26 mars 2009

RDC : on a dévitalisé Vital

Source : lobservateur.bf (Article publié le 26 mars 2009)

Ils ont finalement eu sa peau. Après avoir fait de la résistance pendant quelques jours, le vibrionnant Vital Kamerhé, président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC), a fini par jeter l’éponge, en démissionnant du perchoir hier dans l’après-midi. « Je vous prie d’accepter ma démission sans débat ni vote », a-t-il demandé aux députés. En réalité, il faut avouer que les carottes étaient d’autant plus cuites pour lui que, selon le porte-parole du gouvernement, le projet de motion de sa déchéance avait été approuvé par plus de 300 des 500 membres de la représentation nationale.

 

« Kamerhé, le Macky Sall Congolais », tel était d’ailleurs le titre de notre « Grille de lecture » que nous avons publiée dans notre édition datée du 20 mars 2009. Nous faisions ainsi le parallèle entre le sort qui fut celui du président de l’Assemblée nationale sénégalaise, débarqué sans autre forme de procès par le Parti démocratique sénégalais (PDS) pour cause d’opposition frontale avec les Wade père et fils, et les ennuis politiques du président du Parlement de la RDC.

Depuis quelques jours en effet, Vital Kamerhé était l’objet de pression de la part de Joseph Kabila et de ses fidèles pour le faire quitter le perchoir. A l’origine de ses tuiles politiques, son opposition ouverte à la décision du président Kabila, de laisser des milliers de soldats rwandais pénétrer en RDC.

Le 20 janvier 2009, en effet, les armées rwandaise et congolaise avaient lancé une opération conjointe dans la province du Nord-Kivu contre la rébellion congolaise du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, mais aussi contre les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), réfugiés en RDC depuis le génocide au Rwanda de 1994.

Aujourd’hui, les troupes de Paul Kagame ont déjà quitté le Congo, mais la plaie est restée béante entre Kabila et son ancien ami. Et depuis, les députés de l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP) réclamaient la tête du président de l’Assemblée nationale, accusé d’avoir proféré de graves déclarations qui ont affecté la « sécurité et la cohésion nationales ».

Il faut dire que l’étau s’était resserré davantage autour du pauvre Vital qui n’avait peut-être d’autre choix que de rendre le tablier, même si en réalité il n’a commis aucun péché irrémissible. Quoi de plus normal, en effet, en bonne démocratie, que le législatif qui vote la loi, consent l’impôt et contrôle l’action gouvernementale veuille voir clair dans les faits et gestes de l’exécutif.

A cause justement de ces rébellions, les relations entre Kigali et Kinshasa s’étaient dangereusement détériorées. Mais les deux capitales ont récemment fini par pactiser pour nettoyer au karcher le Nord-Kivu. Et le jeune Kabila n’avait pas envie de rendre compte à qui que ce soit, fût-il président de l’Assemblée nationale.

En fait, ce dossier n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le fleuve Congo dans la mesure où beaucoup estimaient que le tenant du perchoir gagnait en popularité. Il y a aussi eu cette histoire du bureau de Kamerhé que Kabila est venu squatter à l’Assemblée nationale. C’est bien connu, qui veut noyer son chien l’accuse de rage et en l’espèce, Kabila fils avait fini par insupporter son fidèle Kamerhé dont la popularité n’était d’ailleurs pas pour lui plaire.

En se débarrassant d’un homme politique qui aurait pu lui faire de l’ombre, et qui aura à présent forcément beaucoup de mal à rebondir, le président congolais écarte ainsi un possible adversaire de l’intérieur. Tout semble donc procéder de règlements de comptes politiques de bas étages comme on en voit souvent sous nos tristes tropiques.

Après Macky Sall et Vital Kamerhé, à qui sera le tour prochainement ? En tout cas, l’éviction spectaculaire en quelques mois de ces deux personnalités sonne comme une mise en garde adressée à tous les occupants de perchoir qui voudraient s’affranchir de la tutelle de leur mentor qu’ils feraient bien de rester les béni-oui-oui qu’ils sont à la tête de simples chambres d’enregistrement, juste bon pour satisfaire les petits et grands désirs du chef.

Pour emprunter le jargon aux chirurgiens dentistes, nous pouvons dire qu’en obtenant la démission de Vital Kamerhé, Joseph Kabila et les siens l’ont « dévitalisé »(1). Il perd ainsi une partie de son influence sociale, politique et financière. Difficile de rebondir dans ces conditions.

Autre lieu, autres mœurs. Ce n’est pas ici en tout cas au Burkina Faso qu’on verrait un Roch Marc Christian Kaboré, président de l’Assemblée nationale, se piquer de velléités indépendantistes vis-à-vis du grand Sachem de Ziniaré, Blaise Compaoré. Pour avoir simplement prétendu être chef de terre, nous savons ce qui est advenu à l’un de ses prédécesseurs au perchoir.

San Evariste Barro

 

lobservateur

20 mars 2009

RDC : Kamerhé, le Macky Sall congolais

Source : lobservateur.bf (article publié le 20 mars 2009)

Qui ne connaît pas Vital Kamerhé à Kinshasa ? Depuis l’accession de son ami Joseph Kabila à la tête de la RD Congo en 2001, l’homme est devenu une icône de la politique de ce pays. Député de la circonscription de Bukavu, il fut secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), le parti présidentiel, de juin 2004 à septembre 2007.

Aux commandes du PPRD, il a montré ses talents d’orateur qu’il avait du reste mis en évidence lorsqu’il était ministre de l’Information. Volontariste, volubile, le personnage amuse, agace et gêne quelquefois y compris au sein de son propre camp : c’est qu’il n’a pas sa langue dans sa poche et prend du plaisir à évoquer les sujets qui fâchent. Incurablement pro-Kabila, il se permettait certaines libertés langagières que d’aucuns prenaient pour la voix de son maître, vu qu’il avait l’oreille de ce dernier. Mais voilà, dans tout pouvoir, il y a une ligne rouge qu’il ne faut point franchir surtout dans nos démocraties tropicalisées.

On vous fait alors comprendre que vous êtes allé trop loin et surtout qu’il y a un seul capitaine à bord et en même temps qu’on vous pousse vers la sortie. C’est ce qui semble arriver à l’actuel occupant du perchoir, d’où l’on veut l’éjecter, et il n’échappera pas à ce sort, même si des analystes lui donnent quelque temps de répit.

Motif de cette cassure entre les deux compagnons : Kamerhé a osé critiquer l’intervention rwandaise au Nord-Kivu et a vraisemblablement initié une pétition à l’hémicycle exigeant la tenue d’une session extraordinaire en vue d’examiner l’accord secret qu’ont concocté Kabila et Kagamé, sur cet abcès congolais. Cela suffit-il pour vouloir le décagnoter ? Car, à vrai dire, Kamerhé est dans son rôle, puisque l’Assemblée nationale consent l’impôt, vote la loi et surtout contrôle l’action gouvernementale.

En l’espèce, l’Exécutif a posé un acte qui touche tout le pays, et en bonne démocratie, les députés veulent comprendre et surtout qu’on tienne compte de leurs avis. C’est la raison pour laquelle on ne peut manquer de penser que nos parlements sont souvent des chambres d’enregistrement de l’Exécutif, car rarement on entend des voix discordantes et même s’il en existe, elles sont étouffées par la majorité des députés gouvernementaux.

Chose pourtant courante dans les vraies démocraties : En France par exemple, Jean- François Copé, président du groupe parlementaire UMP, le parti présidentiel, ne manque pas une seule occasion de flécher Sarkozy, qui le lui rend bien publiquement ou en petit comité. C’est que celui qui est aussi maire de Meaux fait de moins en moins mystère de ses ambitions de présidentiable.

Et pour cela, il « arrête la langue de bois » (1), mais il ne viendra jamais à l’idée du chef de l’Etat de vouloir le « naréfier ». Hasting Kamuzu Banda, l’ancien président du Botswana, disait à qui veut l’entendre que « il n’y a de député que si je le veux » ; il faut comprendre que l’Assemblée nationale, c’est aussi lui. Et dans beaucoup de pays africains, on n’est pas loin de cette réalité.

Il faut donc craindre que Kamerhé ne connaisse le sort de Macky Sall, l’ex-président de l’Assemblée nationale du Sénégal, qui s’était piqué de se croire le dauphin de Wade et qui en a payé le prix fort. En RD Congo, il n’y a pas une histoire de dauphinat, mais à l’évidence, Kamerhé commence à faire de l’ombre au chef, et ça, c’est un casus belli qui ne se pardonne pas.

Par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

Note : (1) : in Jean-François Copé, Promis, j’arrête la langue de bois

16 mars 2009

RDC : Vital Kamerhe dans la tourmente

Source : rfi.fr (Article publié le 16 mars 2009)

Le président de l'Assemblée nationale congolaise, Vital Kamerhe, en décembre 2006.(Photo : Georges Tamba/AFP)

Le président de l'Assemblée nationale congolaise, Vital Kamerhe, en décembre 2006.
(Photo : Georges Tamba/AFP)

La rentrée parlementaire risque d'être tendue ce lundi à Kinshasa. Les députés de la majorité réclament la démission du président de l'Assemblée. Ils reprochent à Vital Kamerhe ses critiques contre la participation du Rwanda à une opération contre les rebelles hutus rwandais FDLR, le mois dernier, dans l'est du Congo. L'Alliance pour la majorité présidentielle avait alors dénoncé « une atteinte à la cohésion nationale ». Dimanche soir, dans un communiqué, ils ont exigé la démission du président de l'Assemblée nationale.

Vital Kamerhe a passé toute la journée de dimanche au Palais du peuple, mettant la dernière main aux préparatifs de la rentrée parlementaire prévue ce lundi. Il est resté sourd aux pressions de sa famille politique, y compris celle du chef de l’Etat, qui exige sa démission.

Aucun des nombreux émissaires envoyés auprès du président de l’Assemblée nationale n’est parvenu à le convaincre : « Je veux bien démissionner mais cela doit se faire dans le respect des textes », n’a cessé d’expliquer Kamerhe, qui prévoit de prononcer aujourd’hui le discours d’ouverture de la cession de mars.

L’Alliance de la majorité présidentielle (AMP) a demandé à ses membres de boycotter cette cérémonie, d’où l’étonnement des députés de l’opposition. Jean-Lucien Bussa du Mouvement de libération du Congo (MLC) : « La déchéance ne peut être obtenue que lorsqu’une plénière est convoquée. En ce qui nous concerne, explique l'opposant, en tant que députés de l’opposition, nous nous étonnons d’une majorité au pouvoir qui refuse de participer au jeu démocratique. Mais en même temps, nous sommes en train de craindre une espèce de dérive présidentialiste et même dictatoriale qui s’annonce à l’horizon ».

Au sein de la mouvance présidentielle, certains députés pensent la même chose que l’opposition. Justin Bitakwira demande ainsi au chef de l’Etat de reconsidérer sa position : « Si le chef de l’Etat veut encore qu’il soit le chef de l’Etat, que tout le monde a vanté, en qui chacun a confiance, qu’il suive nos propos, qu’il suive nos convictions ; dans le cas contraire, je considère qu’il est un chef de l’Etat perdu »...

Certains journaux de Kinshasa affirment qu’il s’agit d’un conflit d’intérêt dans la cour du président Kabila.

25 février 2009

RDC : la paix, si proche, si loin

Titre original: RD CONGO:L’illusion de la paix

(Article publié le 25 février 2009 sur www.lepays.bf

Les choses semblent se normaliser en RD Congo et si on n’est toujours pas en mesure de parler de calme plat, force est de reconnaître que comparativement à un passé récent, on peut à juste titre se réjouir de l’accalmie qui prévaut ces temps-ci. Car le pays a connu des jours autrement plus tourmentés. Cette situation de relative paix, si on n’y prend garde, peut cependant se révéler trompeuse, car si de nomreuses difficultés se sont estompées, cela ne sgnifie pas qu’elles ont toutes disparu. Bien au contraire, certaines d’entre elles demeurent, vivaces, larvées et resteront toujours en l’état tant qu’on ne leur aura pas trouvé de solution définitive. L’entrée des troupes rwandaises dans la province congolaise du Nord-Kivu, le 20 janvier dernier, à l’invitation du président congolais Joseph Kabila, dans le but de poursuivre les rebelles des FDLR, avait surpris plus d’un. Mais elle avait aussi le don de consacrer l’heureux rapprochement de deux ennemis jurés qui, jusque-là, se regardaient en chiens de faïence.

Selon le porte-parole de l’armée rwandaise, les soldats de Kigali ont atteint leurs objectifs. Mais force est de reconnaître que les rebelles des FDLR n’ont pas été complètement annihilés. Car s’il est vrai que les militaires envoyés par Paul Kagamé pour aider l’armée congolaise ont permis de récupérer leurs quartiers généraux, une majorité des membres des rebelles rwandais reste encore au Congo. Et cela représente un motif sérieux d’inquiétude. La date du retrait des troupes de Kigali présentes en RDC constitue un autre problème. Les deux capitales ne semblent pas s’accorder sur le même chronogramme. Il faudra sans doute attendre la cérémonie du 25 février devant marquer un retrait prévu pour la fin du mois, pour en savoir un peu plus. Mais déjà, on s’interroge sur ce qui peut arriver si d’aventure les troupes rwandaises traînaient les pieds ou simplement décidaient de ne pas quitter le si riche territoire d’un "ami" au secours duquel elles ont volé avec tant de zèle et d’empressement. Les richesses du Congo étant toujours à profusion, les Rwandais sauront-ils résister à la tentation de se payer en or et en diamant ? Et c’est peut-être ce qu’avait anticipé entre autres choses, le président de l’Assemblée nationale congolais, Vital Kamerhe. Ce qui lui vaut d’ailleurs aujourd’hui d’être poussé à la démission, par nombre de ses détracteurs. Ses déclarations légalistes n’ont visiblement pas plu. Plus, ses propos, auxquels s’ajoute la mise en circulation d’une pétition visant la convocation d’une session extraordinaire pour en savoir un peu plus sur le quitus présidentiel ayant autorisé l’arrivée des Rwandais en territoire congolais, peuvent faire que la foudre lui tombe sur la tête. Il est désormais l’homme à abattre et on lui reproche tout et le reste. Son ambition est jugée "démesurée" et il chercherait à "humilier le chef de l’Etat". L’homme est désormais dans le collimateur des faucons du clan présidentiel. Et cela représente aussi un autre problème de taille pour le Congo. Car, à supposer que les caciques du parti présidentiel parviennent à avoir la tête de Kamerhe, ils devraient sans doute en tirer les conséquences. A deux ans des prochaines élections, un tel bouleversement politique ne serait pas dénué de risques sérieux pour la stabilité des partis politiques, des institutions et même du bon déroulement d’une démocratie qui, déjà, peine à voir le jour. Mais plus immédiats et sans doute plus brûlants sont les problèmes que suscitent les "cas" Laurent Nkunda et Bosco Ntaganda, tous les deux recherchés par la CPI, mais auxquels le président Kabila ne semble pas vouloir réserver le même traitement. Concernant le chef historique de la rébellion congolaise, Laurent Nkunda, qui, depuis 2004, défiait le pouvoir de Kinshasa, le président Joseph Kabila affirme avec force que l’homme arrêté le 22 janvier 2009, sera extradé. Et d’ajouter : "C’est un processus. On y travaille". Mais extradé où ? A Kinshasa ou à la Haye ? Au cas où Kabila déciderait de livrer son ennemi à la CPI, on se demande ce que penserait Kagamé qui a toujours été le mentor de l’ennemi du président congolais. Quant à Bosco Ntaganda, lui, bénéficie assurément du soutien absolu de son nouvel ami présidentiel. Chef d’Etat-major du CNDP passé dans le camp de Kinshasa, il est lui aussi sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI pour avoir enrôlé des enfants en 2002-2003 en Ituri, district voisin du Nord Kivu. Mais Kabila garde sans doute en mémoire que c’est le ralliement du numéro deux du CNDP qui a permis l’arrestation de la bête noire qui hantait le sommeil de plus d’un à Kinshasa. Devoir de reconnaissance oblige, il décide que l’arrestation de Bosco Ntaganda n’est pas à l’ordre du jour. Le chef de l’Etat choisit de ne pas y songer car "le choix est clair.

La paix et la sécurité du Nord Kivu passent avant toutes choses". Reste à savoir si le juge Luis Moreno-Ocampo et ses hommes l’entendent de cette oreille. On peut déjà présumer que non. On voit alors se profiler des embrouilles à l’horizon. Et au regard des difficultés réelles et des ramifications qu’elles ne manquent pas de créer, on se rend compte que la paix en RDC est plus apparente que réelle. La vraie, la définitive est à venir, et elle passe obligatoirement par une bonne et sereine résolution de toutes ces difficultés bien présentes et toutes aussi délicates à manier les unes que les autres. Pour ardue que se révèle la tâche, refuser de l’accomplir risque d’exposer le pays tout entier aux dangers de la désagrégation. Car cette relative accalmie dans la région peut s’apparenter à un mirage trompeur. Pire, elle peut s’avérer être le calme plat, trop plat, annonciateur d’une dangereuse tempête. Plus que jamais, la RDC a besoin qu’on lui porte secours. Elle recèle en ce moment tant de facteurs qui, utilisés avec soin, conduisent à cette paix dont on rêve depuis si longtemps au pays de Kabila. Mais ces mêmes éléments, manipulés sans le tact et la sérénité nécessaires, constituent des ingrédients dangereux dont le mauvais mélange peut conduire à un nouvel embrasement durable du pays et au-delà, de toute la région.

"Le Pays"

07 janvier 2009

DISSIDENCE DANS LA REBELLION CONGOLAISE : Une équation aux multiples inconnues

Article publié le 7 janvier 2009 (source: le pays)

Si l’iformation se confirme, la situation dans la région des Grands Lacs risque de connaître une nouvelle donne d’importance. Le chef rebelle Laurent Nkunda aurait été écarté de la direction du mouvement par ses propres combattants. D’anciens alliés du général lui auraient ravi le pouvoir. Un groupe d’officiers du CNDP a affirmé avoir démis de ses fonctions Laurent Nkunda pour "mauvaise gouvernance" et mauvais "leadership". 
Le communiqué porte la signature du chef d’Etat-major du CNDP, Bosco Ntaganda et du porte-parole de ce groupe d’officiers, Désiré Kamanzi. Peu après, un proche collaborateur de Nkunda affirmait que ce dernier était "toujours le chairman" mais n’indique rien de plus. Une situation pour le moins peu claire. Mais une chose est sûre, il y a du rififi du côté de la rébellion de Laurent Nkunda. Pareille nouvelle n’est pas à négliger. Au contraire, elle mérite qu’on s’y penche, tant elle est d’importance pour la paix en RDC et au-delà, pour toute la région. Plusieurs hypothèses pourraient expliquer la tentative de mise à l’écart du "chef" Nkunda. L’homme, et c’est un secret de polichinelle, a un parrain puissant, qui se révèle être à la fois son protecteur et son mentor : Paul Kagamé, qui l’a formé et éduqué à tous points de vue. Or le président rwandais est lui-même de parrainage américain. Un nouveau regard de Washington sur ce qui se passe dans la région peut conduire à une nouvelle attitude de Kagamé et se traduire par un lâchage du filleul Nkunda par son parrain. La méthode est purement américaine, et L’Oncle Sam l’a expérimentée à maintes occasions de par le passé. Une autre hypothèse est celle de la manifestation d’un véritable ras-le-bol exprimé par des lieutenants excédés tant par le tempérament excessif d’un chef impitoyable que par la longueur d’une guerre qui ne les honore pas et finit par les révolter. Ils auront alors décidé de changer de chef et peut-être de cap. Une autre possibilité serait qu’il s’agirait d’un subterfuge savamment ourdi par Laurent Nkunda lui-même qui, pour échapper aux foudres de la CPI, fomente un pseudo-"décagnotage" de sa propre personne à la tête de son propre mouvement. Mais l’hypothèse la plus plausible est peut-être celle du travail de sape qu’aurait organisé le régime de Kabila, qui aurait infiltré le mouvement de Nkunda, l’aurait soudoyé pour le saborder dans le but de l’affaiblir pour mieux l’abattre. Quelle que soit l’hypothèse retenue, une dissidence au sein du CNDP porte à n’en point douter un sérieux coup à l’image de sérénité affichée jusque-là par Laurent Nkunda. Les jours à venir situeront davantage sur les uns et les autres car les actes futurs des nouveaux dissidents feront sans doute découvrir un peu plus leur identité, leurs ambitions et éventuellement leurs alliés ou commanditaires. Mais là aussi, plusieurs hypothèses seraient à envisager. A supposer que cette dissidence résulte d’une habile manoeuvre de Nkunda dans le but de se faire oublier par la CPI, nul doute que le mouvement continuera sur son ancienne lancée, avec ses anciennes méthodes et ses traditionnelles exigences. De nouvelles difficultés en perspective pour le président Joseph Kabila. Mais à supposer que ce soit Kagamé qui, pressé par Washington, lâche son filleul Nkunda. La rébellion pourrait alors tendre vers une progressive modération. Un bon point peut-être pour le règlement à plus ou moins long terme du conflit avec Kinshasa. La plus mauvaise des hypothèses serait que la mésentente à l’intérieur du CND donne naissance à deux tendances, toutes deux ayant la même visée -abattre le régime de Kabila- mais ne s’accordant pas quant à la voie à suivre. Un tel scénario compliquerait sérieusement la tâche du président congolais qui ne saurait plus avec qui engager (ou poursuivre) les pourparlers. Si déjà Kinshasa peine à résister aux assauts d’un CNDP unique, qu’en serait-il si d’aventure ce mouvement devait se scinder en deux ? On l’aura compris, cette division au sein du mouvement rebelle apporte avec elle une nouvelle donne qui peut conduire à un règlement prochain d’un des plus vieux conflits sur le continent, mais qui, malheureusement aussi, peut susciter une aggravation de la situation actuelle déjà difficile. Et on se demande quelle sera l’attitude du principal intéressé lui-même. Nkunda ne s’est pas encore prononcé sur ce qui lui arrive, mais nul doute que ce rebelle endurci ne se laissera pas conduire à l’abattoir avec la docilité d’un agneau de sacrifice. De ce qu’il dira et fera peut dépendre, en bien ou en mal l’avenir du conflit dans la région, et de cela il en est certainement bien conscient. Tout le mystère réside dans ce qu’il mijote dans sa tête pour lui-même, pour le CNDP et pour la région des Grands Lacs. Voilà donc une donne qui constitue une nouvelle équation pour Kabila et son gouvernement, la République démocratique du Congo et l’ensemble des pays de cette zone du continent. Elle comporte des paramètres à ce jour inconnus. Et selon qu’ils basculent dans un sens ou dans l’autre, Kinshasa et nombre de ses voisins pourraient s’en frotter les mains ou au contraire, craindre des lendemains incertains. A moins que les dieux décident de faire enfin poindre une lueur de paix, lassés eux aussi de tant et tant d’années d’une guerre aussi dévastatrice qu’inutile qui aura cependant infligé soufrances et tourments plus que de raison. La RDC ne souhaite pas meilleur cadeau pour 2009.

 

"Le Pays"