08 décembre 2009
Gouvernement d’union malgache
Blocage à Maputo
L'observateur paalga 08 décembre 2009
Madagascar continue de faire parler d’elle avec la crise politique qui secoue le pays depuis l’éviction du pouvoir du président Marc Ravalomanana par le maire de la capitale, Andry Rajoelina. Et depuis, les partisans du chef de l’Etat déchu ne cessent de manifester, presque quotidiennement, plongeant la Grande Ile dans une totale impasse.
Face à une telle situation, le nouvel homme fort de Tana a accepté l’ouverture de négociations, sous médiation internationale, qui se sont tenues d’abord à Maputo, ensuite à Addis-Abeba.
Les discussions, qui ont réuni Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Albert Zafy, les chefs des quatre formations politiques les plus représentatives, avaient pour but de trouver un modus vivendi pour le retour de la paix.
Après plusieurs semaines d’interruption, les protagonistes de cette crise, hormis le trentenaire, Andry, se sont retrouvés hier à Maputo au Mozambique, avec un objectif : signer une charte qui permettra de mettre un terme aux violences qui secouent l’île depuis plusieurs mois, et gérer la transition vers de nouvelles élections. Au menu des échanges : le principe d’une transition pacifique, l’amnistie et la question d’un gouvernement de consensus, où toutes les sensibilités politiques malgaches seront représentées. Un consensus avait été trouvé à l’issue des précédentes rencontres.
Mais une chose est de prendre des décisions, une autre de les appliquer. Et comme nous l’écrivions dans une de nos éditions, le partage du gâteau malgache sera difficile, et nous n’avons pas été démenti.
On ne savait pas si bien dire, car, depuis quelques jours, le camp présidentiel se pose en obstacle à la formation du gouvernement d’union nationale. En effet, Andry Rajoelina ne prend pas part au énième round des pourparlers, qui se tiennent dans la capitale mozambicaine et au cours desquels la question de la formation du gouvernement de transition, inclusif et consensuel, dirigé par le Premier ministre Mangalaza, fondé sur une répartition équitable des postes ministériels et la mise en place des autres institutions de la transition était censée être réglée. Motif avancé par le jeune président : la solution à la crise ne peut être trouvée à l’extérieur de Madagascar. Un prétexte qui pourrait remettre en cause tous les acquis et plonger le pays dans un long marasme politique, alors qu’on pensait voir le bout du tunnel.
Finalement, Albert Zafy, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanan se retrouvent sans Andry Rajoelina, avec la liste de leurs candidats, qu’ils devraient proposer aux postes ministériels. En l’absence du président de la transition, les violons ne peuvent pas être accordés pour une issue heureuse à la crise.
En refusant de prendre le micro du dialogue, le DJ de Tana, qui est sans doute otage de son propre camp, compromet toutes les chances de retour à la normale et se positionne comme l’obstacle majeur à la paix. Ainsi, la crise politique pourrait s’aggraver à Madagascar et faire durer son isolement international.
Adama Ouédraogo Damiss
11:20 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : madagascar, andry rajoelina, marc ravalomanana, joachim chissano
09 novembre 2009
MADAGASCAR Le ménage à quatre va-t-il tenir ?
L’escale d’Addis Abeba pourrait donc être la dernière étape menant à la stabilité politique à Madagascar en attendant les élections de 2010. Les Accords auxquels les camps rivaux sont parvenus dans la capitale éthiopienne constituent en réalité un acte additionnel aux Accords conclus précédemment à Maputo. Les adversaires politiques se sont entendus sur une gestion collégiale des institutions de transition et sur une clé de répartition des grands postes gouvernementaux.
C’est un accord de consensus car ’’il y a un président consensuel, deux co-présidents consensuels, un premier ministre de consensus et un gouvernement d’union nationale’’ a confié la médiation. Andry Rajoélina, actuel homme fort, est confirmé comme président de la Transition tandis que les deux postes de co-présidents reviennent à la mouvance de Marc Ravalomanana et à Albert Zafy, ancien président. Le poste de premier ministre est confié à la mouvance de Didier Ratsiraka, un autre ancien président. Heureusement qu’il n’y a seulement que trois anciens présidents sur cette île de l’Océan indien sinon le partage du gâteau aurait été beaucoup plus complexe.
Après dix mois de crise politique, on peut dire qu’il était vraiment temps. Certes, on peut se réjouir que la bande des quatre soit parvenue à un compromis mais l’optimisme devrait être mesuré, au regard des accords précédents restés sans véritables effet. On peut observer que l’attelage est lourd et laborieux et l’on se demande bien s’il pourrait tenir la route pendant longtemps. Des aspects comme la distribution de certains postes ministériels-clés ne sont pas encore totalement réglés et ils peuvent être des sources de blocage.
Du reste, un désaccord subsiste déjà à propos du portefeuille de la Justice, revendiqué par la mouvance Rajoélina et celle de Ravalomanana. De plus, la querelle dite de terminologie pourrait prendre des dimensions incontrôlées. Alors que Ravalomanana dit que Rajoélina n’est pas le chef et qu’il n’a pas tout le pouvoir parce qu’il y a des co-présidents, Rajoélina lui, ne voit pas vraiment de différence avec l’ancienne appellation de vice-président. De l’avis des négociateurs, toutes les décisions futures devraient être signées par les trois dirigeants.
Au regard de ces éléments, on peut légitimement se demander si ce ménage à quatre tiendra la route. Rien n’est moins sûr car chacun des quatre protagonistes se bat pour le plus gros morceau. Tous veulent garder la haute main sur le pouvoir et être au coeur du processus de transition, afin de remporter le sprint final. Si la transition doit être conduite avec la même méfiance des uns vis-à-vis des autres, on peut dire que les médiateurs ne sont pas encore au bout de leurs peines. Les exemples du Kenya et surtout du Zimbabwe rappellent que c’est dans la pratique que les accords sont appréciés. Ce qu’il faut vraiment souhaiter en définitive, c’est que les intérêts supérieurs de Madagascar soient placés au-dessus de ceux personnels ou claniques. Cela fait une année environ que la crise persiste et les hommes politiques malgaches devraient enfin prendre conscience des souffrances qu’ils infligent à leurs concitoyens.
Certes, les médiateurs peuvent se congratuler pour les résultats obtenus mais ils ne doivent pas baisser la garde. Au contraire, ils doivent veiller à être des cochers adroits qui aideront l’attelage à atteindre novembre 2010, échéance fixée pour la tenue des élections.
Par Boureima OUEDRAOGO SONRE
09:58 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : madagascar, marc ravalomanana, andry rajoelina
07 novembre 2009
Madagascar : accord au forceps sur le partage du pouvoir
Jeune Afrique 07 novembre 2009
Les principaux dirigeants politiques malgaches ont signé samedi matin à Addis Abeba un accord sur le partage du pouvoir pendant la transition qui doit conduire à des élections fin 2010, au terme de plusieurs heures de négociations dans la nuit sur la répartition des ministères.
L'actuel homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina, le président déchu Marc Ravalomanana, et les anciens présidents Didier Ratsiraka et Albert Zafy, ont paraphé l'un après l'autre "l'acte additionnel" aux accords de Maputo signés le 9 août sous l'égide de la médiation.
Jeudi, la médiation africaine avait décidé de prolonger de 24 heures les pourparlers entamés le 3 novembre et jusqu'alors complètement bloqués.
"Les chefs de file des mouvances sont parvenus à un accord pour la mise en oeuvre de la charte de la transition malgache" définie à Maputo le 9 août, avait annoncé Tiébilé Dramé, représentant de l'Onu, à l'AFP dans la nuit de vendredi à samedi.
"Ils se sont entendus sur la direction des institutions de transition, y compris la présidence, et sur une clé de répartition au sein du gouvernement et des autres institutions", avait-il précisé, indiquant qu'il "y a un président consensuel, deux co-présidents consensuels, un Premier ministre de consensus et un gouvernement d'union nationale".
Rajoelina reste président de la transition
Les négociations ont cependant repris pendant plus de quatre heures suite à un blocage sur l'attribution des ministères, a constaté l'AFP, avant que finalement les quatre chefs de file ne signent l'accord.
Sur les 31 postes ministériels, un désaccord subsite sur celui de la Justice, réclamé par la mouvance Ravalomanana et par M. Rajoelina, ont indiqué des participants.
"L'attribution du ministère de la justice à une mouvance, sera décidé au niveau du conseil présidentiel", a expliqué à l'AFP un membre de la médiation.
Andry Rajoelina est confirmé comme président de la Transition, les deux co-présidences reviennent aux mouvances de MM. Ravalomanana et Zafy. La mouvance de M. Ratsiraka conserve le poste de Premier ministre.
Le président et les deux co-présidents "doivent se réunir en conseil une fois par semaine pour examiner l'état de la nation, faire prendre par le Conseil des ministres les décisions nécessaires pour gérer la Transition. Les co-présidents doivent contresigner les actes pris par le président", a précisé M. Dramé.
"C'est un bon accord, inespéré"
"Il y a un accord sur l'exercice solidaire du pouvoir exécutif", a confirmé à l'AFP le Commissaire paix et sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra, jugeant que l'accord "symbolise l'esprit de consensus, la volonté des parties malgaches de travailler ensemble pendant la transition".
"Cette acceptation a marqué le tournant dans les négociations pour dépasser le blocage", a déclaré M. Lamamra, notant que "même une monstruosité juridique peut représenter une solution, une sortie de crise".
Satisfait de cet accord qui correspond à ses attentes, M. Ravalomanana a souligné que M. Rajoelina "n'est pas le chef, il y a les co-présidents (. . . ) Donc il n'a pas le pouvoir total par exemple de signer des actes ou des contrats".
M. Rajoelina, plus tôt, avait cependant estimé qu'il ne s'agissait que d'une question de terminologie.
"Il y avait normalement (selon les accords de Maputo) un vice-président, maintenant au lieu d'un vice-président, il y aura deux co-présidents. C'est juste l'appellation qui change", a-t-il estimé.
M. Ratsiraka a estimé que "c'est un bon accord, inespéré (. . . ) Les mouvances ont finies par se résigner à accepter que les intérêts supérieurs de la Nation passent au-dessus des intérêts personnels et partisans".
09:46 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : madagascar, andry rajoelina, marc ravalomanana
04 novembre 2009
Pouvoir malgache : Un gâteau difficile à partager
L'observateur paalga 04 novembre 2009
« Je ne sais plus de quoi on va discuter là-bas. J’ai comme l’impression qu’on tourne en rond », disait en se lamentant un membre de la délégation malgache dans l’avion de Kenya Airways qui devait l’amener à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie, où devrait se tenir le sommet qualifié de dernière chance par beaucoup et dont la vocation est de résoudre la crise dans laquelle s’est engluée Madagascar depuis la prise du pouvoir par Andry Rajoelina, cet ancien disc-jockey au parcours exceptionnel.
Depuis hier soir donc, et ce, jusqu’au 5 novembre, les différents protagonistes malgaches sont en conclave. L’objectif du rendez-vous d’Addis est de finaliser le schéma de fin de crise qui permettra d’aboutir à des élections en 2010. Cependant, le risque est que, pendant ces trois jours, concernant le partage des postes, les tendances Rajoelina, Ravalomanana, Zafy et Ratsiraka ne finissent par s’observer en chiens de faïence.
Dure sera donc la tâche de l’Union africaine avec son Groupe international de contact (GIC), dont le principal point focal est notre compatriote Ablassé Ouédraogo et qui arbitrera le découpage du gâteau en des tranches équitables qui pourraient contenter les responsables des quatre principales mouvances. Pour aller au bout de l’image, les parties les plus charnues et, par conséquent, les plus disputées restent toujours les postes de souveraineté que sont la Présidence, la Défense, la Justice et les Affaires étrangères.
A ce niveau, les enragés ne manquent pas. En effet, s’il y a quelqu’un qui ne manque pas d’ambitions malgré sa grande désillusion, c’est le président déchu Marc Ravalomanana, qui ne veut surtout pas entendre parler de son tombeur comme étant le prochain président de la transition. Il rame perpétuellement à contre-courant du programme de sortie de crise élaboré par le GIC. « Le leader d’un coup d’Etat ne peut pas être légitimé », tempête-t-il. Non content de la fâcheuse situation dans laquelle il se trouve, ce président déchu, qui est nourri, blanchi et logé par l’Afrique du Sud depuis sa chute, a récemment ouvert un autre front, puisqu’il ne veut plus voir, même en image, l’émissaire du GIC, Ablassé Ouédraogo.
Selon l’ancien président malgache, notre ancien ministre des Affaires étrangères aurait, lors d’une conférence de presse, annoncé que le poste de président va échoir à l’actuel maître d’Antananarivo et que cette question n’est plus négociable. Conséquence, presque à tue-tête, le « petit laitier » demande… sa tête. Il n’y a d’ailleurs pas que Ravalomanana qui rende la tâche difficile à l’Union africaine : le Pr Albert Zafy et Didier Ratsiraka ne sont guère modérés, même s’ils ont visiblement leur avenir politique derrière eux.
Le dernier cité, par exemple, bien que très diminué par l’âge et la maladie - il est non voyant - et porté à bout de bras pas une de ses filles à chacune de ses apparitions publiques, excelle très bien dans le rôle du trouble-fête. Amiral qu’il est, Ratsiraka sait toujours poser des torpilles là où ça peut faire mal. D’ailleurs il ne fait pas mystère de sa menace d’appliquer le principe selon lequel il ne peut plus traire de vache mais peut renverser la calebasse de lait.
Il est loisible de constater qu’à l’instar des réunions qui ont eu lieu à l’époque pour résoudre la crise ivoirienne, celles censées régler le problème malgache se multiplient également. On se rappelle qu’avant l’application réussie du concept de « Dialogue direct » en Côte d’Ivoire, il y a eu, entre autres, Marcoussi 1, Marcoussi 2, Lomé, Accra et Pretoria.
Pour la thérapie du problème malgache, il y a déjà beaucoup de prescriptions et de prescripteurs : missions de bons offices du Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes (FFKM) malgaches menées avec les Nations unies, Maputo1, Maputo2, les différentes tentatives de rapprochement entreprises par l’Union africaine et le Groupe international de contact (GIC), sans compter les missions non officielles.
Aujourd’hui, voici venue l’heure des retrouvailles au siège même de l’Union africaine. Le nouveau round des négociations qui a débuté hier mardi sera-t-il porteur de résultats ? Certes, les accords précédents poussent à l’afro-pessimisme. En effet, l’encre ayant servi à rédiger les documents qui les sanctionnent a à peine séché qu’ils ont été aussitôt déchirés en mille morceaux. Aujourd’hui, il est pourtant urgent que tous les acteurs concernés mettent balle à terre, au nom de la paix et du décollage économique de Madagascar.
Touchons donc du bois pour qu’un autre son de cloche soit entendu depuis l’ancienne capitale de cette contrée considérée comme le berceau de l’humanité après la découverte de Lucy.
Issa K. Barry
lobservateur
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10 octobre 2009
Madagascar : Ravalomanana barre la route à Rajoelina
L'actuel homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina avait annoncé vendredi qu'il nommerait prochainement comme Premier ministre Eugène Mangalaza, acceptant ainsi le consensus trouvé par les quatre principales mouvances malgaches. Le président déchu Marc Ravalomanana refuse toujours de reconnaître les dirigeants de la transition.
Le président évincé de Madagascar, Marc Ravalomanana, a nié vendredi qu'un accord ait été conclu sur les dirigeants de la transition, refusant toujours de reconnaître Andry Rajoelina comme président de la transition. "Je ne peux pas accepter un leader de coup à la tête de la présidence de la transition", a-t-il déclaré dans un entretien accordé à l'AFP à Johannesburg.
"Je propose de réétudier la nomination du président de la transition, du vice-président et du Premier ministre en présence des quatre chefs de file" des parties en présence, a-t-il ajouté.
Un accord de principe avait été passé mardi à Madagascar sur l'attribution de ces postes - point d'achoppement à un règlement de la crise - entre des représentants des différentes mouvances politiques de l'île. L'accord devait encore être avalisé par les leaders des mouvances.
Le négociateur de Marc Ravalomanana, Fetison Andrianirina, avait expliqué avoir accepté l'homme fort Andry Rajoelina comme président de la transition, à condition qu'il ne se présente pas à la présidentielle de 2010.
"Ce n'est pas le rôle du chef de délégation dans les négociations de nommer le chef de la transition", a rétorqué Marc Ravalomanana, en s'opposant radicalement à cette solution.
Maputo toujours pas entériné
Il refuse que son rival soit président de la transition, mais estime qu'il pourra se présenter à la présidentielle s'il remplit "les conditions dans la Constitution". "C'est la démocratie, je ne peux pas empêcher les gens de se présenter à la présidentielle", a-t-il déclaré.
Des accords inter-malgaches avaient été signés le 9 août à Maputo sous médiation internationale, mais les quatre mouvances signataires n'avaient pas pu s'entendre sur la répartition des postes au sein du pouvoir de transition. Madagascar est plongée depuis le début de l'année dans une crise politique majeure.
Lâché par l'armée, Marc Ravalomanana avait remis le 17 mars ses pouvoirs à un directoire militaire qui les avait immédiatement transférés à Andry Rajoelina, devenu en quelques mois son principal opposant au terme d'un mouvement populaire. Il vit depuis en exil avec sa famille en Afrique du Sud.
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26 août 2009
PARTAGE DE POUVOIR A MADAGASCAR : Excercice délicat à Maputo
Le processus de sortie de crise de la Grande Ile passe par une nouvelle phase de négociations. Une phase des plus délicates, il faut l’avouer. On se le rappelle, Maputo I avait produit un accord entre les quatre dirigeants malgaches, prévoyant la mise en place d’un gouvernement de transition dont la mission serait d’organiser, dans les quinze mois, des élections présidentielles et législatives. Maputo II sera à coup sûr l’objet d’une autre paire de manches.

Car, on devra s’y attaquer à du concret : il faudra prendre à bras le corps la délicate question de la répartition des postes dont seront composés les institutions de la transition ainsi que le futur gouvernement qui aura entre les mains les destinées de la Grande Ile. Au plus bas mot, ce ne sera pas une sinécure. Et pour cause. Comme il est de bon ton dans des cas du genre, chaque camp revendiquera la meilleure part du gâteau. Mais ce sont ces revendications qui, lorsqu’elles sont poussées à l’extrême, mettent du plomb dans l’aile et paralysent de pareilles négociations pourtant déjà fort délicates, eu égard au contexte qui les a fait naître. Les délégations des quatre tendances politiques malgaches seraient bien inspirées d’éviter la facile tentation de se livrer bataille à l’infini, autour de postes juteux, car elles oublieraient la raison essentielle qui les réunit dans la capitale mozambicaine : trouver les voies et moyens qui permettent à la Grande Ile d’oublier une partie de son douloureux passé pour s’engager résolument vers un futur plein de promesses et d’espoirs.
Cela implique bien sûr une bonne dose de dépassement de soi et d’altruisme, mais il sera impérieux de le faire. La tâche n’en est pas aisée, d’autant plus que les incidents de parcours peuvent se révéler nombreux et les écueils tenaces. Les partisans de tel leader exigeront l’accomplissement de certains préalables tandis que les amis d’un autre exigeront quelque chose d’autre. Toute la question sera de réussir à couler tous ces desiderata des uns et des autres dans un moule adéquat pour qu’en sorte une vision commune et consensuelle qui permette à la Grande Ile de se réconcilier avec elle-même. Les Médiateurs qui auront abattu un travail de titan auront pour rôle de toujours accompagner, conseiller, indiquer la voie à suivre. Il serait plus que dommage que Maputo II, à l’image de ce qui s’est passé au Zimbabwe, s’enlise, se cristallise et bloque tout un pays, pour de futiles querelles de prééminence ou de préséance de portefeuilles ministériels ou protocolaires. Autre difficulté, et pas des moindres, qu’il faudra aborder à Maputo II, la difficile question de l’armée malgache. La Grande muette s’y invite au débat, et opte de remettre en cause plusieurs points de la Charte de transition, signée déjà le 9 août, au motif qu’elle ne souhaite pas que les partis politiques s’immiscent dans son organisation. Les militaires malgaches, officiellement, veulent "dépolitiser" leur corps et rejettent la création d’un comité de réflexion sur la défense et la sécurité nationale qui devrait être composé de membres des quatre grandes mouvances politiques.
Une fois de plus, il convient de s’interroger sur l’identité et le rôle de la Grande Muette sur la Grande Ile. A maintes reprises, elle s’y est octroyé le rôle de faiseur de rois, d’allié incontournable par lequel il fallait passer pour monter les marches du palais. Et cela, alors que son vrai rôle lui demandait d’être garante des institutions républicaines. On s’en souvient, c’est l’armée qui a précipité, en mars 2009, la chute du régime de Ravalomamanana. C’est encore elle qui s’est opposée au retour du président évincé.
Le futur de Madagascar dépend aussi d’une redéfinition saine du rôle de son armée. Il faudra sans doute trouver les mots qui conviennent pour la ramener à sa vocation première de gardienne de la république et de ses institutions. Reste à savoir comment elle le prendra, elle qui s’est régulièrement invitée au débat politique sans y être priée et qui, peut-être, est désormais mordue par un certain phénomène d’accoutumance. Il n’est sans doute pas aisé, lorsqu’on a pris goût aux douceurs de la vie politique, de se contenter à nouveau de la gamelle de la caserne. Et la difficulté sera sans doute de trouver les mots justes pour convaincre dans ce sens. Mais il faudra sans aucun doute le faire, car l’avenir de la Grande Ile dépend aussi de la sérénité et de la fidélité républicaine de son armée.
En tout état de cause, il faut saluer les dirigeants malgaches, toutes tendances confondues, qui auront su faire preuve de dépassement pour que puissent se tenir Maputo I et Maputo II. Il y a quelques mois seulement, il était pratiquement impensable qu’on puisse un jour les réunir autour d’une même table, pour une quelconque médiation. Et cela est déjà un acquis. Il leur reste, sans doute à garder le cap pour que cette seconde rencontre qui se tient dans la capitale mozambicaine se révèle la dernière d’une série et permette enfin à tous les Malgaches de se reconnaître pour se réunir autour de l’essentiel. La renaissance de la Grande Ile est sans doute à ce prix. Et elle mérite qu’on lui consente des sacrifices.
"Le Pays"
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17 mars 2009
Madagascar : Marc Ravalomanana finit par démissionner
Source : rfi.fr (Article publié le 17 mars 2009)
Des soldats qui soutiennent le leader de l'opposition Andry Rajoelina gardent le palais présidentiel à Antananarivo, le 17 mars 2009.
(Photo : A.Joe/AFP)
RFI a effectivement appris vers 11 h 30 TU que le président Ravalomanana a signé une ordonnance pour transférer tous ses pouvoirs, l’intégralité de ses pouvoirs, et ceux de son gouvernement à un « directoire militaire ».
RFI a donc aussitôt contacté plusieurs officiers supérieurs de l’état-major qui, dans un premier temps, ont affirmé ne pas être au courant, puis ont ensuite expliqué qu’il n’était pas question pour eux qu’ils acceptent de prendre le pouvoir via un directoire.
La situation est donc pour le moins confuse. Sur quelles forces militaires Marc Ravalomanana a-t-il l’intention de s’appuyer pour faire appliquer cette ordonnance ? Mystère.
Rajoelina au palais présidentiel de Tana
Dans le camp de l'opposant Rajoelina, on semble avoir été pris de court. En milieu de journée, l'ancien maire de la capitale est entré dans le palais présidentiel du centre-ville d’Antananarivo. Palais dont le contrôle a été opéré lundi soir par des militaires.
L’adversaire du président malgache a pris la parole très peu de temps et n’a pas réagi à cette affaire d’ordonnance présidentielle. « Andry TGV » a simplement déclaré : « Nous sommes déjà dans la liberté et nous allons avoir beaucoup de travail ».
En revanche, quelques minutes plus tôt, le porte-parole de la plate-forme de l’opposition qui soutient l’ancien maire avait déclaré, toujours dans ce palais présidentiel du centre-ville, que désormais Andry Rajoelina assumait les attributions dévolues au président de la Répubique et que son gouvernement de transition, qui était d’ailleurs présent au complet à ce point de presse, prenait ses fonctions, ajoutant même que les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale étaient déchus de leurs postes. Question : ces décisions ont-elles une valeur légale, juridique ? A priori, non. Décidément, chaque heure qui passe amène son lot de coups de théâtre et de surprises.
14:20 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : madagascar, marc ravalomanana