27 octobre 2009

FRANCE-MAURITANIE : Tapis rouge pour un putschiste reconverti

Le pays          27 octobre 2009

 

Entre la France de Sarkozy et la Mauritanie de Mohamed Ould Abdel Aziz, table rase est, à présent, faite du passé. Sur les eaux tumultueuses des protestations de la communauté internationale, consécutives, on se rappelle, au coup de force opéré par le général-putschiste, la barque affreuse de l’ancien chef d’état-major a fini par regagner la terre : celle de l’ordre constitutionnel. Objectif atteint donc pour le général président pour qui c’était la seule issue pour faire accepter l’inacceptable.


 

Bien entendu, pour l’opposition mauritanienne, depuis bien longtemps a été brisé le rêve de voir le général Abdel Aziz interdit de se porter candidat à la présidentielle. Mais, pour la France, à l’évidence, l’essentiel est fait. Car, dans ses nouveaux habits de président élu, Abdel Aziz mérite bien que lui soit maintenant déroulé le tapis rouge. Le putschiste reconverti est donc devenu un homme fréquentable. L’Elysée, sur le perron de laquelle il immortalise, ce jour, sa première visite officielle en territoire français, lui réserve donc un accueil digne de son rang.

 

Reste qu’à l’instar du tronc d’arbre qui ne deviendra jamais caïman malgré un long séjour dans le marigot, le tombeur de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ne saurait trouver nulle part au monde, un chirurgien capable de lui rectifier son portait de militaire putschiste, parvenu au pouvoir par la plus inélégante procédure de dévolution du pouvoir. On aura beau chercher à tirer un trait sur le passé, l’Histoire, elle, conservera ses nauséeuses reliques. Certes, on se souvient que le général avait dû se mettre momentanément en réserve de la République, et ensuite, remettre en jeu un pouvoir qu’il n’avait pas, à vrai dire, totalement quitté. Il fallait, bien sûr, sauver les formes ; faire croire que celui qui s’était emparé indûment du pouvoir restait, avant tout, un démocrate dans l’âme. Mais personne n’était dupe. Personne ne se faisait d’illusion qu’il perdrait le contrôle de la situation, même si pour se faire élire, il fallait passer par les urnes.

 

Ce n’était qu’une question de temps. Voilà donc Abdel Aziz absous de tous ses péchés et, à présent, adoubé par Paris. En ce qui le concerne, il faut croire que le dirigeant mauritanien souffrait de la mauvaise qualité de ses relations avec Paris, lui qui, l’orage passé, veut maintenant "rattraper le temps perdu". Mais, au fond, a-t-il été le seul à trouver l’attente longue ? Quel intérêt l’Elysée a-t-elle à reconsidérer sa position vis-à-vis de cet homme qui se présente sous un jour nouveau, débarrassé de ses haillons d’usurpateur de pouvoir ? Mieux, quel intérêt l’Elysée a-t-elle à faire du nouveau président mauritanien, son hôte ?

 

En tout cas, et une fois encore, on retombe dans le scénario classique. Un scénario qui veut que la France commence presque toujours d’abord par crier au coup d’Etat anti-constitutionnel aussitôt que survient un prononciamento sur le continent. Et qu’elle adopte, par la suite, une posture tout autre. Elle va parfois même jusqu’à virer sa cuti, après avoir obtenu du putschiste qu’il organise des élections qu’il est, de toute manière, assuré d’emporter ; l’essentiel, pour la France, étant que ses intérêts soient saufs. Certes, l’Hexagone dira que ce n’est pas à elle de remonter leurs bretelles aux dirigeants africains pour qu’ils appliquent la démocratie – ils crieraient d’ailleurs à l’ingérence - Mais, il reste que ce pays se livre parfois à une passivité telle qu’elle peut passer pour un encouragement à remettre éternellement en cause les maigres acquis démocratiques qui caractérisent le continent noir en général.

 

Il apparaît clairement que si l’essentiel, pour la France, ou pour tout autre pays de l’Occident, reste la préservation de ses intérêts partout où ceux-ci sont importants, toute action collective que viendrait à poser le continent noir pour remettre sur le droit chemin un protégé de ces pays du Nord, serait de portée minime, si elle n’est pas d’avance vouée à l’échec. C’est dire si l’Afrique dans sa quête d’une démocratie véritable, a besoin que la France, l’Angleterre, les USA et autres s’y mettent, et de façon sincère. Quant à ses populations, elles tireraient, à coup sûr, grandement profit d’une diplomatie de l’Hexagone plus lisible et moins polluée et d’une Chine moins dévorante de matières premières et très peu regardante sur les droits de l’homme.

 

"Le Pays"


19 septembre 2009

Mauritanie : Le FMI renoue avec Nouakchott

RFI          samedi 19 septembre 2009


Le FMI (Fonds monétaire international) vient d'annoncer la reprise de sa coopération avec la Mauritanie. Le Fonds avait rompu tout contact avec Nouakchott l'an dernier en raison du coup d'Etat militaire qui avait renversé le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. L'un des directeurs adjoints du FMI, Amor Tahiri, l'a annoncé à l'occasion d'un déplacement dans la capitale mauritanienne.


Après la pêche, il faut remonter la pirogue sur la plage.(Photo : P Nadel/RFI)

Après la pêche, il faut remonter la pirogue sur la plage.
(Photo : P Nadel/RFI)

 

C'est la reconnaissance par la communauté internationale de la validité de l'élection à la présidence, le 18 juillet dernier, de Mohamed Ould Abdel Aziz, le putschiste du mois d'août 2008, qui a permis au FMI de reprendre ses missions en Mauritanie. Le directeur adjoint Amor Tahiri a donc annoncé le déblocage d'une aide de 50 millions d'euros pour aider le pays à lutter contre la crise économique mondiale.

 

Ce retour du FMI avait été appelé de ses vœux la semaine dernière par le groupe international de contact sur la Mauritanie. Composé de représentants de l'Union Africaine, de l'Union Européenne et du Conseil de sécurité des Nations Unies, ce groupe de contact avait souligné la nécessité d'une aide financière et économique conséquentes pour consolider les progrès accomplis.

 

Une économie fragile


L'économie mauritanienne est en effet fragile. Ses principales ressources sont les exportations minières et pétrolières ainsi que la pêche. Tous ces secteurs sont très sensibles au climat économique international et donc à la crise.

 

Cependant, les dirigeants mauritaniens peuvent se montrer optimistes. Outre le retour du FMI, le Vénézuela a annoncé qu'il financerait une raffinerie dans le pays. De son côté, le groupe Total procèdera à de nouveau forages pétroliers dans le Nord du pays, dès la semaine prochaine.

20 août 2009

Attentat à Nouakcthott : AQMI, évidemment !

lobservateur.bf 20 août 2009

 

C’était connu, le Sahel, plus précisément le grand no mans land qui serpente du Mali jusqu’en Mauritanie en passant par le Niger et l’Algérie, était célèbre pour le rapt ou l’assassinat de touristes, ou le lieu idéal d’embuscades touarègues contres militaires maliens ou nigériens.

 

 

Hier les Mano Dayak et Rhissa Ag Boula, aujourd’hui les Ag Bahanga et autre Aly Alambo, tous, qu’ils soient taxés de « rebelles » ou de « bandits », utilisent ce terrain propice et bien connu d’eux pour mener des escarmouches de rapines et se replier sans souvent trop d’inquiétude. Il est vrai que, ces derniers temps, certains d’entre eux ont connu des fortunes diverses, mais le péril n’est pas pour autant complètement éradiqué.

 

Pire, avec l’intrusion de la branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) dans ces recoins, le danger est permanent, surtout que certains pays, qui sont des Républiques islamiques, offrent un terreau favorable à ce genre de prurit religieux : cas patent de la Mauritanie.

 

L’ancien président mauritanien Abdellahi, renversé le 6 août 2008, avait, on s’en souvient, autorisé deux partis islamistes à se légaliser afin de participer aux compétitions électorales. D’aucuns lui avaient signifié qu’il ouvrait le chemin à des dérives religieuses, si bien décrites par Elie Barnavi (1). L’un des prédécesseur d’Abdellahi, Maouya Ould Taya, lui, avait carrément interdit ces partis se réclamant de Dieu, qui tuent, violent et émasculent en son nom. Manifestement, il avait compris qu’avec ces fous d’Allah, la plaisanterie n’est pas de mise.

 

Abdellahi l’apprendra à ses dépens, puisqu’en novembre 2007, trois touristes français seront égorgés à des centaines de kilomètres de la capitale mauritanienne. Des années auparavant, c’était l’ambassade d’Israël dans ce pays qui était soufflé : les islamistes se signalaient ainsi en Mauritanie de façon sporadique.

 

En vérité, des indices palpables montraient que la nébuleuse AQMI, émanation du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), avait bien sa base chez les Maures.

 

Et l’attentat-suicide du 8 août 2009, qui prend ainsi un nouveau mode opératoire, ne faisait que confirmer la présence de l’AQMI dans ce pays, connu pour ces riches réserves halieutiques. Ce jour-là en effet, un jeune kamikaze, répondant au nom d’Abou Obeida Moussa Al-Basri, faisait éclater sa ceinture explosive à un jet de pierre de l’Ambassade de France, blessant légèrement trois personnes, deux gendarmes français et une passante.

 

Plus de 10 jours après, AQMI revendiquait, sur un site, cet attentat, qui vient en « représailles » contre les croisés, entendez les Français et leurs alliés. On y apprend d’ailleurs, ce qui est une évidence, que c’est l’intérieur de l’enclave diplomatique que le kamikaze visait. Une réponse aux croisés et à leurs « agents renégats », qui combattent l’islam et les musulmans. L’Afghanistan, où les soldats tricolores sont présents, serait donc une possible raison de cette petite folie meurtrière du 8 août.

 

Mais, au-delà, c’est tout de même la Mauritanie et, au premier chef, le président Abdel Aziz qui sont concernés. D’ailleurs, une phrase de l’AQMI sur le site revendicateur en date du 15 août 2009 taxe le chef de l’Etat « d’agent tyrannique soutenu par ses maîtres, les croisés ».

 

« Accueil sanglant pour président fraîchement élu », tel était notre Regard sur l’actualité au lendemain de l’attentat. En signant cet acte exécrable, l’AQMI lance un défi au général-président, qui doit réagir au quart de tour afin de rassurer ses compatriotes et les partenaires au développement. Il doit prouver que ses promesses, le jour de son investiture, de réduire à néant les terroristes ne sont pas des vœux pieux.

 

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana


Notes : (1) : In Les religions meurtrières d’Eli Barnavi

 

lobservateur

19 août 2009

TERRORISME EN MAURITANIE : Abdel Aziz dos au mur

lepays.bf (article paru le 19 août 2009)

 

1507624-2008734.jpgLe Corps de la paix américain n’est plus en … paix en Mauritanie. Pour le faire savoir, cet organisme a décidé en début de semaine, de suspendre son programme de volontariat dans ce pays, "en raison des préoccupations sécuritaires". Conséquence directe de cette situation : les volontaires, de jeunes Américains, ont été « rapatriés » au Sénégal voisin en attendant une amélioration de la situation sécuritaire au pays de Abdel Aziz. Finie donc – en tout cas pour le moment – l’immersion des volontaires au sein des communautés rurales à qui ils apportaient un soutien dans les secteurs de l’agriculture, de la santé et de l’éducation. C’est aussi un coup d’arrêt à une présence discontinue qui remonte à 1967.


Le Peace Corps a préféré prendre les devants et mettre à l’abri ses volontaires qui pourraient être les cibles des actions terroristes qui émaillent l’actualité mauritanienne depuis 2007. Vivant avec les communautés mais surtout amenés à se déplacer d’un point à l’autre du territoire, les volontaires sont exposés à l’insécurité et au terrorisme. C’est dire qu’à tout moment, ils peuvent être, dans le meilleur des cas, pris en otage, et dans le pire des cas, tués comme l’ont été un ressortissant américain en juin dernier et quatre touristes français en décembre 2007.

 

La dégradation de la situation sécuritaire est allée crescendo en Mauritanie depuis que l’ex- GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) algérien a jeté son dévolu sur la bande sahélo-saharienne à travers son nouveau nom de baptême Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Des assassinats de touristes ou de ressortissants occidentaux aux embuscades contre l’armée mauritanienne en passant par l’attaque de l’ambassade israélienne à Nouakchott, la liste est longue ; on est même arrivé aujourd’hui à des attentats-suicides comme celui commis le 8 août dernier dans la capitale. C’est un truisme de dire qu’un tel contexte n’est pas propice aux investissements dont a besoin le pays pour se remettre de la crise politique consécutive au coup d’Etat de celui qui vient de légitimer son pouvoir par les urnes. Ainsi, sans attendre, les organisateurs du rallye Paris-Dakar ont préféré plier bagages et mettre le cap sur l’Amérique latine. En attendant qu’une étude fasse le point de l’impact de l’insécurité sur les affaires, on peut affirmer sans risque de se tromper que le tourisme a aussi pris un sérieux coup avec l’insécurité et les actes terroristes. Le nouveau chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz, a un chantier tout fait auquel il doit s’attaquer sans attendre. Il a le dos au mur avec une situation aussi peu enviable. Sa tâche ne s’annonce pas aisée et il doit bénéficier de la collaboration soutenue de tous.

Par Séni DABO

07 août 2009

INVESTITURE DU PRESIDENT MAURITANIEN : Abdel Aziz, tout beau, tout propre

Source : lepays.bf (Article publi le 7 août 2009)

 

Après avoir été critiqué et banni de la communauté internationale parce qu’il portait les habits sales et nauséabonds d’un putschiste, Abdel Aziz a été salué et cajolé ce mercredi 5 août 2009 au stade olympique de Nouakchott. Et tout simplement parce qu’il a fait un tour au pressing électoral. Désormais, il porte la tenue éclatante et propre de président de la République islamique de Mauritanie. Qui fera mieux ? La présence de quelques présidents comme ceux du Sénégal et du Mali, ainsi qu’une forte délégation sous-régionale et internationale, lui a amplement suffi.

 

 

0Mohamed Ould Abdel Aziz.jpgLa communauté internationale, la France en premier, qui l’avait pratiquement maudit, trouve maintenant le général président "fréquentable", selon les mots de Alain Joyandet, le secrétaire d’État français à la coopération, également présent sur les lieux de l’investiture. Autrement dit, on peut faire sauter comme un bouchon de champagne un président élu démocratiquement et s’asseoir sur son fauteuil, pourvu qu’on sache se parer de la bénédiction des urnes et de la caution de personnalités qui comptent. Une belle leçon et un bel exemple que vient d’offrir le général Abdel Aziz à l’ensemble des éventuels putschistes d’Afrique ! Et l’étonnement ne devrait pas être au rendez-vous le jour où, par exemple, le capitaine Daddis Camara se raviserait et prétendrait rester, par les urnes, à la tête de la Guinée Conakry.

 

Excepté quelques pays africains, tel le Gabon jusqu’à preuve du contraire, la tendance générale est que les coups d’État deviennent presque des phénomènes naturels. Il faut néanmoins reconnaître que ces coups portés au coeur des États ont connu une certaine évolution. En effet, les prises irrégulières de pouvoir deviennent de plus en plus "raffinées", "sophistiquées". Le temps des présidents charcutés, des ministres trucidés fait de plus en plus place à celui des chefs d’État qu’on attrape par le fond de la culotte et qu’on jette hors des frontières ou qu’on relègue discrètement dans des résidences muettes et plus ou moins confortables. Mais un rhinocéros demeure un rhinocéros. Même s’il se maquille avec les plumes d’un paon, il restera originellement hideux.

 

Ainsi donc, l’exemple du général Abdel Aziz peut constituer un fâcheux précédent si on n’y trouve pas un contre-pied avant que l’Afrique n’entre dans une ère où les coups d’État deviendront parfaitement légaux. Il faudrait pour cela, par exemple, commencer par compléter la charte de l’ONU en édictant que ne seront admises dans le cercle des nations que celles dont les chefs d’État n’ont tordu le cou à leurs prédécesseurs que par la voie des urnes. Et surtout, faire rigoureusement appliquer cette nouvelle disposition. Ensuite, il faudrait remettre de l’ordre au sein de l’Union africaine où les concepts de bonne gouvernance, d’élection démocratique n’ont plus de sens ni d’effet. Seulement, il reste à savoir qui sera le zorro qui remettra cet ordre.

18 juillet 2009

Mauritanie : Aux urnes, citoyens !



Les Mauritaniens se rendent aux urnes ce samedi 18 juillet pour le premier tour de l’élection présidentielle anticipée, onze mois après le coup d’Etat d’août 2008. L’enjeu du scrutin est de taille : il s’agit de déterminer quel sera le candidat le plus à même de sortir le pays de l’impasse politique et économique dans laquelle il se trouve depuis près d’un an.


Le général Mohamed ould Abdel Aziz (à droite sur la banderole) se présente comme l'héritier direct de Moktar ould Daddah, le premier président de la Mauritanie (à gauche). Au grand dam de ses adversaires politiques.(Photo : M. Rivière / RFI)

Le général Mohamed ould Abdel Aziz (à droite sur la banderole) se présente comme l'héritier direct de Moktar ould Daddah, le premier président de la Mauritanie (à gauche). Au grand dam de ses adversaires politiques. (Photo : M. Rivière / RFI).

 

 

De notre correspondante à Nouakchott, Manon Rivière


Concerts de klaxons, jeudi soir à Nouakchott, pour la clôture officielle de cette campagne électorale. Grands meetings pour les uns, parades motorisées pour d’autres. Les neuf candidats en lice avaient tous réunis leurs fidèles soutiens pour une dernière opération séduction.

 

Pourtant, mise à part cette dernière journée « d’hystérie collective », selon les mots d’un journaliste, cette campagne électorale n’a pas brillé par son dynamisme. « Les gens en ont marre, explique Oumar, le gérant d’un cybercafé. Il faut que l’on aille voter et c’est tout ! » Dans les conversations, cette lassitude est palpable. Les Mauritaniens ont juste envie d’en finir avec cette longue crise politique qui dure depuis le putsch du 6 août 2008 et le renversement de Sidi ould Cheikh Abdallahi. Un putsch sans effusion de sang, mais dont la violence symbolique avait marqué les esprits puisqu’il mettait fin au mandat du premier président démocratiquement élu depuis trente ans.

 

Un candidat fait la course en tête


Au total, ils sont neuf prétendants pour un seul fauteuil. Mais d’après les analystes, quatre candidats se démarquent du lot. Il y a d’un côté deux anciens putschistes (et anciens chefs de l’Etat) : Mohamed ould Abdel Aziz et Ely ould Mohamed Vall. Et de l’autre, deux leaders de l’opposition : Ahmed ould Daddah et Messaoud ould Boulkheir.

 

Dans les rangs du général putschiste Mohamed ould Abdel Aziz, on se montre très confiants. Le candidat lui-même n’a-t-il pas confirmé sur les ondes de RFI son intention de « l’emporter dès le premier tour » ? « Cela semble difficile compte tenu du nombre de candidats dans la course, admet un observateur. Mais en clamant haut et fort qu’il est certain de gagner l’élection, Abdel Aziz cherche à drainer les derniers indécis. » En effet, les électeurs mauritaniens sont attirés par celui qui représente le pouvoir. « Ici, on n’a pas l’habitude de voter pour les perdants », confirme le journaliste Moussa Samba Sy.

 

Fort de ses dix mois passés à la tête de l’Etat, le candidat Mohamed ould Abdel Aziz jouit donc d’une longueur d’avance sur ses adversaires. « Pour moi, il a fait plus de choses en dix mois que n’importe quel président mauritanien en des décennies », estime un jeune enseignant. « J’ai toujours été dans l’opposition, mais cette fois je vais voter pour le général, car il a réalisé de grandes choses pour le pays », ajoute Fatou, mère de famille. Baisses des prix des denrées de première nécessité, baisses des prix du gaz et du gazoil, construction de routes, promesses faites aux habitants des bidonvilles, tout cela a marqué les esprits. « Pour les gens, peu importe que ces décisions prises à la va-vite ne soit pas viables économiquement », regrette toutefois un économiste mauritanien.

 

Quid du second tour ?


Si la première place semble acquise à Mohamed ould Abdel Aziz, contre qui va-t-il devoir se battre au second tour ? Qui d’Ahmed ould Daddah, de Messaoud ould Boulkheir ou même d’Ely ould Mohamed Vall parviendra à recueillir le plus de suffrages samedi pour rester dans la course?

 

« Ahmed ould Daddah dispose d’une légitimité historique incontestable, il est le seul capable de rassembler tous les Mauritaniens », martèle Mohamed, un de ses partisans. Toutefois, sa position ambigüe au moment du coup d’Etat - qu’il n’a pas condamné -pourrait lui jouer des tours. « Beaucoup de démocrates de longue date, n’ont pas compris sa position à l’époque. Il m’a beaucoup déçu », estime Sidi, un commerçant.

 

Messaoud ould Boulkheir, le président de l’Assemblée nationale, pourrait donc créer la surprise. Ce haratine (descendant d’esclaves) s’est opposé sans relâche au putsch au cours des onze derniers mois. « Pour moi, c’est un homme honnête, fidèle à ses principes », confie Djibril, un étudiant. En revanche, plus les heures passent, plus le diagnostic s’annonce sévère pour l’outsider Ely ould Mohamed Vall. L’ancien président de la transition militaire, qui a annoncé sa candidature début juin après plusieurs mois de silence, ne semble pas avoir réussi le pari de son grand retour en politique.

 

Mauvaise ambiance


Cette campagne aura surtout été marquée par les invectives lancées par certains candidats. Les accusations de gabegie et de détournements ont volé ici et là, sans pour autant que la moindre preuve ne soit jamais apportée. La Hapa, la Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel, s’en est même ému il y a quelques jours.

 

Quant à la CENI, la Commission électorale indépendante, elle a fait signer aux candidats un code de bonne conduite, afin d’éviter les attaques personnelles. « Nous espérons maintenant qu’ils respecteront le verdict des urnes », confie un membre de la CENI. Certains candidats ont déjà annoncé qu’en cas de défaite, ils n’hésiteraient pas à descendre dans les rues.

17 juillet 2009

Présidentielle mauritanienne : Des deux cousins, qui perdra la face ?

Source : lobservateur.bf (Article publié le 17 juillet 2009)

 

Dans le domaine du sport, notamment le tennis, il arrive que deux très proches parents s’affrontent. C’est le cas de deux sœurs, Venus et Serena Williams, qui oublient vite les liens de sang lorsqu’il s’agit de conquérir une coupe. Cet autre derby, électoral cette fois-ci, qui aura lieu demain samedi en Mauritanie, s’apparente à ce genre de challenge.


 

A la différence qu’il s’agit ici de deux cousins : Ely Mohamed Ould Vall et Mohamed Ould Abdel Aziz, avec cette autre ressemblance qui ne manque pas de piquant : ils sont tous sortis du moule des casernes. Le premier, après avoir renversé Maouya Ould Taya le 3 août 2005, a instauré une transition démocratique de dix-huit mois, qui a abouti à l’organisation d’une élection ayant consacré la victoire, le 25 mars 2007, de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

 

Par cette attitude, qui n’est pas commune sur le continent noir, Ould Vall a créé la surprise en acceptant de quitter le pouvoir sans y avoir été contraint. S’il y a donc un homme adulé dans son pays, c’est bien lui. Le second, actuel homme fort de Mauritanie, est également parvenu à la magistrature suprême par la force des armes. Mais, avouons-le tout de suite, à son arrivée, les Mauresques n’ont pas poussé autant de youyous que pour Ould Vall.

 

Néanmoins, le nouvel homme fort du pays a pu engranger un capital de sympathie par la suite, notamment dans les campagnes, grâce aux réalisations qu’il a commanditées. On peut tout lui reprocher sauf de ne pas aimer Tel n’est pas le cas de beaucoup de ses prédécesseurs. Demain, seront en lice ces deux candidats, et d’autres, sans grande envergure.

 

Avant la décision du tombeur d’Ould Taya de se porter candidat, le chemin était tout tracé pour celui qui a actuellement entre les mains la destinée du peuple mauritanien. Ç’aurait été alors un scrutin sans suspense, à l’image de celui qui a eu lieu le 12 juillet dernier au Congo-Brazaville et qui a vu la victoire sans surprise aucune de Denis Sassou-Nguesso.

 

A partir du moment où Ould Vall a dit « je me présente », le jeu est devenu plus ouvert et plus intéressant, même si, pour beaucoup d’observateurs, le général Ould Aziz semble avoir une longueur d’avance sur son rival. Il ne sied pas de conclure, comme le défunt président gabonais, Omar Bongo, qu’il faut être cinglé pour organiser une élection et la perdre, mais qu’en Afrique, leur argument à eux est le plus souvent que, lorsqu’on est aux affaires, tous les moyens sont bons pour y demeurer.

 

Sauf tremblement de terre donc, deux candidats iront au second tour : Ould Vall et Abdel Aziz. Qui l’emportera ? Les urnes nous le diront bientôt. Mais, ce dont on est convaincu est que le vaincu ne le sera pas sans garder de séquelles. A commencer par le président de la transition mauritanienne d’août 2005 à avril 2007. En effet, Ould Vall joue ici son image. Si le « ATT » mauritanien échouait, son aura s’en trouverait irrémédiablement écornée.

 

C’est un pari risqué qu’il vient donc de faire. Si fait que beaucoup d’observateurs de la scène politique africaine se demandent pourquoi il n’a pas voulu attendre que la situation se clarifie pour entrer dans le marécage politique mauritanien sous peine de se noyer.

 

A 56 ans, il ne peut tout de même pas prétendre qu’il sera très bientôt handicapé par l’âge ! Son cousin et rival, le général Abdel Aziz, le tombeur du président démocratiquement élu Cheikh Abdallahi, risque également gros. S’il perd, c’est la honte de l’ONU, comme on dit familièrement chez nous.

 

Le célèbre moustachu de Nouakchott a usé de tous les stratagèmes pour rester au pouvoir et pour se porter candidat. Il est même arrivé à bout de l’entêtement de Cheikh Abdallahi, grâce surtout aux missions de bons offices du célèbre chauve de Dakar, Abdoulaye Wade, qui avait installé ses quartiers dans la capitale mauritanienne pour convaincre le président déchu de démissionner.

 

Les enjeux sont donc de taille, et pour cette présidentielle mauritanienne, ce sera à la guerre comme à la guerre. Le combat sera d’autant plus impitoyable qu’il oppose deux frères d’armes, qui ont des liens de parenté en plus. En Afrique, l’on connaît la sourde rivalité qui existe entre les membres d’une même tribu.

 

Issa K. Barry

 

lobservateur

03 juillet 2009

Présidentielle mauritanienne : Quelle mouche a bien pu donc piquer Ould Vall ?

Source : lobservateur.bf (Article publié le 3 juillet 2009)

 

Le colonel a donné, le colonel veut reprendre. Cette fois, à la régulière. Au terme de la présidentielle mauritanienne du 18 juillet 2009 et dont la campagne s’est ouverte aujourd’hui vendredi à zéro heure. On se disait qu’il avait définitivement tourné le dos à la politique. Mais voilà l’ancien président du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), le colonel Ely Ould Mohamed Vall, dans l’arène pour la compétition électorale à venir.


 

Quelle mouche a bien pu donc le piquer au cours de son retrait de la scène politique ? Réponse : la jeunesse. Pour l’officier supérieur dont la candidature aurait été demandée par les jeunes, deux raisons sont à rechercher dans son retournement de treillis : « C’est une requête qui ne peut être refusée pour deux raisons.

 

D’abord parce qu’elle émane de la jeunesse, laquelle est de bonne foi, et je suis heureux que vous soyez avec moi. Ensuite parce que c’est une affaire bien plus importante que toute autre chose », rapporte Le Quotidien, journal sénégalais, citant une source : Ami.mr. « Affaire importante », c’est sûr. « Plus importante que toute autre chose », ça se discute.

 

Mais passons et revenons à la candidature d’Ould Mohamed Vall, l’objet de notre réflexion. Si pour les neuf autres candidats, parmi lesquels Mohamed Ould Abdel Aziz, ex-chef de la junte ayant renversé le président Sidi Ould Cheikh Abdélahi le 6 août 2008, l’enjeu, c’est le fauteuil de président, pour Ould Vall par contre, c’est l’honneur qui est ici aussi en jeu.

 

Certes sur le plan juridique, l’ex-numéro un du CMJD reste un citoyen comme tous les autres Mauritaniens. Par conséquent, et puisqu’il jouit de la plénitude de ses droits civiques, sa candidature est recevable, comme l’a d’ailleurs constaté, mardi, le Conseil constitutionnel. N’en déplaise aux perroquets du tout-juridisme, il n’y a pas que le droit dans la vie.

 

En se lançant à la reconquête d’un pouvoir qu’il avait volontairement cédé aux civils au terme d’une transition réussie, le tombeur du petit moustachu de Nouakchott s’était taillé l’estime et l’admiration de l’opinion nationale et internationale. Il est même entré dans l’histoire comme le préfacier d’un nouvel ordre politique dans son pays, puisque son acte de renonciation a conduit à l’élection du premier président démocratiquement élu de la Mauritanie.

 

Du coup, tout cela lui conférait, de facto, une autorité morale dans la conscience collective de ses concitoyens. Mais aujourd’hui qu’il est lancé dans une élection organisée au forceps, qui plus est, au terme d’une transition pour le moins chaotique, une question lancinante hante les esprits : « L’ex-chef du CMJD a-t-il vraiment quitté le pouvoir de son propre gré ? ».

 

A moins que le colonel ne soit en mission commandée : légitimer, par sa participation, la victoire, « déjà acquise », du général Mohamed Ould Abdel Aziz dont Vall serait un proche parent ? Si à la fin du scrutin le candidat des « jeunes » décrochait les clés de la présidence, ce serait un retour aux affaires par la grande porte. S’il perdait, il quitterait la scène politique, cette fois-ci, par la petite porte.

 

Par Alain Saint Robespierre


 

lobservateur

27 juin 2009

Mauritanie : Le président déchu démissionne officiellement

Source : rfi.fr (Article publié le 27 juin 2009)

 

Sidi ould Cheikh Abdallahi et le président sénégalais Abdoulaye Wade, à Nouakchott, le 25 juin 2009.(Photo : Manon Rivière/RFI)

Sidi ould Cheikh Abdallahi et le président sénégalais Abdoulaye Wade, à Nouakchott, le 25 juin 2009.
(Photo : Manon Rivière/RFI)


Enfin une sortie de crise en Mauritanie. Le président Sidi ould Cheikh Abdallahi, renversé par le putsch militaire du 6 août dernier, a accepté de démissionner volontairement de son poste, à l’issue d’une longue médiation de la communauté internationale et du Sénégal. Sa démission ouvre la voie à une nouvelle élection présidentielle consensuelle, pour le 18 juillet prochain.

 

C’est avec pas moins de six heures de retard sur l’horaire prévu initialement que Sidi ould Cheikh Abdallahi a prononcé son discours au palais des congrès. Devant lui, une assistance triée sur le volet occupe un tiers des places assises : il y a là quelques députés, des journalistes et les représentants du groupe de contact sur la Mauritanie. Derrière lui, le chef de l’Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, facilitateur dans cette crise mauritanienne, patiente sur un fauteuil. Un peu plus à droite sur l’estrade, les six membres du Conseil constitutionnel ont pris place.

 

Sidi ould Cheikh Abdallahi, président démissionnaire a signé, ce vendredi 26 juin 2009, les décrets portant formation du gouvernement transitoire d'Union nationale.(Photo : Manon Rivière/RFI)

Sidi ould Cheikh Abdallahi, président démissionnaire a signé, ce vendredi 26 juin 2009, les décrets portant formation du gouvernement transitoire d'Union nationale.
(Photo : Manon Rivière/RFI)

 

C’est à eux qu’est revenue la tâche délicate de « mettre en scène » cette cérémonie de démission. « Je crois que vous avez accepté de nommer un nouveau premier ministre et un nouveau gouvernement ? » interroge ainsi le président du Conseil constitutionnel. Sidi ould Cheikh Abdallahi acquiesce. Le secrétaire général du Conseil lui présente alors un parapheur avec tous les documents à signer. Les flashes des appareils photos crépitent sans discontinuer pour immortaliser cet instant historique. « J’espère que cela va faire date dans l’Histoire de l’Afrique, remarque un député présent dans la salle. C’est la première fois qu’un président renversé accepte de quitter volontairement le pouvoir pour le bien-être de son peuple ! ».

 

Médiation difficile

 

Il aura fallu plus de 10 mois et de longues heures de négociations pour parvenir à mettre tout le monde d’accord. « Ce fut long et douloureux, mais nous y sommes parvenus », concède un membre du groupe de contact. La médiation sénégalaise, épaulée par l’Union africaine, l’Union européenne, l’Organisation Internationale de la Francophonie, la Ligue arabe et la Libye a réussi in extremis à débloquer la crise. Un élément déterminant est intervenu dans la journée de vendredi : l’ex-général Mohamed ould Abdel Aziz a accepté de placer le Haut conseil d’Etat sous la tutelle du gouvernement de transition. Ce que réclamait l’opposition au putsch. « Pour nous, cette structure née du coup d’Etat ne peut pas rester omnipotente ! » martelait ainsi Mohamed ould Maouloud, l’un des leaders du Front national de défense de la démocratie (FNDD), au cours des dernières semaines.


La démission du président déchu ouvre la voie à une nouvelle étape en Mauritanie. Conformément à l’accord paraphé à Dakar, le 2 juin dernier, par les trois pôles de la vie politique mauritanienne, le gouvernement d’union nationale doit désormais plancher sur la formation d’une nouvelle commission électorale indépendante, mais aussi se prononcer sur la révision exceptionnelle de la liste électorale et la validation des dossiers de candidatures. « Autant dire que le temps presse. Le chronogramme sera très serré », a admis l’un des négociateurs. L’élection présidentielle a lieu dans tout juste trois semaines, le 18 juillet prochain. « Elle sera libre, démocratique et transparente » a déclaré ce vendredi le candidat Mohamed ould Abdel Aziz, devant les caméras de télévision.


Par Manon Rivière

24 juin 2009

Mauritanie : Attention aux accords sans lendemains !

Source : lobservateur.bf (Article publié le 24 juin 2009)

 

L’année dernière, plus précisément le 6 août 2008, le général Mohamed Ould Aziz déposait, par un coup d’Etat, son compatriote le président mauritanien, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, élu démocratiquement, on le sait en mars 2007, avec plus 52 % des voix. L’élection de ce dernier constituait, croyait-on à l’époque, un renouveau démocratique.


 

Mais hélas, mille fois hélas ! La Mauritanie vit depuis bientôt un an dans une crise politique. Quelques soient les raisons du changement brusque, c’est une situation anormale, et en république il faut vite rétablir l’ordre constitutionnel. Ce qui n’est pas toujours aisé, surtout que, dans la plupart des cas, ceux qui prennent le pouvoir manu militari rechignent à en lâcher les rênes contre vents et marées. L’homme fort de Nouakchott, notre général Ould Aziz, veut donc garder sa « chose ». Mais il faut le faire dans les règles de l’art, en organisant des élections… libres et transparentes.

 

Le problème dans tout ça, c’est qu’il y a des préalables à négocier. D’abord, il n’est pas question qu’un putschiste veuille participer à des élections ; la Charte africaine pour la démocratie, les élections et la bonne gouvernance, en son article 25, est formelle sur ce sujet : « Les auteurs de changement anticonstitutionnel de gouvernement ne peuvent ni participer aux élections organisées pour la restauration de l’ordre démocratique, ni occuper des postes de responsabilité dans leurs Etats ». C’est bien beau, ça ! Ensuite, il faut accepter une telle disposition. Mais quand on est un général avec suffisamment de culot, et qu’on se trouve sous nos tropiques, on peut faire fi de tout cela.

 

Enfin, il faut que ceux d’en face aient aussi du cran pour espérer contraindre leur vis-à-vis, avec l’aide de la pression de l’opinion nationale et internationale, à lâcher prise. Le général Mohamed Ould Aziz a déjà goûté aux délices du pouvoir et il veut donc y rester. On en est arrivé ainsi aux négociations afin de sortir de la crise dont il faut craindre qu’elle ne perdure. Une crainte qui commence à s’installer durablement dans les esprits, à en juger par les difficultés des protagonistes à s’entendre sur l’essentiel : aller à l’élection. Le président sénégalais, Me Abdoulaye Wade, s’était proposé, dès le début cette crise, d’obtenir un accord politique acceptable par toutes les parties.

 

Il a pu obtenir la signature d’un accord chez lui à Dakar, notamment la formation d’un gouvernement de transition et le report de la date du scrutin qui était initialement prévu pour le 6 juin dernier (NDLR : nous étions le 23 juin quand nous tracions ces lignes), et qui est renvoyé au 18 juillet prochain. On s’était surpris alors à se frotter les mains de satisfaction et à regarder le chef de l’Etat du Sénégal, grand initiateur des négociations intermauritaniennes, boire son petit lait, lui dont le mérite est de toujours vendre ses bons offices à qui veut les acheter. Il faut donc lui rendre grâce. Mais le constat ces derniers temps est que les choses bougent lentement, pire, ça piétine. Et revoilà les protagonistes de la crise mauritanienne de nouveau à Dakar.

 

La principale pierre d’achoppement, l’avenir du Haut Conseil d’Etat (HCE), dont les partis d’opposition réclamaient la dissolution, et qui, finalement, muerait en Conseil supérieur de défense nationale (CSDN). Les relations entre le gouvernement de transition et l’ancienne junte se jouent également à cet autre round de négociations dans la capitale sénégalaise, où les parties prenantes se sont retrouvées depuis lundi.

 

A moins d’un mois de la tenue du scrutin, rien n’est encore joué, surtout que les positions ne sont toujours pas conciliées : Sidi Ould Cheikh Abdallahi, l’ancien président qui a été débarqué par Mohamed Ould Aziz, n’en démord pas, lui qui réclame la dissolution de la junte, condition pour qu’il renonce à sa fonction, et donc pour qu’il y ait le premier tour de la présidentielle de juillet prochain. A l’allure où vont les choses, on risque de tomber dans une situation comme celle de la Côte d’Ivoire. Ainsi, après Dakar I, Dakar II, on aura Dakar III, jusqu’à ce qu’un autre médiateur ou facilitateur prenne le relai. Et bonjour les accords sans lendemains ! Il reste donc à souhaiter que le président Wade réussisse sa médiation, afin que la Mauritanie retrouve la voie de la démocratie.

 

Agnan Kayorgo


 

lobservateur

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