16 octobre 2008

Dernier débat télévisé : Le citoyen américain moyen, c'est Joe le plombier !

source: rfi.fr (article publié le 16 octobre 2008)

John McCain et Barack Obama se sont affrontés une dernière fois mercredi soir à l’université Hofstra, à Hempstead, dans l’Etat de New York. Ce débat s’est déroulé alors que le candidat républicain est distancé dans les sondages. C’était pour lui la dernière occasion de faire un coup d’éclat, à moins de trois semaines de l’élection présidentielle.

Le sénateur de l'Arizona n'est pas parvenu à déstabiliser son adversaire, serein sous les attaques.( Photo : Reuters )

Le sénateur de l'Arizona n'est pas parvenu à déstabiliser son adversaire, serein sous les attaques.
( Photo : Reuters )

De notre correspondante à Atlanta, Anne Toulouse

Il y a une sorte de progression dans le format des débats. Lors du premier, les candidats sont debout derrière un pupitre et répondent aux questions d’un modérateur. Pendant le second, ils sont interrogés par un panel d’électeurs. Le troisième les place face à face, assis à la même table, ce qui les oblige à se parler directement. Du même coup, les échanges sont plus vifs et plus vivants.

Comme les deux précédents, ce débat s’est déroulé au soir d’une journée de forte baisse de la bourse et dans une atmosphère d’anxiété sur la situation économique. Cela a été le thème dominant des échanges, sans apporter vraiment d’élément neuf, puisque les deux candidats ont dévoilé au cours des derniers jours de nouvelles mesures, en  particulier pour venir en aide aux familles malmenées par le marché immobilier.

Joe le plombier

L’un et l’autre se sont présentés en champion de la classe moyenne, incarnée par Joe le plombier, un artisan qui a interpelé Barack Obama  lors d’une récente réunion électorale. John Mcain l’a cité le premier, et Joe le plombier a connu son heure et demie de gloire, en  devenant la référence des deux candidats tout au long du débat. Le format du débat a permis de mettre en évidence les différences de John McCain et Barack Obama en matière de fiscalité, de commerce extérieur ou de couverture sociale.

La politique internationale n’était pas à l’ordre du jour, elle aurait dû faire l’objet du premier débat, qui a été, par la force des événements, consacré à l’économie.

Cette situation a été au désavantage de John McCain qui pensait distancer  d’emblée son adversaire en s’imposant comme le choix le plus fiable pour la sécurité du pays. Les sondages montrent que c’est en fait Barack Obama qui est apparu le plus présidentiable au cours de ces échanges.

John McCain, qui a mené une campagne agressive au cours des dernières semaines, a été sanctionné par l’opinion publique et s’est trouvé à cours de munition lorsqu’il aurait eu besoin d’attaquer mercredi soir. Il n’a pas poussé la charge lorsque, par exemple, il a évoqué un dossier sur lequel son adversaire pouvait être vulnérable, l’affaire ACORN. Cette association à laquelle ont été liés Barack Obama et sa compagne est accusée d’avoir commis de sérieuses fraudes en recueillant des inscriptions sur les listes électorales.

« Je ne suis pas le président Bush »

Tout le poids de ce débat reposait sur les épaules de John McCain qui, distancé dans les sondages, devait retourner la situation à son avantage. Cela ne s’est pas produit, bien qu’il ait eu la meilleure réplique de la soirée. A son adversaire  qui l’associe de façon systématique à l’actuel présidence, il a dit : «  Je ne suis pas le président  Bush, si vous vouliez vous présenter contre George Bush, il fallait vous présenter 4 ans plus tôt ! »

Barack Obama, qui avait la tache infiniment plus légère de traverser la soirée sans dommages, a fait davantage en consolidant sa position dominante. Ce débat était sans doute le meilleur des trois, mais il ne semble pas devoir changer le rapport de force de la course à la présidence.

 

08 octobre 2008

Campagne présidentielle américaine : La crise économique au cœur du deuxième débat télévisé

Article publié le 08 octobre 2008 (Source:rfi.fr)

Les deux candidats se sont engagés à aider les classes moyennes qui craignent les conséquences sur leur avenir de la crise financière qui ébranle les marchés. « Nous sommes dans la pire crise financière depuis la Grande Dépression et un grand nombre d'entre vous, je pense, sont préoccupés pour leurs emplois, leurs retraites », a dit Obama. « Les Américains sont en colère, ils sont ulcérés et ils ont un peu peur », a affirmé McCain. A quatre semaines exactement de l'élection présidentielle du 4 novembre, ce débat était considéré comme l'une des dernières chances pour John McCain, et peut-être sa meilleure, d'infléchir le cours d'une campagne qui, depuis que l'économie est au centre de toutes les préoccupations, tourne à l'avantage du candidat démocrate.

<p>En difficulté dans les sondages, le sénateur de l'Arizona, John McCain,&nbsp;comptait sur ce débat pour relancer sa campagne.</p>( Photo : Reuters )

En difficulté dans les sondages, le sénateur de l'Arizona, John McCain, comptait sur ce débat pour relancer sa campagne.


( Photo : Reuters )

Avec notre envoyée spéciale à Nashville, Anne Toulouse

Le débat, qui a duré deux heures, était différent du premier dans le format puisque c’était un panel d’électeurs de la région de Nashville qui posait la plupart des questions. Tous ont été choisis par l’institut Gallup parmi ceux qui n’ont pas encore fait leur choix. Ces heureux élus étaient assis en rond autour des candidats. La plupart n’ont d’ailleurs pas fait autre chose, et même ceux qui ont posé des questions ont du se demander s’ils n’avaient pas fait le déplacement pour rien ! En effet, ce type de débat donnant généralement lieu à de véritables interactions, les candidats ont préféré se parler par-dessus la tête de leurs interlocuteurs, parfois en ignorant quasiment la question qui leur avait été posée pour partir dans un discours de campagne… Il est vrai que nous sommes désormais à quatre semaines seulement de l’élection et que le ton devient par conséquent de plus en plus dur. Les deux candidats ne se sont pas lâchés de la soirée, rabâchant des accusations que l’on a entendues cent fois, sur qui a le plus manqué de jugement, qui va le plus augmenter les impôts, qui a voté pour quoi, etc.

La seule chose qui ait été épargnée au public sont les accusations très personnelles qu’ils ont échangé ces derniers jours par le biais de publicités électorales sur leurs associations passées avec des personnages controversés.

La crise économique a occupé les deux tiers du débat

Pour  John McCain, « les Américains sont en colère, mal à l’aise et inquiets ». Seule nouveauté de la soirée : il a annoncé un plan qui permettrait au gouvernement de racheter les hypothèques pour que les propriétaires qui n’arrivent pas à payer leurs mensualités puissent garder leurs maisons. C’est de la part de John McCain une tentative de reprendre la main sur un dossier qui le désavantage, car sa baisse dans les sondages a coïncidé exactement avec la flambée de la crise économique. Ce qui est finalement le plus remarquable, c’est la réponse des deux candidats lorsqu’on leur a posé la question : « Qui prendrez-vous comme ministre des Finances ? » Cette question intéresse au premier chef les Américains. L’un et l’autre ont lancé des noms comme le financier Warren Buffet pour Barack Obama, Meg Whitman qui est à la tête du site eBay pour John McCain, mais tous deux ont également laissé entendre que ces noms-là n’étaient pas ceux qu’ils choisiraient, et qu’en fait ils n’avaient pas choisi ou qu’ils ne voulaient pas le dire, ce qui a laissé tout le monde sur sa faim…

25 septembre 2008

Campagne présidentielle américaine :


Source: rfi.fr (Article publié le 25 septembre 2008)

John McCain et Barack Obama vont se joindre à George Bush pour essayer de trouver des solutions à la crise financière.(Photo : Reuters)

John McCain et Barack Obama vont se joindre à George Bush pour essayer de trouver des solutions à la crise financière.
(Photo : Reuters)

Le discours à la nation de George Bush est arrivé au terme d’une journée qui a laissé les observateurs politiques à bout de souffle. Quelques heures avant que le président prenne la parole, le candidat républicain John McCain a annoncé qu’il suspendait sa campagne électorale et retournait à Washington pour participer au sauvetage financier du pays. Il a également demandé le report du premier débat qui doit opposer les deux candidats à la présidence, vendredi soir, dans le Mississippi. Barack Obama ne semble pas disposé à le suivre sur ce terrain, mais il sera, lui aussi, ce jeudi à Washington, pour participer à une réunion de crise où, autour de George Bush, se retrouveront les principaux dirigeants du Congrès et les deux hommes qui aspirent à sa succession.

«  Notre économie tout entière est en danger »

Cette extraordinaire mobilisation survient quelques jours après que le président ait annoncé un plan de 700 milliards de dollars pour renflouer les institutions financières, mises à genoux par la crise du crédit. L’énormité de ce chiffre a provoqué une véritable fronde dans l’opinion publique, qui n’admet pas que les contribuables subventionnent les erreurs du monde de la finance. Mardi et mercredi, les deux auteurs de ce plan de sauvetage, le ministre des Finances, Henry Paulson, et le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, ont reçu de plein fouet la vague de ce mécontentement, lors d’auditions au Congrès. Les parlementaires, qui pour la plupart affronteront les lecteurs dans 40 jours, se sont fait l’écho des messages entendus dans leurs circonscriptions et ont laissé entendre qu’ils ne voteraient pas le texte sans apporter de sérieuses modifications, notamment pour resserrer le contrôle de l’Etat sur les établissements qui demanderont sa protection.

George Bush est apparu dans le cadre solennel d’un discours diffusé à une heure de grande écoute par toutes les chaines de télévision et a défendu son plan avec des accents dramatiques. « Notre économie tout entière est en danger », a-t-il dit, « nous pourrions faire face à une longue et douloureuse récession, des millions d’Américains pourraient perdre leur emploi… ».  Il a longuement rappelé l’historique de cette situation, née de la crise du marché immobilier. Il a expliqué que seul le gouvernement avait les moyens de racheter les hypothèques en défaut de payement en attendant que le marché se redresse.

Le fait même que le George Bush soit obligé de venir une seconde fois, en moins d’une semaine, expliquer le bien fondé de sa décision est significatif de la situation d’un président qui a déjà un pied en dehors de la porte. La rébellion du Congrès a été alimentée par l’opposition des deux candidats à la présidence, dont celui du propre parti du président, John McCain. Bien que le vice-président soit allé personnellement essayer de les convaincre, les parlementaires républicains ont semblé plus empressés de se ranger derrière un éventuel futur président que derrière celui qui s’en va. C’est d’ailleurs John McCain qui a, le premier, proposé que le président le reçoive avec Barack Obama. Le candidat républicain a manifestement saisi l’occasion d’illustrer l’un de ses arguments de campagne : il est celui qui sait transcender les divergences partisanes, pour se mettre au service de l’intérêt national.

Barack Obama avait dû avoir la même pensée, puisqu’il a appelé mercredi matin de bonne heure son rival républicain, pour évoquer le rôle qu’ils peuvent avoir dans une situation dont l’un des deux héritera dans un futur proche. Dans l’immédiat, le fait qu’ils soient l’un et l’autre sénateur, les oblige à s’engager sur un texte qui peut peser lourd dans leur campagne. En votant ils avaliseront obligatoirement des éléments impopulaires, mais en ne votant pas, ils subiraient les conséquences d’un éventuel effondrement financier.

La crise économique favorise Barack Obama

Pendant les deux dernières semaines, la crise financière et les événements extraordinaires qui l’ont accompagnée, ont relégué au second plan la campagne présidentielle. A partir de ce constat, John McCain essaye de retourner à son profit une situation qui n’est pas à son avantage. Les sondages montrent que, pour plus de la moitié des électeurs, l’économie est devenue la priorité absolue et que dans ce domaine ils font davantage confiance à Barack Obama. Cet état de chose explique en grande partie la remontée du candidat démocrate, qui a pris un avantage de 5 à 9 points dans la moyenne nationale, et qui passe en tête dans les intentions de vote d’Etats clés comme le Michigan, le Colorado ou la Pennsylvanie.

Le pari de John McCain dépendra de la tournure des événements au cours de prochaines heures. Pendant que George Bush s’adressait à la nation, le Congrès était en train de mettre au point une version amendée du plan de sauvetage et espérait le soumettre au vote dans les 48 heures. Si tel est le cas et si le texte est acceptable pour le gouvernement, le candidat républicain aura l’air d’avoir volé au secours de la victoire. Si, au contraire, la situation n’est pas résolue d’ici la fin de la semaine, il pourrait se présenter comme l’homme capable d’arracher un compromis.

Reste l’affaire du débat présidentiel, qui pour l’instant est dans les limbes. Ce premier affrontement entre les deux candidats a pour thème la politique étrangère, ce qui sur le papier coïncidait avec l’actualité, en pleine session de l’Assemblée générale des Nations unies. Mais dans la réalité le sujet apparait, en effet, décalé. Ni la commission des débats présidentiels, ni Barack Obama n’ont souscrit à la proposition de John McCain de le reporter au 2 octobre. Si celui-ci s’obstinait, Barack Obama se retrouverait en situation de débattre avec lui-même. Ce serait un nouvel élément extraordinaire dans une campagne qui en a déjà connu beaucoup !

Anne Toulouse