale et se positionne comme l’obstacle majeur à la paix. Ainsi, la crise politique pourrait s’aggraver à Madagascar et faire durer son isolement international.

 

Adama Ouédraogo Damiss

03 décembre 2009

MADAGASCAR

Le temps, allié de TGV

 

le pays         03 décembre 2009

 

 

 

Le dialogue inter-malgache bloque sur la répartition des 11 derniers postes ministériels. Les trois anciens présidents souhaitent l’arbitrage du médiateur. Ange Rajoelana n’est pas pour. Il ne veut pas se faire dépouiller progressivement d’un pouvoir qu’il a conquis au prix d’un soulèvement populaire. Ange Rajoelana, dit TGV ne se rendra pas à Maputo. Le président en exercice de Madagascar en a décidé ainsi. Au risque de susciter le courroux du médiateur Joachim Chisano, l’ancien disc Jockey et maire de Tana veut mettre fin à cet incessant ballet diplomatique des frères ennemis malgaches dans la capitale mozambicaine.

 

rajoelina.jpgIl exprime ainsi son irritation face aux revendications toujours plus grandes de ceux que l’on peut désormais désigner sous le vocable d’"opposants" au pouvoir de TGV. Il tient surtout à l’oeil le président déchu, Ravalomanana qu’il a renversé grâce à la rue et qui ne veut rien lâcher de tout ce qui lui permettra de rester toujours dans le jeu.

 

Les deux anciens présidents Albert Zaffy et Didier Ratsiraka se sont joints à Ravalomanan pour accuser TGV de bloquer le processus de sortie de crise qui a, entre autres, prévu un gouvernement de transition dont les protagonistes ont du mal à s’entendre sur la répartition des postes. Pourquoi donc, les trois anciens présidents ne facilitent-ils pas alors la mise en place rapide de la transition pour aller rapidement aux élections prévues en octobre 2010 ? Ils déclarent que leurs exigences visent à parfaire le processus. Mais visiblement, c’est un argument qui ne prospère pas aux yeux de TGV qui n’en peut plus de leurs revendications.

 

En refusant de se rendre une fois de plus auprès du médiateur pour trancher la répartition des postes, TGV montre bien ses intentions. Fin joueur, il n’entend pas perdre la main dans ce bras de fer qu’il semble maîtriser pour l’instant. Sa stratégie consiste à ne pas perdre certains postes-clés, décisifs pour contrôler la transition. Le blocage actuel est tout à son avantage car son meilleur allié aujourd’hui est le temps qui passe et qui use de plus en plus la résistance et le moral d’un homme comme Ravalomanana. Débarqué du pouvoir un certain mois d’août 2008, l‘homme d’affaires qu’est Ravalomanana, sait pourtant mieux que quiconque que plus la transition tardera à être effective, plus TGV a le temps de s’incruster. L’expérience des médiations a montré sur le continent, qu’un président en fonction, traverse souvent allègrement la transition, organise les élections et les gagne, s’il tient vraiment au pouvoir.

 

Le blocage actuel porte sur 11 postes ministériels. Et si TGV refuse d’aller voir le médiateur, de deux choses l’une. Soit il ne veut pas se laisser imposer des dicktats, soit il fait du dilatoire pour tester la solidité du bloc des anciens présidents. Dans ce second cas, il faut croire que l’ancien Disc Jockey de Tana est sûr de sa base et du soutien de l’armée.

 

Par Abdoulaye TAO

09 novembre 2009

MADAGASCAR Le ménage à quatre va-t-il tenir ?

Le pays          09 novembre 2009

 

 

L’escale d’Addis Abeba pourrait donc être la dernière étape menant à la stabilité politique à Madagascar en attendant les élections de 2010. Les Accords auxquels les camps rivaux sont parvenus dans la capitale éthiopienne constituent en réalité un acte additionnel aux Accords conclus précédemment à Maputo. Les adversaires politiques se sont entendus sur une gestion collégiale des institutions de transition et sur une clé de répartition des grands postes gouvernementaux.


1249951709-raja_rava.jpgC’est un accord de consensus car ’’il y a un président consensuel, deux co-présidents consensuels, un premier ministre de consensus et un gouvernement d’union nationale’’ a confié la médiation. Andry Rajoélina, actuel homme fort, est confirmé comme président de la Transition tandis que les deux postes de co-présidents reviennent à la mouvance de Marc Ravalomanana et à Albert Zafy, ancien président. Le poste de premier ministre est confié à la mouvance de Didier Ratsiraka, un autre ancien président. Heureusement qu’il n’y a seulement que trois anciens présidents sur cette île de l’Océan indien sinon le partage du gâteau aurait été beaucoup plus complexe.

 

Après dix mois de crise politique, on peut dire qu’il était vraiment temps. Certes, on peut se réjouir que la bande des quatre soit parvenue à un compromis mais l’optimisme devrait être mesuré, au regard des accords précédents restés sans véritables effet. On peut observer que l’attelage est lourd et laborieux et l’on se demande bien s’il pourrait tenir la route pendant longtemps. Des aspects comme la distribution de certains postes ministériels-clés ne sont pas encore totalement réglés et ils peuvent être des sources de blocage.

 

Du reste, un désaccord subsiste déjà à propos du portefeuille de la Justice, revendiqué par la mouvance Rajoélina et celle de Ravalomanana. De plus, la querelle dite de terminologie pourrait prendre des dimensions incontrôlées. Alors que Ravalomanana dit que Rajoélina n’est pas le chef et qu’il n’a pas tout le pouvoir parce qu’il y a des co-présidents, Rajoélina lui, ne voit pas vraiment de différence avec l’ancienne appellation de vice-président. De l’avis des négociateurs, toutes les décisions futures devraient être signées par les trois dirigeants.

 

Au regard de ces éléments, on peut légitimement se demander si ce ménage à quatre tiendra la route. Rien n’est moins sûr car chacun des quatre protagonistes se bat pour le plus gros morceau. Tous veulent garder la haute main sur le pouvoir et être au coeur du processus de transition, afin de remporter le sprint final. Si la transition doit être conduite avec la même méfiance des uns vis-à-vis des autres, on peut dire que les médiateurs ne sont pas encore au bout de leurs peines. Les exemples du Kenya et surtout du Zimbabwe rappellent que c’est dans la pratique que les accords sont appréciés. Ce qu’il faut vraiment souhaiter en définitive, c’est que les intérêts supérieurs de Madagascar soient placés au-dessus de ceux personnels ou claniques. Cela fait une année environ que la crise persiste et les hommes politiques malgaches devraient enfin prendre conscience des souffrances qu’ils infligent à leurs concitoyens.

 

Certes, les médiateurs peuvent se congratuler pour les résultats obtenus mais ils ne doivent pas baisser la garde. Au contraire, ils doivent veiller à être des cochers adroits qui aideront l’attelage à atteindre novembre 2010, échéance fixée pour la tenue des élections.

 

Par Boureima OUEDRAOGO SONRE

07 novembre 2009

Madagascar : accord au forceps sur le partage du pouvoir

Jeune Afrique          07 novembre 2009

 

Les principaux dirigeants politiques malgaches ont signé samedi matin à Addis Abeba un accord sur le partage du pouvoir pendant la transition qui doit conduire à des élections fin 2010, au terme de plusieurs heures de négociations dans la nuit sur la répartition des ministères.

 

2009-10-08T100534Z_01_APAE5970S1B00_RTROPTP_3_OFRWR-MADAGASCAR-20091008.JPGL'actuel homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina, le président déchu Marc Ravalomanana, et les anciens présidents Didier Ratsiraka et Albert Zafy, ont paraphé l'un après l'autre "l'acte additionnel" aux accords de Maputo signés le 9 août sous l'égide de la médiation.

 

Jeudi, la médiation africaine avait décidé de prolonger de 24 heures les pourparlers entamés le 3 novembre et jusqu'alors complètement bloqués.

 

"Les chefs de file des mouvances sont parvenus à un accord pour la mise en oeuvre de la charte de la transition malgache" définie à Maputo le 9 août, avait annoncé Tiébilé Dramé, représentant de l'Onu, à l'AFP dans la nuit de vendredi à samedi.

 

"Ils se sont entendus sur la direction des institutions de transition, y compris la présidence, et sur une clé de répartition au sein du gouvernement et des autres institutions", avait-il précisé, indiquant qu'il "y a un président consensuel, deux co-présidents consensuels, un Premier ministre de consensus et un gouvernement d'union nationale".

 

Rajoelina reste président de la transition


Les négociations ont cependant repris pendant plus de quatre heures suite à un blocage sur l'attribution des ministères, a constaté l'AFP, avant que finalement les quatre chefs de file ne signent l'accord.

 

Sur les 31 postes ministériels, un désaccord subsite sur celui de la Justice, réclamé par la mouvance Ravalomanana et par M. Rajoelina, ont indiqué des participants.

 

"L'attribution du ministère de la justice à une mouvance, sera décidé au niveau du conseil présidentiel", a expliqué à l'AFP un membre de la médiation.

 

Andry Rajoelina est confirmé comme président de la Transition, les deux co-présidences reviennent aux mouvances de MM. Ravalomanana et Zafy. La mouvance de M. Ratsiraka conserve le poste de Premier ministre.

 

Le président et les deux co-présidents "doivent se réunir en conseil une fois par semaine pour examiner l'état de la nation, faire prendre par le Conseil des ministres les décisions nécessaires pour gérer la Transition. Les co-présidents doivent contresigner les actes pris par le président", a précisé M. Dramé.

 

"C'est un bon accord, inespéré"


"Il y a un accord sur l'exercice solidaire du pouvoir exécutif", a confirmé à l'AFP le Commissaire paix et sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra, jugeant que l'accord "symbolise l'esprit de consensus, la volonté des parties malgaches de travailler ensemble pendant la transition".

 

"Cette acceptation a marqué le tournant dans les négociations pour dépasser le blocage", a déclaré M. Lamamra, notant que "même une monstruosité juridique peut représenter une solution, une sortie de crise".

 

Satisfait de cet accord qui correspond à ses attentes, M. Ravalomanana a souligné que M. Rajoelina "n'est pas le chef, il y a les co-présidents (. . . ) Donc il n'a pas le pouvoir total par exemple de signer des actes ou des contrats".

 

M. Rajoelina, plus tôt, avait cependant estimé qu'il ne s'agissait que d'une question de terminologie.

 

"Il y avait normalement (selon les accords de Maputo) un vice-président, maintenant au lieu d'un vice-président, il y aura deux co-présidents. C'est juste l'appellation qui change", a-t-il estimé.

 

M. Ratsiraka a estimé que "c'est un bon accord, inespéré (. . . ) Les mouvances ont finies par se résigner à accepter que les intérêts supérieurs de la Nation passent au-dessus des intérêts personnels et partisans".

04 novembre 2009

Pouvoir malgache : Un gâteau difficile à partager

L'observateur paalga          04 novembre 2009

 

« Je ne sais plus de quoi on va discuter là-bas. J’ai comme l’impression qu’on tourne en rond », disait en se lamentant un membre de la délégation malgache dans l’avion de Kenya Airways qui devait l’amener à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie, où devrait se tenir le sommet qualifié de dernière chance par beaucoup et dont la vocation est de résoudre la crise dans laquelle s’est engluée Madagascar depuis la prise du pouvoir par Andry Rajoelina, cet ancien disc-jockey au parcours exceptionnel.

 

Depuis hier soir donc, et ce, jusqu’au 5 novembre, les différents protagonistes malgaches sont en conclave. L’objectif du rendez-vous d’Addis est de finaliser le schéma de fin de crise qui permettra d’aboutir à des élections en 2010. Cependant, le risque est que, pendant ces trois jours, concernant le partage des postes, les tendances Rajoelina, Ravalomanana, Zafy et Ratsiraka ne finissent par s’observer en chiens de faïence.

 

Dure sera donc la tâche de l’Union africaine avec son Groupe international de contact (GIC), dont le principal point focal est notre compatriote Ablassé Ouédraogo et qui arbitrera le découpage du gâteau en des tranches équitables qui pourraient contenter les responsables des quatre principales mouvances. Pour aller au bout de l’image, les parties les plus charnues et, par conséquent, les plus disputées restent toujours les postes de souveraineté que sont la Présidence, la Défense, la Justice et les Affaires étrangères.

 

A ce niveau, les enragés ne manquent pas. En effet, s’il y a quelqu’un qui ne manque pas d’ambitions malgré sa grande désillusion, c’est le président déchu Marc Ravalomanana, qui ne veut surtout pas entendre parler de son tombeur comme étant le prochain président de la transition. Il rame perpétuellement à contre-courant du programme de sortie de crise élaboré par le GIC. « Le leader d’un coup d’Etat ne peut pas être légitimé », tempête-t-il. Non content de la fâcheuse situation dans laquelle il se trouve, ce président déchu, qui est nourri, blanchi et logé par l’Afrique du Sud depuis sa chute, a récemment ouvert un autre front, puisqu’il ne veut plus voir, même en image, l’émissaire du GIC, Ablassé Ouédraogo.

 

Selon l’ancien président malgache, notre ancien ministre des Affaires étrangères aurait, lors d’une conférence de presse, annoncé que le poste de président va échoir à l’actuel maître d’Antananarivo et que cette question n’est plus négociable. Conséquence, presque à tue-tête, le « petit laitier » demande… sa tête. Il n’y a d’ailleurs pas que Ravalomanana qui rende la tâche difficile à l’Union africaine : le Pr Albert Zafy et Didier Ratsiraka ne sont guère modérés, même s’ils ont visiblement leur avenir politique derrière eux.

 

Le dernier cité, par exemple, bien que très diminué par l’âge et la maladie - il est non voyant - et porté à bout de bras pas une de ses filles à chacune de ses apparitions publiques, excelle très bien dans le rôle du trouble-fête. Amiral qu’il est, Ratsiraka sait toujours poser des torpilles là où ça peut faire mal. D’ailleurs il ne fait pas mystère de sa menace d’appliquer le principe selon lequel il ne peut plus traire de vache mais peut renverser la calebasse de lait.

 

Il est loisible de constater qu’à l’instar des réunions qui ont eu lieu à l’époque pour résoudre la crise ivoirienne, celles censées régler le problème malgache se multiplient également. On se rappelle qu’avant l’application réussie du concept de « Dialogue direct » en Côte d’Ivoire, il y a eu, entre autres, Marcoussi 1, Marcoussi 2, Lomé, Accra et Pretoria.

 

Pour la thérapie du problème malgache, il y a déjà beaucoup de prescriptions et de prescripteurs : missions de bons offices du Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes (FFKM) malgaches menées avec les Nations unies, Maputo1, Maputo2, les différentes tentatives de rapprochement entreprises par l’Union africaine et le Groupe international de contact (GIC), sans compter les missions non officielles.

 

Aujourd’hui, voici venue l’heure des retrouvailles au siège même de l’Union africaine. Le nouveau round des négociations qui a débuté hier mardi sera-t-il porteur de résultats ? Certes, les accords précédents poussent à l’afro-pessimisme. En effet, l’encre ayant servi à rédiger les documents qui les sanctionnent a à peine séché qu’ils ont été aussitôt déchirés en mille morceaux. Aujourd’hui, il est pourtant urgent que tous les acteurs concernés mettent balle à terre, au nom de la paix et du décollage économique de Madagascar.

 

Touchons donc du bois pour qu’un autre son de cloche soit entendu depuis l’ancienne capitale de cette contrée considérée comme le berceau de l’humanité après la découverte de Lucy.

 

Issa K. Barry

 

lobservateur

10 octobre 2009

Madagascar : Ravalomanana barre la route à Rajoelina

Jeune Afrique          10 octobre 2009

 

L'actuel homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina avait annoncé vendredi qu'il nommerait prochainement comme Premier ministre Eugène Mangalaza, acceptant ainsi le consensus trouvé par les quatre principales mouvances malgaches. Le président déchu Marc Ravalomanana refuse toujours de reconnaître les dirigeants de la transition.


Marc Ravalomanana a été évincé du pouvoir au profit d'Andry Rajoelina en mars dernierLe président évincé de Madagascar, Marc Ravalomanana, a nié vendredi qu'un accord ait été conclu sur les dirigeants de la transition, refusant toujours de reconnaître Andry Rajoelina comme président de la transition. "Je ne peux pas accepter un leader de coup à la tête de la présidence de la transition", a-t-il déclaré dans un entretien accordé à l'AFP à Johannesburg.

 

"Je propose de réétudier la nomination du président de la transition, du vice-président et du Premier ministre en présence des quatre chefs de file" des parties en présence, a-t-il ajouté.

 

Un accord de principe avait été passé mardi à Madagascar sur l'attribution de ces postes - point d'achoppement à un règlement de la crise - entre des représentants des différentes mouvances politiques de l'île. L'accord devait encore être avalisé par les leaders des mouvances.

 

Le négociateur de Marc Ravalomanana, Fetison Andrianirina, avait expliqué avoir accepté l'homme fort Andry Rajoelina comme président de la transition, à condition qu'il ne se présente pas à la présidentielle de 2010.

 

"Ce n'est pas le rôle du chef de délégation dans les négociations de nommer le chef de la transition", a rétorqué Marc Ravalomanana, en s'opposant radicalement à cette solution.

 

Maputo toujours pas entériné


Il refuse que son rival soit président de la transition, mais estime qu'il pourra se présenter à la présidentielle s'il remplit "les conditions dans la Constitution". "C'est la démocratie, je ne peux pas empêcher les gens de se présenter à la présidentielle", a-t-il déclaré.

 

Des accords inter-malgaches avaient été signés le 9 août à Maputo sous médiation internationale, mais les quatre mouvances signataires n'avaient pas pu s'entendre sur la répartition des postes au sein du pouvoir de transition. Madagascar est plongée depuis le début de l'année dans une crise politique majeure.

 

Lâché par l'armée, Marc Ravalomanana avait remis le 17 mars ses pouvoirs à un directoire militaire qui les avait immédiatement transférés à Andry Rajoelina, devenu en quelques mois son principal opposant au terme d'un mouvement populaire. Il vit depuis en exil avec sa famille en Afrique du Sud.

08 octobre 2009

Madagascar : La sagesse a visité le DJ de Tana

L'observateur paalga          08 octobre 2009

 

Sauf coup de théâtre, on s’achemine vers la conclusion d’un accord officiel de partage du pouvoir à Madagascar. En effet, le mardi dernier, les protagonistes de la crise malgache sont parvenus à trouver un modus vivendi sur l’organisation et la distribution des postes au sein du gouvernement de transition.

 

 

Mieux, ils se sont même mis d’accord sur les noms des principaux dirigeants de la transition. Ainsi, Andry Rajoelina conserve la présidence de la transition, la vice-présidence reviendra à Emmanuel Rakotovahiny, issu de la mouvance d’Albert Zafy ; le camp de l’ex-président Didier Ratsiraka occupera la primature avec Eugène Mangalaza. Bien sûr, les négociations sont encore à peaufiner pour pouvoir avoir une configuration du gouvernement de transition. Mais tout semble indiquer que le bout du tunnel, c’est pour bientôt.

 

La question de la primature avait constitué un gros point de blocage lors des tractations de Maputo. Rajoelina n’avait pas voulu sacrifier son Premier ministre. Depuis, la communauté internationale s’était montrée ferme avec le pouvoir malgache.

 

Après donc son concert, pardon, son discours raté à l’ONU, la sagesse a fini par visiter Andry Rajoelina. Bani par la SADEC (la Communauté de développement économique des pays de l’Afrique australe) et vomi par l’ONU, le DJ de Tana n’avait véritablement pas d’autre choix que de se laisser visiter par la sagesse. Il devait donc lâcher du lest. Et s’il l’a fait, c’est plus par instinct de survie que par humanisme. S’il a cédé, c’est aussi la preuve que les sanctions de la communauté internationale lui pesaient beaucoup.

 

Comme s’il s’agissait d’une carcasse, les leaders malgaches sont en train de se partager les parties les plus viandeuses de la république. Soit ! Mais il faut qu’après ce partage, l’attelage tienne la route et aboutisse à bonne date à des élections. Au Zimbabwe, au Kenya, en Côte d’Ivoire et sans doute bientôt en Guinée, on a eu droit à des assemblages hétéroclites au sommet de l’Etat, qui peinent à atteindre leurs objectifs.

 

C’est pour cela qu’à Tana, il importe que chacun signe l’accord le moment venu en toute connaissance de cause et sans arrière-pensée. Sinon ce sera un éternel recommencement ou alors on sera là avec un gouvernement de transition ou d’union nationale qui ne parviendra pas à travailler et qui passera son temps à reporter les élections censées sortir le pays de la crise.

 

Une pomme de discorde en vue : d’ici la fin de la transition, Rajoelina aura atteint l’âge requis pour prétendre à la magistrature suprême. Une perspective que redoute le camp Ravalomanana : pour l’ancien président et ses partisans, le dirigeant de la transition ne doit pas prendre part aux élections.

 

Mais véritablement, il s’agit là d’un combat d’arrière-garde, car l’essentiel est, nous semble-t-il, que la présidentielle soit organisée de façon transparente, équitable et ouverte à tous. Dans tous les cas, pour que le DJ ne se présente pas, il faudrait que tous les autres leaders de l’opposition renoncent à leur candidature. Ce qui n’est pas évident.

 

Comme on le voit, Madagascar est si proche et si loin à la fois de la sortie définitive de crise. Il y a déjà de bons indices qui incitent à positiver, certes mais il faut se garder de tout optimisme béat pour ne pas être déçu.

 

San Evariste Barro

 

lobservateur

05 octobre 2009

Madagascar Andry Rajoelina négocie une levée des sanctions


 

Le discours de ce dimanche 4 octobre au soir d’Andry Rajoelina était très attendu. Après la déconvenue subie aux Nations unies, où il a été empêché de parler, le président de la transition est sous pression, accusé de bloquer la mise en œuvre des accords politiques de Maputo. Hier, il a indiqué qu’il était prêt à s’y soumettre, mais seulement si la communauté internationale levait les sanctions pénalisant actuellement le pays.

 

andry_rajoelina.JPGAnnoncé à 20 heures, c’est avec 2 heures de retard qu’Andry Rajoelina s’est exprimé, car cela a bouillonné en coulisse pour tenter de trouver les bons mots après plusieurs jours d’intenses tractations en France puis à Antananarivo.

 

Finalement le président de la transition à conditionné la mise en place  des accords de Maputo à la levée des sanctions qui touche Madagascar depuis sa prise de pouvoir en mars dernier.

 

Si la communauté internationale accepte de relancer ses financements, si elle veut bien l’aider à organiser des élections, alors il discutera avec ses adversaires pour nommer un Premier ministre de consensus.

 

Une attitude qualifiée de « chantage »


Rajoelina essayé ainsi d’inverser les rôles pour ne plus apparaître comme celui qui fait échouer le processus. Certains qualifient cette attitude de « chantage » mais le « timing » est habilement choisi puisque une réunion de haut niveau doit avoir lieu mardi 6 octobre 2009.

 

Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine y participera tout comme le secrétaire d’Etat français Alain Joyandet et d’autres personnalités importantes.

 

Une occasion pour la communauté internationale de se positionner franchement puisque Andry Rajoelina lui a envoyé un message concret après des semaines d’atermoiements.

17 septembre 2009

MADAGASCAR : TGV passe en force

Le pays          jeudi 17 septembre 2009

 

La sortie de crise à Madagascar n’est pas pour demain, vu les intrigues, les combines et les multiples rebondissements auxquels on assiste. La faute à tous les protagonistes : aux principaux leaders politiques, notamment aux trois anciens présidents que sont Marc Ravalomanana, Albert Zafy et Didier Ratsiraka qui ont décidé de se constituer en syndicat pour s’ériger en barrière infranchissable face à Rajoelina. Mais surtout à Andry Rajoelina qui, en dépit des accords de Maputo qui prévoyaient une concertation entre toutes les parties impliquées dans la crise, a décidé de former unilatéralement un nouveau gouvernement. Un passage en force que le trio des anciens chefs d’Etat rejette avec vigueur.


 

La crise politique malgache est ainsi faite de multiples rebondissements constitués de propositions, de contre-propositions, d’engagements non tenus, d’accords non respectés, d’humiliations et de violences qui font parfois, hélas, des victimes innocentes. Dans ce jeu du chat et de la souris à travers lequel semblent se complaire les différents protagonistes, peut-on espérer voir, dans un futur proche, le bout du tunnel sur la Grande Ile ? Quels sont les non-dits, les ambitions inavouées et les desseins cachés des uns et des autres qui prennent en otage tout un pays et compromettent ainsi l’avenir de plusieurs millions de Malgaches ?

 

Dans le contexte malgache, on ne sait plus à quel saint se vouer ; on ne sait plus qui est dans le vrai et qui est dans le faux. Ce qui est sûr, c’est que les acteurs de la scène politique passent leur temps à nouer des alliances, parfois contre - nature ou circonstancielles, et à se donner des coups en dessous de la ceinture. Ce n’est donc pas surprenant que la longue liste des médiateurs et des négociateurs perdent leur latin et ne parviennent pas à concilier les différentes parties.

 

Dans ces circonstances, le coup de force tenté par Rojoélina est-il la formule appropriée pour sortir de l’impasse politique ? En agissant de la sorte, l’actuel homme fort de Tana bénéficie, sans aucun doute, de soutiens qualifiés d’occultes par certains, mais connus de tous. Que ce soit dans la crise actuelle ou celles passées sur la Grande Ile, l’armée malgache a toujours joué un rôle prépondérant. C’est fort de ces soutiens que TGV ne se gêne pas pour fouler aux pieds et faire voler en éclats les accords de Maputo. Pour ses adversaires, les prémices d’une guerre civile sont en train d’être réunies. La preuve, le week-end dernier, la capitale Tana renouait avec les violences urbaines. Partisans et adversaires de Rajoélina se sont affrontés, faisant des morts et des blessés. La composition unilatérale du gouvernement par Rajoélina a été qualifiée de geste d’humiliation inacceptable par les anciens présidents qui ont appelé TGV à se ressaisir au plus vite afin d’éviter que les populations ne souffrent davantage des conséquences de cette fuite en avant.

 

Un haut gradé de l’armée malgache, Premier ministre sous Didier Ratsiraka, a même invité les militaires à rester neutres et à ne pas se mêler de la politique. La preuve est ainsi faite que les forces de l’ordre ont un parti pris dans l’imbroglio politique sur la Grande Ile, quoique disant le contraire. Les militaires disent en effet être impartiaux. Pour ce faire, ils avaient rejeté la proposition qui leur avait été faite d’occuper les trois postes les plus importants de la transition. Ceux-ci avaient décliné l’offre qui leur semblait être un cadeau empoisonné, venant surtout des trois anciens présidents. Ce refus était motivé par le fait, disaient-ils, que l’armée ne fait pas de la politique, ce dont on peut douter fortement. Il est admis et reconnu par tous sur l’Ile que toute la force dont se vante Andry Rajoélina ne vient nullement des populations, mais plutôt des forces de défense et de sécurité sans l’aide de qui il n’aurait peut-être pas pu accéder au pouvoir. C’est dire donc que la ’’Grande Muette’’, habituée à intervenir dans les affaires politiques malgaches, a une carte à jouer, plutôt deux, dans la perspective de sortie de crise : une bonne et une mauvaise cartes.

 

La bonne carte consiste, pour l’armée malgache, à observer effectivement une stricte neutralité et à être républicaine. En ne prenant pas partie pour l’une ou l’autre faction, elle peut aider à décrisper la situation. Hélas, pour l’heure, ce ne semble pas être le cas à l’audition de messages comme ’’il faut sauver la nation’’ et d’autres qui soutiennent que ’’Rajoélina est l’otage de l’armée et qu’il est obligé de faire ce qu’elle lui dicte’’. Sur la Grande Ile donc, les militaires semblent prendre plaisir à tirer la mauvaise carte et à jouer la mauvaise partie. Ce faisant, ils tirent sur un bout de la corde, l’autre extrémité étant maintenue fermement par les adversaires d’Andry Rajoélina. Quand on sait que les anciens présidents ont aussi des alliés parmi les généraux, les colonels et même les simples bidasses, il faut craindre des lendemains difficiles à Madagascar. A moins que les diplomates ne s’avouent pas vaincus et que la communauté internationale se décide enfin à mettre un terme aux tergiversations des hommes politiques malgaches. Mais comment ?

"Le Pays"

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