06 novembre 2009

MUGABE – TSVANGIRAI : Au bord de la rupture

Le pays          06 novembre 2009

 

 

Le Zimbabwe fait à nouveau la une de l’actualité africaine. Comme un remake, les dissensions entre le chef de l’Etat Robert Gabriel Mugabe et son Premier ministre Morgan Tsvangirai replacent à nouveau le pays sous les projecteurs.

 

Mugabe-Tsvangirai_788861c.jpgAprès une accalmie de huit mois, suite à la formation du gouvernement d’union nationale, c’est reparti pour les querelles byzantines. La cohabitation est mise à mal et chacun ne jure que par la perte de l’autre, preuve que les poignées de main, les embrassades au moment de la signature de l’accord en début d’année, n’étaient que de la pure hypocrisie. Les héros, qui étaient sans doute fatigués, ont visiblement mis à profit cette trêve pour se refaire des forces afin de repartir de plus belle dans la guerre.

 

Depuis la mi-octobre 2009, les deux têtes de l’Exécutif ne filent plus le parfait amour, ne veulent plus se voir même en peinture. La haine qu’ils se vouent cordialement a repris le dessus surtout après la réincarcération du trésorier du parti du Premier ministre (MDC), Roy Benett, poursuivi par la justice pour « terrorisme ». Tsvangirai en a pris prétexte pour rompre tout contact avec le camp présidentiel, allant même jusqu’à snober le conseil des ministres.

 

La situation est devenue inquiétante à tel point que cinq chefs d’Etat de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) se sont retrouvés hier 5 novembre, à Maputo, au Mozambique en un mini-sommet extraordinaire sur l’ancienne Rhodésie du Sud. Objectif : sauver l’accord de partage du pouvoir qui a permis la constitution d’un gouvernement d’union nationale en février dernier et dont les rênes ont été confiées à l’opposant historique de Robert Mugabe alias Papy Bob.

 

Comme le soldat Ryan, cet accord mérite d’être sauvé pour avoir, d’une part, été âprement négocié et, d’autre part, permis d’éviter le chaos total dans lequel sombrait le pays du fait des violences liées à la réélection contestée de Mugabe. Pour avoir été l’artisan de la confection de l’attelage entre le vieux Bob et son opposant historique, la SADC est à nouveau appelée à la rescousse. Il s’agira de rétablir la confiance entre deux hommes à couteaux tirés qui s’observent en chiens de faïence. Et c’est là toute la difficulté, la délicatesse de la mission de la SADC.

 

Le souhait le plus ardent des Zimbabwéens est que les protagonistes fument à nouveau le calumet de la paix pour éviter au pays de basculer une nouvelle fois. Leur bras de fer est redouté en ce qu’il rappelle des souvenirs douloureux, ceux des violences post-électorales dont les militants de l’opposant historique ont surtout fait les frais.

 

Au-delà de la SADC, c’est la communauté internationale qui est interpellée dans son ensemble. Elle doit s’impliquer pour trouver rapidement une solution à la nouvelle crise entre les deux têtes de l’Exécutif qui prennent en otage, à eux seuls, le destin de millions de Zimbabawéens.

 

Par Séni DABO

14 septembre 2009

Sanctions contre le Zimbabwe : L’UE ne desserre pas les dents

L'observateur paalga          lundi 14 septembre 2009

 

photo_1240065075687-1-0-b57d6.jpg« Il s’agit de trouver un terrain d’entente » entre les 2 têtes de l’Exécutif du Zimbabwe, le chef de l’Etat Robert Mugabe et son premier ministre imposé Morgan Tsangirai. Propos tenus le 11 septembre dernier par Karel De Gucht, commissaire européen au développement lors du sommet UE-Afrique du Sud. Il annonçait, en termes enrobés, la couleur concernant la rencontre tenue le lendemain à Hararé, entre une délégation de l’UE de haut niveau, conduite par le Premier ministre suédois, Frederik Reindfeld, et les premières autorités zimbabwéennes : les sanctions imposées depuis 2002 contre le Zimbabwe ne seront pas levées tant qu’une solution politique acceptable ne sera pas touvée.

 

 

Robert Mugabe est amer, car le 8 septembre 2009, il avait réussi le tour de force à Kinshasa, de faire adopter par ses pairs de la SADC, une résolution demandant aux Occidentaux de lever les sanctions contre son pays. Et Jacob Zuma, le président sud-africain, l’a fait.

 

Hélas pour le père de l’indépendance de l’ancienne Rhodésie, les « Blancs » n’ont pas accédé à cette requête. Et ce n’est pas le gel de l’aide internationale qui frappe le petit peuple qui le met "en rogne", il s’en moque comme de sa première barboteuse, mais c’est surtout la saisie de ses comptes à l’extérieur, et le travel ban (interdiction de voyager) qui irrite celui qui se vante d’être « docteur es violences ».

 

Coupé de certaines de ses ressources comme 200 personnes qui lui sont proches, Mugabe voit ses forces s’amenuiser. Et c’est sur cette donne qu’apparemment veut jouer l’UE. Mais attention, le vieux lion a les dents élimées mais n’est pas édenté et sa crinière et ses griffes restent intactes !

25 juin 2009

Zimbabwe : Une bien maigres récoltes pour une si longue tournée

Source : lobservateur.bf (Article publié le 25 juin 2009)

 

C’est avec une sébile loin d’être pleine que Morgan Tsvangirai, parti faire la manche en Amérique et en Europe, va regagner son pays dans les heures qui suivent. Il boucle en effet en France sa longue tournée d’une quinzaine de jours qu’il a entreprise dans les pays du Nord, où il a fait un plaidoyer dans le but de récolter des fonds pour sortir le Zimbabwe de la crise économique dans laquelle il est englué depuis des années.


http://www.rfi.fr/actufr/images/114/tsvangirai_obama_432.jpg

Barack Obama a promis à Morgan Tsvangirai d'aider le Zimbabwé à se relancer.


 

Il retourne donc au bercail un peu déçu par des donateurs qui n’ont pas voulu cracher dans le bassinet les quelque 10 milliards de dollars nécessaires à la relance de la machine économique de son pays. Cependant, faisant bon cœur contre mauvaise fortune, Morgan Tsvangirai a déclaré que l’argent que les bailleurs ont consenti à lui donner suffira à financer certains secteurs prioritaires de base comme la santé, l’éducation et l’agriculture.

 

Mais s’il rentre quelque peu bredouille à Harare, c’est principalement à cause de son président, Robert Mugabe, que les Occidentaux n’affectionnent pas particulièrement et qui a toujours, selon eux, une nette influence sur le gouvernement. En clair, les bailleurs de fonds ne font pas confiance à papy Bob et ils craignent de voir leurs aides détournées de son objectif premier.

 

Une attitude qu’on comprend aisément quand on sait le climat de méfiance et de défiance qui existe entre Mugabe et les dirigeants des pays du Nord.

 

Ainsi, puisqu’ils n’aiment pas le vieux Bob, les Occidentaux ne sont pas prêts à faire un geste salvateur pour son pays. Ils espèrent par cette tactique contribuer à affaiblir le président et à le pousser vers la sortie. Une stratégie qui est loin d’être payante et dont les effets pourraient être fatal non pas à Robert Mugabe mais à Morgan Tsvangirai, le chouchou de la communauté internationale.

 

Pour cette raison : le Premier ministre a été imposé à Mugabe pour sortir le pays de la crise économique, alimentaire, sanitaire, politique et sociale. Dans un pays où sévit une folle inflation et où l’Etat, parce que désargenté, est défaillant dans bien de domaines, ne pas le soutenir financièrement et techniquement, c’est rendre inopérant le gouvernement.

 

Et les pots cassés, c’est le Premier ministre qui va les récolter, puisque c’est lui qui est devant et conduit l’action gouvernemental. La preuve, c’est lui qui court partout pour réunir des fonds tandis que Mugabe se la coule douce à Harare. Donc rentrer au pays avec une si « maigre » récolte est davantage l’échec personnel de Tsvangirai que celui de Mugabe.

 

Au finish, les populations ne verront plus une différence entre la gestion des affaires publiques par Mugabe et celle sous Tsvangirai. En effet, ce qui compte plus aux yeux des populations, c’est ce qui est fait pour les soulager de leurs souffrances quotidiennes. Or, sans argent, l’actuel gouvernement zimbabwéen ne fera pas de miracle.

 

C’est alors qu’il sera impopulaire… Et si Morgan Tsvangirai ne parvient pas à résoudre les problèmes basiques de ses concitoyens, bonjour les troubles sociaux.

 

C’est pour cela que les Occidentaux se doivent de soutenir financièrement l’action et les initiatives du Premier ministre, car c’est la seule façon d’accroître son aura démocratique contre Mugabe. C’est seulement cela qui l’aidera à balayer et Mugabe et son parti du pouvoir lors des prochaines consultations électorales.

 

En voulant punir le chef de l’Etat, c’est en réalité au Premier ministre et aux populations que les Occidentaux vont faire le plus de mal.

 

San Evariste Barro

 

lobservateur

13 juin 2009

Etats-Unis/Zimbabwe : Obama annonce 73 millions de dollars d'aide aux Zimbabwéens

Source : rfi.fr (Article publié le 13 juin 2009)

 

Le chef du gouvernement d'union nationale mis en place au début de l'année au Zimbabwe était reçu vendredi par Barack Obama. Le président américain a annoncé à cette occasion une aide fédérale de 73 millions de dollars, une aide qui irait directement au peuple zimbabwéen par le biais des ONG, car si Barack Obama n'a pas caché son admiration pour Morgan Tsvangirai, il n'a pas caché non plus qu'il restait très préoccupé par le comportement du président Mugabe et de ses proches.


Le Premier ministre zimbabwéen Morgan Tsvangirai (g) et le président américain Barack Obama à la Maison Blanche, à Washington vendredi 12 juin.(Photo : Reuters)

Le Premier ministre zimbabwéen Morgan Tsvangirai (g) et le président américain Barack Obama à la Maison Blanche, à Washington vendredi 12 juin.
(Photo : Reuters)


Avec notre correspondant à Washington, Jean-Louis Pourtet

 

Barack Obama ne s’est pas contenté de couvrir d’éloges Morgan Tsvangirai à qui il a exprimé son extraordinaire admiration, il lui a aussi promis une aide de 73 millions de dollars qui ira directement aux Zimbabwéens par le biais d’ONG. Même si le Premier ministre n’a cessé de répéter qu’il ne venait pas aux Etats-Unis la sébile à la main, il n’a pas caché que sans assistance les efforts de son parti pour apporter le changement seraient condamnés.

 

Comme le soulignait le New York Times, le dilemme pour Washington était donc de trouver le moyen d’aider la population et Tsvangirai sans que cela profite au président Mugabe. Après l’entrevue, jeudi, du Premier ministre avec Hillary Clinton, le porte-parole du département d’Etat avait dit que les Etats-Unis voulaient alléger les souffrances des Zimbabwéens sans récompenser les forces qui s’accrochent à la corruption et à la répression.

 

Plutôt récompensé que puni


Pour Morgan Tsvangirai la tâche n’était pas facile. Mugabe affirme qu’il est son émissaire à Washington, comment alors se démarquer d’un régime honnis tout en le représentant ? D’autant que le président réclame la levée des sanctions, ce qui est hors de question pour les Américains.

 

Marchant sur une corde raide, Tsvangirai a affirmé que depuis la victoire du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) son pays se dirigeait vers la réforme et méritait d’être récompensé et non puni. Sans illusion sur la bienveillance de celui avec qui il partage partiellement le pouvoir, il a déclaré : « J’en sais quelque chose, j’ai presque été tué ! »

13 février 2009

MUGABE - TSVANGIRAI : Briser la glace de la méfiance

Source: lepays.bf (Article publié le 13 février 2009)

Le Zimbabwe a enfin son Premier ministre. Après avoir longtemps pratiqué la politique de la chaise vide, le leader de l’opposition, Morgan Tsvangirai, a enfin accepté la charge de Premier ministre du gouvernement d’union nationale. Si cet événement constitue une étape majeure du processus de réconciliation, il ne garantit cependant pas une sortie de crise définitive.

Si les pratiques d’opposition systématique du MDC (Mouvement pour le changement démocratique) sont transférées au sein du travail gouvernemental, il est à craindre que l’attelage Mugabe-Tsvangirai s’essouffle après une courte distance. Pour arriver à bon port, le mur de méfiance érigé entre le camp présidentiel et l’opposition, doit impérativement laisser la place à un espace de dialogue et de tolérance. Mais des problèmes ne manqueront pas de surgir sur le chemin du nouveau pouvoir zimbabwéen. Il s’ agira d’abord de s’entendre sur le cap à atteindre par l’équipe actuelle, de savoir quelle est la destination finale du train qui vient de s’ébranler : est-ce pour relancer le pays sur les plans économique et social, ou pour entamer de profondes réformes politiques et institutionnelles en vue de la prochaine élection présidentielle ? Il faudra donc aux deux dirigeants, bien poser les bases des missions à exécuter pour éviter que chacun tire à hue et à dia une fois l’équipe gouvernementale en marche. Au demeurant, on n’ose pas imaginer que la médiation a négligé cet aspect essentiel, celui de la définition d’une feuille de route qui ne saurait souffrir de contestations dans sa mise en oeuvre. Si donc cette précaution a été prise, c’est la personnalité des deux hommes qui sera déterminante dans la conduite des affaires. Or, dès la prestation de serment, on a ressenti comme une ambiance glaciale entre le président et son Premier ministre. Bien évidemment, il n’ y a pas d’ambiguïté quant à la prééminence du président, devant qui le Premier ministre a prêté serment. Mais en sera-t-il toujours ainsi tout au long de la cohabitation ? Tsvangirai acceptera-t-il dans l’exercice de ses fonctions que Mugabe soit le chef ? C’est à voir. Car les premières déclarations des proches de l’opposant ont toujours ce ton guerrier, comme si le temps n’est pas à l’apaisement, à la résolution rapide des graves problèmes que connaît le pays. Quitter momentanément les habits d’opposants purs et durs pour revêtir ceux d’hommes de consensus, tel devrait être le credo des représentants du MDC au gouvernement.Et en toute humilité, eux comme les partisans de la ZANU-PF, auraient dû avoir la présence d’esprit de présenter solennellement leurs excuses au peuple zimbabwéen. Il n’est point de doute que la descente aux enfers du pays est d’abord la faute aux politiciens qui se sont livrés depuis de nombreuses années à une guerre sans merci. Cet acte de contrition, s’il avait eu lieu, aurait pu être assorti de l’engagement à ne plus tomber dans les travers du passé, en sacrifiant le peuple sur l’autel de querelles partisanes. Mais ce mea-culpa n’a pas eu lieu. Faut-il comprendre que les couteaux ne sont pas rangés et qu’ils ressortiront à la moindre occasion ?

Les Occidentaux, en tout cas, principaux soutiens de Tsvangirai, n’ont pas donné de signaux positifs. Ils continuent de maintenir les sanctions contre le pays, alors que l’accord survenu entre le pouvoir et l’opposition est le signe d’une décrispation nationale. La trêve politique au Zimbabwe doit être confortée et transformée en une paix définitive. Or, sans le soutien massif de la communauté internationale, rien de durable ne peut se construire. C’est d’ailleurs l’heure de vérité pour les Occidentaux qui, en parrainant Morgan Tsvangirai, disent lutter pour l’avènement de la démocratie au Zimbabwe. A l’aune de leur comportement, on saura s’ils ont dépensé toute cette énergie juste pour évincer Mugabe au profit de Tsvangirai, ou pour véritablement aider le peuple zimbabwéen. On se demande à cet effet, pourquoi la communauté internationale réserve un traitement inégal entre le Zimbabwe et le Kenya, alors que le régime de Mugabe a nettement moins commis de fautes relevant des droits de l’homme, que celui de Mwai Kibaki, le président kényan, qui a sur sa conscience la mort par violence de plus de mille Kényans. C’est dire qu’on attend de l’Occident qu’il fasse la démonstration de sa bonne foi dans la crise zimbabwéenne. Pour le moment, ses sanctions continuent d’être comme un parti pris pour un camp contre un autre, à l’heure où tous doivent parler d’une même voix en taisant les rancoeurs du passé. L’ingérence des pays développés est flagrante et partiale. Il leur appartient de rééquilibrer leurs rapports avec les acteurs zimbabwéens, pour amener à l’apaisement et à l’instauration d’une nouvelle forme de vie entre les populations.

Les Zimbabwéens doivent arriver à se débarrasser des clivages politiques pour ne penser d’abord qu’en tant qu’éléments d’un même peuple et d’une même nation. Bref, les populations doivent réapprendre à s’aimer. Cette tâche de réapprentissage d’une coexistence pacifique, point de départ à toute réconciliation nationale, incombe tant aux partis politiques qu’aux acteurs internationaux qui ont souvent joué les boutefeux.

10 février 2009

MUGABE - TSVANGIRAI : Le salut par la cohabitation

Source : lepays.bf (Article publié le 10 février 2009)

En septembre 2008, la ZANU-PF et le MDC signaient un accord de partage du pouvoir au Zimbabwe qui prévoyait que Robert Mugabe conserve le poste de chef de l’Etat et que Morgan Tsvangirai, son principal opposant, devienne Premier ministre. Prenant le relais, les dirigeants des Etats d’Afrique australe à travers l’organisation sous- régionale (la SADC) recommandaient le 26 janvier 2009 aux Zimbabwéens de former un gouvernement d’union nationale.

Suivant le calendrier établi, c’est en principe demain 11 février que le Premier ministre ainsi que les vice-premiers ministres prêtent serment. Les deux parties doivent résolument s’engager dans l’application de cet accord qui constitue une grande avancée dans la recherche de la paix. C’est sans aucun doute, l’accord de la dernière chance car la plupart de ceux qui interviennent dans la crise zimbabwéenne semblent en effet lassés voire même énervés par cette crise qui s’éternise. Il est grand temps pour les dirigeants zimbabwéens de calmer le jeu et de taire toutes les rancoeurs accumulées depuis des années dans leur coeur, pour se pencher sur les chantiers de développement du pays qui sont immenses : économie en ruines, maladies, famine, etc. Dans cette partie du sud du continent africain, il n’y a que les Zimbabwéens qui ne soient pas encore parvenus à faire la paix entre eux. Presque tous les pays de la région ont en effet connu des périodes troubles, des luttes de libération ou des affrontements internes. Les exemples du Kenya, de l’Angola ou du Mozambique sont encore tout frais dans les esprits. Néanmoins, les citoyens de ces pays sont arrivés à se réconcilier, à faire la paix et à cheminer ensemble pour reconstruire leur pays. Pourquoi les Zimbabwéens ne pourront-ils pas faire de même et s’inspirer du modèle de cohabitation kenyan qui semble bien marcher là-bas, du moins pour l’instant.

Même si la cohabitation s’annonce difficile en raison de divergences, le moment est plus que jamais venu pour les deux hommes forts du pays d’oeuvrer au soulagement des souffrances du pays. En acceptant de travailler ensemble, Tsvangirai et Mugabe, qui ont fait la paix des braves, font la démonstration que la voie de la confrontation n’était pas la solution pour aller vers la paix. C’est vrai que la cohabitation pourrait s’avérer difficile, mais ce ne sera pas le prétexte à brandir pour se rétracter. Le salut et l’avenir de la nation en dépendent. Des exemples de cohabitation beaucoup plus difficile jalonnent l’histoire. En France, Lionel Jospin et Jacques Chirac ’’ont cohabité’’ entre 1995 et 2002 et malgré l’adversité, ils ont travaillé ensemble jusqu’au terme de leur mandat. C’est maintenant que le Zimbabwe saura reconnaître ses vrais amis de ses ennemis et distinguer ceux qui veulent aider le pays à se reconstruire plutôt qu’à le voir sombrer. Il est plus que temps de lever les embargos qui ruinent le pays pour permettre au Zimbabwe de réussir sereinement sa transition. Il est vrai que les deux hommes ont des atouts pour se nuire réciproquement, car faut-il le rappeler, Morgan Tsvangirai contrôle le parlement et que Mugabe est le chef de l’Etat. Ils peuvent donc se mettre des bâtons dans les roues. Nonobstant cela, les deux leaders doivent aller au-delà de leur clivage politique pour continuer à se faire des concessions mutuelles. Dans la situation actuelle du Zimbabwe, ce n’est pas faire preuve de faiblesse que de ne pas user des forces dont on dispose pour nuire à l’autre. C’est au contraire faire montre de maturité politique et de hauteur de vue. Somme toute, les problèmes du pays ne sont pas insolubles. Tsvangirai et Mugabe semblent en tout cas en être désormais convaincus, eux qui sont en train de négocier ensemble le virage.

Il reste à espérer que le départ qui sera donné le 13 février prochain avec l’entrée en fonction du nouveau gouvernement soit le bon.

Par Boureima OUEDRAOGO SONRE

12 juillet 2008

Zimbabwe/Conseil de sécurité : Vetos russe et chinois à des sanctions

Source: rfi.fr  (Article publié le 12 juillet 2008)
La Chine et la Russie ont opposé leur veto vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU à un projet de résolution soutenu par les Occidentaux qui aurait sanctionné le Zimbabwe pour son simulacre d'élection. Le texte aurait imposé un embargo sur les armes à destination du pays. Il aurait également imposé au président, Robert Mugabe, et à 13 autres hauts responsables, un gel des avoirs et une interdiction de voyager à l'étranger. Le représentant américain à l'ONU a reproché à Moscou d'avoir fait volte-face sur cette question.
Le Conseil de sécurité de l'ONU à New York.(Source : Conseil de sécurité/ONU)

Le Conseil de sécurité de l'ONU à New York.
(Source : Conseil de sécurité/ONU)


Avec notre correspondant à New York, Philippe Bolopion

La Chine et la Russie ont coupé court aux velléités de sanctions occidentales. Les deux pays ont utilisé sans état d'âme leur droit de veto pour enterrer le projet de résolution américain. Pour Moscou et Pékin, c'est une question de principe. Les deux pays pensent que le Conseil de sécurité n'a pas à se mêler des affaires internes d'un Etat, et surtout pas ses élections. Ils estiment que la crise au Zimbabwe ne représente pas une menace à la paix et à la sécurité internationale, et ne relève donc pas du Conseil de sécurité.

L'Afrique du Sud a également voté contre ce projet qui va, selon elle, à l'encontre de l'Union africaine, laquelle s'est prononcée contre tout ce qui pourrait gêner le dialogue entre le gouvernement zimbabwéen et l'opposition. La Libye, l'Indonésie, et le Vietnam partageaient cette position.

Les pays occidentaux bénéficiaient malgré tout d'une majorité de neuf voix sur quinze, qui, sans les veto, aurait permis une adoption des sanctions. Ils avaient dans leurs rangs le Burkina Faso, qui a estimé que la pression aurait pu favoriser la négociation. Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont dénoncé un échec du Conseil. Ils savaient qu'ils risquaient d'essuyer un veto. Mais ils ont voulu placer la Chine et la Russie face à leurs responsabilités.

27 juin 2008

ZIMBABWE: Second tour de l'élection présidentielle malgré les pressions internationales

par  RFI (Article publié le 26/06/2008)

Les électeurs zimbabwéens votent ce vendredi. Les bureaux de vote ouvrent à 7 heures locales (05H00 TU). Robert Mugabe, 84 ans, au pouvoir depuis 1980, a maintenu les opérations électorales pour le deuxième tour des présidentielles, malgré le désistement du principal opposant Morgan Tsvangirai, dimanche dernier, et malgré les pressions de la communauté internationale qui demanda au président zimbabwéen de reporter le vote. La dernière est celle du Nigeria qui exhorte le pouvoir zimbabwéen à reporter le scrutin. Le numéro deux de l'opposition, Tendai Biti, inculpé de subversion, a été remis en liberté sous caution ce jeudi. Robert Mugabe a annoncé son intention de se rendre à Charm el-Cheikh, la semaine prochaine, lors du sommet de l'Union africaine qui va se tenir en Egypte.

Le président Robert Mugabe s'adresse à ses sympatisants lors d'un meeting à Chitungwiza, le 26 juin 2008.(Photo : Reuters)

Le président Robert Mugabe s'adresse à ses sympatisants lors d'un meeting à Chitungwiza, le 26 juin 2008.
(Photo : Reuters)

Le chef de l'Etat zimbabwéen, qui assure que jamais l'opposition n'arrivera au pouvoir de son vivant, s’est déclaré prêt à négocier, mais seulement après ce second tour de la présidentielle. Au cours de son dernier meeting, le président Mugabe s’est dit certain de remporter la victoire. Il sera seul en lice, même si la Commission électorale nationale a refusé de retirer la candidature de Morgan Tsvangirai, affirmant qu’elle était arrivée trop tard.

Pourtant, la pression est montée de toutes parts pour que ce second tour soit reporté. Ainsi, l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, qui parle très rarement, a dénoncé « la tragique défaillance de la direction du Zimbabwe ». Le président des Etats-Unis, Georges Bush, parle d' « imposture » pour ce second tour. Louise Arbour, Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, considère que ce scrutin est une « perversion de la démocratie ».

L'Union européenne a décidé de soutenir l'appel au report du suffrage, lancé mercredi par la SADC, la Communauté pour le développement de l’Afrique australe. Le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a déclaré, jeudi: « Ce second tour devrait être reporté jusqu’au moment où nous pourrons créer des conditions justes et crédibles. Ce qui me préoccupe c’est d’assurer que la violence et l’intimidation cessent et que la population cesse de souffrir de toute cette crise humanitaire ».  

Le silence de Mbeki

Seul le président sud-africain Thabo Mbeki, fidèle à lui-même, reste muet, en retrait, soutenant implicitement lhHomme fort de Harare. Thabo Mbeki a été l’un des rares dirigeants de l’Afrique australe à ne pas avoir nommément condamné Robert Mugabe. Mais son approche consensuelle, à la frontière de la complicité, est de plus en plus contestée. Nelson Mandela, l’icône planétaire des droits de l’homme, est même sorti de sa retraite pour condamner la faillite du régime Mugabe. Mais Thabo Mbeki partage la vision de l’anticolonialisme du président octogénaire du pays voisin et semble minimiser les souffrances d’un peuple zimbabwéen affamé, agressé, isolé par un tyran devenu revanchard, presque autiste.

Pourtant, pour beaucoup en Afrique du Sud, une sortie de crise autre que militaire ne peut venir que de Pretoria. L’ex-Rhodésie du Sud est totalement dépendante économiquement de la « nation arc-en-ciel ». Et si Mbeki et la sous-région décident d’invalider la victoire de Mugabe, le dirigeant autocrate ne sera plus en position de force pour négocier sa place au sein d’un éventuel gouvernement d’union nationale

Menaces sur les abstentionnistes

Non seulement le vote est maintenu au Zimbabwe, avec un seul candidat, mais les hommes de Mugabe font tout pour amener la population aux urnes. Les jeunes partisans pro-Mugabe vont traquer les éventuels abstentionnistes vendredi: ils leur ont fait savoir qu’ils allaient inspecter les doigts des électeurs et les ont menacés de représailles s’ils n’étaient pas tâchés de l’encre des bureaux de vote, vendredi. Des milices, d’après des témoins, ont persécuté les habitants des townships du sud de la capitale Harare, où l’opposition fait d’habitude de bons scores, les jeunes de la ZANU-PF les ont obligés à réciter des slogans du parti. L’objectif est en effet d’assurer un taux de participation convenable.

 

Même si Mugabe, qui a libéré son pays de la dictature raciste d’Ian Smith en 1980, jouit encore d’une certaine aura, parmi une catégorie de la population, même si ses diatribes contre les colons, ses propos et ses politiques protectionnistes ultranationalistes ont encore une résonnance chez certains électeurs, ce sera sans doute insuffisant pour que les Zimbabwéens se rendent en masse aux urnes vendredi pour prendre part à ce scrutin dépourvu de tout enjeu. Mais malgré tout, Robert Mugabe, dont la légitimité est contestée de toutes parts, cherche à transformer en plébiscite ce deuxième tour à candidat unique.

26 juin 2008

ZIMBABWE : Tsvangirai appelle l'Afrique à l'aide

Source: RFI

Article publié le 25/06/2008 

Morgan Tsvangirai a donné une conférence de presse, mercredi, devant son domicile à Harare, après être sorti brièvement de l’ambassade des Pays-Bas où il est réfugié depuis dimanche. Il a fait ainsi sa première apparition publique depuis qu’il s’est retiré de la course à la présidentielle, à la suite des violences du régime du président Robert Mugabe (84 ans et au pouvoir depuis 1980) contre les partisans de l’opposition. Le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a notamment appelé l’Afrique à agir pour assurer une période de transition au Zimbabwe, demandant le déploiement de troupes de maintien de la paix. Morgan Tsvangirai (56 ans), qui est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle le 29 mars, refuse de participer au second tour prévu pour vendredi prochain. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a demandé le report de ce second tour.

Le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai a donné une conférence de presse, à son domicile, le 25 juin 2008.(Photo : Reuters)

Le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai a donné une conférence de presse, à son domicile, le 25 juin 2008.
(Photo : Reuters)

Le leader de l’opposition zimbabwéenne a tenu à préciser qu’il ne demandait pas une intervention militaire dans son pays, une hypothèse qui avait d’ailleurs été exclue mercredi matin par le ministre sud-africain des Affaires étrangères Aziz Pahad. Selon Morgan Tsvangirai, « la solution d'une force de maintien de la paix n'est qu'une proposition. Parce que sinon comment faites-vous quand vous n'êtes pas armé et que les gens sont brutalisés par l'armée ? La seule demande que nous puissions faire, c'est que les Nations unies examinent cette solution. Parce que nous sommes dans une situation désespérée, surtout dans les campagnes où les Zimbabwéens sont violentés et forcés à assister à des rassemblements du pouvoir ».

Morgan Tsvangirai a ajouté que « certains ont mal compris et ont pensé que notre demande d'une force de maintien de la paix était une demande d'intervention militaire. Non, ce n'est pas cela. Nous disons juste que nous avons besoin de la paix dans ce pays. Et si vous pouvez vous armer et nous aider à restaurer la paix, alors faites-le ». Il a également précisé que « dans tous les cas, nous ne voulons rien avoir à faire avec le gouvernement qui se formera après le second tour de cette soi-disant élection. Parce que la ZANU-PF essaie de forcer les gens à accepter ce nouveau vote. Ce qui est contraire à leur volonté ».

Appel à l’Union africaine

Morgan Tsvangirai a fait un appel à l’action aux dirigeants des 53 pays membres de l’Union africaine (UA) qui vont participer au sommet de Charm el-Cheikh le 30 juin et le 1er juillet prochains : « Je veux dire aux chefs d'Etats africains qui seront ce week-end en Egypte, que leur réunion ne peut ni constituer un effort de médiation, ni une poursuite des pourparlers, largement infructueux depuis plusieurs années. Le temps de l'action est venu. Les gens et le pays ne peuvent plus attendre. Nous devons faire preuve de leadership en Afrique ».

Il a également tenu à souligner que « le problème zimbabwéen est un problème africain » et qu’il requiert donc « une solution africaine ». Il a ainsi demandé à l'Union africaine et à la SADC (Communauté pour le développement de l’Afrique australe), de mener « une initiative large, soutenue par les Nations unies, afin de mettre en place un processus de transition. Nous proposons à l'équipe de facilitateurs de l'Union africaine, de déterminer une période de transition, qui prenne en compte la volonté du peuple zimbabwéen, telle qu'elle a été exprimée au premier tour de la présidentielle ».

Mesures immédiates

Le leader de l’opposition du Zimbabwe a rappelé qu’il avait remporté le scrutin, mais qu’il souhaite maintenir une position magnanime. Selon Morgan Tsvangirai, « un dialogue sincère et honnête envers les Zimbabwéens est le seul chemin qui s'offre à nous. La base de tout accord doit reconnaître les principes fondamentaux de la démocratie et donc respecter le droit des personnes à choisir leurs propres leaders.

Donc la conclusion d'un accord négocié qui permettrait de lancer un rétablissement national, une reconstruction économique et une relance de l'aide humanitaire, serait dans le plus grand intérêt de ce pays ».

Selon Morgan Tsvangirai, quatre mesures doivent être prises immédiatement, pour faire face à la crise politique, sociale et économique dans son pays : « d'abord la violence doit cesser. Pour cela, il faut que les vétérans de guerre et les groupes de jeunes miliciens rentrent chez eux et soient réintégrés dans la société. Les barrages routiers doivent aussi être levés. Ensuite, l'assistance humanitaire doit être absolument autorisée et reprendre rapidement. Nos compatriotes meurent de faim, ils sont victimes de maladies, et ont besoin d'aide tout de suite. Par ailleurs, les sénateurs et parlementaires élus doivent se réunir et commencer leur travail. Enfin, il faut que tous les prisonniers politiques soient libérés immédiatement. En particulier Tendai Biti, le secrétaire général du MDC, ainsi qu'environ 2000 autres personnes jetées en prison depuis les trois dernières semaines ».

La SADC demande le report du second tour

Les déclarations de Morgan Tsvangirai ont été en quelque sorte confortées, quelques heures après, par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) qui a appelé au report du second tour de l’élection présidentielle au Zimbabwe. A la suite d’une réunion extraordinaire au Swaziland de la commission de défense de cette organisation régionale qui réunit 14 Etats, le secrétaire général de la SADC Tomaz Salomao a demandé que le Zimbabwe examine l’idée de « reporter le vote à un autre jour ». Selon le communiqué qui a été rendu public à Mbabane, « la situation politique ne semble pas permettre la tenue d’un second tour de l’élection qui soit libre et équitable. Organiser l’élection dans un tel environnement sape la crédibilité et la légitimité du résultat ».

Encore des pressions et des condamnations

Aux Etats-Unis, George Bush a qualifié hier « d'imposture » le second tour, et a appelé l'Union africaine à augmenter la pression sur le régime d'Hararé. Pour Barack Obama, « Mugabe a commis des violences extraordinaires contre son propre peuple (..) le processus électoral est devenu une imposture complète et absolue... Quel que soit le résultat, je ne crois pas que Mugabe pourra revendiquer la moindre légitimité en tant que dirigeant démocratiquement élu », a affirmé le candidat démocrate à la présidentielle devant des journalistes à Chicago.

De son côté, Nelson Mandela, en visite à Londres, a dénoncé la « tragique défaillance de la direction » du Zimbabwe.