29 novembre 2009

Abou Dhabi refuse d'éponger l'intégralité de la dette de Dubaï

France 24          29 novembre 2009

REUTERS - Les autorités d'Abou Dhabi, capitale des Emirats arabes unis, sont prêtes à aider "au cas par cas" l'émirat voisin de Dubaï qui ploie sous le poids de sa dette.

 

Au lendemain de l'annonce des difficultés de Dubaï à rembourser sa dette colossale, la capitale des Émirats arabes unis, Abou Dhabi, s'est dit prête à aider l'émirat voisin. Mais seulement au cas pas cas...

 

"Nous allons voir au cas par cas ce que nous pouvons faire pour Dubaï. Cela ne veut pas dire qu'Abou Dhabi va garantir la totalité de la dette", a déclaré samedi à Reuters un responsable de l'émirat d'Abou Dhabi.

 

"On a affaire à des entités commerciales privées, à d'autres qui sont semi-publiques, alors Abou Dhabi choisira à qui, quand et comment porter assistance", a ajouté ce responsable qui a requis l'anonymat.

 

Les difficultés que Doubaï rencontre avec sa dette, héritées d'une bulle immobilière qui s'est traduite par la construction des immeubles les plus hauts du monde, ont suscité ces derniers jours de vives inquiétudes dans le monde financier qui s'était tourné vers la région du Golfe pendant la crise financière mondiale.

 

L'émirat a officiellement annoncé mercredi qu'il allait demander aux créanciers de Dubai World, le conglomérat qui a piloté son expansion effrénée ces dernières années, de donner leur accord à un moratoire sur plusieurs milliards de dollars de dette. Ce moratoire constituerait la première étape de la restructuration de Dubai World.

28 novembre 2009

Les difficultés financières de Dubaï

Jeune Afrique          28 novembre 2009

 

Investisseur incontournable au Maghreb et en Afrique, Dubaï va devoir revoir à la baisse ses projets pharaoniques à l’étranger, quitte à perdre définitivement son image de marque.


Dubaï est connue pour ses constructions pharaoniquesDubaï est connue pour ses constructions pharaoniques© D.R



Dubaï fait faillite. La nouvelle, lâchée cette semaine, fait frémir les places boursières mondiales qui chutent tour à tour. Le fleuron de l’immobilier démesuré et des chantiers gigantesques n’est pas capable de s’acquitter de sa dette, qui s’élève au total à 80 milliards de dollars, et a réclamé un sursis de 6 mois pour rééchelonner le remboursement des 59 milliards dus par le conglomérat Dubaï World.


Car s’il a longtemps cru échapper aux soubresauts de la crise mondiale, l’émirat est, à contretemps, la victime de sa propre stratégie économique. Son modèle est principalement basé sur le développement du commerce international, de projets immobiliers ou touristiques de luxe sur son sol et à l’étranger. Une formule qui fait à présent les frais de l’éclatement de la bulle immobilière et de la chute des prix du brut après la flambée illusoire en 2008. Immanquablement, les recettes de l’Etat-cité ont progressivement chuté, et la pente n’est pas près de se redresser.


Le Maghreb laissé en friche


Investisseur-phare dans de nombreux chantiers d’envergure en Afrique, Dubaï a déjà commencé à faire marche arrière. Au Maghreb surtout, que les pays du Golfe avaient inondé de pétrodollars depuis le début des années 2000. Des dizaines de projets avaient été lancés, qui devaient s’étaler sur des années. Les gourmandes monarchies émiraties, et Dubaï n’a pas fait exception, avaient misé des sommes colossales sur des chantiers de luxueux complexes touristiques, de gratte-ciels vertigineux et d’infrastructures dernier cri.


Mais, aux premiers signes de la crise, les investisseurs ont commencé à retirer leurs billes. Les clinquants hôtels de la marina de Tunis sont restés à l’état de plans et de maquettes, la société immobilière Sama Dubaï devenant brusquement frileuse face à la dizaine de milliards de dollars estimés qu’il allait falloir débourser. En Algérie également, les fonds d’investissement, les promoteurs et les sociétés de prêt se sont résolus à plier bagage. L'année 2009 a donc été marquée par un recul des investissements, qui devrait être confirmé en 2010. Depuis l’annonce par Dubaï de ses difficultés, il est à craindre qu’au Maroc, en Egypte et ailleurs, les derniers dossiers soient gelés, révisés à la baisse ou tout simplement annulés.


DP World en bonne santé


L’Afrique subsaharienne, quant à elle, a moins de souci à se faire. Les capitaux de Dubaï y sont très présents, via la holding Dubai Ports World (DP World, filiale de Dubai World). Mais à l’annonce de la faillite, les dirigeants se sont empressés de préciser que cette branche des activités ne serait pas concernée par la restructuration.


Il s’agit d’ailleurs d’une des activités les plus florissantes du groupe, dont l’objectif est d’étendre sa main-mise sur les infrastructures aéroportuaires africaines.

22 novembre 2008

LA CRISE FINANCIERE ACTUELLE : CAUSES ET CONSEQUENCES SUR LES PAYS AFRICAINS

Le 22 ocotobre 2008, nous publiions sur ce blog l'analyse d'un économiste burkinabè sur la crise financière internationale. Dans cet article, le Professeur Taladidia Thiombiano, puisque c'est de lui qu'il s'agit, avait "décortiqué" la crise actuelle en situant ses causes, notamment sur les plans théorique, militaire et financier, avant d'en donner les conséquences sur les économies des pays développés et émergeants. Dans l'article suivant, le Professeur, comme promis, situe les causes et conséquences de cette crise sur les pays africains. Très édifiant. Lisez plutôt!

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par Taladidia THIOMBIANO, professeur à l’Université de Ouagadougou

 

Dans les analyses précédentes, nous avons montré les incidences de cette crise née aux Etats-Unis, sur les pays européens et asiatiques, notamment le Japon et la Chine. Les effets de cette crise se situent à un niveau mondial, puisque nous avons situé précédemment les liens que la finance russe a avec les banques américaines actuellement en difficultés. L’interdépendance des économies nationales fait qu’aucune économie n’est à l’abri. Bien que les autorités monétaires africaines et notamment celles de la zone franc semblent être optimistes quant aux conséquences néfastes de cette crise financière sur les économies de la région, nous pensons que c’est d’un point de vue strictement financier et à court terme. Dans la mesure où cette crise financière est en train de se muer en crise économique, il va s’en dire  que les conséquences seront assez dures pour les économies africaines très extraverties. Avant d’analyser les conséquences (2), nous allons examiner les caractéristiques de ces économies (1).

 

I- Les caractéristiques des économies africaines

 

C’est vrai qu’au plan financier, la plupart des banques africaines ne sont pas dans la haute finance internationale. Les titres ne sont pas cotés sur ces marchés car ces banques sont de petites unités caractérisées par un volume de transactions relativement faible. Ce sont essentiellement des banques de dépôts à court terme en provenance principalement des particuliers et surtout des salariés. C’est ce qui les met temporairement à l’abri de la présente crise financière internationale.

 

1.1.Situation économique d’ensemble

 

Il faut souligner d’entrée que la situation économique de l’Afrique au sud du Sahara n’est pas homogène. On distingue des pays à revenus intermédiaires ou émergents comme l’Afrique du Sud et le Nigéria, des pays à rentes pétrolières (Nigéria, Angola, RDC, Congo, Gabon, Cameroun), des pays à pluviométrie abondante et régulière (Afrique équatoriale), des pays sahéliens côtiers (Sénégal, Gambie, Guinée Bissao), des pays sahéliens non côtiers (Burkina Faso, Mali, Niger), des pays sahéliens non côtiers à rentes minières (Tchad, Niger) etc. On peut faire autant de croisements que l’on veut,  tellement les diversités sont grandes.

 

En fonction de ces diversités, les incidences de la crise économique internationale qui se profile à l’horizon ne seront pas ressenties de la même façon dans les différents pays. Il y a ceux qui auront accumulé les rentes pétrolières suite à la hausse des prix de ce minéral et ceux qui n’ont que des produits agricoles à l’exportation dont la hausse des cours a été plus modérée et partant, les réserves de devises sont plus faibles.

 

De façon générale, au cours des  trois dernières années, le taux de croissance du PIB de l’Afrique est resté autour de 5,8%. Ce taux a placé  le continent comme ayant eu la croissance la plus élevée à l’exception de l’Asie est et sud, de l’Inde et de la Chine. Dans l’ensemble, le taux a été légèrement supérieur à ceux de l’Asie occidentale (5,6%) et de l’Amérique latine et Caraïbe (5,2%) selon le Rapport de la Commission Economique pour l’Afrique 2008. Quant aux taux de croissance des pays développés, ils ont été inférieurs à 3%.

1.2.Caractéristiques des exportations

 

Dans nos analyses passées, nous avons expliqué que de façon générale, une crise financière conduit le plus souvent à une crise économique. Si tel était le cas, et il est fort probable qu’il en soit ainsi, les conséquences peuvent être désastreuses sur les économies africaines. La plupart de ces économies exportent des matière premières : produits minéraux (pétrole, gaz), produits miniers (cuivre, aluminium, or), produits agricoles (café, cacao, coton), et importent du matériel industriel, technologique et des produits alimentaires (produits finis, produits agricoles : riz,  blé etc.)

 

En 2007, tout comme au premier trimestre 2008, il y a eu une appréciation des cours des produits de base. La demande de pétrole a augmenté en 2007,  cela étant en partie dû à la Chine. Mais la hausse des prix n’est pas due seulement à l’accroissement de cette demande chinoise mais aussi à certains conflits et catastrophes naturelles (Irak, Nigéria, tempêtes  sur le Texas), et enfin aux spéculateurs. Les analyses de la Commission Economique pour l’Afrique (CEA 2008) montrent que les prix des minéraux (pétrole, gaz), des minerais (aluminium, cuivre) et métaux précieux (or, diamant) ont augmenté de 178% entre 2000 et 2006. Les hausses les plus importantes ayant été pour le cuivre (261%), mais aussi pour l’aluminium et l’or (Afrique du Sud, Burkina Faso, Mali). Notons que pour l’or, l’indice est passé sur base 2000, de 97,1 à 216,6 entre 2001 et 2006, soit  un coefficient multiplicateur de 2,23. En d’autres termes, les prix de l’or ont plus que doublé durant cette période. Ceci a constitué des profits inattendus pour tous les producteurs d’or et notamment un pays comme le Burkina Faso.

 

Pour les matières premières agricoles, la hausse des prix est restée beaucoup plus modérée que celle des produits du sous-sol. Le prix du coton  qui concerne le Burkina Faso a été très faible, passant de l’indice (base 100 en 2000) 81 en 2001 à 111,5 en 2008 avec de fortes fluctuations, notamment en 2002  où il a été de 78,1. Compte tenu de cette situation, quelles sont les capacités de résistance des économies africaines ?

 

II- Forces, faiblesses des économies africaines et conséquences de la crise

 

2.1.Forces

 

La plupart des économies africaines sont faiblement liées au système financier international en dehors d’un pays comme l’Afrique du Sud. Les mécanismes de financement mis en place sont souvent très rigides, en particulier dans l’espace de la zone franc. Le continent a surtout comme atout majeur,  la grande disponibilité de matières premières (pétrole, cuivre, uranium, or, etc.) et de ressources énergiques non polluantes (soleil, chutes d’eau).

 

2.2. Faiblesses

 

Ce sont des économies qui exportent essentiellement des matières premières ; de ce fait, elles sont très fortement exposées aux fluctuations des cours de celles-ci. La transformation permettant une plus grande valeur ajoutée est quasi inexistante.  Il y a peu de diversification des produits exportés. Par ailleurs, le commerce intra africain reste encore relativement peu développé avec une trop grande dépendance vis-à-vis des biens alimentaires, des financements et de la technologie venant des pays développés et émergents. Enfin, ces économies sont fortement liées au plan du secteur primaire, et notamment agricole aux aléas climatiques. Ainsi, les capacités de réponses des agriculteurs à une pénurie alimentaire sont réduites au regard de leur faible équipement et du bas niveau de productivité.

Un facteur très important est la faible disponibilité en qualité et en quantité des ressources humaines dans les secteurs de pointe pour impulser une dynamique économique. Cette situation pourrait s’aggraver avec la politique de l’immigration choisie  chère au président français, N. Sarkozy.

 

Tous ces facteurs montrent la trop grande vulnérabilité des pays africains et la nécessité d’avoir des réflexions plus approfondies. Quoi qu’il en soit, ce sont ces maux qui exposent le continent à un certain nombre de conséquences susceptibles d’accélérer les répercussions de ce qu’il convient présentement d’appeler la crise économique.     

 

2.3. Conséquences sur les économies africaines

 

A la lumière de ces forces et faiblesses, il apparaît très clairement que si la crise financière prenait des proportions plus importantes, au point d’être une crise économique généralisée comme la tendance  se dessine, les conséquences sur les économies africaines seront multiples. Nous ne partageons pas le point de vue de certains financiers qui considèrent principalement  la partie financière de la question pour conclure que les effets négatifs sur les économies africaines seront limités au regard de la situation des  banques africaines. 

 

En effet, malgré une injection massive de monnaie de la part des pays développés dans leurs économies, la consommation des ménages ne sera pas relancée rapidement, ensuite les entreprises qui sont déjà dans de mauvais états ne vont pas prendre le risque d’effectuer de nouveaux investissements, ce qui serait contraire  à la contraction de la demande de la consommation. Les injections massives actuelles de monnaie par ces états vont augmenter les déficits budgétaires et probablement l’inflation. Enfin, il se profile à l’horizon un accroissement du taux de chômage. En conclusion, les perspectives de relance de la production sont faibles à court terme. De là, il en résultera les conséquences ci après :

 

. Les premiers secteurs qui connaîtront des difficultés seront les transports (industrie aéronautique, constructeurs  d’automobiles). Les incertitudes des lendemains vont également amener les ménages à réduire leur consommation. Le résultat final de toute cette situation sera les licenciements massifs et l’aggravation de la crise financière au point de la conduire à une crise économique. La réduction de la production dans ces pays développés peut avoir comme conséquence un ralentissement de la demande des matières premières et une baisse de leurs prix. Il en résultera pour les pays africains:

a) une réduction des exportations et un accroissement des déficits des balances commerciales. Il y aura deux effets sous jacents :

*  la baisse des prix des matières premières ;

* l’aggravation des déficits budgétaires ;

b) une réduction de l’aide au développement des pays industrialisés afin de faire face à leurs propres sans emplois et autres ;

c) dans les pays les plus ouverts au marché international comme l’Afrique du Sud et le Nigéria, on pourrait voir des désinvestissements s’opérer. Toutefois, cela peut être compensé par la venue des pays émergents (Chine, Inde) ;

d) la baisse des taux d’intérêt pourra rendre plus disponible le loyer de l’argent, mais encore faudra t-il qu’il soit disponible pour les pays les plus pauvres comme le Burkina Faso ;

e) une réduction des tensions inflationnistes consécutive à la baisse du prix du baril de pétrole et à une bonne pluviométrie, tout au moins pour ce qui est de l’année 2008-2009.

 

En somme, malgré quelques résultats positifs qui pourront se dégager, les plans de lutte contre la pauvreté vont en souffrir. Le taux de chômage va augmenter. La croissance économique pourra être maintenue dans certains pays si la pluviométrie est au rendez-vous comme c’est le cas cette année. Toutefois, pour l’ensemble de l’Afrique et notamment pour les pays pétroliers, il est fort possible que l’on observe un ralentissement de cette croissance.

 

III- Les alternatives

 

Cette crise peut être un facteur très favorable pour les pays africains au sud du Sahara pour  initier de nouvelles stratégies de développement et de coopération.

 

3.1.Au plan de la stratégie de développement

 

Depuis les indépendances, la stratégie de développement de l’Afrique a consisté à commercialiser ses productions à l’état brut : produits de l’agriculture (coton, café, cacao, arachide),  gisements minéraux et miniers (pétrole, gaz, uranium, fer, or, etc.). De plus, elle a maintenu des relations économiques et politiques privilégiées avec l’ancien colonisateur, toutes ayant contribué à l’empêcher de diversifier ses partenaires commerciaux et technologiques. Le résultat a été un développement faible, une politique de main tendue perpétuelle, un système éducatif désuet ne sachant produire que des chômeurs et des révoltés ; et la crise actuelle risque d’aggraver cet état de fait si les nouvelles opportunités ne sont pas saisies. C’est le moment pour un pays comme le Burkina Faso de revenir avec beaucoup d’humilité  sur le slogan « consommons burkinabè ».  Ce que nous avons appelé dans l’hebdomadaire  burkinabè, L’Opinon « adorer ce que l’on a brûlé hier ». 

 

3.2.Les stratégies de coopération

 

Avec la bipolarisation  du monde au temps de la guerre froide, l’Afrique avait à choisir entre l’Est et l’Ouest. Dans les deux cas, cela a été un échec. Les anciens pays (Europe, Etats-Unis) sont essoufflés. Aujourd’hui, de nouveaux choix sont donnés au continent africain, notamment avec l’avènement de ceux que l’on appelle, les pays émergents : Chine, Inde, Brésil, Corée du sud, Taïwan, sans oublier la piste russe. Ces pays offrent de nouvelles perspectives avec des investissements massifs et de nouvelles technologiques assez variées.  Ils ont la capacité de résister plus à la crise en développant des stratégies de consommation intérieure au regard de leur forte population. Ils ont aussi suffisamment accumulé des réserves de devises au cours de ces dernières années pour continuer à investir massivement dans les gisements miniers  en Afrique. Les pays du Golfe ont aussi d’importantes réserves de devises, et la situation de faible rentabilité des capitaux dans les pays du nord peut les amener à chercher à investir en Afrique. Il s’agit là de quelques pistes que l’Afrique devra explorer et notamment un pays comme le Burkina Faso qui devra compter davantage sur la dynamique de sa diplomatie, les facilités garanties aux investisseurs et les réformes politiques fondamentales qu’il offre.

 

Mais, c’est surtout le génie créateur de sa population qui fera la différence et pour ce faire, des activités comme le FRSIT, le SIAO, le FESPACO, le CITO sont des cadres idéals pour l’attraction de ces investisseurs. Ces activités ne doivent pas être seulement de simples répétitions périodiques, voire des foires, mais des activités d’innovation, de promotion de l’invention que l’Etat devra encourager à travers des soutiens financiers importants. De leur côté, les banques devraient cesser d’être de simples caissiers pour participer effectivement au financement du développement national en accordant certaines facilités de crédit tout en tirant les leçons  de la crise financière que certaines d’entre elles ont connue dans les années 80, et plus près de nous, des subprimes aux Etats-Unis.

 

Conclusion  

 

A travers cet article, notre objectif a été surtout d’informer l’opinion des causes et conséquences de la présente crise et de situer les responsabilités des économistes et des politiques. Ce sont quelques réflexions qu’a suscité en nous la présente crise financière. Nous ne prétendons pas avoir abordé tous les aspects du problème,  nous avons essayé de montrer les incidences sur les économies africaines.  Au-delà de ces conséquences qui peuvent être dramatiques, nous avons indiqué qu’une mauvaise chose pouvait se transformer en une bonne chose, et c’est le cas de la présente crise que l’Afrique devra analyser et exploiter pour un véritable décollage économique. Il n’y a pas de place pour des hésitations et des lamentations incessantes, il faut chercher les  niches qui vont  propulser le continent dans le concert des nations émergentes.

 

Les réflexions sont ouvertes, quoi qu’il en soit, la politique économique est trop complexe pour être laissée entre les mains des simples politiques.

 

Par Taladidia THIOMBIANO,

Economiste,

Professeur à l’Université de Ouagadougou.

22 octobre 2008

CRISE FINANCIERE INTERNATIONALE : L'analyse d'un économiste burkinabè

La crise financière a fait des vagues ces derniers temps. Sous nos tropiques, elle ne semble pas avoir été comprise, peut-être parce que nous n'en ressentons pas encore les conséquences. Dans l'article que je vous propose, et qui est paru dans le quotidien burkinabè l'observateur paalga n°7244 du mercredi 22 octobre 2008, le Professeur Taladidia Thiombiano passe au crible les causes, plus ou moins prévisibles, et les conséquences de ce qui ressemble fort à une certaine année "1929". Lisez plutôt!

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Il y a quelques jours, le monde entier semblait être surpris de l’annonce d’une grave crise financière dont les conséquences pourraient être aussi désastreuses que celle de 1929.

En réalité, le processus couvait depuis fort longtemps et l’éclatement de la bulle ces jours-ci n’est que l’effet du trop plein de cette bulle. Il faut se rappeler que depuis deux décennies, le cours de la finance internationale n’est qu’une succession de crises dont les principales sont : 1987, krach boursier ; 1990, crise immobilière aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ; 1994, crise obligataire américaine ; 1997-1998, crise financière internationale ; 2000-2002, krach internet ; 2007-2008, crise immobilière ; 2008-2009, crise financière et tendance vers une crise économie internationale.

Au regard de ces crises répétitives, on peut dire qu’il y avait des signes annonciateurs d’une crise mondiale beaucoup plus grave que celles précédentes. En dépit de tout, les politiques économiques ont continué à se fonder sur les théories néolibérales et monétaristes de Milton Friedman, prix Nobel d’Economie.

Les fondements de Friedman, outre qu’ils privilégient la monnaie comme dynamique économique, ils recommandent la non-intervention de l’Etat dans la régulation de la masse monétaire. C’est donc, le « laisser-faire, laisser-aller ». Tel est situé le contexte scientifique dans lequel a évolué le système financier international et de façon générale, l’économie mondiale depuis une trentaine d’années.

Dans cet article, nous examinerons : (1) les fondements de la crise, (2) les mesures d’urgence et leur efficacité, (3) les prolongements de la crise

1- Les fondements de la crise financière actuelle

La crise financière actuelle, que d’aucuns commencent à qualifier déjà de la plus grave depuis celle de 1929, est le résultat d’un processus cumulatif de facteurs.

1.1.Les causes théoriques

a) Pour l’économiste américain Milton Friedman, rien dans le système économique n’a autant d’importance que la quantité de monnaie. Partant de là, il estime que la régulation de la masse monétaire ne doit pas être abandonnée au jugement des autorités de l’institut central d’émission, comprenez par là, de la banque centrale – malgré toute leur bonne volonté, dit-il, ces personnages ne parviendront jamais à adapter exactement la masse monétaire aux nécessités du moment.

Il affirme que de cette façon, la masse monétaire s’adaptera au besoin d’augmentation des salaires, des stocks et prêts d’une part ; et d’autre part, la régularité de son augmentation permettra de maintenir l’économie dans la voie de la croissance. Tel est, en substance, ce que préconise le prix Nobel d’économie, bien écouté du Parti Républicain aux USA. On est en plein cœur d’un libéralisme guidé par les politiques monétaires avec la bénédiction du marché. L’Etat n’a aucun rôle à jouer.

b) La seconde cause qui découle bien entendu de la première est les subprimes ou les prêts immobiliers qui ont été accordés de façon inconsidérée aux Etats-Unis par les banques. Comment en est-on arrivé à la construction d’un système aussi incertain ou pour parler comme le Secrétaire au Trésor américain de « risque systémique ». Motivés par les profits, les organismes de crédits hypothécaires ont prêté à un secteur de la population déjà fortement endetté.

Il faut cependant retenir que les conditions de ces prêts à haut rendement (pour les banques) constituent une véritable arnaque comme le soulignent Millet D. et Toussaint D. (30 mars 2008). En fait, le taux est fixe et raisonnable au cours des deux premières années ; puis, augmente fortement ensuite. Par ailleurs, les institutions financières (prêteurs) affirmaient aux emprunteurs que le bien qu’ils achetaient, gagnerait rapidement de la valeur au regard de l’augmentation de son prix.

Le résultat, c’est que la bulle du secteur a fini par exploser en 2007, et les prix ont commencé à baisser. Attendu que le nombre d’incapacités de paiement s’est substantiellement accru, les institutions de crédits hypothécaires (1) se sont retrouvées dans des difficultés de remboursement de leurs dettes. Il faut rappeler que les deux principales banques en faillite au début de la crise ont une longue histoire. En effet, la Fannie Mae, créée en 1968, d’origine publique, avait pour objectif, lorsque la décision fut prise de la coter en bourse, de financer la guerre du Vietnam. En 1980, est créée la Freddie Mac qui est venue compléter le rôle de la première.

L’objectif de ces deux banques était d’assurer la transparence du marché immobilier en garantissant les prêts immobiliers ou en les rachetant aux banques. Ainsi que le rapporte le journal Le Monde Diplomatique, en 1990, les deux institutions détenaient 740 milliards de dollars de crédit.

Dans les prévisions, ce chiffre devait atteindre 1250 milliards de dollars en 1995 et dépasser 2000 milliards de dollars en 2005. A la veille de leur nationalisation récente, leur portefeuille était de 5 400 milliards de dollars soit 45% de l’encours total du crédit immobilier aux Etats-Unis.

Dans le même temps, les deux sociétés soutenaient 97% des titres adossés à des prêts hypothécaires. Avec le soutien d’Alain Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed) qui affirmait en 2004 qu’« une baisse sévère du marché immobilier était peu probable aux Etats-Unis… ». cet enthousiasme et ces déclarations ont soutenu l’investissement dans les actions et obligations des deux banques qui connurent un âge d’or sans précédent.

Mais cette croissance était déjà entachée de nombreuses irrégularités et fraudes qui ont conduit dans les années 2004-2006 à la condamnation de chacune d’elles à des amendes. En réalité, d’un rôle qui devait permettre au plus grand nombre d’américains d’avoir accès à la propriété immobilière, les deux géants ont plutôt cherché à maximiser les revenus de leurs actionnaires et principalement de leurs dirigeants. A titre d’exemple, rapporte Le Monde, le salaire de chacun des patrons de ces deux banques était de 70 millions de dollars par an.

Elles étaient devenues tellement puissantes qu’elles influaient sur les décisions du Congrès en matière réglementaire. C’est dans ce contexte que les deux banques ont accumulé les dettes, et les « marchés » constatèrent la « catastrophe » : d’où la crise. En effet, en 12 mois, les deux sociétés avaient accumulé des pertes de 14 milliards de dollars et dans le même temps leurs actions avaient perdu plus de 90% de leur valeur. Elles devaient rembourser une dette de 1600 milliards de dollars dont 230 milliards venaient à échéance fin septembre.

Les grandes banques, par souci de protection, ont refusé de leur octroyer de nouveaux crédits ou tout simplement ont préconisé le relèvement des taux d’intérêt. Il y a eu d’autres opérations plus complexes dans le même secteur immobilier qui ont fini par saper l’ensemble du système financier américain.

(1) Les prêts hypothécaires aux Etats-Unis remontent aux New Deal. Ce dernier, lui-même, était un programme de relance de l’économie après la crise de 1929.

C’est dans ce contexte que le Trésor américain est intervenu, début septembre, pour leur injecter 200 milliards de dollars. Ce fut les premières nationalisations qui ont fait dire au sénateur républicain du Kentucky, Jim Bunning, dans son interpellation du Secrétaire au Trésor, ceci : « Quand j’ai ouvert mon journal hier, j’ai cru que je m’étais réveillé en France. Mais non, il s’avère que le socialisme règne en maître en Amérique ».

c) La troisième cause est la hausse du prix du pétrole qui a renchéri les coûts de production des entreprises industrielles, entraînant une baisse de compétitivité ; l’augmentation des prix ; une baisse de la consommation des biens durables des ménages ; une « chute libre » de l’investissement résiduel et l’accumulation de stocks invendus par les entreprises. Toutes choses qui ont réduit la croissance économique du pays. Inexorablement, on s’est acheminé vers une réduction des emplois. On sait que depuis 2001, environ 30% de l’augmentation des emplois aux Etats-Unis est liée à l’immobilier (cf. AFP du 23/08/08 : les USA : l’ampleur du ralentissement immobilier commence à devenir inquiétante et également USA : le ralentissement immobilier risque de déteindre sur toute l’économie ; AFP du 24/08/08).

d) Le renforcement des oligopoles et monopoles au détriment de la concurrence.

e) La forte concentration mondiale des fortunes entre les mains d’une minorité.

f) Le développement de la spéculation financière qui a pris une ampleur sans précédent dans l’histoire du système capitaliste mondial, favorisé par un système libéral sans gouvernail.

1.2. Les causes militaro-financières

Dans son discours d’adieu du 17 janvier 1961, le président (et ancien général) Dwight Eisenhower avertit les américains que le lobby militaro-industriel pourrait faire planer un jour une menace sur la liberté et la démocratie. Il disait en substance : « La présence simultanée d’un énorme secteur militaire et d’une vaste industrie de l’armement est un fait nouveau dans notre histoire. Cette combinaison de facteurs a des répercussions d’ordre politique, économique et même spirituel, perceptibles dans chacune de nos villes, dans les chambres législatives de chacun des Etats qui constituent notre pays, dans chaque bureau de l’administration fédérale.

Certes, cette évolution répond à un besoin impérieux. Mais nous nous devons de comprendre ce qu’elle implique, car ses conséquences sont graves. Notre travail, nos ressources, nos moyens d’existence sont en jeu, et jusqu’à la structure même de notre société.

Dans les organes politiques, nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel d’acquérir une influence injustifiée, qu’il l’ait ou non consciemment cherchée. Nous nous trouvons devant un risque réel, qui se maintiendra à l’avenir : qu’une concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en s’affermissant.

Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. Nous devons nous garder contre le risque de considérer que tout va bien parce que c’est dans la nature même des choses.

Seul un ensemble uni de citoyens vigilants et conscients réussira à obtenir que l’immense machine industrielle et militaire qu’est notre secteur de la défense nationale s’ajuste sans grincement à nos méthodes et à nos objectifs pacifiques, pour que la sécurité et la liberté puissent prospérer ensemble ».

- De façon concrète, cela s’est traduit au début de ce 21e siècle par un excès de financement des guerres contre le terrorisme (Irak, Afghanistan, etc.). Le déficit budgétaire des USA en 2003 était de 455 milliards de dollars. L’occupation de l’Irak coûte aux contribuables américains, 1 milliard de dollars par semaine. En extrapolant, nous avons 52 milliards de dollars par an, soit 260 milliards de dollars durant les cinq premières années de la guerre.

- A l’actif de ces lobbys militaro-financiers, il faut noter les boucliers antimissiles en Europe, et dont les experts en la matière s’accordent à reconnaître le coût très élevé de l’opération. Il en est résulté comme solde de tout compte, des conséquences désastreuses sur l’économie mondiale et le développement de dizaines de nations démunies de tout instrument de protection et de réplique.

2- Les mesures d’urgence et leurs efficacités

Il est aujourd’hui difficile de prévoir toute l’ampleur de cette crise financière sur l’ensemble du système économique international. Les mesures d’urgence actuelles semblent dans les premiers jours avoir redonné confiance aux marchés et aux agents économiques. Toutefois, on peut se poser la question : pour combien de temps ?

Quoi qu’il en soit, il est certain que ces mesures relatives aux rachats des titres des banques par l’Etat ou à la nationalisation de certaines institutions financières n’arrêteront pas les incertitudes ou les risques systémiques. Le problème fondamental étant qu’il s’agit d’une crise structurelle du système capitaliste et non comme les crises précédentes (dont nous en avons parlé) de crise conjoncturelle.

Dans la situation actuelle, seule une approche systémique ou multidimensionnelle permettra de comprendre les différents contours de ce problème. Pour ce faire, essayons de dégager les principales raisons des difficultés de la réussite de ces nationalisations précipitées :

2.1. Raisons des difficultés pour l’impact des mesures d’urgence

De nombreuses raisons expliquent l’inadaptation, voire l’inefficacité des mesures d’urgence actuelles. Parmi celles-ci, il y a :

a) L’injection de quantité de monnaie au système financier et la baisse probable des taux d’intérêts pour relancer la dynamique économique. De telles mesures peuvent accélérer les tensions inflationnistes déjà manifestes tout au long de l’année 2008 ;

b) les fluctuations assez fortes du prix du baril de pétrole et les incertitudes quant à l’évolution des cours peuvent faire échouer ce programme de renflouement des caisses. La conséquence sera l’augmentation des coûts de production ;

c) l’existence d’un fort taux de chômage dû aux chocs successifs précédents qui exclut de nombreux ménages de la consommation ;

d) l’inadaptation du système monétaire international actuel. C’est un système qui ne correspond plus aux réalités d’après guerre avec le leadership américain. Aujourd’hui, il y a de nouvelles puissances économiques : Japon, Chine, Inde, Russie, sans oublier l’Union européenne. Le dollar ne peut plus continuer à être la monnaie de réserve ou de paiement du monde ; e) le trop grand endettement des Etats-Unis vis-à-vis des pays comme la Chine, et de façon générale, du reste du monde ;

f) les incertitudes à court terme du candidat qui sera élu comme président des USA. Etant entendu que si c’est le républicain McCain qui arrive au pouvoir, il poursuivra la même politique militaro-financière de son prédécesseur. Dans tous les cas, la situation présente ne projette pas des thérapeutiques capables de lever les inquiétudes au niveau mondial. Depuis des années, le système néolibéral est à bout de souffle et les remèdes actuels ne sont que des palliatifs qui ne peuvent pas guérir le mal.

2.2. Evolution de la situation aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, 84 sociétés de crédits hypothécaires ont fait faillite ou cessé leur activité entre janvier et le 17 août 2007, contre seulement 17 sur toute l’année 2006. La Carlyse Capital Corporation (CCC), très proche de la famille Bush, s’est effondrée et ses dettes représentent 32 fois ses fonds propres. Tous ces faits sont rapportés par le Journal « Le Grand Soir », journal militant d’information alternative.

Selon l’économiste en chef de Morgan Stanley, ce serait une « grave » erreur d’anticiper un taux de croissance mondiale de 4,8% pour les trois prochaines années. Poursuivant son analyse, il estime que le principal moteur de la croissance mondiale, les Etats-Unis, est au ralenti. Il note que le marché de l’emploi est en baisse de 35% au cours des quatre derniers mois par rapport à la moyenne depuis 2004.

Dans l’immobilier, la chute dans la construction a déjà englouti 1% de la croissance du PIB au cours des trois dernières années. Ces faillites en cascade et ce chômage vont avoir des répercussions sur le reste de l’économie internationale, car, en fait, la croissance mondiale n’était qu’un mirage en ce sens qu’au cours des quatre dernières années, elle n’a jamais été soutenue.

C’était le résultat de l’excès de cycle de liquidité, dû à des mesures d’urgence anti-inflationnistes prises par les grandes banques centrales du monde. Finalement, la croissance qui s’en est suivie a été le fait d’une domination de la demande de consommation des américains.

2.3. Les répercussions dans les autres pays développés et émergents

Pour comprendre l’ampleur de la crise actuelle sur le reste du monde, il faut savoir que l’économie mondiale reste fortement et de plus en plus dépendante des dépenses de consommation comme source de la demande finale. Dans la zone euro, le taux de croissance au départ estimé à 2,5% pourrait ne pas dépasser 1,5% sinon être négatif de l’ordre de 0,5%.

Les analystes pensent que l’économie japonaise, quelle que soit sa force, ne pourra combler le gouffre laissé par les Américains. Il est à penser que le taux de croissance du pays qui, au départ était envisagé comme positif, pourrait lui aussi connaître une croissance négative en 2008 et 2009.

Malgré l’optimisme qui règne à l’heure actuelle en Europe, la crise financière pourra avoir des conséquences plus désastreuses qu’aux Etats Unis et de façon plus prolongée, car il s’agit d’effets rampants (contagion lente mais certaine). Le Dow Jones a enregistré depuis 75 ans sa plus grande perte soit 18% durant la semaine du 6 au 12 octobre 2008.

Qu’adviendrait-il de la Chine et du Japon ?

Au cours des dix dernières années, le taux de croissance économique asiatique a été plus élevé que celui des USA, mais la part des exportations de la région vers les USA est restée identique. En d’autres termes, les économies de la zone asiatique sont devenues plus dépendantes de la demande des consommateurs américains. Donc, elles ne pourront parer à la crise, au contraire elles en seraient profondément affectées.

L’ampleur de cette dépendance est indiquée par les données des exportations. En 2005, 32% des exportations de marchandises de la Chine sont allées aux Etats-Unis ainsi que 23% de celles du Japon et 20% de celles des 10 pays de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Selon Fabio lo Verso dans Le Courrier du 22 janvier 2008, www.lecourrier.ch.

« Pékin a uni son destin à Washington, en alignant le yuan au dollar. L’Etat communiste détient en outre dans ses réserves quelque 1200 milliards de dollars en forme de bons du Trésor américain. Il finance, de ce fait, la consommation américaine ». En un mot, les deux puissances forment une même zone économico-monétaire. Si l’un se noie, l’autre suivra.

De façon spécifique, il faut savoir que la Chine est engagée à hauteur de 395,9 milliards dans Fannie Mae et Feddie Mac, le Japon pour 228,2 milliards de dollars, la Russie, pour 75,3 milliards de dollars, la Corée du Sud, pour 63 milliards de dollars, Taïwan, pour 54,9 milliards de dollars, rapporte le Journal français « Le Monde Diplomatique » octobre 2008.

On comprend pourquoi la crise du « lundi noir 2008 » risque d’être plus grave que celle du « jeudi noir 1929 », compte tenu de ce qui est appelé depuis plus d’une décennie, la globalisation. Pour s’en convaincre, prenons quelques dépêches d’agence, notamment l’AFP. Selon cette Agence d’information, Général Motors envisage de vendre son siège de Détroit.

La Bank of America, qui est la première banque américaine, a vu la valeur de ses titres chuter de 26,23% ; le Nasdaq, à dominance technologique, a perdu 100,08 points dans la journée du 07/08/08. Cette crise n’a pas épargné les bourses du Moyen Orient, notamment l’Arabie Saoudite qui a clôturé avec une baisse de 7% et l’Egypte de 16,47% le même jour.

Les mesures de renflouement actuelles à coups de milliards de dollars ou d’euros seront-elles suffisantes pour ramener le système sur sa trajectoire de croissance de long terme ? La reprise actuelle des valeurs boursières ne suffit pas à être optimiste, car il s’agit d’un simple plan de secours pour éviter un naufrage collectif du système financier international. Il y aura des séquelles et c’est ce que nous allons examiner maintenant.

3- Les prolongements de la crise financière

Les incidences à moyen et long terme de cette crise financière seront à la fois d’ordre économique, social et politique. Nous examinerons les deux premiers seulement en laissant le soin aux politologues de tirer les conséquences politiques.

3.1. Incidences économiques

Au plan économique, les mesures actuelles ont eu pour conséquence d’éviter la propagation, le prolongement de la crise financière au marché boursier où sont cotés les titres des principales sociétés industrielles et technologiques. Ce qui donne un nouveau souffle pour différer les effets économiques. Mais, il faut se souvenir que le système économique lui-même est en crise depuis quelques années et la plupart des pays de l’OCDE revoient chaque année à la baisse les prévisions optimistes des taux de croissance du PIB. Cette année, ce taux se situerait aux environs de 1,2 à 1,4%.

Quoi qu’il soit, en théorie, et disons même en pratique, une crise financière est souvent suivie d’une crise économique. Cela est expliqué en partie par des motifs psychologiques et de précaution à la fois de la part des ménages pour la consommation et des entrepreneurs pour l’investissement.

Dans la situation présente, l’excès de liquidité sur le marché financier et la baisse probable des taux d’intérêts pour rendre le crédit plus facile en vue de relancer l’investissement et la consommation peuvent accélérer les tensions inflationnistes. Au plan fiscal, la plupart des pays ont des problèmes budgétaires et les mesures actuelles peuvent aggraver ces déficits.

Le contexte actuel favorise la propension aux monopoles, suite aux faillites de certaines sociétés et au rachat par celles qui ont pu résister à la tempête. Au plan du commerce international, il y aura probablement une baisse de la demande de matières premières. Une telle situation pourrait ruiner les plans de développement de nombreux pays africains déjà fortement dépendants de l’aide internationale.

Enfin, on pourra noter d’éventuelles baisses de taux horaire de salaire, ce qui serait en contradiction avec le souci de l’Etat d’amener les ménages à consommer plus à travers la baisse des taux d’intérêt.

3.2. Incidences sociales

La socialisation des pertes et la privatisation des profits par les lobbys militaro-industrialo-financiers montre à quel point les responsables politiques des pays développés se soucient très peu de l’avenir de leurs concitoyens. En effet, il résulterait des conséquences économiques précédentes, une baisse du niveau d’emploi, un fort taux de chômage (nombreux licenciements). Devant le souci de l’Etat de vouloir sauver de nombreuses sociétés financières et industrielles, il n’est pas exclu que des secteurs sociaux entiers soient abandonnés ou voient la part budgétaire qui leur était consacrée diminuer (santé, éducation, aide aux personnes démunies, etc.).

Déjà, la nationalisation de plusieurs banques avec des fonds publics constitue un coût pour la société et singulièrement pour les agents économiques les plus pauvres. A titre d’exemple, le renflouement de la banque franco-belge DIXIA coûte 100 euros par Français. L’injection de 360 milliards d’euros par la France sera un lourd fardeau pour les pauvres. C’est pourquoi certains ont pu dire qu’il s’agit pour le capital de « privatiser plus les profits et de socialiser les dettes ». Historiquement, on sait aussi que le capitalisme, c’est la guerre pour la conquête de plus d’espace pour son expansion.

Du fait de l’existence au pouvoir dans certains pays occidentaux de coalitions militaro-industrialo- financiers, il n’est pas exclu qu’il y ait des tendances guerrières comme en 1929, afin d’ouvrir de nouveaux marchés à leurs économies dans le but de refaire un nouveau partage du monde. Toutefois, ce scénario est réalisable, mais peu probable, car il peut conduire à la destruction du monde compte tenu des potentiels militaires en présence.

La plus grande probabilité, c’est des conflits localisés genre Irak, Afghanistan, etc. La relance de l’industrie de l’armement pourrait être une source de relance des économies en faillite. Pour qu’il en soit ainsi, il faut que ces militaro-industriels élargissent le champ des « nouveaux Etats voyous » ou l’« axe du mal » (Iran, Venezuela, etc.) pour justifier leurs interventions.

Enfin, cette crise sera rejetée sur les immigrés qui verront leurs conditions de vie devenir plus précaires avec un accroissement du nombre de charters remplis d’Africains, à destination de leur pays.

Conclusion

Dans le contexte actuel, il y a deux problèmes : les mesures d’urgence qui sont celles prises à l’heure actuelle pour redonner une confiance aux épargnants afin qu’ils ne se bousculent pas aux portes des banques pour retirer leur argent, ce qui va accélérer la crise financière avec des faillites en cascades ; et les mesures de long terme qui reposent sur une réforme fondamentale du système monétaire international qui prendra en compte les nouvelles monnaies fortes autres que le dollar, à savoir l’euro, le yen japonais et le yuan chinois.

Par ailleurs, toute une réflexion doit être faite en ce qui concerne la croissance fondée sur le libéralisme total avec comme support la monnaie (l’offre) telle qu’elle a été menée au cours des trente dernières années et le retour au keynésianisme basé sur un capitalisme ponctué par l’intervention de l’Etat, en d’autres termes, une « économie mixte ».

Nous ne pouvons terminer cet article sans nous interroger sur deux questions théoriques : que deviennent les théories des cycles et notamment le cycle long de 50 ans, le Kondratiev ? Logiquement, la crise aurait dû se produire en 1979 et éventuellement avec une probabilité en ± 10% soit en 1974 ou en 1984. Or, elle s’est produite 29 ans plus tard soit une erreur de 58%. La seconde question qui est pendante à la première est : quelle a été l’influence de la théorie quantitative de la monnaie dans ce retard de la crise ? Bien sûr nous n’avons pas de réponse, c’est une invite des économistes à la réflexion. En résumé, la crise financière actuelle, même si momentanément elle est jugulée, aura des conséquences certaines à moyen terme sur les tendances d’évolution de l’économie mondiale.

Au regard des interactions dont nous avons parlé plus haut, quoi qu’il en soit, à court terme, les incertitudes vont se poursuivre en attendant le nouveau locataire de la « Maison Blanche » aux Etats-Unis. Il faut savoir aussi que la crise ne se résoudra pas par de simples injections financières, mais par la découverte de nouvelles théories économiques, conduisant à de nouvelles politiques économiques. Nous analyserons les conséquences sur les économies africaines et notamment celles au sud du Sahara dans le prochain numéro.

Pr. Taladidia Thiombiano

Professeur d’Economie,

Université de Ouagadougou.

 

25 septembre 2008

Campagne présidentielle américaine :


Source: rfi.fr (Article publié le 25 septembre 2008)

John McCain et Barack Obama vont se joindre à George Bush pour essayer de trouver des solutions à la crise financière.(Photo : Reuters)

John McCain et Barack Obama vont se joindre à George Bush pour essayer de trouver des solutions à la crise financière.
(Photo : Reuters)

Le discours à la nation de George Bush est arrivé au terme d’une journée qui a laissé les observateurs politiques à bout de souffle. Quelques heures avant que le président prenne la parole, le candidat républicain John McCain a annoncé qu’il suspendait sa campagne électorale et retournait à Washington pour participer au sauvetage financier du pays. Il a également demandé le report du premier débat qui doit opposer les deux candidats à la présidence, vendredi soir, dans le Mississippi. Barack Obama ne semble pas disposé à le suivre sur ce terrain, mais il sera, lui aussi, ce jeudi à Washington, pour participer à une réunion de crise où, autour de George Bush, se retrouveront les principaux dirigeants du Congrès et les deux hommes qui aspirent à sa succession.

«  Notre économie tout entière est en danger »

Cette extraordinaire mobilisation survient quelques jours après que le président ait annoncé un plan de 700 milliards de dollars pour renflouer les institutions financières, mises à genoux par la crise du crédit. L’énormité de ce chiffre a provoqué une véritable fronde dans l’opinion publique, qui n’admet pas que les contribuables subventionnent les erreurs du monde de la finance. Mardi et mercredi, les deux auteurs de ce plan de sauvetage, le ministre des Finances, Henry Paulson, et le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, ont reçu de plein fouet la vague de ce mécontentement, lors d’auditions au Congrès. Les parlementaires, qui pour la plupart affronteront les lecteurs dans 40 jours, se sont fait l’écho des messages entendus dans leurs circonscriptions et ont laissé entendre qu’ils ne voteraient pas le texte sans apporter de sérieuses modifications, notamment pour resserrer le contrôle de l’Etat sur les établissements qui demanderont sa protection.

George Bush est apparu dans le cadre solennel d’un discours diffusé à une heure de grande écoute par toutes les chaines de télévision et a défendu son plan avec des accents dramatiques. « Notre économie tout entière est en danger », a-t-il dit, « nous pourrions faire face à une longue et douloureuse récession, des millions d’Américains pourraient perdre leur emploi… ».  Il a longuement rappelé l’historique de cette situation, née de la crise du marché immobilier. Il a expliqué que seul le gouvernement avait les moyens de racheter les hypothèques en défaut de payement en attendant que le marché se redresse.

Le fait même que le George Bush soit obligé de venir une seconde fois, en moins d’une semaine, expliquer le bien fondé de sa décision est significatif de la situation d’un président qui a déjà un pied en dehors de la porte. La rébellion du Congrès a été alimentée par l’opposition des deux candidats à la présidence, dont celui du propre parti du président, John McCain. Bien que le vice-président soit allé personnellement essayer de les convaincre, les parlementaires républicains ont semblé plus empressés de se ranger derrière un éventuel futur président que derrière celui qui s’en va. C’est d’ailleurs John McCain qui a, le premier, proposé que le président le reçoive avec Barack Obama. Le candidat républicain a manifestement saisi l’occasion d’illustrer l’un de ses arguments de campagne : il est celui qui sait transcender les divergences partisanes, pour se mettre au service de l’intérêt national.

Barack Obama avait dû avoir la même pensée, puisqu’il a appelé mercredi matin de bonne heure son rival républicain, pour évoquer le rôle qu’ils peuvent avoir dans une situation dont l’un des deux héritera dans un futur proche. Dans l’immédiat, le fait qu’ils soient l’un et l’autre sénateur, les oblige à s’engager sur un texte qui peut peser lourd dans leur campagne. En votant ils avaliseront obligatoirement des éléments impopulaires, mais en ne votant pas, ils subiraient les conséquences d’un éventuel effondrement financier.

La crise économique favorise Barack Obama

Pendant les deux dernières semaines, la crise financière et les événements extraordinaires qui l’ont accompagnée, ont relégué au second plan la campagne présidentielle. A partir de ce constat, John McCain essaye de retourner à son profit une situation qui n’est pas à son avantage. Les sondages montrent que, pour plus de la moitié des électeurs, l’économie est devenue la priorité absolue et que dans ce domaine ils font davantage confiance à Barack Obama. Cet état de chose explique en grande partie la remontée du candidat démocrate, qui a pris un avantage de 5 à 9 points dans la moyenne nationale, et qui passe en tête dans les intentions de vote d’Etats clés comme le Michigan, le Colorado ou la Pennsylvanie.

Le pari de John McCain dépendra de la tournure des événements au cours de prochaines heures. Pendant que George Bush s’adressait à la nation, le Congrès était en train de mettre au point une version amendée du plan de sauvetage et espérait le soumettre au vote dans les 48 heures. Si tel est le cas et si le texte est acceptable pour le gouvernement, le candidat républicain aura l’air d’avoir volé au secours de la victoire. Si, au contraire, la situation n’est pas résolue d’ici la fin de la semaine, il pourrait se présenter comme l’homme capable d’arracher un compromis.

Reste l’affaire du débat présidentiel, qui pour l’instant est dans les limbes. Ce premier affrontement entre les deux candidats a pour thème la politique étrangère, ce qui sur le papier coïncidait avec l’actualité, en pleine session de l’Assemblée générale des Nations unies. Mais dans la réalité le sujet apparait, en effet, décalé. Ni la commission des débats présidentiels, ni Barack Obama n’ont souscrit à la proposition de John McCain de le reporter au 2 octobre. Si celui-ci s’obstinait, Barack Obama se retrouverait en situation de débattre avec lui-même. Ce serait un nouvel élément extraordinaire dans une campagne qui en a déjà connu beaucoup !

Anne Toulouse