04 décembre 2009

COUR PENALE INTERNATIONALE

Bemba seul, face à son destin

 

Le pays          04 décembre 2009

 

Alors qu’il était à la tête de l’Etat centrafricain, Ange-Félix Patassé, dont le pouvoir était menacé par des rebelles dirigés par un certain François Bozizé, avait lancé un SOS. Son appel de détresse avait été entendu par Jean-Pierre Bemba, chef de la milice du Mouvement de libération du Congo (MLC). En Centrafrique, entre 2002 et 2003, les hommes de Bemba n’avaient pas seulement porté secours au président Patassé en difficulté.

 

bemba-12.jpgIls avaient aussi commis des pillages, des meurtres, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ; des femmes avaient été violées, des populations civiles et des enfants massacrés. Parce que des atteintes graves aux droits humains avaient été perpétrées, la Cour pénale internationale avait lancé un mandat d’arrêt contre Jean-Pierre Bemba, moralement et pénalement responsable en tant que chef militaire et donneur d’ordres. Arrêté en Belgique en mai 2008, Bemba avait été remis à la justice internationale qui, depuis lors, statue sur son sort.

 

Jean-Pierre Bemba, faut-il aussi le rappeler, est un personnage politique important de la RDC, pays d’où il est originaire. L’homme a été vice-président du Congo démocratique et a perdu l’élection présidentielle de 2006 face à Joseph Kabila. Et parce que depuis son incarcération, son comportement était honorable, la possibilité qu’il soit mis en liberté provisoire était à l’étude, à la condition qu’il se trouve un pays d’accueil. Aucun pays au monde ne s’est montré disposé à le recevoir, pas même sa RDC natale. Il faut dire que Jean-Pierre Bemba, très riche, est un homme puissant et craint. Finalement, les juges de la CPI ont décidé de le garder en prison dans l’attente de son procès prévu pour avril 2010, abandonnant ainsi Bemba seul face à son sort.

 

Si le revirement de la CPI est dénoncé par les défenseurs de Bemba et surtout par sa famille qui espérait l’avoir pour les fêtes de fin d’année, c’est une décision qui semble néanmoins satisfaire toutes les autres parties. Les victimes et leurs familles craignaient que l’accusé n’en profite pour se faire la belle, vu sa fortune et ses relations, et se soustraire ainsi à la justice. Les élections en RDC approchant aussi à grands pas, son adjoint assurant l’intérim à la tête du MLC peut aussi se frotter les mains. Le retour de Bemba aurait pu être comme celui de Patassé, en Centrafrique, qui veut reprendre les rênes du parti que dirige Martin Ziguélé dans la perspective des élections. Il n’est du reste pas exclu que les chemins de Patassé et de Bemba se croisent à nouveau un jour qui n’est peut-être pas lointain.

 

Le Centrafricain, au secours duquel Bemba était parti, ce qui lui vaut actuellement ses déboires judiciaires, pourrait aussi être rattrapé par la machine de la CPI, lente à se mettre en marche, mais qui, infailliblement, atteint toujours sa cible. Le Soudanais Omar El-Béchir ou le Guinéen Dadis Camara doivent se le tenir pour dit. C’est aussi un sérieux avertissement à l’endroit de tous ceux qui, aujourd’hui en Afrique, détiennent des parcelles de pouvoir qu’ils utilisent abusivement, notamment contre les femmes et les enfants sur lesquels ils se défoulent. Le cas de Jean Pierre Bemba devrait les inspirer et les amener à faire attention au respect des droits humains fondamentaux. Tout est précaire dans la vie.

 

Par Boureima OUEDRAOGO SONRE

26 novembre 2009

Procès de deux chefs de guerre : On n’échappe pas à la loi

L'observateur paalga          26 novembre 2009

 

Rattrapés par leur passé de chefs de milices, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo sont aujourd’hui dans de beaux draps. En effet, depuis le 24 novembre 2009, ils sont devant la Cour pénale internationale de la Haye (CPI) pour un procès.

 

 

arton5564-51db7.jpgC’est connu, on juge les hommes sur leurs actes. Les deux Congolais sont accusés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre en raison de meurtres, viols, esclavage sexuel, enrôlement d’enfants soldats et pillages, commis lors du massacre de Bogoro, un village de l’Ituri à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le 24 février 2003.

 

Cela fait donc six ans qu’ils ont endeuillé de nombreuses familles et croyaient se la couler douce quelque part. Mais il fallait bien qu’un jour justice se fasse, et le temps est arrivé pour eux de rendre des comptes.

 

Les charges sont lourdes contre les deux hommes, et lors de l’audience d’ouverture du procès, le procureur Luis Moreno-Ocampo l’a redit sans sourciller : « La milice de Lubanga était une armée d’enfants. 30% des troupes étaient des enfants soldats qui avaient moins de quinze ans. Ils avaient neuf, dix, onze ans. Ils ne peuvent pas oublier la terreur qu’ils ont vécue et infligée. Comment oublier le bruit des armes, oublier qu’ils ont tué, qu’ils ont violé ou été violés ? »

 

A la lecture de ces chefs d’accusation, on se demande comment Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo pourraient échapper à la condamnation. Ce qui complique davantage leur situation, c’est que des enfants-soldats viendront témoigner, et il semble que la plupart sont retournés à l’école, même s’ils restent vulnérables ; la honte les affectera toute la vie.

 

Comme on le voit, on n’échappe pas éternellement à la loi, et c’est un grand jour pour la CPI, qui a de beaux jours devant elle.

 

L’Ituri, voilà une région où les infrastructures économiques et sociales ont été détruites, les populations livrées à elles-mêmes. Il y a cinq ans, lors de la signature du pacte de paix à Kinshasa, le gouvernement s’était engagé à impliquer les acteurs de la région dans un programme de reconstruction : réhabilitation des infrastructures scolaires, sanitaires, assainissement, accès à l’eau potable, entretien des routes, mais les escarmouches n’ont pas cessé.

 

Des groupes armés n’ont toujours pas déposé les armes dans ce nord-est du pays, en proie à des conflits ethniques. Résultat, ce sont les populations qui souffrent, contraintes de fuir pour échapper à la mort. Mais tous n’ont pas eu la chance, et on se rappelle les images de ces cadavres ficelés et étendus au sol dans un village.

 

Des atrocités qui excluent sans aucun doute des circonstances atténuantes. Les avocats de Germain Katanga et de Mathieu Ngudjolo auront fort à faire pour repartir avec leurs clients des Pays-Bas.

 

La justice, dit-on, doit être implacable, et le procureur de la Cour pénale va certainement frapper fort. Les chefs de guerre qui continuent de courir ne sont pas épargnés à moins qu’ils meurent dans leur coin pour éviter d’être jetés dans une sombre geôle.

 

Justin Daboné

 

lobservateur

12 novembre 2009

Prise de bec entre Charles Taylor et le procureur de La Haye

Jeune Afrique          12 novembre 2009


Le procureur du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) a accusé mardi l'ex-président du Liberia, Charles Taylor, d'avoir menti au cours de son témoignage à son procès pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité à La Haye.


Taylor plaide non coupable de onze crimes, notamment des meurtres, viols et enrôlement d'enfantsTaylor plaide non coupable de onze crimes, notamment des meurtres, viols et enrôlement d'enfants© AFP

 

 

"Vous n'avez pas été honnête", a indiqué le procureur Brenda Hollis en commençant le contre-interrogatoire de M. Taylor, qui témoigne depuis le 14 juillet pour sa propre défense.

 

"J'ai dit la vérité devant cette cour", a rétorqué l'accusé. "Produisez les preuves qui suggèrent, comme vous l'insinuez, que je mens", a-t-il interpellé Mme Hollis.

 

"C'est ce que nous allons faire durant le contre-interrogatoire", qui devrait durer plusieurs semaines, lui a répondu Mme Hollis. "C'est vous qui devez répondre de ces graves accusations et qui encourez l'emprisonnement", a-t-elle souligné.

 

Le procureur a rappelé que M. Taylor, 61 ans, était accusé d'avoir dirigé en sous-main les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) en Sierra Leone, pays voisin du Liberia, leur fournissant des armes et des munitions en échange de diamants notamment.

 

"Tout ceci est fait pour me détruire"


"Si je les avais entraînés et leur avait fourni des armes comme vous le dites, je n'aurais eu aucune raison de le nier", a affirmé M. Taylor, estimant que le dossier de l'accusation était une "construction" fondée sur la "désinformation" et les "mensonges". "Tout ceci est fait pour me détruire", a-t-il avancé.

 

M. Taylor plaide non coupable de onze crimes, notamment des meurtres, viols et enrôlement d'enfants soldats commis durant la guerre civile en Sierra Leone qui a fait 120. 000 morts et des milliers de mutilés entre 1991 et 2001.

 

Il est le premier témoin cité par la défense qui avait commencé le 14 juillet à présenter ses arguments au tribunal.

 

Son procès, qui s'était ouvert en janvier 2008, a été délocalisé de Freetown à La Haye pour éviter tout risque de déstabilisation de la région. Le jugement est attendu mi-2010.

10 novembre 2009

MANDAT D’ARRET DE LA CPI : La peur mal cachée de El-Béchir

Le pays          10 novembre 2009

 

Omar El-Béchir est absent de la réunion de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Malgré le soutien du chef du gouvernement turc, Abdullah Güll, le dirigeant soudanais a finalement renoncé à faire le déplacement d’Ankara. Il ne figurera pas dans la photo de famille des chefs d’Etat et de gouvernements, qui marquera la fin des travaux. Faut-il lier ce désistement de dernière minute au récent déchaînement d’une presse locale globalement opposée à l’arrivée du numéro un soudanais en Turquie, et très hargneuse à son égard ?


 

Cela est possible. Car, il est connu que les dirigeants africains vivent généralement très mal à l’étranger (en Occident en particulier) des séjours bruyants, marqués par des manifestations de protestations et des "campagnes de dénigrement" de sociétés civiles qui les traitent de tous les noms de ... bourreaux. Alors, El-Béchir a-t-il craint d’être l’attraction de la réunion ? A-t-il eu peur d’être jeté en pâture à l’opinion publique turque ? Ou bien, faut-il croire à la version officielle de Khartoum, faisant état d’un contretemps de dernière minute, qui est de nature à fausser tout son programme ? Seule certitude, en tout cas : le mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) fait de l’effet. Il reste visiblement, au pied du président Omar El-Béchir, comme une grosse épine qui handicape de plus en plus ses déplacements à l’étranger.

 

En tout état de cause, El-Béchir devra dorénavant tenir compte de son nouveau statut de wanted pour éviter de mettre les pieds n’importe où. Cela pourrait lui coûter très cher et il doit donc se mettre à l’abri de toute surprise désagréable.

 

Certes, le bourreau des Darfouris, comme l’en accuse le juge Luis Morieno Ocampo, s’est permis quelques escapades hors de son pays. Encore que, même là, il a toujours fallu mesurer les risques encourus, pour s’éviter le voyage sans retour. Sous cet angle, Omar El-Béchir a le sommeil trouble. Il n’est pas si imperturbable comme il veut le laisser croire. L’époque où il tournait en dérision le mandat d’arrêt de la Cour lancé contre lui, par des pas de danse qui ont fait le tour du monde, est bien loin. Pour le numéro un soudanais, l’heure semble à présent à une véritable prise de conscience de la sérieuse menace que fait planer ce maudit mandat sur sa tête.

 

Pour tout dire, ça devient de plus en plus compliqué pour El-Béchir, sans doute frustré de voir se multiplier ses absences à des rencontres internationales auxquelles il attache certainement du prix. Et du prix, il attachait sans aucun doute aussi à la grande rencontre de Turquie. Nul doute que cette conférence valait, aux yeux du chef d’Etat soudanais, son pesant de déplacement. D’abord parce qu’en tant que pays se revendiquant d’un islamisme pur et dur, le Soudan ressent une forme de proximité psycho-affective à l’égard de l’Organisation. Ensuite parce que celle-ci lui rend, en retour, si bien cette "amitié", elle qui n’avait pas hésité à lui apporter son soutien. Pourquoi donc El-Béchir se serait-il privé de l’occasion d’aller se faire remonter le moral auprès de quelques pairs amis, s’il avait eu toute la latitude de se rendre en Turquie ?

 

Tout aura été dit pour décourager la CPI dans sa croisade contre les dirigeants africains aux mains dégoulinantes du sang de leur peuple : elle s’acharne sur les plus faibles ; elle pratique une justice à deux vitesses, alors que l’Occident connaît aussi ses bourreaux, à l’image du prédécesseur de Barack Obama, George W. Bush, Ariel Sharon, Ehud Olmert et autres, tous méritant aussi de figurer en bonne place sur la liste noire de la Cour.

 

Malgré tout, la CPI est restée comme imperturbable face aux pressions, continuant à dérouler son rouleau compresseur qui pourrait bientôt s’étendre à des dirigeants actuels comme ceux de la Guinée Conakry et du Kenya.

 

Slobodan Milosevic, Charles Taylor, Jean Pierre Bemba, Radovan Karadzic, etc., voilà suffisamment de preuves que la CPI ne lâche jamais prise. De quoi amener les dirigeants africains à se faire une raison, plutôt qu’à toujours continuer à crier à une justice à géométrie variable et à remettre en cause l’impartialité de cette juridiction internationale. Ce discours-là est assurément inopérant. D’autant qu’il n’a permis à ce jour à aucun illustre pensionnaire des prisons de cette Cour, de recouvrer la liberté. Pour éviter d’être dans le viseur de la CPI, ce n’est pas sorcier. Il suffit de ne pas commettre les mêmes erreurs que Bemba, Taylor et autres qui méditent en ce moment leur sort. Reste à savoir combien de dirigeants africains sont attachés à la voie pacifique, et en toutes circonstances, eux qui ont cette farouche tendance à jouer les pères fouettards. Le seul antidote contre la CPI reste la bonne gouvernance démocratique.

 

"Le Pays"

06 novembre 2009

Ouverture du procès de Bemba le 27 avril 2010

jeune Afrique         06 novembre 2009

 

Le procès pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité de l'ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) Jean-Pierre Bemba s'ouvrira le 27 avril 2010 devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, a annoncé jeudi celle-ci.


Bemba_450.jpg"La Chambre de première instance III de la Cour pénale internationale (CPI) a fixé la date d'ouverture du procès dans l'affaire Le Procureur c. Jean-Pierre Bemba Gombo au mardi 27 avril 2010", a indiqué la CPI dans un communiqué.

 

Jean-Pierre Bemba, 47 ans, est accusé notamment de meurtres, viols et pillages commis par sa milice, le Mouvement de libération du Congo (MLC), entre octobre 2002 et mars 2003 en Centrafrique. La milice était venue y appuyer le président centrafricain de l'époque, Ange-Félix Patassé, pour contrer un coup d'Etat.

 

Une juge de la CPI avait ordonné le 14 août la libération provisoire de M. Bemba dans l'attente de son procès mais ordonné son maintien en détention à La Haye tant que la Cour n'aurait pas décidé quel Etat l'accueillerait.

 

Le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo avait immédiatement interjeté appel de cette décision. Le 3 septembre, la remise en liberté provisoire de M. Bemba a été suspendue par la chambre d'appel, dans l'attente d'une décision sur le fond.

 

Marathon judiciaire


Des audiences destinées à recueillir les "observations" de six Etats (Belgique, France, Portugal, Italie, Allemagne et Afrique du sud) proposés par M. Bemba pour l'accueillir, et à déterminer les conditions de son séjour sur leur territoire, ont été reportées.

 

Jean-Pierre Bemba, qui a fui la RDC en avril 2007 après avoir perdu la présidentielle de 2006 face au président actuel Joseph Kabila, avait été arrêté le 24 mai 2008 à Bruxelles par les autorités belges en exécution d'un mandat d'arrêt délivré par la CPI. Il avait été remis à la Cour et transféré à son siège à La Haye le 3 juillet 2008.

 

Au cours des audiences de confirmation des charges du 12 au 15 janvier, ses avocats avaient exclu toute responsabilité de l'ancien vice-président congolais dans les crimes commis par sa milice. Ils avaient mis en cause l'ex-président centrafricain Ange-Félix Patassé.

 

Le procès de Jean-Pierre Bemba devrait être le troisième procès de la CPI, le premier tribunal international permanent chargé de juger les auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocides.

27 octobre 2009

MANDAT D’ARRET DE LA CPI : Les ONG aboient, El Béchir passe

Le pays          27 octobre 2009

 

Le président soudanais, Omar El-Béchir, pour la nième fois, va braver la communauté internationale et narguer la Cour pénale internationale (CPI). Celle-ci, on s’en souvient, avait émis un mandat d’arrêt international à son encontre pour ’’crimes de guerre’’ et ’’crimes contre l’humanité au Darfour’’ il ya de cela quelques mois.

 

 

A partir du 29 octobre prochain, le Nigeria organisera une réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Pour ce faire, le président Umaru yar’Adua a adressé des lettres d’invitation à de nombreux chefs d’Etats africains pour y prendre part. Sur la liste, figure bel et bien le nom du président soudanais. Il n’en fallait pas plus pour que l’on constate une levée de boucliers du côté des organisations de la société civile nigériane.

 

Dans une lettre commune adressée au président Yar’Adua, le Projet droits socio-économiques et responsabilité (SERAP), le Comité pour la défense des droits humains (CDHR), le Centre de documentation et de recherche pour la défense des femmes (WARDC) et le Partenariat pour la justice (PFJ), entre autres, basés au Nigeria mais agissant sans doute avec les faveurs d’autres OSC plus connues sur la scène internationale, demandent au président de la République fédérale ’’d’utiliser sa position et son leadership pour s’assurer de l’arrestation immédiate du président soudanais Omar El-Béchir’’.

 

On peut bien se demander pourquoi ces organisations cherchent ainsi noise au président soudanais. Promouvant les droits humains et luttant contre l’impunité, ces OSC sont fondées à demander au Président en exercice de la CEDEAO de faire respecter le droit international. Difficile de dire qu’entre El—Béchir et les défenseurs des droits humains, on file le parfait amour. Après la décision de la CPI, Khartoum avait ordonné l’expulsion de 13 ONG accusées d’espionnage et de collaboration avec la Cour. Ce ne sont d’ailleurs pas les arguments qui font défaut à ces organisations pour mettre ainsi la pression sur Umaru Yar’Adua. Le Nigeria vient d’être élu au Conseil de sécurité de l’ONU ; il préside actuellement aux destinées de la CEDEAO et occupe une position de leadership dans les instances de l’Union africaine. Par-dessus tout, le Nigeria a ratifié le traité de Rome instituant la CPI. Pour toutes ces raisons, le Président nigérian ne devrait donc pas se rendre complice des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre dont son homologue soudanais est accusé. Pour cela, ’’il devrait arrêter et livrer El-Béchir à la CPI’’, clament les OSC nigérianes.

 

Certes, l’arrestation de Béchir, faut-il le rappeler, incombe aux Etats ; la CPI ne disposant pas de force de police propre à elle. Ces OSC seront-elles pour autant entendues ? Sur ce plan, rien n’est moins sûr. En invitant Omar à Abuja, Umaru a, sans doute, donné à son homonyme des garanties sur le fait qu’il ne serait pas arrêté. Les pays membres de l’Union africaine, et ceux de la Ligue arabe au demeurant, s’étaient prononcés contre le mandat d’arrêt, préférant donner l’opportunité à El-Béchir de résoudre le problème suivant le tryptique ’’Paix-Justice-Réconciliation’’ entre Soudanais et/ou africains. Le Président soudanais s’était déjà rendu dans de nombreux pays, notamment en Erythrée, en Egypte, au Qatar et en Libye, sans avoir été inquiété. Il devrait en être ainsi au cours de son déplacement dans le pays le plus peuplé d’Afrique, sauf coup de théâtre. Les ONG pourront toujours aboyer ; elles n’empêcheront pas El-Béchir de poursuivre allègrement son chemin.

 

Il n’est pas sûr cependant que le Président soudanais soit rassuré outre mesure car selon la CPI, l’immunité d’un chef d’Etat et la position d’un criminel présumé ne peuvent empêcher la Cour d’exercer sa compétence partout. Il y a aussi le cas précédent de Charles Taylor, livré à la CPI par le même Nigeria, qui, comme par hasard, avait aussi donné des assurances à celui-là avant de le lâcher. Certes, les données ne sont pas tout à fait les mêmes mais El-Béchir peut avoir de la matière à réflexion.

 

Il faut cependant l’admettre, le Darfour ne fait plus l’actualité, sauf lorsque les humanitaires sont victimes d’enlèvements ou d’exactions. Il retombe aussitôt après dans l’oubli, attendant le prochain épisode. Dans tous les cas, Omar El-Béchir ne devrait pas dormir à poings fermés et sur ses lauriers du moment. La justice internationale est implacable. Elle peut prendre le temps qu’elle voudra pour rattraper ses accusés. Le Président soudanais peut bien méditer sur le sort du serbe Radovan Karadzic ou sur celui du cambodgien Nuon Chea, ancien bras droit de Pol Pot.

 

Par Boureima OUEDRAOGO SONRE

31 mars 2009

El Bechir et la CPI : Le jeu du chat et de la souris

Source : lepays.bf (Article publié le 31 mars 209)

elbechir.jpgLe président Omar El Béchir du Soudan semble peu préoccupé par les salves de la Cour pénale internationale (CPI), laquelle entend le juger pour crimes commis au Darfour. En effet, il multiplie les sorties, principalement en Afrique et dans les pays arabes, avec une incroyable audace dans la valise.

La rencontre au Qatar comme tous les foras vers lesquels il se précipite, sont, il est vrai, des opportunités à saisir pour plaider sa cause. Mais jusqu’à quand pourra-t-il ainsi défier la justice internationale ? A-t-il vraiment le choix et peut-il encore se racheter ? C’est véritablement à un jeu de cache-cache que l’on assiste entre le chef de l’Etat soudanais et ceux qui le traquent. Si l’aisance prédomine dans le camp présidentiel soudanais, la CPI elle, ne donne cependant pas le sentiment qu’elle dispose de moyens efficaces pour arrêter, juger et peut-être mettre en cage celui qu’elle accuse d’être le tortionnaire et principal bourreau des peuples du Darfour. Mais pourquoi El Béchir ne s’inquiète-t-il pas outre mesure ? Le chef de l’Etat soudanais sait que la CPI n’a pratiquement pas de moyens de coercition. Il multiplie donc allègrement ses sauts de carpe ou de puce, convaincu qu’il est pour l’instant de ne pas tellement risquer sa peau. Ses sorties lui permettent non seulement de s’expliquer auprès de tiers, mais encore d’élargir le cercle de ses appuis. En même temps, il doit songer à peaufiner sa stratégie de défense le cas échéant. Le président El Béchir a pleinement conscience de l’existence de courants contradictoires au sein de tous ceux qui sont partie prenante dans cette histoire. Il les a sans doute bien circonscrits tout au long de ces années de dialogue infructueux. Il est maintenant temps d’exploiter ces divergences. Par exemple, des fissures existent dans les rangs des pays occidentaux, principaux artisans de la CPI. Les Etats-Unis par exemple, n’ont jamais donné leur faveur à la création de cette Cour, par peur justement de voir un jour leurs citoyens poursuivis par des instances sur lesquelles ils n’exercent pas une réelle emprise. En outre, le Soudan qui recèle de riches gisements de pétrole, a récemment renforcé ses liens de coopération avec la Chine.

Certains pays occidentaux ne désespèrent sans doute pas de renverser un jour ce flux pétrolier qui a pris la direction de l’Est. C’est dire que dans les coulisses, les négociations doivent se poursuivre et El Béchir est mieux placé que quiconque pour savoir comment tirer ses marrons du feu. L’Afrique n’échappe pas à la règle : un pays comme l’Egypte vit certainement dans l’embarras. Même si Le Caire n’est pas toujours d’accord avec ce qui se passe, il doit se résoudre à un minimum de coopération avec le voisin soudanais. Il faut faire en sorte qu’il ne soit un jour tenté d’abriter opposants et autres groupuscules terroristes. Sans oublier que le Nil, fleuve mondialement connu, traverse le Soudan avant d’aller achever sa course en Egypte. Nul n’ignore son importance dans l’économie égyptienne, singulièrement pour la survie des populations. Irriter un voisin de la trempe de El Béchir, pourrait conduire à des excès dont les conséquences seraient tout simplement désastreuses. Par ailleurs, de tout temps, le continent s’est caractérisé par son manque de cohésion dans les prises de décisions. L’UA a pris sur elle d’intercéder auprès des Nations Unies en faveur du chef de l’Etat soudanais. Elle demande de surseoir aux sanctions. En véritable syndicat de chefs d’Etat. Serait-ce la contrepartie du refus renouvelé depuis quelque temps d’accorder la présidence de l’organisation continentale au président El Béchir ? En tout cas, la preuve est bien là que les chefs d’Etat africains se veulent solidaires de leur homologue. Aucun ne voudrait certainement d’un précédent susceptible de fragiliser le pouvoir jusque dans son dernier bastion. Fort curieusement, la position inconfortable du chef de l’Etat soudanais lui donne des atouts auprès de ses pairs africains obligés de porter sa croix. Ainsi, en est-il du président Khadaffi de la Jamahiriya libyenne populaire et socialiste qui s’échine à convaincre l’opinion que la CPI est le bras armé d’une nouvelle forme d’impérialisme. Mais cet appui quasi-inconditionnel ne peut que pousser à la faute. Certes, plusieurs dirigeants africains voient à travers la CPI l’empêcheur de brouter et d’occire en toute quiétude chez soi, les peuples sans défense étant à leur merci. Mais jusqu’à quand l’actuel chef de l’Etat soudanais espère-t-il courir ainsi ? Pense-t-il pouvoir défier longtemps la CPI et la communauté internationale ? Combien parmi ses soutiens tiendront-ils encore longtemps ? On sait que la justice internationale a la patience pour elle. Le traitement fait des dossiers de l’ancienne Yougoslavie en témoigne.

La CPI prendra le temps qu’il faudra pour l’épingler. Au président El Béchir d’alléger les charges qui pèsent contre lui. Nombreux sont tous ceux qui attendent encore de lui des gages, des efforts sérieux quant à la résolution définitive de la crise du Darfour. Il ne sert à rien d’expulser des ONG et des humanitaires ciblés, encore moins de multiplier les zones d’insécurité. Premier chef d’Etat en exercice à être interpellé par la CPI, El Béchir n’ignore point le poids de l’histoire et la responsabilité qui en découlent. Comme tous les gouvernants africains, il aurait tort de se croire au-dessus de la loi. Fût-elle internationale ! Il en est de même pour certains dirigeants de pays développés. On ne saurait ainsi exclure des chefs d’Etat occidentaux dont l’ex-président américain George W. Bush. L’opinion internationale et les militants des droits humains voudraient bien un jour les voir interpellés pour leur gestion controversée des relations internationales. A coup sûr, cela renforcerait les assises de la justice internationale.

"Le Pays"