16 décembre 2009
FRONDE DE L’OPPOSITION SENEGALAISE
L’Afrique interpellée
Le continent africain est coutumier de certains vilains faits. Qu’un parti majoritaire et une coalition de l’opposition se trouvent presque à couteaux tirés, à l’approche de décisives élections, ne choque presque plus grand monde dans une Afrique qui, dans le domaine, en a vu des vertes et des pas mûres. Mais lorsqu’il s’agit d’un pays comme le Sénégal qui s’est tout de même bâti une solide réputation de pays à fort socle démocratique, cela donne certainement à réfléchir et partant interpelle un continent entier qui, décidément, découvre de plus en plus qu’il a bien mal à sa démocratie.

Au Sénégal, les concertations sur la réforme du Code électoral se trouvent en ces moments grippées. Et pour cause. Le retour des plénipotentiaires de la coalition Bennoo Siggil Senegaal à la table desdites concertations est assujetti au respect de conditions prises par la conférence des leaders de l’opposition. Les représentants de l’opposition avaient claqué la porte à cause de certains points essentiels que la mouvance présidentielle avait choisi d’imposer et qui devraient donc s’appliquer à la présidentielle à venir. Ils se résument en :
. un écourtement de la durée de la campagne électorale de 21 à 15 jours ;
. une interdiction faite à la presse de donner les résultats des élections avant 22h ;
. un prolongement du scrutin jusqu’à 22h.
Bennoo Siggil Senegaal les refuse tout net et choisit de claquer la porte. Au-delà du refus manifeste de l’opposition sénégalaise pour des raisons qu’elle maîtrise sans doute, c’est la politique de la chaise vide qui interpelle. Tout comme au-delà du pays de la Téranga, il convient d’analyser le phénomène désormais récurrent sur l’ensemble du continent africain. La réforme du Code électoral est plus qu’essentielle à la bonne tenue d’élections saines et démocratiques sur le continent. Personne ne peut le contester sérieusement. Les fraudes les plus significatives commencent d’ailleurs par la mainmise frauduleuse opérée sur le fichier électoral, c’est bien connu.
C’est bien la raison pour laquelle, pour une élection de l’importance de celle qui est prévue pour se tenir en 2012 au pays de la Téranga, tout le monde, majorité comme opposition, ouvre l’œil et surveille les faits et moindres gestes de l’adversaire politique. L’opposition sénégalaise voit dans les mesures de la mouvance présidentielle, de nouvelles stratégies qui constituent autant de tuyaux pour réussir des fraudes massives. Elles viennent après d’autres manœuvres, au nombre desquelles le décagnotage de Macky Sall de l’Assemblée nationale ainsi que la « démission » de Moussa Touré de la Cena.
Soit. Mais l’opposition doit-elle pour autant opter pour la voie du boycott du processus ? A-t-elle pour autant raison d’appliquer la politique de la chaise vide ? Rien de moins sûr. Et ce, pour plusieurs raisons. Nous sommes en Afrique, dans un continent où bon nombre de chefs-d’Etat ne se préoccupent pas de considérations d’éthique pour se maintenir sur le fauteuil présidentiel que beaucoup d’entre eux ont fini par confondre avec un trône que leur aurait légué un bien généreux aïeul. La symbolique que devrait représenter le départ de l’opposant mécontent et qui a pour vocation de donner à réfléchir plus, à ramener les dirigeants injustes et iniques sur la bonne voie de la sagesse et de la raison, cette symbolique-là ne paie pas forcément sur le continent noir. Et plus que triste, la chose est malheureuse.
Quitter la table des négociations, si cela démontre à souhait à quel point on refuse de cautionner un processus que d’autres ont choisi de biaiser, de piper dès le départ, ne change pas forcément la mentalité d’hommes assoiffés et accrochés à un pouvoir qu’ils espèrent garder pour toute la vie, et tant pis pour ceux qui ne sont pas contents. Les exemples existent à profusion sur ce continent africain où des boycotts d’élections de toutes sortes n’ont produit pour unique effet que d’ouvrir un large boulevard au seul candidat en lice. Il se fera élire sur la plus petite des marges, avec le score le plus insignifiant qui soit, mais au final, c’est lui qui aura remporté la course, en toute légalité en plus, tandis que les boycotteurs n’auront plus que leurs yeux pour pleurer. Désespérant à fendre le cœur, sans doute, mais c’est cela aussi la réalité qui se vit sur le continent.
On comprend toute la rancœur qui vous anime lorsqu’on vous a volé une victoire, en l’occurrence, celle des urnes, qui est censée représenter le choix d’un peuple. On saisit toute la frustration qui s’empare de celui qui sent fort justement qu’il a été battu à la « déloyale ». Et on comprend volontiers qu’un opposant refuse d’aller à un jeu où tous les dés sont pipés à l’avance. Mais les opposants africains qui rêvent de faire mieux que ceux qu’ils souhaitent remplacer à la tête des Etats, se devront de s’inscrire dans la logique d’un plus grand patriotisme. De même qu’ils se devront d’éviter de céder au découragement. Ils ont pour obligation d’aller au processus, dussent-ils en dénoncer les iniquités et les pièges tendus. L’accepter et le faire suppose beaucoup de courage, de persévérance et d’amour pour la patrie. Mais ont-ils vraiment le choix, s’ils s’inscrivent dans la logique d’un patriotisme sincère ?
Il est plus que clair que l’opposition dans son ensemble souffre le martyre sur le continent africain, confrontée qu’elle est, à des pontes en place qui font feu de tous bois pour ne pas bouger d’un iota, bien sûr, mais obligée qu’elle est aussi, de souffrir les désagréments des inévitables fraudes électorales, les innommables dégâts que causent l’analphabétisme et l’illettrisme, sans compter sa propre indigence financière désormais légendaire et dont elle peine depuis toujours à se remettre. Mais il faudra tout de même aller au processus. La persévérance devra un jour aboutir sur du bon. Alors, le rôle d’opposant en terre africaine ? Un tonneau des danaïdes ? Peut-être bien. Mais certainement aussi une vocation ardue, mais noble sans laquelle l’idéal de bonne gouvernance et de démocratie auquel rêvent de nombreux Africains aujourd’hui, n’aurait aucune chance de se réaliser un jour. Les vrais démocrates ont le devoir de sauver ce continent en vue de le confier aux générations futures. Et pour cela, il leur faudra savoir se battre.
"Le Pays"
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04 décembre 2009
DEMISSION DU PRESIDENT DE LA CENA AU SENEGAL
Que manigance Wade ?
Exit Moustapha Touré. Il ne sera pas parti de son plein gré, mais plutôt contraint à la démission par le président Abdoulaye Wade. « Je vous ai fait venir pour vous demander de démissionner de vos fonctions », aurait annoncé Gorgui au désormais ex-président de la CENA, au cours de l’audience qu’il lui a accordée dans la première semaine de novembre. Et d’ajouter, menaçant : « Si vous refusez, j’ai les moyens de vous y contraindre ». Touré hésitera un temps, mais la pression de sa famille et de ses amis aura finalement raison de ses réticences. Il s’en va donc, renvoyé comme un malpropre, par le Maître des lieux, alors que le mandat en cours qu’il détenait devait le garder à la tête de l’institution jusqu’en 2011. Et la vie continue au pays de la Téranga.
Un autre coup d’éclat de Gorgui, sans doute, qui vient s’ajouter à la liste déjà longue d’autres hauts faits du genre. Pas de doute là-dessus, Wade a bel et bien commencé les manœuvres pour la présidentielle de 2012. Après avoir « décagnoté » Macky Sall de la présidence de l’Assemblée nationale, et sonné le rassemblement de la famille politique du PDS, il pousse à présent le président de la Commission électorale nationale vers la sortie, démontrant au passage que ladite institution, parue sous le prisme Wade n’a d’indépendant que le nom. Car lorsqu’on se rend compte de l’importance que représente pareille institution dans l’organisation ainsi que la tenue des élections dans les pays africains, on perçoit pleinement ce qu’une telle démission cavalière recèle de non-dit, ainsi que l’importance qu’elle peut revêtir pour la suite de l’avenir politique au Sénégal.
De toute évidence, Maître Wade aura retiré son fauteuil au président de la CENA, dans le but certain mais inavoué de reprendre en main une institution dont il veut, à n’en point douter, pleine dévotion et entière soumission. Il ne manque pas de justifications pour cela. La présidentielle est pour 2012, autant dire à portée de main. En outre, le Maître n’a pas vraiment oublié la débâcle du PDS aux élections municipales de mars 2009. Et il ne tient pas du tout à ce que le scrutin à venir connaisse la bérézina du passé. Il se donne alors sans doute les moyens adéquats pour parvenir à ses fins.
Mais, ce faisant, le président sénégalais se révèle inégalant et finit d’administrer la preuve qu’il est prêt à faire feu de tout bois pour remporter la présidentielle de 2012. Car il faut le reconnaître, avoir la mainmise sur une commission qui a charge d’organiser les élections, si ce n’est pas déjà avoir la certitude de remporter une victoire programmée, mais cela y contribue et grandement. On se rend compte avec quel acharnement Wade tient à remporter son troisième mandat à la tête de l’Etat sénégalais. Mais on espérait tout de même un peu que malgré tout, il saurait mettre la forme dans certaines de ses manigances. Car, au final, outre que la mesure irrite l’opposition au plus haut point, elle jette encore le pays tout entier dans un désordre malsain qui n’augure pas de la tenue d’un scrutin sain.
Et on ne peut non plus manquer d’y voir un indice de plus que sous Wade, le Sénégal aura décidément bien perdu de son aura de « pays démocratique » dans la sous- région, voire sur le continent africain dans son ensemble. Ni Senghor, ni Diouf (qui sont restés bien plus longtemps que lui à la tête de l’Etat) ne se seront permis les dérives autoritaires et anti démocratiques que Gorgui aura donné aux Sénégalais de voir, et cela alors qu’il tient les rennes du pays depuis neuf ans seulement. Les médias sénégalais auront souffert le martyre sous lui. Ironie du sort, ce sont ces mêmes médias qui auront grandement contribué à faire élire Gorgui, en mars 2000.
Des hommes politiques seront humiliés, renvoyés sans ménagement. Certains parmi eux durent goûter aux rigueurs de Rebeuss, et cela, pour délit de divergence d’opinion, ou, plus grave, pour avoir voulu faire ombrage à Karim, le désormais tout-puissant fils du Père. Et, selon toute vraisemblance, Wade ne semble pas vouloir s’en arrêter là. Se faire élire à la présidentielle de 2012 lui apparaît comme la consécration de la vie d’un homme longtemps resté dans l’opposition mais qui, à présent, tient fermement les commandes d’un pouvoir qu’il ne lâchera pour rien au monde. Et tant pis pour ceux qui pleurnichent parce que la démocratie recule au pays de la Téranga. Idem pour ceux qui se soucient déjà de l’après Wade. Le « candidat naturel » du PDS est en marche vers 2012 et tel le pachyderme des savanes, entend tout bousculer sur son passage. Les omelettes, il les fera, dût-il pour cela avoir obligation de casser des œufs.
Fort heureusement, il aura en face de lui, un pays dont le peuple est doté d’une maturité politique certaine et avérée. Il l’aura d’ailleurs à maintes et maintes reprises, déjà manifestée. Et c’est bien cette caractéristique sénégalaise qui, aujourd’hui, peut sauver le pays de la Téranga. Elle se présente aujourd’hui comme le dernier et précieux rempart contre les dérives de Gorgui. Au vu de ce qui se prépare, il n’est pas saugrenu de penser que Maître Wade n’est pas aussi certain qu’il le prétend de pouvoir s’assurer une victoire à la régulière et sans coup férir. Il n’est pas sûr non plus qu’il refuserait d’avoir recours à l’arme fatale des fraudes pour ramener à lui une victoire qui aurait tendance à lui échapper en 2012.
Gageons que ce peuple sénégalais saura lui donner la réplique qui convient, en temps opportun. Et que, ce faisant, il redorera le blason d’une démocratie sénégalaise qui a bien perdu de son lustre d’antan et peine à luire, tant elle est entachée de bourdes, de dérives, d’initiatives très floues et décidément autocratiques.
"Le Pays"
08:44 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sénégal, abdoulaye wade
14 novembre 2009
Conflit en Casamance : un commandant du MFDC témoigne
Jeune Afrique 14 novembre 2009
Cinq ans après la signature de l’accord de paix entre l’Etat et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), le conflit continue de hanter le sommeil des habitants du sud du Sénégal.
Les hostilités ont repris cet été en Casamance© AFP Après la relative accalmie observée depuis décembre 2004, les hostilités ont repris cet été en Casamance. En juin, des véhicules militaires ont été saccagés. En septembre, des soldats ont ouvert le feu sur des « rebelles ». En octobre, il y a eu un ratissage de l’armée dans le département de Bignona. Peu après six militaires ont péri dans une attaque à la roquette organisée par les éléments supposés appartenir au MFDC. Dans le même temps, les braquages, dans lesquels des civils ont trouvé la mort, se sont multipliés. Pour faire face à cette montée de violence, l'armée a renforcé ses effectifs dans la région.
« C’est un conflit qui ne veut rien dire », a déclaré un commandant du MFDC « repenti » à Jeune Afrique, qui publie le 15 novembre le reportage « Casamance ni guerre ni paix ». Le témoignage de ce responsable a été recueilli fin octobre à Ziguinchor et nous le publions sans nom ni photo, pour respecter son anonymat.
« En 1986, j'avais 17 ans. Un jour, à la sortie de l'école à Ziguinchor, j'ai été approché par des gens du MFDC. Ils ont dit qu'ils avaient besoin de jeunes pour prendre la relève et continuer la lutte pour l'indépendance pour un avenir meilleur pour la Casamance. Quelques camarades de mon âge et moi-même étions emballés à l'idée de faire quelque chose pour nous et nos familles alors nous sommes partis avec eux vers la frontière de la Guinée-Bissau, dans un camp commandé par Sidy Badji. Mes parents ne m'ont jamais rien dit. Ni lorsque je venais en permission ni quand je suis rentré définitivement il y a trois mois. Les gens ont peur de parler de ça.
Au camp, la vie était dure. On chassait pour manger et sur le plan sanitaire il n'y avait rien. Mais on a reçu une vraie formation militaire avec des instructeurs qui étaient des retraités de l'armée. On a appris la stratégie et la tactique militaires. On avait aussi des cours de discipline. J'ai d'abord été simple combattant, puis chef de section et quand j'ai arrêté, j'étais commandant de compagnie.
Depuis longtemps j'avais envie de sortir, mais c'est dangereux. Au maquis on risque des représailles. En ville on peut être arrêté. Mais, un jour un ancien combattant que je connaissais m'a parlé d'une ONG qui aide à se réinsérer. J'ai gâché ma vie dans le maquis, mais je ne savais pas comment faire pour m'en sortir. Au début je m'étais engagé pour l'indépendance, mais maintenant je ne veux plus en parler. 22 ans, ce n'est pas deux jours, ce n'est pas deux ans.
Personnellement, j'ai participé à des attaques. Mais je n'étais ni saoul ni drogué car on nous interdit ça. On s'est aussi entretué entre nous, entre membres du MFDC dans les années 1986 à cause du problème de Salif Sadio. De nos jours, il y a parfois des bagarres parce que les gens n'ont pas forcément la même façon de voir les choses, mais il n'y a plus de tueries. La vie au camp est organisée. Tous les deux mois, il y a même des rencontres avec César Badiate. On parle de la situation. Il est calme, sympa. Il veut le dialogue avec l'Etat. »
Pour en savoir plus : lire le reportage « Casamance ni guerre ni paix » dans Jeune Afrique, en vente à partir du 15 novembre 2009.
12:16 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : casamance, sénégal
07 novembre 2009
Affaire Segura : manifestation pour exiger le départ de Wade
Jeune Afrique 07 novembre 2009
Plusieurs milliers de Sénégalais ont manifesté, vendredi à Dakar, à l'appel de l'opposition, pour "demander la démission" du chef de l'Etat Abdoulaye Wade, présenté comme "le président corrupteur" depuis l'affaire des 133. 000 euros offerts à un agent du FMI, a constaté l'AFP.
Wade est vivement critiqué depuis l'affaire des 133. 000 euros offerts à un agent du FMI© AFP
En tête du défilé, un manifestant portait sur la tête une valise estampillée "Alex Segura", du nom du représentant du Fonds monétaire international (FMI) auquel la présidence avait remis "100. 000 euros et 50. 000 dollars", selon le FMI.
Le chef de l'Etat avait expliqué que son aide de camp s'était "trompé sur la somme" à donner au fonctionnaire en guise de traditionnel "cadeau" d'adieu.
"Na dem" ("qu'il parte", en langue ouolof) était le nouveau slogan de cette manifestation organisée par la coalition d'opposition Benno Siggil Senegaal ("S'unir pour un Sénégal debout"), qui avait remporté les élections locales de mars dans plusieurs grandes villes, dont la capitale, Dakar.
Pétition pour la démission de Wade
Portant des vêtements ou des brassards rouges, couleur de la contestation, des militants faisaient signer "une pétition pour la démission" du président. Dans son texte intitulé "10 raisons pour faire partir Wade", l'opposition avait placé en premier "mal gouvernance au quotidien : un président corrupteur".
Sur une pancarte, un manifestant demandait "des éclaircissements sur l'Anoci", agence nationale présidée par le fils du président, Karim Wade, dont la gestion avait été très contestée dans un récent livre d'enquête.
Mais les mères de familles, venues en nombre, se plaignaient surtout que "tout soit si cher", "qu'on ne puisse plus faire trois repas par jour" ou "qu'autant de jeunes soient au chômage".
Deux jours plus tôt, le président Wade, âgé de 83 ans et au pouvoir depuis 2000, s'était déclaré sûr d'être réélu en 2012, sans même avoir besoin de faire campagne.
"Le Sénégal n'est pas une république bananière"
L'opposant Abdoulaye Bathily (Ligue démocratique) a au contraire estimé que cette manifestation marquait "le début de la fin" pour le régime, en déclarant : "ces mêmes jeunes qui avaient porté Wade au pouvoir en 2000 sont aujourd'hui dans la rue pour exiger sa démission".
"Wade veut instituer un régime monarchique, il veut installer son fils à la tête du pays, mais le Sénégal n'est pas une république bananière", a protesté M. Bathily devant la presse.
Le maire de Dakar, Khalifa Sall (Parti socialiste), a assuré que "10. 000 à 15. 000 personnes" étaient dans la rue, tout en appelant à amplifier la mobilisation. "Depuis longtemps, on n'avait pas bougé. Ce coup d'essai est un coup de maître", a-t-il néanmoins estimé.
Des femmes brandissaient le portrait d'un dirigeant de l'opposition absent, l'ex-Premier ministre (2004-2007) Macky Sall. Le secrétaire général du PS, Ousmane Tanor Dieng, ne participait pas non plus au rassemblement.
09:40 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sénégal, abdoulaye wade, affaire segura
28 octobre 2009
SENEGAL – FMI : Une valise pas du tout diplomatique
Et revoilà que l’affaire de la valise d’argent qu’un quidam aurait remise à l’ancien représentant du FMI au pays de la Téranga refait surface. Elle risque de faire des gorges chaudes de manière très particulière dans les gargotes dakaroises et ce, pour au moins deux raisons : le montant du cadeau remis à Alex Segura est désormais connu et l’entourage de Maître Wade essaie de justifier ce qui apparaît aux yeux de plus d’un, comme de la "corruption". L’affaire risque de prendre des proportions insoupçonnées. Et ce n’est pas le Directeur du FMI qui le niera, lui qui vient de demander par écrit au président sénégalais de fournir des explications sur son implication, dans la tentative de corruption dont a été victime le représentant du Fonds à Dakar, l’Espagnol Alex Segura.

Voilà donc une mallette pleine de fric qui explose et risque de faire des victimes. A vrai dire, ce sont à la fois, le chef de l’Etat sénégalais lui-même, le fonctionnaire international espagnol et l’image même du pays de la Téranga qui risquent de prendre un sérieux coup, dans cette affaire, au bas mot, diplomatiquement incorrecte.
Si du côté de la présidence on évoque "un cadeau traditionnel d’adieu" remis à un diplomate en fin de mission pour lui permettre "d’acheter des cadeaux" qui feraient le bonheur des siens, la somme qui se trouvait à l’intérieur de la valise cadenassée est bien exorbitante : 133 000 euros, ce n’est pas quelques misérables billets de malheureux Francs CFA dévalués, et il est légitime de se demander si le pays de la Téranga pour légendaire que soient son hospitalité et son amour de l’étranger, peut vraiment se permettre d’offrir des cadeaux d’un tel luxe. Surtout au moment même où ses populations se trouvent frappées par les récentes pluies diluviennes qui ont sinistré une bonne partie de l’Afrique occidentale, et alors que les délestages intempestifs de la Sénélec privent une grande partie des sénégalais de la capitale, d’électricité, et pour certains d’entre eux, de leur pitance quotidienne. A y voir de près, le cadeau fait au diplomate, à supposer que sa visée finale n’était pas de faire "coincer" Segura par ses chefs, n’était pas loin du cheval de Troie. Il se révèle à présent bien encombrant et même empoisonné : pour celui qui le reçoit mais aussi pour celui qui l’a envoyé. Et l’affaire est bien embarrassante pour tous. Et la toute dernière déclaration de Maître Wade, qui vient après des semaines passées à s’emmurer dans un silence que certains qualifient de coupable, sonne comme un aveu.
C’est une pratique presque de bonne guerre que des dirigeants cherchent à s’attirer les bonnes grâces de certains "grands" qui ont voix au chapitre dans ces instances internationales qui détiennent les cordons de la bourse. Il est toujours bon, lorsqu’on est un pays du tiers monde, d’avoir un "ami" en haut lieu qui vous protège, introduit et soutient votre dossier en temps opportun. Surtout lorsque cet ami, le temps de son mandat chez vous ne s’est pas montré particulièrement tendre, et a dénoncé ce qui devait l’être, avec rigueur, sans avoir « peur de l’œil ». Un ami de cette trempe, il vaut toujours mieux l’avoir pour soi, que contre soi, surtout au moment où il s’en retourne à sa maison mère. Une fois de plus, la pratique du petit don est plus que monnaie courante, dans des cas du genre, mais il faut quand même savoir rester dans la mesure en respectant les normes et les formes. La somme est colossale pour le service espéré. Mais peut-être aussi que le président Wade s’est trompé sur la personne de son destinataire. Ou en tout cas, quelque part il a manqué de lucidité ou de baraka. Car rien ne dit qu’un représentant du FMI, autre que Segura, aurait ébruité l’affaire. Et le tour aurait été joué. Et Wade aurait sans doute eu "son homme" en tout haut lieu, dans le saint des saints du FMI. En lieu et place de tout cela, on aura assisté au triste dénouement d’un coup foireux qui ternit, et l’image du Sénégal et celle de l’instance financière mondiale.
Le président Wade, à l’instar de bon nombre de dirigeants africains qui rêvent de mettre certains décideurs dans leur poche, aurait sans doute dû se souvenir que le FMI a ses lois. La meilleure façon d’y voir sa requête exaucée est le simple respect de la bonne gouvernance ainsi que la gestion sans complaisance des ressources financières dont on a la charge. Les lobbies et autres hommes de main qui usent de contours souterrains pour parvenir à leurs fins, en plus de sortir du cercle de l’éthique recommandable même en politique, ne s’avèrent pas toujours payants. Bien plus, il arrive qu’ils "versent votre figure par terre". Par maladresse ou par incompétence. En tout état de cause, les instances internationales par précaution se munissent de garde-fous qui veillent sur la probité morale de leurs agents : les commissions d’éthique. Juste au cas où…
Reste à savoir à présent ce que renfermera le contenu de la lettre d’explication que Dominique Strauss-Kahn demande au président sénégalais, et quelle décision l’instance financière mondiale décidera de prendre pour mettre un terme à cette affaire de mallette peu diplomatique et décidément à double fond. Gorgui a cependant un atout, au moment où il prépare sa défense : il peut déjà se convaincre que l’argument du "cadeau traditionnel d’adieu" , ne convainc personne.
"Le Pays"
09:04 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sénégal, abdoulaye wade
07 octobre 2009
Sénégal : Galaxie Wade contre Benoo Siggil
L'observateur paalga 07 octobre 2009
En cette fin de septembre 2009, marquée par la canicule au Sénégal, la conjoncture politico-sociale oscille entre la présidentielle de 2012 (déjà !), la polémique sur les comptes de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (ANOCI), si ce n’est le drame du joola et le sac qu’ont subi les locaux du groupe de presse Walfadjiri.
« Si Dieu me prête longue vie, la bonne santé et tous mes esprits, je serai candidat en 2012 », lâchait le président Abdoulaye Wade en ce début septembre pour mettre sans doute fin aux guerres de positionnement que se livrent ses fils biologique et spirituels. Et, connaissant la constitution physique de l’enfant de Kébémer, né le 29 mai 1926, « un cas pathologique de bonne santé », de l’avis de certains médecins, (propre d’ailleurs à la famille, son frère aîné Moustapha est mort presque centenaire), beaucoup de Sénégalais ne doutent pas que, dans 3 ans, l’artisan de l’alternance en 2000 pourra succéder à lui-même pour un troisième mandat.
Wade a oublié et rangé au placard, depuis longtemps, cette promesse, faite à ses amis politiques d’alors, les Abdoulaye Bathily et Amanth Dansokho, avec qui il faisait le tour du Sénégal en 2000 pour provoquer la chute du PS : « Je ne ferai qu’un seul mandat et je laisserai la place à la jeune génération », si on en croit Bathily.
La déculottée du 22 mars
Elections locales pour enjeu national, titrions-nous notre regard sur l’actualité, la veille des municipales du 22 mars 2009. Ce fut une claque que les populations ont administrée au PDS : pratiquement toutes les mairies sont tombées dans l’escarcelle de l’opposition, y compris la capitale, Dakar, où Karim Wade s’était mis en pôle position pour en être le bourgmestre. Hélas, tout ne se passa pas comme prévu, et voici venus les jours de ...Kalifa Sall, qui devint le maire de Dakar sous la bannière de la Coalition de l’opposition.
Qu’a cela ne tienne, le chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, qui avait vu, à travers cette option, la voie royale pour Karim de lui emboîter le pas vers l’avenue Roume (siège de la Présidence) a dû, fissa, changer ses plans et a bombardé son fils ministre d’Etat en charge des Transports et de la Coopération. Preuve qu’il n’a pas abandonné l’idée qu’un jour Karim pourrait être calife à la place du père.
Et comme chacun le sait, le chef de l’Etat sénégalais, pour avoir été dans l’opposition pendant un quart de siècle, a souvent une longueur d’avance sur les autres leaders politiques. Diversion, séduction, ruse, tout y passe pour brider une classe politique qu’on sait très aguerrie et responsable. Les Moustapha Niasse, Abdoulaye Bathily et autre Amanth Dansokho, qui ont d’ailleurs été les coartisans de l’alternance au sommet en 2000, sont de grands politiques. Mais ils savent que Wade a une dextérité manœuvrière exceptionnelle.
Sont de ses manœuvres « wadistes » les va-et-vient d’Idrissa Seck, son dauphin présomptif, qui, de la Primature, fut défenestré pour aller goûter aux délices de la prison de Rebeus... avant d’être de nouveau reçu par Wade, qui lui demandera de rejoindre la grande famille libérale. Le fondateur du PDS sait que l’indéboulonnable maire de Thiès a une réelle assise électorale, d’où cette proposition saugrenue qu’il lui a faite récemment : conserver son parti, Rewmi, tout en rentrant dans les rangs du PDS, et même se voir nommé vice-président de la République, poste créé de toute pièce pour appâter ceux qui ne peuvent pas résister aux vertiges du pouvoir. On ne saurait non plus oublier que Wade tente de tenir ses ouailles en haleine en transformant le PDS en PDSL. L’ajout du mot “libéral” change-t-il quelque chose à la réalité du pouvoir ? Rien n’est sûr.
De toute façon, il sait qu’en agissant de la sorte, il anime son parti, détourne ses compatriotes des vrais problèmes nationaux : d’abord, il sait que les caciques du PDS ne voudront jamais du retour du fils prodigue Idrissa Seck, et ils l’ont manifesté bruyamment lors des municipales du 22 mars 2009 ; ensuite, il n’ignore pas non plus les relations exécrables qu’il y a entre le patron de la Génération du concret, Karim Wade, et « Idy ».
Et certains opposants commencent à entrevoir dans cette politique du dilatoire qu’entretient le pape du sopi des moyens d’amuser la galerie. Vrais remaniements ou petits jeux de chaises musicales, si ce n’est une petite touche comme celle du 30 septembre 2009, qui a frappé Cheick Tidiane Gadio, scotché à son fauteuil des Affaires étrangères depuis 9 ans de façon continue ? (Lire encadré “Bouffé par le dossier guinéen), tout est bon pour détourner l’attention des Sénégalais de leurs préoccupations.
Qui sera le candidat de Bennoo Siggil Senegaal ?
D’où son annonce prématurée de sa candidature pour 2012 ; et surtout le projet de loi qu’il mitonne pour la suppression du second tour à la présidentielle. Une chose est sûre : comment garder le pouvoir en 2012 est la question qui taraude l’actuel président. N’est-il pas judicieux, à défaut que ce soit Karim, qu’au moins ce soit Idrissa Seck qui lui succède ? Comme pour dire que « parce que ce sera Idy parce que ce sera moi », selon les mots de Voltaire au sujet de La Boetie ? En effet, de tous ses dauphins, d’Ousmane Ngom à Macky Sall, la préférence de Wade va à Idrissa Seck. “Il était le moins mauvais de tous”, confie le chef de l’Etat sénégalais.
De leur côté, Bennoo Siggil Senegaal, face à cette volonté affichée du PDS de conserver le pouvoir (ce qui est légitime), multiplie les activités pour se présenter en alternative pour sauver « un Sénégal en délitement total », selon Abdoulaye Bathily, secrétaire général de la Ligue démocratique (LD) et un des leaders du mouvement Bennoo. Pour cette raison, Bennoo tente de faire un front unique pour contrer la machine libérale.
Abdou Latif alpague « Monsieur Grands chantiers »
Le mouvement hésite pour le moment entre une candidature unique, plurielle ou de transition, avec une préférence pour la candidature unique. Une bataille se déroule, du reste, actuellement au sein de Bennoo, puisque, par exemple, les partisans de l’Alliance pour la République(APR/Yaakar) de Macky Sall sont pour « des candidatures plurielles rationalisées en 2012 », selon son porte-parole, Seydou Gueye. Pire, on évoque même l’éventualité de lézardements dans Bennoo, ce qui fera dire à Mamadou Lamine Keita, ministre de la Jeunesse et patron de l’Union des jeunesses travaillistes libérales (UJTL), avec une pointe d’humour salace, que « Bennoo va se transformer en Tassaro (dispersion en wolof) ».
Alors qu’on épilogue à souhait sur la présidentielle de 2012, une polémique a éclaté sur les chantiers de l’ANOCI. Certes, on parlait beaucoup des gros sous engloutis par les infrastructures qui ont abrité le 11e sommet de l’OCI, mais c’est véritablement après la sortie du livre-réquisitoire d’Abdou Latif Coulibaly, « Contes et mécomptes de l’ANOCI » (éditions du Sentinelles), que les phares de l’actualité se sont de nouveau braqués sur les premiers responsables de l’ANOCI, en l’occurrence Karim Wade, président du Conseil de surveillance, et Abdoulaye Baldé, le directeur exécutif.
Grosso modo, le journaliste d’investigation Abdou Latif Coulibaly soutient que le bilan des activités de l’ANOCI fait le 16 juin 2009 vole au ras des pâquerettes. Il conteste les chiffres avancés par la direction de l’ANIOCI et exige qu’un bilan plus fouillé soit fait aux Sénégalais. « Tout a été bien fait à l’ANOCI... les travaux se sont déroulés dans les conditions optimales de sécurité et de confort, conformément aux règles protocolaires et au strict respect du cahier des charges ». Tel est le communiqué de presse publié au lendemain du bilan. Pourtant, selon l’auteur de l’ouvrage susmentionné, les crédits alloués jurent avec les réalisations sur le terrain. Du côté de Karim, aucune réaction, son directeur de la communication, Cheick Diallo, qui est un de mes amis, est aussi peu disert sur le sujet, tout juste se contente-t-il de nous dire qu’il n’a rien... à dire sur ce livre.
(Voir encadré Lu pour vous). Un autre évènement, malheureux cette fois, même s’il a eu lieu il y a 7 ans, s’est invité dans l’actualité de la fin du mois écoulé : le drame du Joola, du nom du bateau qui a coulé au large des côtes gambiennes le 27 septembre 2002. Sur la route qui mène vers Kaolack ou Thiès dans la forêt classée de Keur Massar se trouve le cimetière des disparus, où se sont rendues, ce 27 septembre, les familles des défunts pour leur rendre hommage. A l’occasion du 7e anniversaire de la plus grande catastrophe maritime jamais survenue au Sénégal, le Collectif des familles des victimes du Joola crie à l’injustice et à l’indifférence des autorités, car, jusqu’à présent, le bateau n’a pas été renfloué. Idrissa Diallo, patron de ce collectif, estime que le régime actuel répondra tôt ou tard de ce qu’il qualifie de forfaiture.
Enfin, en cette fin du mois de septembre 2009, la bâtisse du groupe de presse Wafadjiri a été attaquée par des individus qui seraient proches d’un chef religieux du nom de Sergine Modou Kara. Que s’est-il passé ce jour-là ? J’étais dans le taxi en ce 25 septembre 2009 (autour de 14h 30 alors que les musulmans venaient à peine de terminer leur prière), en partance pour le quartier HLM où se trouve le siège de l’hebdomadaire « La Gazette », le dernier bébé de Latif. Je m’y rendais pour acheter le livre de ce dernier, pratiquement introuvable dans les librairies, lorsqu’à hauteur du quartier Khar Yalla, je suis tombé sur le saccage des locaux de Walfadjiri. Lorsque je suis arrivé sur les lieux, la police y était déjà et, renseignement pris, ce serait des Talibés de Serigne Modou Kara qui seraient à l’origine de ce sac.
Pourquoi ? Il semble qu’une interview d’un demi-frère de ce gourou religieux serait le cassus belli de cette descente des casseurs. En vérité, si l’entretien a bien existé, le journaliste s’est trompé sur le nom de l’interviewé, car le vrai Mame Thierno Birame Mbacké (demi-frère du marabout) n’a pas accordé d’entretien à Walf. S’ensuivront des passes d’armes entre Sidy Lamine Niasse, le P-DG du groupe Walfa, et Moustapha Guirarassy, le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement. Le procureur de la République a diligenté une enquête.
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
“bouffé” par le dossier guinéen
Journaliste de formation, Cheick T. Gadio a évolué d’abord aux USA, où, d’ailleurs, il s’est fait de solides relations avant que le président Abdoulaye Wade ne lui fasse appel en 2000 pour occuper le prestigieux département des Affaires étrangères ; un poste qui lui est allé comme un gant tant l’homme s’y est bien incrusté. Alors que l’espérance de vie des ministres de Wade varie entre 3 et 5 ans, Gadio est demeuré à son même poste durant 9 ans. Un record vu que, dans le même temps, Wade a usé 4 Premiers ministres et en est à son 5e. On peut donc qualifier Gadio de chanceux. Mais est-ce seulement la baraka ? A l’évidence, non. Il a « duré » à la tête de ce ministère, car :
primo, il savait anticiper la volonté du chef, évitant ainsi les pertes de temps ;
deuzio, il était prêt à sauter dans le premier avion pour aller représenter le Sénégal là où bat le cœur du monde ;
tertio, de retour de chaque mission,cet américanophile savait faire un rapport synthétique mais fidèle au chef ;
quartio, il livrait à Wade certains off des sommets, surtout les plus rigolos, qui amusaient le chef de l’Etat et le détendait.
Mais il semble que c’est le dossier guinéen qui a « bouffé » Cheick T. Gadio. En effet, depuis le 23 décembre 2008, date d’accession de Dadis au pouvoir, Abdoulaye Wade s’est rendu à Conakry 3 fois sans ...Gadio, qui ne partagerait pas la position de son patron, mais celle de l’UA, des USA et de la CEDEAO sur la Guinée. Le président sénégalais a donc décidé de se séparer de son ministre le 30 septembre 2009. Une victime collatérale du dossier guinéen.
Z.D.Z.
Contes et mécomptes de l’ANOCI :
Si vous faites le tour des librairies et des hôtels de Dakar, excepté la librairie Athèna, vous n’y trouverez pas le dernier ouvrage d’Abdou Latif Coulibaly, dont le titre, en lui-même, est une salve contre les dirigeants de l’ANOCI. Dès l’introduction, la charge est sonnée : « Non, l’ANOCI n’a pas utilisé 72 milliards CFA pour les travaux réalisés dans Dakar. Elle en a dépensé au moins le double... De ce point de vue,nous sommes à même de dire que l’ANOCI a dépensé pour l’organisation de la conférence islamique une somme totale de 205 milliards 211millions de FCFA », écrit Latif.
Ayant analysé les comptes présentés par le rapport de contrôle de gestion de l’Agence, ainsi que d’autres rapports et le budget, gestion 2008, le verdict du patron de la Gazette est sans appel : il y a eu gaspillage dans la gestion des sous de l’ANOCI. L’auteur donne des exemples tels l’aménagement des bureaux de Karim et de ses collaborateurs, qui aura coûté 750 millions CFA, des bureaux situés à l’immeuble Tamaro, qui a d’ailleurs souffert d’un incendie il y a quelques jours. Autre problème posé par le journaliste : quid des villas présidentielles, pour lesquelles 26 milliards ont été dégagés et remis à l’ANOCI par le ministère des Finances en octobre 2007 ? Bref, dans ce bouquin, l’auteur de Loterie nationale sénégalaise, chronique d’un pillage organisé estime qu’il faut un audit et un vrai bilan pour faire la lumière sur la gestion des milliards CFA alloués à l’ANOCI.
Z.D.Z
lobservateur
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25 septembre 2009
SENEGAL : Le droit à l’information va-t-il sauver Walfadjri ?
Le pays vendredi 25 septembre 2009
Le différend qui oppose en ce moment le groupe de presse sénégalais Walfadjri et le Bureau sénégalais du droit d’auteur (BSDA) est en train de prendre des tournures inquiétantes mais à la fois riches d’enseignements. L’entreprise de presse (radio et télévision) que dirige Sidy Lamine Niasse a été condamnée par la justice sénégalaise au respect des formalités légales ainsi qu’au paiement de la somme de 50 millions de F CFA (76 225 Euros) correspondants aux droits dûs aux artistes. Le refus de Niasse de se plier aux injonctions de la justice a mis le feu aux poudres. Fin août, à la suite d’une autre décision de justice, des policiers, manu militari, s’introduisaient matinalement dans les locaux de l’entreprise de presse, saisissaient le matériel de diffusion et coupaient les antennes, provoquant ainsi un arrêt brutal des émissions. Voilà pour les faits.

A la suite de ces actions, plusieurs associations de la société civile sont montées au créneau, qui pour manifester leur soutien, qui pour crier leur colère. Les défenseurs des droits des journalistes ont dénoncé le mode opératoire policier digne de l’Etat d’exception. Pour l’association Reporter sans frontière (RSF), rien ne peut justifier l’emploi de la force et la confiscation des équipements du groupe médiatique. Plutôt que de faire usage de la force, des moyens plus pacifiques auraient pu être trouvés pour régler la crise. L’Association des métiers de la musique du Sénégal (AMS) a estimé pour sa part que ’’toutes les voies amiables étaient épuisées, le Tribunal s’est prononcé et le droit a été dit’’. Aussi, l’AMS a-t-elle soutenu le BSDA dans sa démarche. La réaction des artistes est peut-être compréhensible parce que ceux-ci ont besoin de vivre des fruits de leurs oeuvres.
Mais que peuvent devenir les artistes sans le soutien des médias ? Ce sont les radios et télévisions, entre autres, qui font la promotion et la publicité, le plus souvent à titre gracieux, des artistes. Paradoxalement, les médias doivent encore payer de fortes sommes d’argent pour le travail qu’ils font en faveur des artistes. C’est vrai que les organes d’information gagnent aussi parfois en notoriété et en respectabilité en recevant des artistes de renom pour le bonheur de leurs auditeurs et spectateurs. Néanmoins, le moment semble venu pour qu’au Sénégal comme partout ailleurs en Afrique, des réflexions soient engagées pour ce qui concerne la fiscalité des entreprises de presse. Celles-ci doivent-elles être traitées comme toutes les autres entreprises ? N’est-ce pas là un moyen pour le pouvoir de museler la presse et de faire taire les médias qui se montrent parfois très critiques vis-à-vis de l’autorité en place en brandissant par-ci et par-là des taxes et des redressements fiscaux ?
Au Burkina aussi, on a assisté à des fermetures de médias pour défaut de paiement de certaines taxes sans que cela n’émeuve personne. Nombreuses sont les populations qui se sont identifiées aux médias et qui ont fait d’eux leur principale source d’information. Faire taire alors ces organes d’information c’est porter atteinte à l’un de leurs droits fondamentaux. C’est pour la défense de ce droit que l’Association des consommateurs, au Sénégal, s’est insurgée contre la fermeture de Walf (diminutif de Walfadjri). Les Sénégalais démontrent ainsi qu’ils connaissent bien leur droit et sont déterminés à le défendre, sans pour autant prendre partie pour le groupe de presse. Voilà une attitude qui pourrait néanmoins sauver le groupe de presse de Sidy Lamine Niasse qui refuse, pour l’instant, de payer les sommes que la justice lui réclame ; ce qui ne semble pas bon pour son image et pour son groupe de presse.
En tout état de cause, l’attitude des consommateurs du pays de Wade est novatrice et originale. Assurément, elle devrait être un sujet de méditation pour la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB) qui ne doit pas seulement limiter ses actions aux produits alimentaires. Ce sont ces exemples que nous montrent les compatriotes de feu Léopold Sédar Senghor qui font avancer la démocratie. Peut-être aideront-ils à desserrer l’étau qui semble se refermer sur Walf. Dans tous les cas, des réflexions doivent être menées pour trouver des solutions durables aux problèmes que soulèvent les taxes sur les médias, véritables baromètres de la démocratie.
Par Boureima OUEDRAOGO SONRE
12:23 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sénégal, walfadjri, liberté d'expression, droit à l'information
24 septembre 2009
HISSENE HABRE CONTRE L’ETAT SENEGALAIS : Une diversion pour desserrer l’étau ?
Le pays jeudi 24 septembre 2009
L’ancien chef d’Etat tchadien, Hissène Habré, se retourne aujourd’hui contre le Sénégal qui lui a offert le gîte et le couvert depuis son éviction du pouvoir dans son pays en 1990. C’est en tout cas ce que l’on peut dire avec sa plainte contre son pays d’accueil devant la Cour de justice de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Laquelle plainte a été examinée hier au siège de cette juridiction sous-régionale et dont la suite qui lui a été réservée n’était pas connue au moment où ces lignes étaient tracées.

Mais quelle mouche a pu donc piquer l’ancien homme fort de N’Djamena pour qu’il s’en prenne de cette façon à son hôte ? Il faut dire que depuis que les victimes tchadiennes des agissements du régime Habré ont exigé que l’ex-chef d’Etat réponde devant la justice de ses actes, le sommeil de ce dernier est plus que troublé. Après avoir longtemps coulé des jours paisibles au pays de la Teranga, la protection dont jouissait l’ancien n°1 tchadien est en train de s’effriter sous les coups de boutoir des victimes de ses années de pouvoir qui sont loin d’avoir été des plus paisibles. « Nul ne gouverne innocemment » avait justement dit Saint … Juste et c’est donc au nom de cela qu’il est appelé à rendre compte surtout qu’il lui est reproché d’avoir commis des exactions comme la violation des droits humains, la répression systématique et aveugle des opposants ou supposés tels, des emprisonnements sans procès, des exécutions extrajudiciaires, etc.
Bref, ce que l’on désigne aujourd’hui dans le langage de la justice internationale sous le vocable de crimes contre l’humanité. Après avoir sans doute minimisé la détermination des victimes avec la conviction que le pays d’accueil ne le livrerait jamais, Hissène Habré réalise maintenant que l’étau se resserre de plus en plus autour de lui. Pour lui, le Sénégal veut le livrer après lui avoir donné des garanties de protection comme ce qu’a fait le Nigeria avec l’ancien président libérien Charles Taylor. Ce qui se passe, c’est que la pression est trop forte sur le pays de Abdoulaye Wade dans cette affaire. Ce pays a toujours su user d’astuces pour ne pas juger ou livrer son hôte qui commence à devenir encombrant. Une illustration de cette attitude, c’est l’absence à ce jour, d’instruction, bien que l’Union africaine ait donné son feu vert au Sénégal pour un jugement de l’affaire. Même la nouvelle plainte déposée dans ce pays il y a exactement une année par 14 victimes, n’a pas fait bouger les lignes. Le pays hôte se retranche derrière le budget d’environ 19 milliards de F CFA demandés et dont il exige le déblocage intégral par les bailleurs de fonds – qui le trouvent exorbitant – pour ne rien entreprendre pour le moment.
Pour ne pas avoir à connaître le sort de Taylor, Hissène Habré préfère prendre les devants en portant plainte contre le Sénégal devant la Cour de justice sous-régionale au motif que « plusieurs principes juridiques sont violés », que « certains de ses droits sont menacés ». Pour cela, il demande donc à la juridiction "d’ordonner la fin des poursuites contre lui". Diversion ? Serait-on tenté de se demander, ce nouvel épisode ayant de fortes chances de faire traîner en longueur la procédure. Déjà, et avant l’examen de la plainte de Hissène Habré, la Cour devait statuer sur une demande d’intervention formulée par 118 victimes qui estiment qu’elles doivent être représentées au procès parce que leurs droits risquent d’être bafoués si jamais celui qu’elles considèrent comme leur bourreau obtenait gain de cause. Pendant ce temps, la traduction de l’ex-dictateur devant une juridiction pour crimes contre l’humanité est mise en veilleuse. Et d’une certaine façon, c’est l’étau qui se desserre autour de lui ; toute chose qui lui permet de respirer ne serait-ce que momentanément.
Par Séni DABO
09:19 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tchad, sénégal, hissène habré
23 septembre 2009
MENACES CONTRE LES SENEGALAIS DE GUINEE : Attention aux dérapages xénophobe
Le pays mercredi 23 septembre 2009
Les ressortissants sénégalais de Guinée Conakry sont inquiets et on le comprend. Interprétée par bon nombre de Guinéens comme un soutien à Moussa Dadis Camara, la position fort ambiguë du président sénégalais dans la querelle à laquelle se livrent partisans et opposants à la candidature du capitaine aux futures élections, a généré un lourd faisceau de frustrations sur fond de sentiments anti-sénégalais. Et puisqu’il est impossible d’atteindre directement Me Abdoulaye Wade, le bouc émissaire est tout trouvé : ses compatriotes. C’est à eux que les contempteurs de Dadis feront payer la préférence présumée ou réelle de Wade pour le chef de la junte au pouvoir. Cela dit, est-ce la meilleure façon d’agir ? Assurément, non. D’autant que la Guinée compte l’une des plus fortes diasporas dans la sous-région et que, si elle n’y prend garde, elle pourrait faire face à des mesures de représailles à l’étranger et principalement au pays de la Teranga.
Ces Guinéens frustrés ne devraient pas non plus avoir la mémoire courte, au point d’oublier que d’autres pays ouest-africains - y compris le Sénégal - ont grandement ouvert leurs portes à eux ou à leurs parents, durant les années de plomb, sous l’ère Sékou Touré.
En tout état de cause, il n’y a absolument rien à tirer de ce vilain sentiment qu’est la xénophobie, sinon qu’il ne procure que misère morale pour soi et situation d’insécurité pour ses parents à l’étranger. Les agitateurs feraient donc mieux de se ressaisir et de se faire entendre autrement. Attention aux dérapages xénophobes ! De même, le président Abdoulaye Wade se devrait d’enlever le poux qui se promène sur son crâne, fût-il rasé. De fait, il doit prendre davantage conscience que ses moindres faits, gestes et propos seront scrutés à la loupe. N’étant pas n’importe qui, il doit se comporter comme tel. Aussi, tout président des Sénégalais qu’il est, Wade devrait-il mesurer tous les risques qu’il fait courir à ses ressortissants quand il s’invite dans des débats à caractère hautement sensible. A ce propos, il ferait mieux de méditer cet adage qui dit, en substance, que si tu as une queue entre les jambes, fais attention quand tu enjambes le feu.
Le pape du Sopi a réagi en précisant qu’il n’a tenu aucun propos pouvant être interprété comme un soutien au capitaine Dadis. Mieux, Dakar vient d’appeler le chef de la junte à tenir ses engagements. Soit. Mais cette frange de Guinéens l’entendent-ils de cette oreille ? Rien n’est moins sûr. Face donc à ce qui apparaît comme un mal à présent fait, même si on n’en est pas encore à une campagne de chasse aux sorcières, comment réagiront Moussa Dadis Camara et les forces vives de la nation, y compris les partis de l’opposition ?
Dans tous les cas, il est de leur devoir de faire sonner les grelots de l’apaisement pour l’intérêt de la Guinée. Ils devraient, pour cela, faire comprendre à tous les Guinéens qu’ils ont un devoir d’hospitalité envers les étrangers qui le leur rendent si bien chez eux. Toute récupération politique est à proscrire car elle apparaîtrait comme inopportune et malsaine. Au-delà de l’agitation visant à salir l’image du Sénégalais en Guinée, ces menaces sur ces étrangers sont révélatrices de la mauvaise option de Moussa Dadis Camara de se présenter aux futures élections. Ce dernier aurait décidé de tenir ses engagements vis-à-vis des Guinéens, que la communauté sénégalaise n’aurait sans doute pas commencé à ressentir les effets collatéraux de la détermination de Dadis à étrenner le fauteuil présidentiel.
Par Cheick Beldh’or SIGUE
08:00 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sénégal, guinée, abdoulaye wade, moussa dadis camara
18 septembre 2009
Sénégal : Abdoulaye Wade déclare sa candidature pour 2012
Appelé par plusieurs cadres libéraux à se présenter lors du scrutin présidentiel de 2012, Abdoulaye Wade vient de passer d’une candidature « virtuelle » à une candidature déclarée. Dans une interview à la Voix de l’Amérique (VOA), le chef de l’Etat sénégalais annonce qu’il sera effectivement en course, si sa santé le lui permet, lors de la prochaine élection présidentielle.
De notre correspondant à Dakar, Laurent Correau
« Je suis candidat en 2012 Inch’Allah. Si Dieu me laisse longue vie, me laisse mon cerveau et ma santé, je serai candidat. » Le président sénégalais n’a pas laissé l’ombre d’un doute sur ses intentions dans l’interview qu’il a accordée à la Voix de l’Amérique, interview donnée à l’occasion de son passage aux Etats-Unis pour la signature d’un accord de financement avec la Millenium Challenge Corporation.
Abdoulaye Wade aura plus de 86 ans en 2012, mais il compte bien briguer un troisième mandat. Ces dernières semaines, plusieurs cadres du régime avaient fait entendre leur voix pour l’appeler à se présenter.
A l’opposition, qui a soulevé l’inconstitutionnalité d’une telle candidature (le nombre de mandats du président étant limité à deux par la Constitution), Abdoulaye Wade répond d’ores et déjà qu’il a le droit d’être candidat. « Je crois qu’il y a des gens qui réclament la démocratie et qui ne sont pas des démocrates, a indiqué le président sénégalais dans cette interview. Il faut laisser la voix au peuple sénégalais. C’est à lui d’apprécier les candidats, que chacun se présente et que le jeu soit ouvert ».
Dans cette interview, Abdoulaye Wade a également défendu la façon dont son fils Karim Wade a géré l’ANOCI, l’Agence nationale pour l’Organisation de la conférence islamique… Une gestion épinglée dans le livre Contes et mécomptes de l’ANOCI, publié cet été par le journaliste Abdou Latif Coulibaly. « Ce sont des voix de mauvaise foi », a estimé Abdoulaye Wade. « Simplement pour s’attaquer à moi, on s'attaque à Karim ».
Deux ans et demi avant le scrutin
Plus que cette candidature elle-même, c’est sa précocité qui est surprenante : Abdoulaye Wade déclare ses intentions deux ans et demi avant le scrutin présidentiel de 2012. Le moment choisi a lui aussi de quoi étonner : le contexte n’est pas porteur, la banlieue de Dakar est toujours sous les eaux et les Sénégalais gardent un souvenir meurtri des derniers délestages.
La clé de cette annonce se trouve sans doute au sein du camp libéral. En faisant cette déclaration de candidature, Abdoulaye Wade fait taire les ambitions qui ont commencé à diviser sa mouvance politique. Il fait passer un message fort entre les lignes : sa succession n’est pas encore ouverte. En se projetant dans l’avenir, Abdoulaye Wade remet dès maintenant de l’ordre dans ses propres rangs. Quelle que soit d’ailleurs la décision qu’il prendra finalement à l’approche de 2012.
Le président sénégalais cherche-t-il également à soulager la pression médiatique qui pèse sur son fils ? Karim Wade concentre actuellement un feu nourri de critiques lié à de présumées ambitions présidentielles. La suspension des spéculations sur son avenir politique peut lui permettre de bénéficier d’un relatif répit.
12:49 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sénégal, abdoulaye wade