19 décembre 2009

RWANDA

Quelle justice après le génocide ?


Jeune Afrique          19 décembre 2009

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), siégeant à Arusha, en Tanzanie, a tenu quantité de sessions pour juger ceux qui ont été considérés comme les responsables du génocide de 1994. Celles-ci ayant été filmées, on dispose aujourd’hui de plus de 30 000 heures d’images des procès.


Commémoration du génocide en 2007, à Kigali. Extrait du film Commémoration du génocide en 2007, à Kigali. Extrait du film "D'Arusha à Arusha"© DR




 

 

Le film de Christophe Gargot, D’Arusha à Arusha, ne se contente pas de profiter de ce matériau pour réaliser un simple documentaire à base d’archives. Car un tel projet aurait consisté à nous proposer de juger la justice internationale sans nous donner réellement les moyens de nous interroger sur sa nature – une « justice des vainqueurs », comme on l’a maintes fois dit à propos du Tribunal de Nuremberg ? Ni sur sa mission – créer une justice universelle chargée des crimes contre l’humanité ? –, ni sur la qualité de son fonctionnement – satisfaisant pour les victimes comme pour les accusés ?

 

Radio des Mille Collines


Christophe Gargot multiplie les angles et les points de vue et rend impossible toute compréhension réductrice du sujet. Il alterne les images fournies par les caméras du TPIR (installées au plafond) et celles qu’il a tournées lui-même (à hauteur d’homme) dans l’enceinte du tribunal. Il multiplie les séquences qui permettent de resituer l’objet des débats dans son contexte. Il diffuse, par exemple, des extraits des émissions haineuses de la tristement célèbre Radio des Mille Collines. Il se focalise sur des cas emblématiques, en particulier celui du colonel Bagosora, poursuivi comme le « cerveau » du génocide. Il montre en parallèle le fonctionnement de la cour d’Arusha et celui de la « justice populaire » (les fameux gacaca) devant laquelle comparaissent au Rwanda des hommes accusés d’avoir participé aux tueries, et confronte certains de ces hommes aux images du TPIR.

 

Ce film apparaît ainsi comme une exception dans le paysage très fourni des longs-métrages consacrés à la tragédie de 1994, qui font presque tous assaut de bons sentiments. Il traite avec aussi peu d’idées préconçues que possible les questions complexes que soulèvent le génocide et son traitement par la justice internationale : A-t-il été « planifié » ou seulement « préparé » ? La justice peut-elle faire émerger de ses débats une sorte de morale universelle ? Fait-elle une œuvre de réconciliation ou seulement de punition ? Que l’on sorte de la projection avec plus de questions que de réponses explique pourquoi ce film ne plaît guère aux institutions internationales ou gouvernementales concernées, qui estiment avoir tout résolu au mieux. Mais aussi pourquoi les spectateurs se sentent mieux informés.

10 décembre 2009

FRANCE - RWANDA

Bientôt un nouvel ambassadeur de France au Rwanda

 

Jeune Afrique          10 décembre 2009

 

Le Conseil des ministres a nommé mercredi un ambassadeur de France au Rwanda, dans la foulée de l'annonce il y a dix jours de la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, a rapporté le porte-parole du gouvernement Luc Chatel.


Le président rwandais Paul Kagamé

Le président rwandais Paul Kagamé© AFP

 

 


"Une proposition va être très prochainement faite aux autorités rwandaises", a-t-on précisé à l'Elysée sans donner le nom de cet ambassadeur, arguant qu'il devait encore obtenir le feu vert de Kigali avant d'entrer en fonctions.

 

La France et le Rwanda ont repris le 29 novembre leurs relations diplomatiques, rompues par Kigali fin 2006 après l'émission par la justice française de mandats d'arrêt visant des proches du président Paul Kagamé.

 

Ces personnalités sont soupçonnées d'être impliqués dans l'assassinat en avril 1994 de l'ex-président rwandais hutu, Juvénal Habyarimana, considéré comme l'élément déclencheur du génocide au Rwanda. Les massacres ont fait, selon l'ONU, au moins 800. 000 morts pour l'essentiel d'ethnie tutsie.

 

Ce rétablissement a été annoncé à la faveur d'une visite express à Kigali du secrétaire général de la présidence Claude Guéant et du conseiller de Nicolas Sarkozy chargé des questions africaines, André Parant.

01 décembre 2009

ENTREE DU RWANDA DANS LE COMMONWEALTH

Sérieuse alerte pour la francophonie

 

Le pays          01 décembre 2009

 

 

Le Président Kagamé du Rwanda a fait d’une pierre deux coups. En même temps que son pays faisait son entrée dans le Commonwealth, il renouait avec la France, après des années de brouille. Le rapprochement avec Londres traduit une certaine rancœur à l’égard de Paris. Mais c’est aussi une alerte pour la Francophonie. Elle doit voir dans ce départ de l’un des siens pour le camp anglo-saxon, le signe d’une sérieuse désaffection susceptible de faire des émules. Ceci, à l’orée de cinquante ans d’indépendance proclamée. Ainsi, Kagamé part tout en restant. En reprenant ses relations avec Paris, il fait preuve d’une grande habileté.

 

kagame1.jpgEn effet, si la rancœur est tenace, le chef de l’Etat rwandais donne cependant le sentiment de ne pas vouloir frustrer inutilement les Français. La diplomatie de Bernard Kouchner a donc fini par payer. La France est parvenue à sauver ses liens avec Kigali. Sans doute aura-t-il fallu le talent de diplomate mais surtout le sens des relations de l’intrépide homme de terrain qu’est Bernard Kouchner. Le ministre français des affaires étrangères est ainsi parvenu après force négociation à limiter les dégâts. On serait tenté de croire que les dernières arrestations de génocidaires rwandais à travers l’Occident, la relance des procès relatifs à ce dossier, ne sont pas étrangers à ce brusque réchauffement de liens entre Kigali, Londres et Paris. Mais ce serait une erreur de croire que le dossier du lourd contentieux franco-rwandais est clos.

 

Il est hors de doute que la forte personnalité du Président Kagamé a pesé de son poids dans ce qui apparaît aujourd’hui comme une revanche sur l’histoire. Celui qui n’a jamais digéré le fait colonial et néo-colonial français, doit se satisfaire de sa double victoire.

 

Le président Kagamé n’est pas n’importe qui : des reproches lui sont faits régulièrement pour non-respect des droits humains. Au plan de la démocratie républicaine, son pays accuse un certain retard. Mais les femmes y sont bien représentées dans les instances de prise de décisions et ces dernières années, le Rwanda a fait un bond prodigieux au plan du développement. Flegmatique et très déterminé, cet homme sait assurément où il va et comment mener ses troupes. Après avoir su monnayer son désir d’indépendance avec la France, le voilà qui profite de la vieille rivalité entre Anglais et Français pour se tirer d’affaire. Il n’ignore sans doute pas que cette rivalité peut tout aussi bien se muer en pacte circonstancié lorsque survient le partage d’intérêts communs. Sa forte personnalité joue pour l’instant en faveur du Rwanda.

 

Kagamé n’a jamais ouvertement pardonné à la France ses positions troubles et fourbes dans le conflit qui les a opposés, lui et les siens, au régime Habyarimana soutenu des années durant par le pouvoir français. Parvenu au pouvoir, le président rwandais, très nationaliste et critique, avait rapidement donné dos à un monde francophone qu’il juge vassalisé par la France ? Mais que serait donc la France sans la Francophonie, dans un monde ouvert et où la compétition devient chaque jour plus féroce ?

 

Les faiblesses de la France se révèlent de jour en jour et elle a du mal à convaincre les nouvelles générations d’Africains. Leurs regards se tournent désormais vers des horizons plus prometteurs d’autant que du côté de l’Hexagone les déceptions se multiplient : difficultés d’obtention des visas, mesures drastiques à l’endroit des immigrants, etc. Le recul de la langue française dans la communauté scientifique internationale, la pression multiforme du business international, ne sont pas non plus de nature à encourager le maintien des Africains dans l’espace francophone qui se résume à un club de politiciens complices. Rien d’étonnant que les jeunes du continent, dégoûtés du mal développement, tombent quotidiennement sous le charme d’autres appels du pied. Grâce à la magie de l’internet et à d’intenses activités de promotion, le camp anglo-saxon attire par la multiplicité de ses offres et les facilités qu’il fait miroiter aux jeunes. Les tentations sont bien grandes en dépit des critères prévalant à l’entrée au sein du Commonwealth.

 

Le départ pour le Commonwealth du Rwanda francophone devenu bilingue, constitue donc d’une certaine façon un désastre pour la France et sa Francophonie. Il peut faire des émules. En faisant son choix, le Rwanda qui sort d’une longue nuit de tourmente, fait ainsi preuve de vision. Il s’assume et affirme son indépendance. C’est un signal fort à ne pas négliger même si cela ne fait pas plaisir. Mais rarement on aura vu un Etat francophone tenir aussi tête à la France sans perdre des plumes.

 

Contrairement à la Francophonie qui est laxiste sur certains plans, le Commonwealth a ses critères et des valeurs à défendre. En y faisant son entrée, le Rwanda affirme son appartenance à un monde débarrassé de préjugés, de complexes et surtout empreint d’un minimum de souveraineté et de respect mutuel. Le camp anglo-saxon, sa langue, son respect de la culture des autres, son sens et son respect de la démocratie républicaine, son inventivité, forcent l’admiration. C’est un véritable choc pour un francophone que de se retrouver en milieu anglophone. Parfois même un choc terrible pour quiconque ne connaît pas un traître mot anglais. Le Burkina qui fait frontière avec un pays anglophone, le Ghana, en sait quelque chose. La multiplication des écoles bilingues au pays des Hommes intègres est en cela un signal fort.

 

L’Afrique francophone, comparativement aux pays anglophones d’Afrique, brille par son retard, presque sur tous les plans. Avec le départ du Rwanda, la Francophonie doit se livrer à une introspection sérieuse et sans complaisance. La mauvaise gestion de la démocratie et des ressources par des dirigeants cupides et bénéficiant du soutien de la France est à ce point déconcertante pour les jeunes générations qu’il ne faut pas exclure à terme d’éventuelles désaffections.

 

"Le pays"

26 septembre 2009

France / Rwanda Rose Kabuye à nouveau libre de ses mouvements

RFI         samedi 26 septembre 2009

 

Le contrôle judiciaire de Rose Kabuye, directrice du protocole du président rwandais Paul Kagame, inculpée dans l'enquête sur l'attentat contre l'avion du président Habyarimana en 1994, a été levé par un juge. Selon l’un de ses avocats, Mr Bernard Maingain, c’est grâce à sa conduite exemplaire que Rose Kabuye n’est plus placée sous contrôle judiciaire.


Rose-Kabuye-auteur-de-crimes-de-guerre-et-de-crimes-contre-l-humanite.jpgRose Kabuye est désormais libre de ses mouvements. Elle n’aura plus à rendre compte de ses déplacements au juge Marc Trévidic.

 

Le juge anti-terroriste fait confiance désormais à cette proche du président rwandais Paul Kagame, pour avoir répondu à toutes les convocations. Interpellée en Allemagne le 9 novembre dernier, elle a été transférée à Paris 10 jours plus tard, puis inculpée pour complicité d'assassinats et association de malfaiteurs, le tout en relation avec une entreprise terroriste.

 

Elle avait alors été placée sous contrôle judiciaire, une mesure qui lui interdisait de quitter la France sans autorisation et qui l'obligeait à répondre à toute nouvelle convocation des juges. Avec l’accord du juge d’instruction, elle a passé les fêtes de fin d’année 2008 au Rwanda, elle s’est présentée ensuite aux différentes convocations.

 

En tout, Rose Kabuye a été entendue à quatre reprises, la dernière fois c’était mardi 22 et mercredi 23 septembre. Mais la levée de son contrôle judiciaire ne signifie pas que l’instruction est terminée. Le mandat d'arrêt émis en novembre 2006 par le juge Jean-Louis Bruguière contre Rose Kabuye et huit autres cadres du FPR (Front patriotique rwandais) a provoqué la colère de Kigali. Dans la foulée, le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France.

27 janvier 2009

THOMAS LUBANGA FACE A LA CPI : Le procès des enfants soldats

Source: lepays.bf (article publié le 27 janvier 2009)

Décidément, 2009 n’augure rien de bon pour les seigneurs de guerre de la région des Grands lacs. Après Joseph Koni qui cherche désespérément où se mettre en lieu sûr, Laurent Nkunda, lâché par les siens et se livrant sans doute à quelques sombres méditations, voilà le milicien congolais Thomas Lubanga comparaissant devant la Cour pénale internationale de la Haye. L’homme est accusé de crimes de guerre pour avoir utilisé des enfants soldats. Il aurait enrôlé de force et fait combattre ces enfants de moins de 15 ans dans l’aile militaire de sa milice, l’Union des patriotes congolais (UPC), pendant la guerre civile d’Ituri à l’Est de la RDC, entre septembre 2002 et août 2003. Il suffit d’avoir visionné "Blood Diamonds" ou un autre film du genre pour se rendre compte de l’horreur d’un tel forfait. On y retrace la vie d’enfants innocents, transformée du jour au lendemain en un véritable enfer où la pitié le dispute à l’insoutenable. La question ne sera pas de savoir si la cause défendue par Lubanga est juste ou pas. On en est à se demander, légitimement, de quel droit Lubanga peut-il transformer des enfants d’autrui en de véritables machines à tuer, en violant leurs consciences fragiles et en leur détruisant à tout jamais l’espoir de bénéficier, eux aussi, d’une existence normale. Car enfin, ils ne sont en rien, ces enfants, redevables à Thomas Lubanga. Pourquoi alors tant de violences, pourquoi tant d’abus, pourquoi tant de destruction ? Il devrait d’ailleurs savoir, ce redoutable seigneur de guerre, que nulle cause, fût-elle des plus nobles, ne saurait justifier l’usage qu’il fait de pratiques si hautement immorales. On a quelquefois fait grief à la CPI de mener une justice du deux poids deux mesures, au motif qu’elle ne traquerait que des ressortissants de pays pauvres ou faibles. A tort ou à raison. Mais force est de reconnaître qu’ici, elle fait un excellent travail. Nul n’a le droit de pervertir l’existence de ces êtres faibles, fragiles et innocents que sont les enfants. Car non seulement on leur fait l’obligation de côtoyer la violence et la mort au quotidien, mais en plus on en fait de véritables inadaptés pour la société de demain. L’enfant est le père de l’homme, dit-on. Que sera dans une dizaine d’années l’adolescent déjà meurtrier aujourd’hui ? Il faut espérer que Luis Moreno-Ocampo et ses juges ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Le travail qu’ils abattent, loin de s’acharner sur un seul individu, vise à juste tite une pratique. Car il faut que cela serve d’exemple. A travers le continent africain, de nombreuses familles se sont retrouvées endeuillées et ont sombré dans le désespoir parce que leurs enfants leur ont été volés, violentés et forcés à se transformer en véritables petites bêtes humaines, semant mort et désolation et servant, à leur corps défendant, la cause d’un chef de guerre dont la cruauté n’a d’égale que la démesure de l’ambition. Ce sont aussi tous ces chefs de guerre, véritables prédateurs d’enfants qui sévissent un peu partout, que la CPI a le devoir de traquer, dans le but de les éradiquer. Aucune guerre n’est ni juste ni belle. Mais celle qui implique des enfants est sans doute la plus ignoble de toutes. Il est normal que la CPI sévisse, au nom de la morale. L’humanité ne saurait que lui en être reconnaissante.

Jean-Claude KONGO

26 janvier 2009

RDCONGO/RWANDA : Les mystères d’une réconciliation

Sourec: lepays.bf (Article publié le 26 janvier 2009)

Nkunda, mouton du sacrifice ou ruse de guerre ? Stratégie ou pas, le général-rebelle congolais semble avoir été lâché par les siens : les compagnons de lutte et même le parrain rwandais. Ces derniers sont comme agacés par la ténacité du leader longiligne dont la canne d’appui renvoie à l’image du "Roi-Léopard" Mobutu du Zaïre. Après des années de lutte acharnée mais sans succès véritable, ils ont décidé de se débarrasser de celui que la communauté internationale cherche à juger pour crimes contre l’humanité.

Kigali semble chercher à se dédouaner. Longtemps, la crise rwando-congolaise a permis à Paul Kagamé, le chef de l’Etat rwandais, de faire diversion. Exit donc les problèmes internes. Mais la Justice internationale harcèle constamment. On l’a vu récemment avec l’interpellation, par les magistrats français de Rose Kabuyé, chef du protocole d’État rwandais. En outre, les victimes de l’accession au pouvoir du Président Kagamé, tiennent à prendre leur revanche sur ceux qu’ils accusent d’avoir assassiné les deux chefs d’État du Rwanda et du Burundi. Un double drame à l’origine du génocide rwandais. Et si les génocidaires continuent d’être traqués, les tenants de l’ancien régime n’en démordent point : la Justice internationale doit demander des comptes au Président Kagamé. Celui-ci a des opposants dans les maquis congolais, mais aussi à travers le monde. Ils demandent que lumière soit faite sur le dossier. D’autres également exigent plus de démocratie à l’interne.

Par ailleurs, les données changent rapidement au plan international. Les alliés aussi. À Washington, Barack Obama se présente en "Monsieur Propre", avide de plus de transparence, de démocratie, de progrès et de justice. Il joue la carte de l’apaisement. Et pour beaucoup, il passe pour un messie venu sauver les pauvres, les opprimés et les désespérés. Les gouvernants lugubres, en particulier sur le continent, n’ont qu’à bien se tenir.

Obama que la planète entière a adopté, perturbe aussi le sommeil de nombreux dirigeants occidentaux. Rien d’étonnant à les voir courir d’un point de la terre à l’autre. Ils semblent avoir retrouvé les vertus de l’ouverture d’esprit, du dialogue et surtout les principes républicains longtemps torpillés sur l’autel de l’intérêt partisan. Ainsi, en est-il des anciens colonisateurs européens. Eux aussi, craignent la bourrasque du changement venant d’Amérique. Longtemps, ils auront profité des excès de Bush le belliqueux pour damer le pion à la Maison Blanche partout où ils le pouvaient. Sans scrupule, l’ex-chef de l’Exécutif américain, aura passé son temps à écorner l’image des Etats-Unis. Aujourd’hui, les choses se présentent autrement avec Obama l’Africain-Américain. Plus que George Bush-Condolezza Rice, le duo Barack Obama-Hilary Clinton voudra repositionner les Etats-Unis sur l’échiquier international. Mais il va falloir faire vite. L’Afrique, berceau du père du nouvel occupant de la Maison Blanche, ne sera sans doute pas négligée. Du moins, les peuples de ce continent longtemps meurtri, l’espèrent dans leur fort intérieur. La tornade Obama annonce des lendemains difficiles pour les dictateurs et les anti-démocrates indécrottables. Qu’ils soient au pouvoir ou pas. Elle perturbe aussi le sommeil de ceux qui ont toujours été leurs alliés et complices, et de tous les pécheurs en eaux troubles.

Sarkozy l’a vite compris. Comme voulant rompre avec sa "rupture" qui n’en a jamais été une, le patron de l’Élysée s’est résolu à venir sur le terrain donner un coup de pouce à la réconciliation rwando-congolaise. Ce n’est pas gratuit. Ses initiatives sont autant de cornes plantées dans le corps de l’ancien colonisateur belge. Ce dernier, après une léthargie due à des problèmes internes, se réveille peu à peu et cherche fébrilement à se réhabiliter aux yeux des acteurs politiques congolais. Les récentes négociations avec Kinshasa le confirment : Bruxelles, refuge de milliers de Congolais et de Rwandais, tient à réaffirmer sa présence dans le traitement des dossiers relatifs à la région. La fin des tiraillements n’est donc pas pour demain.

Les chassés-croisés soudains ne sont guère innocents : le Congo, ancienne possession de la famille royale belge, est immensément riche. Le drame rwandais lui, se conjugue avec l’enfermement dans des terres exiguës pour une population dont la densité a toujours posé problème. Chercherait-on à redessiner la carte de la région ? Quid alors des principes défendus par l’Organisation de l’unité africaine (OUA), puis l’Union africaine (UA), notamment le respect des frontières héritées de la colonisation ? Bush avait lui aussi tenté une telle opération au Proche-Orient. Aventure sans queue ni tête, elle avait piteusement échoué. En se faufilant entre Kigali et Kinshasa, Paris voudrait sans doute montrer son attachement à la région. Cela, longtemps après la mort de ses deux alliés inconditionnels : le Président Habyarimana, prédécesseur de Kagamé, et le Maréchal Mobutu du Zaïre. L’Hexagone tient à ramener au bercail francophone le rebelle Kagamé qui veut faire du Rwanda un pays bilingue à défaut de le rendre unilingue anglais. En contrepartie, le plan Sarkozy appuierait l’exploitation des richesses locales par les deux pays apparemment déterminés à en finir avec les rebelles rwandais enracinés dans la forêt congolaise. Mais à Kinshasa, ces retrouvailles ne sont pas du goût de tous les acteurs politiques. L’on s’inquiète de voir le Rwanda considéré hier comme agresseur, s’installer durablement en territoire congolais.

Des questions se posent également quant au sort qui attend les rebelles et les réfugiés rwandais qui n’ont rien à voir avec le génocide. Entre autres : quelle sécurité au retour ? Quelle réintégration éventuelle dans le paysage politique rwandais qui est loin d’être un exemple de démocratie ? Y aura-t-il un découpage territorial à leur profit à l’est de la RDC ? Dans un tel scénario, quel financement pour quelles catégories de citoyens, les populations autochtones étant également dans le besoin ? Que faire des démarches de la mission Obasandjo dépêchée par l’UA mais sévèrement critiquée de part et d’autre ?

Qu’adviendra-t-il de Nkunda ? Kigali a-t-il décidé de le sacrifier pour sauver sa tête, ou cherche-t-il plutôt à le soustraire de toutes poursuites ? L’homme a-t-il vraiment été lâché par Kagamé ? Sera-t-il oublié après tous ces services rendus au grand frère rwandais ? Encombrant, il est aussi précieux entre les mains de Kagamé : complice d’hier, témoin d’aujourd’hui, il doit peser lourd dans les négociations en cours. Le retournement de situation auquel l’on assiste le montre bien : l’imbroglio congolo-rwandais est loin d’avoir dit son dernier mot.

"Le Pays"

24 janvier 2009

RD Congo / Rwanda : Arrestation de Laurent Nkunda, une aubaine pour Paul Kagame ?

Source : RFI (Article publié le 24 janvier 2009)

Laurent Nkunda le chef des rebelles du Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) a été arrêté par les soldats rwandais. Il se trouverait actuellement en résidence surveillée, au Rwanda. C'est un revirement de position inédit de Kigali. Quels sont les bénéfices que tire le président rwandais de cette affaire ?
Le président rwandais Paul Kagame.(Photo : AFP)

Le président rwandais Paul Kagame.
(Photo : AFP)

Paul Kagame espère après cette opération menée tambour battant éteindre le feu des critiques qui monte contre son régime depuis quelques mois.

A la fin de l'année dernière l'ONU a jeté un pavé dans la mare en publiant un rapport accablant sur le soutien rwandais aux rebelles du CNDP et sur l'exploitation illégale des ressources notamment les ressources minières du Kivu.

Exaspérés, les bailleurs de fonds très généreux à l'égard du gouvernement rwandais ont menacé de fermer le robinet, y compris le Royaume-Uni jusque-là fervent partisan de Kigali.

Effet inverse

En imposant la reddition de la rébellion et en arrêtant Laurent Nkunda, Paul Kagamé démontre à la communauté internationale qu'il est un faiseur de paix, un pacificateur. Reste à savoir si ce plan suffira.

En tout cas, cette opération contre le CNDP et son chef risque de desservir Paul Kagame. L’impacte et les effets sur la communauté rwandophone congolaise mais également sur celle du Rwanda vont laisser des traces durables.

Cette affaire devrait peut-être inciter les Congolais parfois promptes à stigmatiser les connivences ethniques à comprendre que les intérêts politiques de leurs dirigeants tiennent rarement compte de ceux de leur peuple.

05 août 2008

Génocide rwandais: Rapport accablant pour la France


par RFI (Article publié le 05 août 2008)

Le ministre rwandais de la Justice, Tharcisse Karugarama, a présenté à la presse, mardi 5 août, le rapport de la commission d'enquête sur l'implication de l'Etat français dans le génocide de 1994.( Photo : S. Maupas/RFI )

Le ministre rwandais de la Justice, Tharcisse Karugarama, a présenté à la presse, mardi 5 août, le rapport de la commission d'enquête sur l'implication de l'Etat français dans le génocide de 1994.
( Photo : S. Maupas/RFI )

Voilà des mois que le Rwanda annonçait la publication prochaine du rapport de la commission chargée d'enquêter sur l'implication de l'Etat français dans le génocide de 1994. Le rapport de 500 pages, qui vient d'être officiellement rendu public, avait été remis au président Paul Kagamé en novembre dernier. Il a été transmis au ministre rwandais de la Justice et il est accablant. D'après les conclusions de celui-ci, la France aurait participé aux initiatives les plus importantes de préparation du génocide et, surtout, elle aurait participé à sa mise à exécution. Le gouvernement français n’a pas encore reçu officiellement de copie de ce rapport.

La commission était chargée de rassembler « les preuves montrant l'implication de l'Etat français dans le génocide ». C'est donc ce qu'elle a fait durant les dix-huit mois qu'ont duré ses travaux. Le rapport remis ce mardi au ministre rwandais de la Justice est un pavé de 500 pages qui analyse le rôle de la France avant, pendant et après le génocide. D'après nos informations, pour la période de 1990 à 1993, le rapport dénonce, premièrement, une participation directe aux côtés de l'armée rwandaise, aux combats qui l'opposaient alors à la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR).

Les militaires français sont également accusés d'avoir participé à la formation des milices interahamwe, puis contribué à l'établissement des listes de Tutsis, et participé à la ségrégation ethnique, notamment lors de contrôles d'identité sur les barrages. Des faits de viols et de mauvais traitements sont aussi avancés. En conclusion : la France savait qu'un génocide se préparait et elle aidait le gouvernement d'Habyarimana à le mettre en œuvre.

Plainte contre l'Etat français

Plus graves encore sont les accusations sur l'implication directe de la France. Le rapport dénonce l'appui militaire des Français et les livraisons d'armes pendant le génocide, puis s'attache au rôle de l'opération Turquoise. Selon le rapport, des militaires français auraient participé aux assassinats de Tutsis, notamment à Gikongoro, l'un des QG de l'opération militaro-humanitaire.

Enfin, selon les Rwandais, la France aurait continué à appuyer les pontes du régime génocidaire en exil en République démocratique du Congo avec, entre autres, de nouvelles livraisons d'armes. En conclusion la commission recommande au gouvernement rwandais de porter plainte contre l'Etat français devant les instances judiciaires internationales : le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) Selon Tharcisse Karugarama, Ministre rwandais de la Justice, « il sera souhaitable que les gens cités, s'il y a la preuve qu'ils ont participé au génocide, aux préparatifs, à l'exécution, soient traduits devant les instances judiciaires, que ce soit au Rwanda, en France ou au TPIR. »


A Paris, le ministère de la Défense a renvoyé à sa position exprimée dès le 9 février 2007 dans un communiqué, déniant « impartialité » et « légitimité » à la commission d'enquête rwandaise. « La France assume pleinement son action au Rwanda en 1994 et notamment celle de ses forces armées. Elle soutient sans réserve l'action de la justice pénale internationale et s'en remet à son appréciation conformément aux exigences légitimes de l'État de droit », déclarait à l'époque le ministère français dans ce communiqué.

Le génocide rwandais a fait, selon les Nations unies, environ 800 000 morts, parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés. Kigali a rompu fin novembre 2006 ses relations diplomatiques avec Paris après que le juge français Jean-Louis Bruguière eut réclamé des poursuites contre le président Kagamé pour sa « participation présumée » à l'attentat contre l'avion de l'ex-président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, qui a précédé le déclenchement du génocide.