23 avril 2008

Etats-Unis: Le vent a-t-il vraiment tourné ?

Hillary Clinton se relance dans la primaire démocrate. Elle devance, en Pennsylvanie, de dix points son rival Barack Obama. Toutefois, cette victoire n'est pas suffisante pour départager les deux candidats démocrates à l'investiture. Même les neuf scrutins restants ne pourront rien y faire.
Hillary Clinton remercie ses militants à Philadelphie en présence de son mari, l'ex-président américain Bill Clinton.(Photo : Reuters)

Hillary Clinton remercie ses militants à Philadelphie en présence de son mari, l'ex-président américain Bill Clinton.
(Photo : Reuters)

Hillary Clinton a remporté une victoire dont elle avait grand besoin, et elle l’a fait de façon convaincante, avec 10 points d’avance. Peut-on dire pour autant que le vent a tourné comme elle l’a affirmé mardi soir ? Cela n’est pas certain dans la mesure où Barack Obama conserve l’avantage dans trois domaines clés : c’est lui qui a remporté le plus d’états, le plus de délégués et le plus de votes populaires.

Mais Hillary Clinton a marqué des points en confortant son ancrage dans deux groupes importants : les femmes, qui sont des électrices fidèles du Parti démocrate et la petite classe moyenne. Cette dernière est particulièrement critique car elle peut déserter le Parti démocrate en faveur d’un candidat républicain qui saurait l’écouter, ce qui a été le cas du temps de Ronald Reagan. Jusqu'à présent Barack Obama n’a pas eu de bons résultats avec ce segment de la population. Si Hillary Clinton arrive à démontrer qu’il est vulnérable dans ce domaine au moment de l’élection générale, elle pourrait en tirer des bénéfices.

Les prochains tests

Reste à savoir si la Pennsylvanie constitue un cas particulier ou une tendance. Elle a une composition démographique favorable à Hillary Clinton, avec une population plus âgée que la moyenne nationale, une classe ouvrière importante et une communauté noire infiniment moins large que dans les états du Sud. L’ancrage des deux candidats dans les différents groupes sociaux sera mis a l’épreuve dans deux semaines, avec deux compétitions jumelles : la Caroline du Nord, qui en dépit de son nom se situe dans le Sud, et l’Indiana, un état du Middle-west.

La Caroline du Nord étant pratiquement acquise à Barack Obama, le véritable test se situera en Indiana, ou la compétition est ouverte. La Pennsylvanie offre un répit à Hillary Clinton et lui donne l’assurance d’aller jusqu’au bout de la course, qui se situera au début du mois de juin. A ce moment la, le parti démocrate a donné au super-délégués la consigne de faire leur choix et de se ranger derrière l’un des candidats. Il n’est pas sûr que cette consigne soit suivie d’effet, car les super-délégués, qui sont des élus et des notables du parti, n’ont pas manifesté un grand empressement à se jeter dans la bataille. Leur souci principal semble être d’attendre qu’un vainqueur se détache pour se rallier à lui. Ils devront portant trancher cette sélection, puisque mathématiquement aucun des deux candidats ne peux recueillir un nombre suffisant de délégués élus, lors des 9 scrutins restants, pour s’assurer l’investiture.

Un affrontement dommageable

Cela promet encore un mois et demi d’affrontements, qui risquent d’être dommageables pour les candidats. Lors des six semaines de campagne qui ont précédé l’élection en Pennsylvanie, ils se sont battus comme des chiffonniers ! Hillary Clinton a renforcé sa réputation d’agressivité, mais aussi de ténacité. Elle a essayé d’en tirer le meilleur parti, mardi soir, en expliquant qu’elle ne baissait jamais les bras, et que les Américains ne voulaient pas de dirigeants qui baissent les bras. Les sondages la rendent largement responsable du ton négatif de la campagne, mais elle a néanmoins réussi à casser l’image de politicien au dessus de la mêlée, que s’était donné Barack Obama. Pour l’instant cet affrontement a été favorable à John McCain. Contre toute attente les sondages le donnent à égalité avec les deux candidats démocrates dans une élection qui était considérée comme impossible à perdre pour le parti démocrate. Mais lui-même ne se fait pas d’illusion sur la durée de ce phénomène.

Dès qu’un candidat démocrate sera désigné, les électeurs resserreront les rangs derrière lui. Il y a tout de même le risque pour les candidats démocrates, si la fin de la compétition est conflictuelle, que certains groupes ne suivent pas totalement. Cela pourrait être le cas de la petite classe moyenne, si Barack Obama est candidat et de la communauté noire, s’il ne l’est pas. En tout cas un sondage devrait les faire réfléchir : 17% des électeurs de Barack Obama affirment qu’ils ne voteraient pas pour Hillary Clinton et 25% des électeurs d’Hillary Clinton ne voteraient pas pour Barack Obama. Ce chiffe se réduira considérablement après la désignation du candidat, mais cela laissera un résidu, qui peut être significatif, au moment de l’élection générales.

Article publié le 23/04/2008

par Anne Toulouse (source: rfi.fr)