23 juin 2009
Somalie : Le président déclare l'état d'urgence
Samedi, le président du Parlement avait, en effet, demandé l'intervention militaire immédiate des pays voisins : du Kenya, de l'Ethiopie, de Djibouti et du Yémen.
L'Ethiopie avait immédiatement répondu qu'elle ne prendrait pas une telle décision sans un mandat clair de la communauté internationale et notamment de l'Union africaine ou de l'Igad (Autorité intergouvernementale pour le développement).
Incertitude
L'état d'urgence a donc été décrété par le président somalien, ce lundi. Normalement, la procédure prévoit que ce décret soit approuvé par le Parlement. Mais l'incertitude plane sur la possibilité de trouver une date et un lieu pour réunir les représentants du peuple.
Le gouvernement fédéral de transition ne contrôle plus que quelques régions du centre du pays, et seuls certains quartiers stratégiques de Mogadiscio sont toujours protégés par les soldats de la force de paix africaine. L'Amisom, déployée dans le pays depuis mars 2007, ne compte que 4 300 soldats au lieu des 8 000 hommes prévus initialement. Une force sous-dimensionnée incapable de contenir et surtout de répondre aux attaques des islamistes des shebabs.
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22 juin 2009
L’EQUATION SOMALIENNE : Attention à l’"Afghanisation"
Source : lepays.bf (Article publié le 21 juin 2009)
Que vaut encore une vie humaine en Somalie où des factions islamistes, véritables branches armées de Al Qaïda délocalisé, sèment la terreur et la mort, avec pour objectif final de s’emparer du pouvoir ? En tout cas, la vie humaine en Somalie ne vaut plus 1 shilling somalien troué. En atteste l’attentat contre Omar Hashi Aden, ministre de la Sécurité, mortellement fauché à la voiture piégée, du fait des shebab, ces islamistes radicaux.
Le ministre somalien est loin d’être la seule personnalité accrochée au tableau de chasse des islamistes radicaux également spécialisés dans les attentats ciblés. Toutefois, Omar Hashi Aden a le privilège post mortem d’être le plus haut responsable somalien tué dans les violences en Somalie depuis l’avènement par les urnes en fin janvier, du président Cheikh Charif Ahmed, un islamiste modéré.
Dire que l’espoir était grand de voir s’estomper l’ardeur meurtrière des islamistes quand l’un des leurs a pris les rênes du pays et a même instauré la charia dans une partie du territoire ! C’était crier victoire trop tôt, car entre les islamistes radicaux et ceux modérés, il y a un fossé que les shebab et des miliciens de la même trempe ne sont visiblement pas prêts à combler. Et depuis le mois de mai, la Somalie continue d’égrener le long chapelet de ses morts, près de 300, qu’ils soient tombés sur les champs de bataille ou qu’ils soient des victimes ciblées, comme en Irak, en Palestine, en Iran ou en Afghanistan.
Le décompte macabre s’alourdit de jour en jour du fait que l’Union africaine et l’ONU ont presque toutes capitulé, impuissantes dans une Somalie où la violence se conjugue au quotidien. Même les Etats-Unis, le tout- puissant gendarme, ont mordu la poussière dans cet Etat de non-droit et n’osent plus s’y hasarder. Et comme à Pershawar à Téhéran ou à Kaboul, Mogadiscio et d’autres villes somaliennes vivent désormais au rythme des attaques de kamikazes qui, au sacrifice de leur propre vie, endeuillent à la pelle des familles innocentes.
Malgré toute la détermination dont il a fait montre dans la lutte engagée contre le terrorisme, le pouvoir en place n’arrive pas à déjouer les pièges mortels des islamistes radicaux. Cheikh Charif Ahmed, animé de sa plus belle foi, peut-il réellement barrer la route à des "s’en fout la mort" comme on pourrait les qualifier trivialement ? Pire, face à son courage se dresse la témérité des shebab et de la milice Hezb al-Islamiya qui ont juré de renverser l’actuel homme fort de Mogadiscio. D’ailleurs, le gouvernement, sans grands moyens de lutte et presque sans soutien de taille, ne contrôlerait plus que quelques quartiers de la capitale. Le reste est aux mains des "Jihadistes étrangers et des insurgés islamistes", pour emprunter les mots du Premier ministre somalien.
Aux dires d’observateurs avisés, les Somaliens sont incapables de perpétrer ces actes de lâcheté, marque déposée de "terroristes liés à Al Qaïda". Pour avoir le champ libre, les shebab et leurs semblables ont, du reste, interdit aux pays voisins et à toute puissance étrangère de venir en aide au gouvernement somalien en sursis. Qui sauvera la Somalie de ce chaos qui prend inexorablement racine ? Tout est en lambeaux dans ce pays où l’Etat est quasi-inexistant. C’est probablement le seul pays en Afrique où, en dehors des islamistes radicaux, le pouvoir est fui comme la peste. Ce ne sont pas les pirates qui s’en plaignent, eux dont les razzias, en haute mer et même sur les côtes, se multiplient.
Seul le dialogue autour d’une table de négociations, et ce par tous les moyens, pourrait mettre fin à cette afghanisation qui se profile dangereusement à l’horizon.
Par Morin YAMONGBE
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29 mai 2009
Somalie : Chronique d’une guerre oubliée
Source : lobservateur.bf (Article publié le 29 mai 2009)
C’était depuis 1991. Aujourd’hui, cela fait 18 ans que dure cette guerre civile en Somalie, qui ne cesse de faire des ravages, détruisant les bases vitales de la population sans que vraiment ces grands messieurs de la Communauté internationale ne s’en émeuvent outre mesure. Et pourtant, ce pays situé à l’est du continent et qui se trouve sur la côte la plus longue d’Afrique avec ses 2720 km est, de par sa position géostratégique, d’un très grand intérêt pour les puissances étrangères.
Est-ce pour profiter au mieux de cette position idéale et des grandes
ressources dont est crédité ce pays que les grandes puissances laissent faire afin que la Somalie se désagrège totalement ? Toujours est-il que, depuis la destitution du président Mohamed Siad Barré le 26 janvier 1991, suivie de la déclaration d’indépendance du nord du pays, le Somaliland, la Somalie est l’exemple achevé d’un Etat failli qui, selon le politologue John Mason, est défini comme ne pouvant plus faire face au critère crucial de la souveraineté nationale : la capacité à pacifier les territoires nationaux et à assurer la protection des populations qui vivent à l’intérieur des frontières.
Bref, la Somalie est un Etat effondré parce qu’il ne remplit plus les fonctions régaliennes d’un Etat qui sont : la sécurité du territoire par la constitution d’une armée ; la sûreté de ses habitants par la constitution d’une police ; l’édification et l’imposition du droit, à travers un ensemble de législations stables et un système judiciaire ; la mise à disposition d’une monnaie commune à tous les agents économiques.
Et depuis ce temps, les écoles, les marchés, les hôpitaux et autres infrastructures sont la cible quotidienne des bombes des différentes milices antagoniques. A ce jour, dit-on, seuls 8% des enfants en âge d’aller à l’école arrivent à suivre des cours entrecoupés de tirs de roquettes.
Les autres enfants sont, quant à eux, mobilisés pour l’effort de guerre. Et comme un malheur ne vient jamais seul, une sècheresse catastrophique s’y est invitée. Depuis 1998, 4 millions d’âmes sur les 12 que compte le pays ont déjà émigré dans le monde entier. Et depuis 1997, plus d’un million de personnes ont dû fuir les villages pour se retrouver dans des camps de réfugiés.
Et comme il n’y a plus d’Etat, les côtes somaliennes, naguère si riches en fruits de mer de toutes sortes et si prisées des touristes sont devenues des no man’s land où sont de nos jours déversés les déchets toxiques de toutes sortes et où opèrent de puissants groupes maffieux. Cependant, à bien d’égards, cette situation chaotique reste le reflet de l’impuissance ou du manque de volonté de la communauté internationale.
En effet, vu le désordre ambiant dans cette partie du monde, les Nations unies, à travers de multiples résolutions, avaient décidé d’intervenir pour y restaurer la paix. Malheureusement, à entendre Mohamed Sahnoun, un diplomate algérien qui œuvrait à la résolution du conflit pour le compte de l’ONU en Somalie, les moyens mis en place par cette organisation internationale n’étaient pas à la hauteur de ses ambitions.
Non seulement, a-t-il avoué, les moyens financiers n’ont pas été débloqués de façon conséquente et à temps, mais il y avait également un lourd déficit en matière de compétence dans la résolution des conflits. Cela a valu au diplomate algérien à l’époque son poste alors qu’il était sur le point de parvenir à un accord. Depuis, la Somalie ne cesse de sombrer dans les profondeurs de l’abîme d’un Etat néant. Sans vraiment que personne ne s’en émeuve !
Par Boureima Diallo
lobservateur
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24 février 2009
CONTINGENT AFRICAIN EN SOMALIE : Comment sortir du bourbier ?
Source : lepays.bf (Article publié le 24 février 2009)
C’est un véritable coup dur pour la force de paix de l’Union africaine en Somalie (AMISSOM). Onze soldats burundais de la force ont été tués et 15 autres blessés dans un attentat suicide contre leur camp à Mogadiscio. Ce n’est pas la première attaque du genre et il est fort à craindre que ce ne soit malheureusement pas la dernière, les insurgés islamistes (les shebabs) ayant promis de montrer à cette force de quel bois du grand enfer somalien ils se chauffent. Et ce ne sont pas les moyens de faire payer à l’AMISSON l’occupation de son "territoire", qui manquent, les troupes éthiopiennes, seules capables, à l’époque, de lui opposer une résistance farouche, ayant finalement plié bagages. Mais, il y a bien plus grave. La force de paix de l’UA en Somalie, constituée de quelque 3 mille hommes (ougandais et burundais), loin des 8.000 hommes initialement prévus, reste mal équipée et sous-financée. Qui plus est, son mandat est limité, la mettant dans une position où elle se voit contrainte de croiser les bras, du moins de se garder d’intervenir dans les combats menés par les insurgés islamiques. Mais que faire quand ce sont ses propres installations qui sont maintenant attaquées ? Comment sortir du bourbier somalien ? Une chose est certaine : pour le soldat de la force de paix africaine, ce serait courir au suicide que de devoir croiser les bras, en attendant que la mort le surprenne. C’est pourquoi la demande pressante des autorités burundaises pour que l’UA révise le mandat actuel de l’AMISSON, de sorte que ses troupes puissent se défendre contre l’ennemi, en cas d’agression, a tout d’une réaction sensée.
Certes, les soldats peuvent donner l’impression d’avoir un moral d’acier. Mais jusqu’à quand pourront-ils tenir le coup, s’ils doivent toujours admettre que la mort rôde, au quotidien, autour de leurs casernes ? Bref, c’est dire combien l’UA doit considérer, avec le plus grand sérieux, les doléances formulées par le Burundi dans cette guerre qui n’est pas la sienne, si elle ne veut pas assister au départ anticipé de la force de paix. D’ailleurs, une partie de l’opinion nationale burundaise n’a pas tardé à s’interroger sur l’opportunité d’un tel déploiement, qui commence à coûter très cher, en termes de vies humaines, aux deux pays engagés sur le terrain. En tout état de cause, l’UA n’a aucun intérêt à assister à un retrait précipité des forces de l’UA en Somalie, qui annoncerait un désastre certain. L’organisation panafricaine doit plutôt travailler à la consolidation des acquis, en commençant par réunir toutes les conditions d’une meilleure réussite de sa mission. Autrement, ce serait l’échec total, qui se mesurerait à un double niveau. Non seulement, l’AMISSON se présentera ainsi comme une force incapable de sécuriser des populations qu’elle est pourtant censée protéger, mais aussi de se défendre elle-même. Et dans pareil cas, ce ne seront pas les Etats-Unis, bien que soucieux de protéger leurs intérêts dans cette région hautement stratégique, ni un autre pays de l’Occident, qui s’aventureront dans ce bourbier, le traumatisme profond de 1991 (opération Restore Hope) étant toujours présent dans les esprits. Voilà donc environ deux décennies que la paix reste toujours introuvable en Somalie. Sans doute faut-il expliquer cela par la guerre par procuration que se livrent l’Erythrée et l’Ethiopie sur le sol somalien. Jusque-là, en tout cas, rien n’a réussi à amener ce pays à se tracer définitivement les voies d’une réconciliation durable et d’une paix véritable. Même les Etats-Unis, en dépit de tous les moyens qu’ils avaient en leur possession pour mener la guerre contre le terrorisme par l’Ethiopie interposée, n’ont pas réussi à faire plier les insurgés islamistes car, telle une hydre, ils ont toujours su rebondir chaque fois qu’on les croyait sur la pente raide. Il faut dire que l’axe du Mal contre celui du Bien, sorti tout droit de l’imaginaire abscons de l’ancien président américain George W. Bush, n’a pas contribué à rapprocher "deux civilisations" dont on a voulu que tout oppose. Bien au contraire. On sait jusqu’où cette politique a mené.
En tout état de cause, l’argument de la force, comme celle qui a été affichée à travers l’opération Restore Hope, n’a jamais payé. Seule la solution du dialogue est la meilleure option. C’est une voie que l’UA devrait travailler à davantage explorer. Les insurgés islamistes qui continuent à faire régner la terreur dans ce pays, ne sont pas des enfants de chœur, certes. Mais on peut toujours croire qu’ils peuvent être capables du pire, comme du meilleur. Sans doute tout dépend-il de la façon dont il faut les approcher. L’hypothèse d’une paix en Somalie est-elle encore plausible ? Si on ne peut apporter une réponse claire et définitive à cette interrogation, on peut cependant affirmer que toute solution à la crise somalienne passe d’abord par la résolution des nombreux problèmes qui assaillent une jeunesse somalienne en perte de repères, cible facile, on le comprend, des corsaires des temps modernes et de tous les "fous de Dieu".
"Le Pays"
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