19 octobre 2009

GUINEE : Les succédanés de la CEDEAO et de l’UA

Le pays          19 octobre 2009

 

 

L’opposition guinéenne et la communauté internationale avaient leurs remèdes pour sortir la Guinée de la crise. La CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et l’UA (Union africaine) ont aussi les leurs. Aux revendications qui fleurissaient depuis le massacre du 28 septembre et exigeant le départ immédiat du président de la junte et sa traduction devant la CPI, la CEDEAO a plutôt proposé un embargo sur les armes, et l’UA la non participation des autorités actuelles à la présidentielle de janvier 2010.


2009-09-29T191206Z_01_APAE58S16VD00_RTROPTP_3_OFRWR-GUINEE-BILAN-20090929.JPGIl y a donc, visiblement, le triomphe de la diplomatie et de l’option du dialogue pour résoudre la crise guinéenne. Les chefs d’Etat de la CEDEAO réunis à Abuja pouvaient-ils, du reste, déjuger leur pair nigérian, président en exercice de l’organisation et dirigeant du plus puissant pays d’Afrique de l’Ouest ? Car dès le début, Umaru Yar’Ardua avait indiqué le mode opératoire de la résolution du conflit, en désignant un médiateur en la personne du président burkinabé Blaise Compaoré. Ce dernier avait aussi placé le dialogue au cœur de sa mission. La CEDEAO a donc tranché, en clarifiant sa position et en dégageant l’horizon pour son médiateur. Les opposants, soutenus par certains pays occidentaux et certaines organisations internationales, vont-ils baisser pavillon, s’aligner sur la position des Etats d’Afrique de l’Ouest et se résoudre à négocier avec Moussa Dadis Camara ?

 

En tout état de cause, ils n’ont plus une grande marge de manœuvre et devraient penser à s’inscrire dans la dynamique tracée par la CEDEAO, s’ils veulent obtenir la concession qui paraît négociable : le départ du chef de la junte à l’issue de la transition. Même l’UA, qui brandissait cette exigence à minima, n’a pu obtenir satisfaction, la junte ayant décidé que cela ferait partie des dossiers à reverser dans le panier des négociations. L’homme le plus soulagé par les décisions de la CEDEAO et de l’UA est sans conteste Blaise Compaoré. Au cours des derniers jours, sa mission de facilitateur a été sérieusement mise à rude épreuve par la surenchère autour de la crise guinéenne. On avait l’impression que plus rien ne pouvait encore justifier la présence d’un médiateur.

 

Désormais, les passions doivent donc laisser la place à la realpolitik. Les dirigeants ouest-africains ont certainement pesé les risques d’un usage de la force, pour déloger la junte. La CEDEAO a une grande expérience de la gestion des conflits dans la sous-région et sait quelle solution appliquer selon les cas. D’où l’option de la négociation prise pour la Guinée. Cela replace le facilitateur au cœur du processus. Il est donc temps que la cacophonie de ces derniers jours s’arrête pour permettre des discussions sereines.

 

Par Mahorou KANAZOE

17 octobre 2009

L'Union africaine accentue la pression sur la junte

France 24          17 octobre 2009


La tension monte à Conakry à l'approche de la fin de l'ultimatum de l'Union africaine (UA), qui exige des chefs de la junte au pouvoir qu'ils s'engagent à ne pas se présenter à la présidentielle de janvier.




AFP - La tension montait en Guinée avant l'expiration samedi d'un ultimatum de l'Union africaine (UA) et un sommet des chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest, qui devraient déboucher sur des sanctions ciblées contre une junte de plus en plus isolée.

 

Ancienne puissance coloniale, la France a dans le même temps demandé à ses ressortissants résidant en Guinée de quitter le pays en raison de la détérioration de la situation, notamment à Conakry.

 

Et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a décidé vendredi de créer une commission internationale d'enquête sur la répression d'une manifestation de l'opposition ayant fait plus de 150 morts, selon les Nations unies, le 28 septembre à Conakry.

 

"La tension prévaut. Il y aurait une manifestation samedi à Conakry en faveur de la junte, comme une sorte de défi à la communauté internationale", a déclaré à l'AFP le responsable de la branche guinéenne de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho).

 

"C'est ressenti comme une insulte par une partie de la population, j'ai peur que cela dégénère", a ajouté M. Mamadi Kaba, joint au téléphone depuis Dakar.

 

L'UA a donné jusqu'à samedi minuit aux membres de la junte, notamment à son chef le capitaine Moussa Dadis Camara, pour s'engager par écrit à ne pas se présenter à l'élection présidentielle de janvier, comme ils l'avaient promis lors de leur coup d'Etat du 23 décembre 2008.

 

Le même jour, à Abuja, les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) doivent se réunir pour décider de la conduite à tenir.

 

"La Guinée va bien, nous avons plus de pression extérieure qu’intérieure", a estimé de son côté Idrissa Cherif, conseiller spécial du capitaine Dadis Camara, lors d'un entretien avec la télévision nationale du Burkina.

 

"Nous sommes venus rencontrer le président Compaoré pour lui apporter les solutions des recommandations faites lors de son dernier séjour à Conakry", le 5 octobre, a déclaré M. Cherif.

 

"Ces recommandations portent sur la libération des prisonniers, la prise en charge des blessés et la mise en place d’une commission internationale d’enquête", a-t-il rappelé.

 

Le président burkinabè Blaise Compaoré mène une mission de médiation entre la junte au pouvoir en Guinée et l'opposition.

 

Mais des dissensions apparaissent au grand jour et depuis le début de la semaine: les ministres de l'Agriculture, de la Fonction publique et le porte-parole du gouvernement ont démissionné pour protester contre la tuerie du 28 septembre.

 

De son côté, l'opposition réclame des "mesures draconniennes", dont "le départ du capitaine (Dadis Camara) et de toute son équipe", des "sanctions" et l'envoi d'une "force de protection", a déclaré à l'AFP l'opposant Mouctar Diallo.

 

La Guinée "risque" en effet "de s'enfoncer dans une guerre civile", qui pourrait déstabiliser toute l'Afrique de l'Ouest, "s'il n'est pas mis rapidement fin au régime militaire", a estimé vendredi l'organisation International Crisis Group (ICG).

 

La France, qui a vivement condamné le massacre du 28 septembre et critiqué la junte, a "formellement déconseillé" à ses ressortissants de se rendre en Guinée et "recommandé aux Français présents sur place de quitter le pays". Le nombre de Français en Guinée est estimé à quelque 2.500 personnes.

 

"Il n’y a pas de perspective d’amélioration à court terme", indique le ministère. Pour l'instant, les Français quittent le pays par des vols réguliers vers l'Europe, selon une source proche du dossier.

 

Sur le plan judiciaire, le secrétaire-général de l'ONU "a décidé de créer une commission d'enquête internationale pour mener des investigations sur le massacre du 28 septembre afin de déterminer la responsabilité des personnes impliquées", selon sa porte-parole.

 

Une mission de l'ONU doit se rendre immédiatement en Guinée pour examiner les modalités de l'établissement d'une telle commission.

31 août 2009

Union africaine : Somalie, Darfour, Grands Lacs et climat au menu du sommet


 

L'Union africaine doit se pencher ce lundi à Tripoli, sur les crises du continent (Somalie, Darfour), lors d'un sommet d'une journée organisé la veille des célébrations du 40ème anniversaire de l'accession au pouvoir de Mouammar Kadhafi. Ce «sommet spécial», convoqué à l'initiative du colonel Kadhafi, président en exercice de l'UA, doit également permettre aux dirigeants africains de réaffirmer la position du continent dans la perspective du sommet mondial sur le climat, en décembre à Copenhague.

Avec notre envoyé spécial à Tripoli, Jean-Karim Fall


Logo de l'Union Africaine( Photo : UA )

Logo de l'Union Africaine
( Photo : UA )

 

Trois ateliers « pays » au programme de cette rencontre : le Darfour, la Somalie et la situation dans les Grands Lacs. Les participants se félicitent de l’accalmie relative sur le front militaire au Darfour mais soulignent que les causes du conflit ne sont pas réglées, loin de là même précisent certains diplomates.

 

Concernant la Somalie, on s’achemine vers une réaffirmation du soutien de l’Afrique au gouvernement de l’islamiste modéré Sharif Sheikh Ahmed. Mais la délicate mission du renforcement de l’ Amisom, la Mission de l’Union africaine en Somalie, restera sans doute sans réponse à Tripoli. Les soldats ougandais et burundais seront encore bien seuls sur le terrain. Car, selon des sources diplomatiques, le Nigeria, qui avait promis des renforts de troupes, a finalement changé d’avis.

 

L’atelier consacré à la situation dans les Grands Lacs a examiné le problème du pillage des ressources naturelles de la République démocratique du Congo et ses conséquences, notamment sur le financement des groupes rebelles, et en particulier des FDLR, les ex-génocidaires rwandais.

 

Les ministres des Affaires étrangères se sont ensuite retrouvés dimanche dans la soirée pour faire la synthèse des travaux et préparer un projet de déclaration qui sera soumis aux chefs d’Etat ce lundi. Mais selon un diplomate, les conflits ne seront pas réglés d’un coup de baguette magique ; il s’agit avant tout de fêter le quarantième anniversaire de la révolution libyenne.

 

Autre dossier au menu de cette journée, l'Afrique et les changements climatiques.


Comment mieux lutter contre le changement climatique en Afrique ? Les chefs d'Etat africains ont décidé que le changement climatique doit être abordé de façon collective. Ils veulent élaborer une position africaine commune dans la perspective du sommet sur le climat qui tiendra en décembre à Copenhague. L'Afrique est le continent le plus exposé aux risques climatiques. Quinze pays du continent figurent sur la liste des vingt nations les plus vulnérables au monde.

 

Les changements climatiques, l'autre grand dossier de ce sommet de l'UA

« L'idée c'est de parler d'une seule voix et d'élaborer une stratégie commune pour mieux négocier face aux Etats les plus polluants... »

31/08/2009 par Léa-Lisa Westerhoff

06 juillet 2009

13ème sommet de l'UA : Les Africains auraient dû au moins se taire sur le cas Omar el-Béchir

 

Source : lobservateur.bf (Article publié le 6 juillet 2009)


Au terme d’un accouchement douloureux, la Commission de l’Union africaine vient de décider, à Syrte, de se métamorphoser à terme en Autorité. Cet exploit obstétrical n’aurait pas mérité qu’on s’y arrête, fût-ce le temps d’une seule minute, s’il n’était pas illustratif, une fois de plus, de cette manie des Africains de croire soigner les maux dont ils souffrent par le seul jeu des mots.


 

 

Organisation de l’Unité africaine hier, Union africaine aujourd’hui, demain Autorité, que peuvent bien apporter de concret à l’Afrique toute cette gymnastique terminologique et ces glissements sémantiques quand on pense seulement qu’un demi-siècle après les indépendances, les 53 Etats africains réunis ne sont même pas capables ni financièrement ni militairement de juguler la crise ethno-clanique dans laquelle se consume la petite Somalie ? Passons donc.

 

http://www.rcamagazine.com/_news/data/upimages/articles_el-bechir-kadhafi-cpi-soudan-libye.jpg

 

C’est vraiment difficile de passer sur le fait que les chefs d’Etat et de délégation présents au jamboree de Syrte ont pris crânement l’inacceptable décision de ne pas coopérer avec la Cour pénale internationale (CPI) pour l’arrestation du Soudanais Omar el-Béchir, poursuivi, comme on sait, pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour ». Quelle honteuse palinodie et plus exactement quel parjure pour l’Afrique dont 30 Etats au moins sont parties à la Cour pénale internationale pour en avoir ratifié le statut !!!

 

Y a-t-il oui ou non crimes de guerre et crimes contre l’humanité par Djandjawids interposés au Darfour, dont les éléments constitutifs et les preuves accablantes ont été abondamment réunis contre l’autocrate soudanais ? De cela, personne ne doute, pas même les refusards de Syrte, puisqu’ils tirent le motif de leur bras d’honneur avec la CPI non de la présomption d’innocence d’el-Béchir, mais plutôt de ce que le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas accédé à leur demande de suspension des poursuites contre lui.

 

Si donc les charges qui pèsent contre l’inculpé de Khartoum sont d’une évidence criarde, les forumistes de Syrte, faute d’accompagner le procureur Luis Moreno-Ocampo, auraient dû au moins avoir la délicatesse de se taire. Ils n’avaient pas besoin de défier la communauté internationale aussi péremptoirement, puisque, bien avant Syrte, Béchir, le sabreur de Darfouri, continuait de sillonner impunément le continent, par monts et par vaux, confiant en l’indéfectible solidarité syndicale à laquelle s’obligent les présidents africains.

 

Et c’est bien ce syndicat des chefs d’Etat africains qui a encore parlé au village natal de Kadhafi à travers la motion anti-CPI du vendredi 03 juillet. Bien d’autres Africains ont en effet déjà été attraits devant de hautes juridictions comme la CPI ou autres « Nuremberg ». Mais, à la différence de l’homme fort de Khartoum, ils n’étaient pas ou n’étaient plus dans le confort et l’impunité que semble garantir à vie le pouvoir en Afrique.

 

Et qu’on cesse de nous bassiner les oreilles par l’antienne de l’indignation sélective qui consiste à accuser la CPI de ne voir les génocidaires que sur le continent noir. Pas plus recevable non plus l’argumentaire à la Kadhafi qui va jusqu’à considérer cette Cour comme un instrument des Occidentaux pour établir « un nouveau terrorisme mondial ».

 

Non. Il est temps que nous, Africains, soyons politiquement mâtures pour refuser de continuer de vouloir toujours nous prévaloir de nos propres turpitudes. Car les syndromes sierra léonais, libérien et aujourd’hui darfouri, c’est bien sur notre continent et non à Kamtchatka en Sibérie ni dans la Pampa argentine.

 

La justice aux ordres, c’est bien encore chez nous et c’est justement parce que nous n’avons ni la volonté politique ni les moyens de juger nos génocidaires à la Hissène Habré que des juridictions internationales, par subsidiarité, s’en autosaisissent. Enfin, c’est encore chez nous que prospèrent les maîtres-charcuteurs de constitutions, lesquels, s’il le faut, congédient, sans pudeur ni état d’âme, les juges constitutionnels qui osent dire le droit.

 

Alain Saint Robespierre

 

 

lobservateur

13e sommet de l’UA : Commission ou Autorité… c’est kif kif bourricot !

Source : lobservateur.bf (Article publié le 6 juillet 2009)

 

Née d’une idée qui germa en Libye le 09.9.99, et mise en place en grande pompe en juillet 2001 à Lusaka en Zambie en 2001 l’Union Africaine (UA) qui devait "mieux faire" que sa mère l’OUA semble, au fil des sommets, se confiner dans une sorte de "supermachin".

 

 

1.syrte.jpgDotée de sa commission de 10 membres, de son Parlement, de son conseil économique et social, de sa Cour de justice et ayant de grands défis propres à l’Afrique du XXIe siècle à relever, l’UA est devenue en quelques années non "the place to be", mais une arène où s’étripent désormais les adeptes de l’union immédiate avec un gouvernement supranational et les partisans d’une intégration par cercles concentriques.

 

Ainsi voit-on régulièrement d’un côté le guide de la Libye, Mouammar Kadafi, Abdoulaye Wade et Boni Yayi, pour ne citer que ceux-là, croiser le fer avec leurs collègues du Nigeria, de l’Afrique du Sud, qui renâclent à déléguer leur souveraineté. Les premières véritables salves tirées entre ces dirigeants sont intervenues au 8e sommet de l’UA, tenu les 29 et 30 janvier 2007 : lors de ce jamboree politique du continent, des chefs d’Etat se sont toisés au sujet de la commission et surtout de son ...président d’alors, Alpha Omar Konaré. Il est vrai que les réformes rapides que voulait faire mettre en œuvre l’ancien président malien et surtout son côté "donneur de leçons" avaient fini par exécrer ses rapports avec les dirigeants africains à telle enseigne que l’un d’eux avait lâché en petit comité ce commentaire acide : "Konaré est un ex-chef d’Etat, moi, je suis chef d’Etat".

 

Otage d’éternels compromis entre les présidents et chefs de gouvernement, l’UA est, de nos jours, impuissante et a du mal à tourner le dos à l’OUA. Mais il y a pire, et ce, depuis le 2 février 2009, date à laquelle les présidents africains ont décidé inconsidérément de remettre pour un an la présidence de l’UA au premier responsable de la Jamahiria libyenne.

 

En effet ils ont rendu soit, un grand service à l’ego de Kadhafi qui, depuis des décennies, était en quête d’un tel sacre, mais ils ont fait un grand tort au continent. Bien sûr, dépité par ses échecs panarabes et panmaghrebin, l’homme du 1er septembre 69 a dépensé beaucoup d’argent et fait beaucoup de gestes pour se couler dans la peau d’un panafricaniste qui veut rallumer le flambeau de certains pères de l’indépendance. Hélas il n’en a ni l’étoffe ni la volonté. Il a simplement trouvé une tribune, et quelle tribune pour jouer sa pièce dans la cour des grands. Surtout qu’au sein de la CEN-SAD certains de ses pairs ont commencé à regimber... Tel son homologue burkinabè, Blaise Compaoré, avec qui les atomes ne semblent plus crochus. Quant aux maux de l’Afrique, les populations peuvent toujours attendre.

 

Engoncé dans ses certitudes ubuesques, le bédouin libyen s’est donné encore en spectacle à ce 13e sommet de l’UA, achevé ce 3 juillet 2009 tard dans la nuit frisquette de Syrte : logorrhées logomachiques, altercations sur des points ou virgules, brefs et longs apartés, pieds de grue dans les couloirs et à la clef un "arrangement à l’amiable" ou du moins un canard boiteux qui s’appelle "Autorité commune". Bref les sommets de ce qui devait suppléer à l’OUA se suivent et se ressemblent, tout change pour que rien ne change.

 

Qu’espèrent la vingtaine de chefs d’Etat présents en Libye dont certains ont "décalé" avant le communiqué bancal, en remplaçant la Commission par l’Autorité ? Décourager les adeptes des raccourcis militaires ou exclure les pays dans lesquels les coups d’Etats sont perpétrés ? Surtout pas et le récent exemple de la Mauritanie est assez illustratif. Comment éteindre les brûlots en Afrique ? Voilà autant d’objectifs majeurs et concrets que l’UA devrait viser.

 

En fait, on est en droit de se demander s’il faut perdre autant de temps pour changer le nom d’une structure qui se veut supranationale. Qu’elle s’appelle Commission ou Autorité commune, seule compte son habileté manœuvrière, car, comme disait Mao Tsé Toung, "qu’importe la couleur d’un chat pourvu qu’il attrape des souris". Commission ou Autorité n’est-ce pas du pareil au même ?

 

C’est donc moins les changements de dénomination de l’UA que ses actions sur le terrain qui dépêtreront l’Afrique de ses traditionnels bourbiers. Et, comme jusqu’en février 2010 on aura du Kadhafi, rien que du Kadhafi, il est impératif que les chefs d’Etat veillent au grain, tout comme Jean Ping le président de l’encore Commission, qui devra toujours être sur "la position du départ soudain" (1).

 

Ce sommet convainc les plus dubitatifs que l’Afrique souffre de ses querelles de leadership et du manque de vision claire. L’intégration continentale d’inspiration européenne sera toujours une arlésienne si l’Afrique ne met pas au-devant de ses institutions des hommes capables (l’action étant ici la meilleure plaidoirie) et consensuels ; surtout des textes pérennes modifiables si la nécessité s’impose et non pour faire plaisir à une personne, surtout pas à un personnage qui pense que l’Afrique, c’est lui.

 

La Rédaction

 

Note( 1) : position des Indiennes des USA qui, constamment accroupies, sont promptes à accomplir une tâche confiée par leur mari ou à rattraper un enfant qui s’éloigne.

 

lobservateur

04 juillet 2009

Sommet de l'UA / Libye : Les crises politiques au cœur des discussions

Source : rfi.fr (Article publié le 04 juillet 2009)

 

Somalie, Madagascar, Guinée Bissau... Les crises politiques étaient au centre des discussions au sommet de l'Union africaine à Syrte, en Libye. Le sommet, qui s'est achevé vendredi soir, a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à imposer des sanctions à l'Erythrée, pays accusé de participer à la déstabilisation de la Somalie en armant les islamistes radicaux.



Emblème de l'Union africaine.( Photo : UA )

Emblème de l'Union africaine. (Photo : UA )

 

C’est sur la Somalie que les pays africains se sont montrés les plus fermes et, pour la première fois, ils pointent du doigt l’un des leurs, à savoir l’Erythrée. Ils accusent le régime d'Issayas Afeworki de soutenir les groupes armés qui s’attaquent au gouvernement de transition, à la population civile et à la force africaine Amisom. Pour l’Erythrée, le coup est rude. En revanche, pour l’Ethiopie il s'agit d'une victoire diplomatique.

 

Autre sujet d’inquiétude pour les chefs d’Etats réunis à Syrte : les coups d’Etats non résolus.

 

A Madagascar, ils se disent gravement préoccupés par l’absence de progrès vers le retour à l’ordre constitutionnel. C’est un mauvais point pour Andry Rajoelina.

 

Pas un mot sur le Niger

 

En Guinée Conakry, ils invitent les autorités à respecter leurs engagements en faveur d’une élection, adressant ainsi un avertissement au capitaine Dadis Camara.

 

En Guinée Bissau, ils dénoncent la spirale de violence et exhortent l’armée à ne plus s’ingérer dans les affaires politiques.

 

En revanche, pas un mot sur le Niger où Mamadou Tanja cherche à se maintenir au pouvoir par tous les moyens, sans doute, le Nigeria a-t-il décidé, pour l’instant, de lever le pied et de donner une chance aux missions de bons offices auprès du président nigérien.

30 juin 2009

Sommet de l’UA : Le cirque de Syrte

Source : lobservateur.bf (Article publié le 30 juin 2009)

 

C’est en Libye que se tient le prochain sommet de l’Union africaine (UA). Chez Mouammar Kadhafi, qui n’espérait certainement pas mieux. Car c’est Madagascar qui devrait abriter cette grand-messe des chefs d’Etat du continent noir. Mais, pour des raisons évidentes de crise politique, le guide libyen s’était proposé d’accueillir cette rencontre ; il en a vraiment les moyens.

 

 

1.Kadhafi.jpgCe richissime bédouin va donc recevoir sous sa tente certains de ses affidés pour tenter, encore une fois de plus, de leur faire avaler sa pilule des Etats-Unis d’Afrique. Déjà, au Conseil des Ministres en prélude au sommet, Kadhafi qui s’est fait attendre, a, comme à son habitude, fait dans l’improvisation pour ne pas dire dans la digression, obsédé qu’il est par sa volonté d’imposer coûte que coûte, vaille que vaille, sa vision de l’unité africaine.

 

L’homme est réputé pour ses frasques et ses comportements ubuesques, et il n’hésite pas, partout où il passe, à se faire remarquer. Et maintenant qu’il est chez lui, Kadhafi ne manquera certainement pas de faire subir à ses convives des numéros de cirque plutôt agaçants. Pourtant, les sujets sérieux à débattre et de grande importance ne manqueront pas sous ce chapiteau de Syrte.

 

Il y a, par exemple, la sempiternelle question de la bonne gouvernance, toujours au stade des beaux discours que l’on nous sert au détour de moult fora, l’alternance démocratique (une véritable vue de l’esprit dans bien de contrées, il faut le dire), des constitutions qu’on tripatouille par-ci, des coups d’Etat perpétrés par-là. Et le président de la Commission de l’UA, Jan Ping, de marteler qu’en l’espace de 40 ans, 31 chefs d’Etat ont été assassinés.

 

En faisant cette remarque, Jan Ping entend probablement marquer son souci de voir les choses changer pour une accession au pouvoir, autrement que par coup de force. Kadhafi peut donc encore renvoyer aux calendes grecques son fameux projet d’Etats-Unis d’Afrique (un rêve que le guide libyen ne veut absolument, pas abandonner), surtout que ses homologues, in petto, n’en ont cure ; en tout cas pas d’Etats-Unis à la Kadhafi. Ainsi donc « chassez le naturel, il revient au galop », nous enseigne le proverbe.

 

C’est dire que le colonel Kadhafi a tout le loisir de bousculer les règles de bienséance et les usages protocolaires pour s’adonner à son jeu favori, prendre intempestivement la parole ou adresser des pics à ses contradicteurs, quitte à être boudé, comme c’est déjà arrivé : on se souvient qu’à la conférence de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD) tenue à Cotonou au Bénin en 2008, alors que c’est le président du Faso, Blaise Compaoré, qui exerçait la présidence de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le guide « éclairé » de la Libye avait, dans son discours, traité de tous les noms d’oiseaux cette institution sous-régionale et réclamé même sa suppression pure et simple ; ce qui avait donc déplu au chef de l’Etat burkinabè, qui avait boudé à l’époque le dîner auquel le plus fortuné des bédouins avait convié ses hôtes.

 

A l’ouverture du Conseil des Ministres des Affaires étrangères préparatoire au sommet de Syrte le week-end dernier, l’hôte libyen s’est encore fendu de propos pour le moins inattendus : il a réclamé urbi et orbi la suppression des organes des grands ensembles sous-régionaux. Décidément, cet homme ne finit pas de surprendre… désagréablement. Alors qu’il y a plus sérieux que son cirque !

 

Agnan Kayorgo


 

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