12 décembre 2009
LYBIE
Kaddafi fils contre Kaddafi père
Jeune Afrique 12 décembre 2009
La fondation Kaddafi de Seïf el-Islam - fils du « guide » libyen, et son probable successeur - a présenté jeudi 10 décembre un rapport accablant sur les droits de l’Homme dans la Jamahiriya. Le document fait notamment état de tortures, d’entraves à la liberté de la presse et de non-respect de la société civile.
Les Kaddafi, père et fils© JA
Seïf-el-Islam fait la leçon à son père. Dans un rapport présenté le 10 décembre, la fondation du fils de Mouammar Kaddafi révèle avoir enregistré en 2009 « plusieurs violations flagrantes et préméditées des lois » ainsi que des « cas de tortures et de mauvais traitements » ou des détentions injustifiées ».
Précédents épisodes
Le jugement de Seïf el-Islam semble sans appel. Ce n'est pas la première fois qu'il s'en prend directement à la manière dont le pays est dirigé. Une démarche qui s’est avérée par le passé pour le moins risquée : à force d'avoir défendu la liberté d'expression d'une émission de al-Libiya, Seif s'était vu retirer la direction de la chaîne par son père, le 25 avril.
A l'époque, le camouflet était tel qu'on a bien cru que Kaddafi allait se tourner vers son autre fils, Mootassem Billah Kaddafi, pour préparer sa succession. Mais depuis, la querelle s'est calmée et l'on reparle de Seif el-Islam comme « numéro deux » du régime.
Stratégie kaddafienne
Alors que Mouammar Kaddafi a lui-même évoqué la nomination de Seif à un « poste officiel permanent », au début d'octobre, que signifie donc la publication de ce rapport qu'on peut qualifier de virulent contre la Jamahiriya libyenne, par celui-là même qui devrait en prendre les rênes ?
L'explication pourrait venir directement de la stratégie toute « kaddafienne » de charger Seif de normaliser les relations de la Libye avec les pays occidentaux et, pour ce faire, de lui laisser une relative liberté de ton. Et du même coup, de tuer dans l'oeuf un autre rapport, celui de Human Rights Watch cette fois-ci, qui doit sortir dans quelques jours.
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22 août 2009
Libye : La libération d'Abdel Baset al-Megrahi liée à des contrats ?
Par RFI (avec AFP) 22 août 2009
Seïf al-Islam, l'un des fils du colonel Kadhafi, a affirmé ce vendredi soir sur sa chaîne de télévision Al-Moutaouasset (La Méditerranée) que la libération d'Abdel Baset Ali al-Megrahi avait «toujours été sur la table des négociations dans tous les contrats commerciaux de pétrole et de gaz avec la grande-Bretagne». Le gouvernement britannique a aussitôt démenti en affirmant que la décision de libérer l'ancien agent libyen était du ressort de la justice écossaise.
Seïf al-Islam, l’un des fils du colonel Kadhafi (d), en conversation avec Abdel Baset Ali al-Megrahi, à son arrivée à Tripoli, le 21 août 2009.
(Photo : AFP)
Londres se serait-il engagé à libérer l'agent libyen Abdel Baset Ali al-Megrahi, condamné à vie par la justice écossaise, pour sa participation à l'attentat de Lockerbie en échange de la signature de contrats de pétrole et de gaz ? C'est la question que tout le monde se pose après les déclarations vendredi soir de l'un des fils du colonel Kadhafi.
Du fait de sa proximité de l'Europe et des conflits du Moyen-Orient et d'Asie, la Lybie est devenue l'une des régions les plus convoitées du globe par les investisseurs étrangers.
La British Petroleum (BP) a signé en 2007 un nouveau contrat d'un montant de 900 millions de dollars pour la prospection de gaz et de pétrole sur le continent et en off shore.
En 2008, les importations de pétrole de la Libye vers la Grande-Bretagne connaissaient une hausse de 66% . Dans le premier semestre de la même année, les exportations de biens de consommation britanniques avaient augmenté de 50%.
D'autres sociétés britanniques, dans le secteur des banques et de la chimie, sont sur le pied de guerre depuis longtemps mais les contrats avec la Libye restent hautement politisés.
La libération de Baset Ali al-Megrahi pourrait «arranger» les investisseurs potentiels.
La presse britannique ne cache pas son écœurement…
Avec notre correspondante à Londres, Murielle Delcroix.
Les scènes de liesse à Tripoli, les petites phrases et autres pavés dans la mare lancés par la Libye après la libération d’Abdel Basset Al-Megrahi, ulcèrent les journaux britanniques.
Le quotidien The Guardian estime que «ni l’Ecosse, ni la Grande-Bretagne ni la Libye et encore moins Washington ne sont sortis grandis de cette affaire. Malheureusement, déplore dans son éditorial le journal, ce qui unit tous ces gents est un manque d’enthousiasme flagrant à chercher la vérité sur cet attentat, ou à la révéler, s’ils la connaissent.» Et le quotidien conclut, « il faut dire que traquer le crime aux portes des régimes syrien, iranien ou libyen –tous de possibles coupables- aurait des répercussions qui menaceraient tellement d’intérêts dans tant de pays, que pour eux, ça n’en vaut pas la peine.» Un sentiment que l’on retrouve dans le quotidien The Independent pour qui « Il faudrait être naïf pour ne pas percevoir l'odeur du marchandage d'arrière-boutique » dans cette décision.
ous les dirigeants en prennent donc pour leur grade à commencer par Gordon Brown dont le Daily Telegraph remarque «l’étrange silence» sur toute l’affaire, un silence qui alimente selon lui les rumeurs d’une libération appuyée en sous-main afin de promouvoir les intérêts des compagnies pétrolières britanniques en Libye. D’où l’amertume du tabloïd Daily Mail qui parle de «semaine de la honte» pour les responsables, des deux côtés de la frontière.
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06 juillet 2009
13e sommet de l’UA : Commission ou Autorité… c’est kif kif bourricot !
Source : lobservateur.bf (Article publié le 6 juillet 2009)
Née d’une idée qui germa en Libye le 09.9.99, et mise en place en grande pompe en juillet 2001 à Lusaka en Zambie en 2001 l’Union Africaine (UA) qui devait "mieux faire" que sa mère l’OUA semble, au fil des sommets, se confiner dans une sorte de "supermachin".
Dotée de sa commission de 10 membres, de son Parlement, de son conseil économique et social, de sa Cour de justice et ayant de grands défis propres à l’Afrique du XXIe siècle à relever, l’UA est devenue en quelques années non "the place to be", mais une arène où s’étripent désormais les adeptes de l’union immédiate avec un gouvernement supranational et les partisans d’une intégration par cercles concentriques.
Ainsi voit-on régulièrement d’un côté le guide de la Libye, Mouammar Kadafi, Abdoulaye Wade et Boni Yayi, pour ne citer que ceux-là, croiser le fer avec leurs collègues du Nigeria, de l’Afrique du Sud, qui renâclent à déléguer leur souveraineté. Les premières véritables salves tirées entre ces dirigeants sont intervenues au 8e sommet de l’UA, tenu les 29 et 30 janvier 2007 : lors de ce jamboree politique du continent, des chefs d’Etat se sont toisés au sujet de la commission et surtout de son ...président d’alors, Alpha Omar Konaré. Il est vrai que les réformes rapides que voulait faire mettre en œuvre l’ancien président malien et surtout son côté "donneur de leçons" avaient fini par exécrer ses rapports avec les dirigeants africains à telle enseigne que l’un d’eux avait lâché en petit comité ce commentaire acide : "Konaré est un ex-chef d’Etat, moi, je suis chef d’Etat".
Otage d’éternels compromis entre les présidents et chefs de gouvernement, l’UA est, de nos jours, impuissante et a du mal à tourner le dos à l’OUA. Mais il y a pire, et ce, depuis le 2 février 2009, date à laquelle les présidents africains ont décidé inconsidérément de remettre pour un an la présidence de l’UA au premier responsable de la Jamahiria libyenne.
En effet ils ont rendu soit, un grand service à l’ego de Kadhafi qui, depuis des décennies, était en quête d’un tel sacre, mais ils ont fait un grand tort au continent. Bien sûr, dépité par ses échecs panarabes et panmaghrebin, l’homme du 1er septembre 69 a dépensé beaucoup d’argent et fait beaucoup de gestes pour se couler dans la peau d’un panafricaniste qui veut rallumer le flambeau de certains pères de l’indépendance. Hélas il n’en a ni l’étoffe ni la volonté. Il a simplement trouvé une tribune, et quelle tribune pour jouer sa pièce dans la cour des grands. Surtout qu’au sein de la CEN-SAD certains de ses pairs ont commencé à regimber... Tel son homologue burkinabè, Blaise Compaoré, avec qui les atomes ne semblent plus crochus. Quant aux maux de l’Afrique, les populations peuvent toujours attendre.
Engoncé dans ses certitudes ubuesques, le bédouin libyen s’est donné encore en spectacle à ce 13e sommet de l’UA, achevé ce 3 juillet 2009 tard dans la nuit frisquette de Syrte : logorrhées logomachiques, altercations sur des points ou virgules, brefs et longs apartés, pieds de grue dans les couloirs et à la clef un "arrangement à l’amiable" ou du moins un canard boiteux qui s’appelle "Autorité commune". Bref les sommets de ce qui devait suppléer à l’OUA se suivent et se ressemblent, tout change pour que rien ne change.
Qu’espèrent la vingtaine de chefs d’Etat présents en Libye dont certains ont "décalé" avant le communiqué bancal, en remplaçant la Commission par l’Autorité ? Décourager les adeptes des raccourcis militaires ou exclure les pays dans lesquels les coups d’Etats sont perpétrés ? Surtout pas et le récent exemple de la Mauritanie est assez illustratif. Comment éteindre les brûlots en Afrique ? Voilà autant d’objectifs majeurs et concrets que l’UA devrait viser.
En fait, on est en droit de se demander s’il faut perdre autant de temps pour changer le nom d’une structure qui se veut supranationale. Qu’elle s’appelle Commission ou Autorité commune, seule compte son habileté manœuvrière, car, comme disait Mao Tsé Toung, "qu’importe la couleur d’un chat pourvu qu’il attrape des souris". Commission ou Autorité n’est-ce pas du pareil au même ?
C’est donc moins les changements de dénomination de l’UA que ses actions sur le terrain qui dépêtreront l’Afrique de ses traditionnels bourbiers. Et, comme jusqu’en février 2010 on aura du Kadhafi, rien que du Kadhafi, il est impératif que les chefs d’Etat veillent au grain, tout comme Jean Ping le président de l’encore Commission, qui devra toujours être sur "la position du départ soudain" (1).
Ce sommet convainc les plus dubitatifs que l’Afrique souffre de ses querelles de leadership et du manque de vision claire. L’intégration continentale d’inspiration européenne sera toujours une arlésienne si l’Afrique ne met pas au-devant de ses institutions des hommes capables (l’action étant ici la meilleure plaidoirie) et consensuels ; surtout des textes pérennes modifiables si la nécessité s’impose et non pour faire plaisir à une personne, surtout pas à un personnage qui pense que l’Afrique, c’est lui.
La Rédaction
Note( 1) : position des Indiennes des USA qui, constamment accroupies, sont promptes à accomplir une tâche confiée par leur mari ou à rattraper un enfant qui s’éloigne.
lobservateur
09:42 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sommet de syrte, ua, lybie
02 juillet 2009
Sommet de Syrte : La Mauritanie dans les grâces de l’Union africaine
Source : lobservateur.bf (Article publié le 2 juillet 2009)
Les travaux du 13e sommet de l’Union africaine ont débuté hier 1er juillet 2009 à Syrte (Libye). Le développement de l’agriculture et l’examen de la situation des pays en crise sont au menu de ce rendez-vous du syndicat des présidents du continent. Fausse note au début de ce jamboree, l’annulation, à la dernière minute, de l’arrivée des présidents iranien et italien, invités par le Guide libyen. Des désistements, notamment celui de Mahmoud Ahmadinejad, qui ont soulagé plus d’une délégation nationale à Syrte, lesquelles ne cachaient plus leur agacement face à cette énième gaffe de Kadhafi.
Les grands absents de ce sommet, le défunt président du Gabon, Omar Bongo Ondimba, mais aussi Blaise Compaoré, l’enfant terrible de Ziniaré, qui n’est plus en odeur de sainteté avec le Guide. Les nouveaux venus sont notamment John Atta-Mills du Ghana, Rose Francine Rogombé du Gabon, Ba M’Baré de la Mauritanie.
Justement, le nouveau président de la Mauritanie ne pouvait qu’être présent à cette rencontre, lui dont le pays vient d’être officiellement réintégré au sein de l’Union africaine. Ce point, on se rappelle, avait divisé les membres du Conseil de paix et de sécurité de l’Union.
D’un côté, des pays comme le Nigeria, l’Ouganda et l’Ethiopie ont estimé que la Mauritanie n’était pas encore revenue à un ordre constitutionnel normal et que par conséquent il fallait attendre les élections du 18 juillet prochain avant de lui ouvrir les bras. De l’autre, les partisans de l’intégration se recrutaient dans des pays comme l’Algérie, le Burkina Faso, le Bénin et l’Angola.
Mais l’un dans l’autre, il faut souhaiter que cette réintégration de Nouakchott dans le concert africain soit une sage décision qui ait été prise à Syrte. C’est en tout cas un signal fort et un encouragement fait à la classe politique mauritanienne à persévérer dans la voie démocratique.
La médiation sénégalaise, on s’en souvient, était parvenue à arracher un accord qui a abouti à la formation d’un gouvernement d’union nationale et au départ du pouvoir du chef de la junte en Mauritanie. Avec ce colmatage démocratique, le président du Sénat, Ba M’Baré, assure l’intérim de la présidence de la république jusqu’aux élections du 18 juillet.
Mais ce blanc seing donné à la Mauritanie intervient à un moment où certains pays du continent pataugent dans un environnement aux antipodes de la démocratie. La Guinée Conakry, la Guinée-Bissau, Madagascar et le Niger. Si l’Union africaine a été clémente avec la Mauritanie, ces Etats doivent bien se demander pourquoi pas avec eux.
Et c’est en cela que la décision du Conseil de paix et de sécurité, favorable à Nouakchott, pourrait être comme une sorte de boîte de Pandore, une brèche dans laquelle vont se glisser les responsables des autres Etats. Pauvre Afrique !
San Evariste Barro
lobservateur
12:49 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sommet de syrte, lybie, kadhafi
30 juin 2009
Sommet de l’UA : Le cirque de Syrte
Source : lobservateur.bf (Article publié le 30 juin 2009)
C’est en Libye que se tient le prochain sommet de l’Union africaine (UA). Chez Mouammar Kadhafi, qui n’espérait certainement pas mieux. Car c’est Madagascar qui devrait abriter cette grand-messe des chefs d’Etat du continent noir. Mais, pour des raisons évidentes de crise politique, le guide libyen s’était proposé d’accueillir cette rencontre ; il en a vraiment les moyens.
Ce richissime bédouin va donc recevoir sous sa tente certains de ses affidés pour tenter, encore une fois de plus, de leur faire avaler sa pilule des Etats-Unis d’Afrique. Déjà, au Conseil des Ministres en prélude au sommet, Kadhafi qui s’est fait attendre, a, comme à son habitude, fait dans l’improvisation pour ne pas dire dans la digression, obsédé qu’il est par sa volonté d’imposer coûte que coûte, vaille que vaille, sa vision de l’unité africaine.
L’homme est réputé pour ses frasques et ses comportements ubuesques, et il n’hésite pas, partout où il passe, à se faire remarquer. Et maintenant qu’il est chez lui, Kadhafi ne manquera certainement pas de faire subir à ses convives des numéros de cirque plutôt agaçants. Pourtant, les sujets sérieux à débattre et de grande importance ne manqueront pas sous ce chapiteau de Syrte.
Il y a, par exemple, la sempiternelle question de la bonne gouvernance, toujours au stade des beaux discours que l’on nous sert au détour de moult fora, l’alternance démocratique (une véritable vue de l’esprit dans bien de contrées, il faut le dire), des constitutions qu’on tripatouille par-ci, des coups d’Etat perpétrés par-là. Et le président de la Commission de l’UA, Jan Ping, de marteler qu’en l’espace de 40 ans, 31 chefs d’Etat ont été assassinés.
En faisant cette remarque, Jan Ping entend probablement marquer son souci de voir les choses changer pour une accession au pouvoir, autrement que par coup de force. Kadhafi peut donc encore renvoyer aux calendes grecques son fameux projet d’Etats-Unis d’Afrique (un rêve que le guide libyen ne veut absolument, pas abandonner), surtout que ses homologues, in petto, n’en ont cure ; en tout cas pas d’Etats-Unis à la Kadhafi. Ainsi donc « chassez le naturel, il revient au galop », nous enseigne le proverbe.
C’est dire que le colonel Kadhafi a tout le loisir de bousculer les règles de bienséance et les usages protocolaires pour s’adonner à son jeu favori, prendre intempestivement la parole ou adresser des pics à ses contradicteurs, quitte à être boudé, comme c’est déjà arrivé : on se souvient qu’à la conférence de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD) tenue à Cotonou au Bénin en 2008, alors que c’est le président du Faso, Blaise Compaoré, qui exerçait la présidence de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le guide « éclairé » de la Libye avait, dans son discours, traité de tous les noms d’oiseaux cette institution sous-régionale et réclamé même sa suppression pure et simple ; ce qui avait donc déplu au chef de l’Etat burkinabè, qui avait boudé à l’époque le dîner auquel le plus fortuné des bédouins avait convié ses hôtes.
A l’ouverture du Conseil des Ministres des Affaires étrangères préparatoire au sommet de Syrte le week-end dernier, l’hôte libyen s’est encore fendu de propos pour le moins inattendus : il a réclamé urbi et orbi la suppression des organes des grands ensembles sous-régionaux. Décidément, cet homme ne finit pas de surprendre… désagréablement. Alors qu’il y a plus sérieux que son cirque !
Agnan Kayorgo
lobservateur
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11 juin 2009
Italie / Libye Kadhafi vient solder les comptes
Le numéro un libyen est arrivé mercredi 10 juin 2009 à Rome pour une visite que le gouvernement italien qualifie « d’historique ». Rome et Tripoli devraient ainsi définitivement solder les comptes de la décolonisation. L’Italie verse des dédommagements, en contrepartie la Libye s’engage à mieux contrôler l’immigration clandestine au départ de ses côtes.
Le leader libyen Mouammar Kadhafi (c) a été accueilli par le président du Conseil italien Silvio Berlusconi, mercredi 10 juin 2009.
(Photo : Alessandro Bianchi/Reuters)
C’est avec faste que l’Italie entend marquer cette première visite de Mouammar Kadhafi à Rome. C’est en grand uniforme que le numéro un libyen est apparu à Rome, où il a été accueilli par Silvio Berlusconi, le président du Conseil.
Comme à chaque fois, Mouammar Kadhafi entend imposer son propre protocole. Il arrive en Italie escorté d’une suite de plus de deux cents personnes. Et comme il l’avait notamment fait à Paris et Moscou, Kadhafi a imposé et obtenu que sa tente bédouine soit plantée en ville. C’est donc là, au cœur du plus vaste parc romain, celui de la Villa Doria Pamphili qu’il recevra ses invités. Lui-même dormira dans le palais éponyme qui date du XVIIe siècle.
Une réconciliation chèrement négociée
Vue de Rome, cette visite apparaît comme historique. Avec elle, se soldent quarante ans de relations tumultueuses entre l’ancien colonisateur et son ex-colonisé. Depuis que Tripoli a renoncé en 2003 à fabriquer des armes de destruction massive, les temps sont au réchauffement. Rome a d’ailleurs présenté des excuses formelles pour l’époque de la colonisation.
La réconciliation avait déjà été scellée en août 2008. Un accord avait été conclu entre les deux pays. Il prévoit le versement par l’Italie de cinq milliards de dollars de dédommagements sous forme d’investissement sur les vingt-cinq prochaines années. Une somme qui servira entre autre à la construction d’une autoroute traversant la Libye d’ouest en est, de la Tunisie à l’Egypte.
Un geste libyen sur l’immigration
En contrepartie Tripoli s’engage à limiter l’immigration clandestine depuis ses côtes. Pour le pouvoir libyen, le départ des clandestins était devenu un moyen de pression sur l’Italie. Il aura fallu d’âpres négociations pour que la Libye accepte des patrouilles mixtes dans ses eaux territoriales et qu’elle reprenne sur son sol les clandestins interceptés en Méditerranée.
L’Italie s’était par ailleurs engagée à livrer six vedettes et former quarante et un militaires libyens pour en prendre le commandement. Pour la seule année 2008, l’Italie avait enregistré l’arrivée de près de quarante mille migrants (75% de plus qu’en 2007).
Mais au-delà du symbole de la réconciliation, cette venue de Mouammar Kadhafi devrait être l’occasion de resserrer des liens économiques déjà étroits. L’Italie est le premier fournisseur et le premier client de la Libye qui grâce à ses pétrodollars est présente dans plusieurs grands groupes italiens (le pétrolier Eni, la banque UniCredit…).
Une visite contestée
Cette venue en grande pompe du guide libyen ne fait pas l’unanimité. Le leader doit prononcer un discours devant le Sénat et un nombre croissant d’élus qui voient en lui « un dictateur » ont annoncé qu'ils le boycotteraient.
Des manifestations sont prévues notamment de la part des défenseurs des droits de l’homme. La Libye n’est pas signataire de la Convention de Genève sur les réfugiés et l’organisation Human Rights Watch dénonce « un sale marché » qui permet à l’Italie « de se débarrasser de ses migrants en Libye et d’échapper à ses obligations ».
Au cours de cette visite à Rome, le numéro un libyen a souhaité rencontrer plusieurs centaines de femmes. Il l’avait fait lors d’une visite en France où, devant un parterre de mille personnes, il avait dit vouloir « sauver les femmes européennes ».
Mais c’est la rencontre avec des membres de la communauté juive, dont certains ont fui la Libye il y a quarante ans, qui provoque des remous. Ils ont été invités sous la tente bédouine samedi, jour de Shabbat et donc de repos durant lequel les juifs qui respectent cette tradition n’ont pas le droit de travailler.
Par Patrick Adam
14:48 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : italie, lybie, kadhafi