13 novembre 2009

Angolagate : Pasqua, le torpilleur de Chirac



C’est un Charles Pasqua fidèle à sa réputation qui s’est présenté devant la presse, jeudi 12 novembre. Tonitruant, gouailleur, tour à tour charmeur puis menaçant, l’ancien premier flic de France, 82 ans, a savouré l’intérêt que les journalistes continuent de lui porter. Se frayant difficilement un chemin dans la forêt de caméras et de micros qui l’attendent, il donne d’emblée le ton : « Ce n’est pas qu’une affaire judiciaire, c’est une affaire d’Etat. »


L'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua lors de la conférence de presse qu'il a tenue le 12 novembre à Paris.
REUTERS/Benoit Tessier


Il avait promis des révélations mais c’est surtout à un règlement de comptes qu’il se livre. Condamné à un an de prison ferme pour trafic d’influence dans l’affaire de l’Angolagate, Charles Pasqua est décidé maintenant à se défendre à l’arme lourde. Avec, dans son viseur, deux cibles : Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Même s’il dit avoir conservé « le sens de l’Etat »,  il ne veut pas tomber seul dans cette affaire de ventes d’armes illicites à l’Angola. Judiciairement, il a été reconnu coupable d’avoir touché une commission d’1,5 millions de francs en 1996 en contrepartie de la décoration accordée à Arcady Gaydamak, un des organisateurs du trafic, à l’Ordre national du mérite.


"Est-ce que ceux qui me connaissent s'imaginent que je me prostituerai pour une décoration ? » s’indigne le sénateur des Hauts de Seine, 82 ans. Comme il l’a fait devant le tribunal correctionnel, il tente une nouvelle fois de convaincre que l’honneur rendu à Gaydamak était en relation avec son rôle dans la libération de deux pilotes de chasse français tombés aux mains des Serbes de Bosnie en 1995. « C’est grâce à Gaydamak que la Russie a œuvré à la réussite de cette opération » a martelé l’ancien ministre. Charles Pasqua affirme et il veut le prouver. « Le secret défense, moi je le lève » lance-t-il en brandissant un mémorandum sur la libération des deux militaires otages « remis en main propre » à Jacques Chirac en janvier 1996. Voilà comment l’ancien Tonton Flingueur de la place Beauvau compte exécuter, au moins médiatiquement, le délit de trafic d’influence dont il a été jugé coupable. Quant à l’affaire elle-même de l’Angolagate, Charles Pasqua assure que Jacques Chirac et Dominique de Villepin étaient parfaitement informés de cette vente d’armes et de ses conditions.


« La France est malade »


« Ce que je regrette, c’est que le président de la République, Jacques Chirac n’ai jamais assumé ses responsabilités tout comme Dominique de Villepin ». Bref, tout ce qui peut-être reproché à l’ancien ministre de l’Intérieur, peut l’être au duo Chirac-Villepin. Mais, au-delà de l’Angolagate, Charles Pasqua, qui prétend pouvoir faire trembler la République avec ses révélations, se contente pour l’heure d’insinuations. « La France est malade » de ces affaires assure-t-il avant de plaider une levée totale du secret défense concernant les ventes d’armes à l’étranger depuis 2002.  Il prétend aussi que Villepin avait envisagé de « renverser deux chefs d’Etat africains » mais se refuse à nommer les présidents concernés. « Je ne suis pas le champion de la balance » explique-t-il le sourire en coin. S’il ne « balance » pas, il enfonce le clou : « le chef de la diplomatie parallèle, c’était Jacques Chirac ». Mais, avec de telles déclarations, il sait que l’ancien président, lui-même dans l’œil d’une tornade judiciaire, finira par sortir de sa réserve. Car l’actuel chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, soigneusement épargné par Pasqua, ne sonnera pas la fin de cette nouvelle guerre familiale de la droite française.

27 octobre 2009

Verdict attendu de l'affaire Angolagate

Jeune Afrique          27 octobre 2009

 

La justice française doit se prononcer mardi sur l'Angolagate, une vaste affaire de commerce d'armes vers l'Angola remontant au milieu des années 1990, et dont le jugement risque de peser sur les relations entre Paris et Luanda.


Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak figurent parmi les accusésPierre Falcone et Arcadi Gaydamak figurent parmi les accusés © AFP


Clos en mars 2009, le procès s'était déroulé dans une "ambiance de plomb", de l'avis même du procureur, Romain Victor.

 

42 personnes étaient accusées d'avoir, soit participé à l'organisation d'un "trafic" de 790 millions de dollars, soit bénéficié de "pots-de-vin" distribués par les deux associés ayant mis ce commerce sur pied, les hommes d'affaires français Pierre Falcone et israélien Arcadi Gaydamak.

 

Six ans de prison ont été requis contre les deux hommes. Il y a quatre mois, la cour d'appel de Paris a déjà condamné Pierre Falcone à un an de prison ferme dans une affaire de détournements de fonds au détriment de la Sofrem, une société de vente de matériel de sécurité à l'étranger.

 

Parmi les prévenus de l'Angolagate, des personnalités comme l'ancien ministre Charles Pasqua, l'écrivain Paul-Loup Sulitzer, l'ex-préfet Jean-Charles Marchiani ou Jean-Christophe Mitterrand, fils du président défunt, auraient bénéficié des largesses des deux associés. Tous ont plaidé l'innocence, mais l'accusation a demandé la relaxe du seul Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand.

 

Aucun responsable angolais devant la justice


Une trentaine de responsables angolais auraient également été arrosés, selon les enquêteurs, mais aucun n'a été renvoyé devant la justice.

 

Dès l'ouverture du procès en octobre 2008, la République angolaise avait demandé le retrait des pièces incriminantes, au nom du "respect du secret défense d'un pays étranger". Si ses droits étaient "violés", l'Angola pourrait porter l'affaire en justice, avait menacé l'avocat de Luanda, Me Francis Teitgen.

 

Une lettre envoyée en juillet 2008 par le ministre français de la Défense, Hervé Morin, à la défense de Pierre Falcone, avait par ailleurs été interprétée dans les milieux judiciaires comme une pression du gouvernement français, alors que Paris tentait d'effacer des années de brouille entre la France et ce pays riche en pétrole.

 

Le ministre affirmait dans ce courrier que ces ventes d'armes de guerre, provenant de l'ancien bloc communiste, n'avaient pas besoin d'autorisation de l'Etat puisqu'elles ne transitaient pas par la France.

 

En pleine guerre civile, le président angolais José Eduardo Dos Santos cherchait en 1993 à se procurer des armes pour lutter contre les rebelles de l'Unita, mais la France avait refusé. Des contacts officieux l'avaient amené à Pierre Falcone, lequel s'était associé à l'Israélien d'origine russe Arcadi Gaydamak qui, lui, avait des contacts dans l'ancien bloc soviétique.

 

Arsenal


420 chars, 150. 000 obus, 12 hélicoptères, six navires de guerre recensés par les enquêteurs : les deux associés ne contestent pas avoir livré du matériel militaire, mais ils nient avoir livré 170. 000 mines antipersonnel.

 

Lettre d'Hervé Morin à l'appui, ils affirment que Paris n'avait pas à donner son feu vert, puisque cet arsenal ne passait pas par la France et que la société courtière, ZTS Osos, était basée en Slovaquie.

 

Mais pour l'accusation, cette entreprise slovaque ne faisait que cacher la société parisienne de Pierre Falcone, Brenco.

 

La défense a martelé pendant le procès que "l'Etat savait", le procureur ayant estimé pour sa part que les autorités avaient choisi le "laisser-faire".

 

Rien de vraiment neuf n'a émergé des cinq mois d'audience. Arcadi Gaydamak, réfugié en Israël puis à Moscou, n'est pas apparu au procès, tandis que Pierre Falcone s'est retranché derrière le secret-défense de ses "mandants" angolais.