12 juillet 2008

Zimbabwe/Conseil de sécurité : Vetos russe et chinois à des sanctions

Source: rfi.fr  (Article publié le 12 juillet 2008)
La Chine et la Russie ont opposé leur veto vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU à un projet de résolution soutenu par les Occidentaux qui aurait sanctionné le Zimbabwe pour son simulacre d'élection. Le texte aurait imposé un embargo sur les armes à destination du pays. Il aurait également imposé au président, Robert Mugabe, et à 13 autres hauts responsables, un gel des avoirs et une interdiction de voyager à l'étranger. Le représentant américain à l'ONU a reproché à Moscou d'avoir fait volte-face sur cette question.
Le Conseil de sécurité de l'ONU à New York.(Source : Conseil de sécurité/ONU)

Le Conseil de sécurité de l'ONU à New York.
(Source : Conseil de sécurité/ONU)


Avec notre correspondant à New York, Philippe Bolopion

La Chine et la Russie ont coupé court aux velléités de sanctions occidentales. Les deux pays ont utilisé sans état d'âme leur droit de veto pour enterrer le projet de résolution américain. Pour Moscou et Pékin, c'est une question de principe. Les deux pays pensent que le Conseil de sécurité n'a pas à se mêler des affaires internes d'un Etat, et surtout pas ses élections. Ils estiment que la crise au Zimbabwe ne représente pas une menace à la paix et à la sécurité internationale, et ne relève donc pas du Conseil de sécurité.

L'Afrique du Sud a également voté contre ce projet qui va, selon elle, à l'encontre de l'Union africaine, laquelle s'est prononcée contre tout ce qui pourrait gêner le dialogue entre le gouvernement zimbabwéen et l'opposition. La Libye, l'Indonésie, et le Vietnam partageaient cette position.

Les pays occidentaux bénéficiaient malgré tout d'une majorité de neuf voix sur quinze, qui, sans les veto, aurait permis une adoption des sanctions. Ils avaient dans leurs rangs le Burkina Faso, qui a estimé que la pression aurait pu favoriser la négociation. Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont dénoncé un échec du Conseil. Ils savaient qu'ils risquaient d'essuyer un veto. Mais ils ont voulu placer la Chine et la Russie face à leurs responsabilités.

27 juin 2008

ZIMBABWE: Second tour de l'élection présidentielle malgré les pressions internationales

par  RFI (Article publié le 26/06/2008)

Les électeurs zimbabwéens votent ce vendredi. Les bureaux de vote ouvrent à 7 heures locales (05H00 TU). Robert Mugabe, 84 ans, au pouvoir depuis 1980, a maintenu les opérations électorales pour le deuxième tour des présidentielles, malgré le désistement du principal opposant Morgan Tsvangirai, dimanche dernier, et malgré les pressions de la communauté internationale qui demanda au président zimbabwéen de reporter le vote. La dernière est celle du Nigeria qui exhorte le pouvoir zimbabwéen à reporter le scrutin. Le numéro deux de l'opposition, Tendai Biti, inculpé de subversion, a été remis en liberté sous caution ce jeudi. Robert Mugabe a annoncé son intention de se rendre à Charm el-Cheikh, la semaine prochaine, lors du sommet de l'Union africaine qui va se tenir en Egypte.

Le président Robert Mugabe s'adresse à ses sympatisants lors d'un meeting à Chitungwiza, le 26 juin 2008.(Photo : Reuters)

Le président Robert Mugabe s'adresse à ses sympatisants lors d'un meeting à Chitungwiza, le 26 juin 2008.
(Photo : Reuters)

Le chef de l'Etat zimbabwéen, qui assure que jamais l'opposition n'arrivera au pouvoir de son vivant, s’est déclaré prêt à négocier, mais seulement après ce second tour de la présidentielle. Au cours de son dernier meeting, le président Mugabe s’est dit certain de remporter la victoire. Il sera seul en lice, même si la Commission électorale nationale a refusé de retirer la candidature de Morgan Tsvangirai, affirmant qu’elle était arrivée trop tard.

Pourtant, la pression est montée de toutes parts pour que ce second tour soit reporté. Ainsi, l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, qui parle très rarement, a dénoncé « la tragique défaillance de la direction du Zimbabwe ». Le président des Etats-Unis, Georges Bush, parle d' « imposture » pour ce second tour. Louise Arbour, Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, considère que ce scrutin est une « perversion de la démocratie ».

L'Union européenne a décidé de soutenir l'appel au report du suffrage, lancé mercredi par la SADC, la Communauté pour le développement de l’Afrique australe. Le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a déclaré, jeudi: « Ce second tour devrait être reporté jusqu’au moment où nous pourrons créer des conditions justes et crédibles. Ce qui me préoccupe c’est d’assurer que la violence et l’intimidation cessent et que la population cesse de souffrir de toute cette crise humanitaire ».  

Le silence de Mbeki

Seul le président sud-africain Thabo Mbeki, fidèle à lui-même, reste muet, en retrait, soutenant implicitement lhHomme fort de Harare. Thabo Mbeki a été l’un des rares dirigeants de l’Afrique australe à ne pas avoir nommément condamné Robert Mugabe. Mais son approche consensuelle, à la frontière de la complicité, est de plus en plus contestée. Nelson Mandela, l’icône planétaire des droits de l’homme, est même sorti de sa retraite pour condamner la faillite du régime Mugabe. Mais Thabo Mbeki partage la vision de l’anticolonialisme du président octogénaire du pays voisin et semble minimiser les souffrances d’un peuple zimbabwéen affamé, agressé, isolé par un tyran devenu revanchard, presque autiste.

Pourtant, pour beaucoup en Afrique du Sud, une sortie de crise autre que militaire ne peut venir que de Pretoria. L’ex-Rhodésie du Sud est totalement dépendante économiquement de la « nation arc-en-ciel ». Et si Mbeki et la sous-région décident d’invalider la victoire de Mugabe, le dirigeant autocrate ne sera plus en position de force pour négocier sa place au sein d’un éventuel gouvernement d’union nationale

Menaces sur les abstentionnistes

Non seulement le vote est maintenu au Zimbabwe, avec un seul candidat, mais les hommes de Mugabe font tout pour amener la population aux urnes. Les jeunes partisans pro-Mugabe vont traquer les éventuels abstentionnistes vendredi: ils leur ont fait savoir qu’ils allaient inspecter les doigts des électeurs et les ont menacés de représailles s’ils n’étaient pas tâchés de l’encre des bureaux de vote, vendredi. Des milices, d’après des témoins, ont persécuté les habitants des townships du sud de la capitale Harare, où l’opposition fait d’habitude de bons scores, les jeunes de la ZANU-PF les ont obligés à réciter des slogans du parti. L’objectif est en effet d’assurer un taux de participation convenable.

 

Même si Mugabe, qui a libéré son pays de la dictature raciste d’Ian Smith en 1980, jouit encore d’une certaine aura, parmi une catégorie de la population, même si ses diatribes contre les colons, ses propos et ses politiques protectionnistes ultranationalistes ont encore une résonnance chez certains électeurs, ce sera sans doute insuffisant pour que les Zimbabwéens se rendent en masse aux urnes vendredi pour prendre part à ce scrutin dépourvu de tout enjeu. Mais malgré tout, Robert Mugabe, dont la légitimité est contestée de toutes parts, cherche à transformer en plébiscite ce deuxième tour à candidat unique.

26 juin 2008

ZIMBABWE : Tsvangirai appelle l'Afrique à l'aide

Source: RFI

Article publié le 25/06/2008 

Morgan Tsvangirai a donné une conférence de presse, mercredi, devant son domicile à Harare, après être sorti brièvement de l’ambassade des Pays-Bas où il est réfugié depuis dimanche. Il a fait ainsi sa première apparition publique depuis qu’il s’est retiré de la course à la présidentielle, à la suite des violences du régime du président Robert Mugabe (84 ans et au pouvoir depuis 1980) contre les partisans de l’opposition. Le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a notamment appelé l’Afrique à agir pour assurer une période de transition au Zimbabwe, demandant le déploiement de troupes de maintien de la paix. Morgan Tsvangirai (56 ans), qui est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle le 29 mars, refuse de participer au second tour prévu pour vendredi prochain. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a demandé le report de ce second tour.

Le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai a donné une conférence de presse, à son domicile, le 25 juin 2008.(Photo : Reuters)

Le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai a donné une conférence de presse, à son domicile, le 25 juin 2008.
(Photo : Reuters)

Le leader de l’opposition zimbabwéenne a tenu à préciser qu’il ne demandait pas une intervention militaire dans son pays, une hypothèse qui avait d’ailleurs été exclue mercredi matin par le ministre sud-africain des Affaires étrangères Aziz Pahad. Selon Morgan Tsvangirai, « la solution d'une force de maintien de la paix n'est qu'une proposition. Parce que sinon comment faites-vous quand vous n'êtes pas armé et que les gens sont brutalisés par l'armée ? La seule demande que nous puissions faire, c'est que les Nations unies examinent cette solution. Parce que nous sommes dans une situation désespérée, surtout dans les campagnes où les Zimbabwéens sont violentés et forcés à assister à des rassemblements du pouvoir ».

Morgan Tsvangirai a ajouté que « certains ont mal compris et ont pensé que notre demande d'une force de maintien de la paix était une demande d'intervention militaire. Non, ce n'est pas cela. Nous disons juste que nous avons besoin de la paix dans ce pays. Et si vous pouvez vous armer et nous aider à restaurer la paix, alors faites-le ». Il a également précisé que « dans tous les cas, nous ne voulons rien avoir à faire avec le gouvernement qui se formera après le second tour de cette soi-disant élection. Parce que la ZANU-PF essaie de forcer les gens à accepter ce nouveau vote. Ce qui est contraire à leur volonté ».

Appel à l’Union africaine

Morgan Tsvangirai a fait un appel à l’action aux dirigeants des 53 pays membres de l’Union africaine (UA) qui vont participer au sommet de Charm el-Cheikh le 30 juin et le 1er juillet prochains : « Je veux dire aux chefs d'Etats africains qui seront ce week-end en Egypte, que leur réunion ne peut ni constituer un effort de médiation, ni une poursuite des pourparlers, largement infructueux depuis plusieurs années. Le temps de l'action est venu. Les gens et le pays ne peuvent plus attendre. Nous devons faire preuve de leadership en Afrique ».

Il a également tenu à souligner que « le problème zimbabwéen est un problème africain » et qu’il requiert donc « une solution africaine ». Il a ainsi demandé à l'Union africaine et à la SADC (Communauté pour le développement de l’Afrique australe), de mener « une initiative large, soutenue par les Nations unies, afin de mettre en place un processus de transition. Nous proposons à l'équipe de facilitateurs de l'Union africaine, de déterminer une période de transition, qui prenne en compte la volonté du peuple zimbabwéen, telle qu'elle a été exprimée au premier tour de la présidentielle ».

Mesures immédiates

Le leader de l’opposition du Zimbabwe a rappelé qu’il avait remporté le scrutin, mais qu’il souhaite maintenir une position magnanime. Selon Morgan Tsvangirai, « un dialogue sincère et honnête envers les Zimbabwéens est le seul chemin qui s'offre à nous. La base de tout accord doit reconnaître les principes fondamentaux de la démocratie et donc respecter le droit des personnes à choisir leurs propres leaders.

Donc la conclusion d'un accord négocié qui permettrait de lancer un rétablissement national, une reconstruction économique et une relance de l'aide humanitaire, serait dans le plus grand intérêt de ce pays ».

Selon Morgan Tsvangirai, quatre mesures doivent être prises immédiatement, pour faire face à la crise politique, sociale et économique dans son pays : « d'abord la violence doit cesser. Pour cela, il faut que les vétérans de guerre et les groupes de jeunes miliciens rentrent chez eux et soient réintégrés dans la société. Les barrages routiers doivent aussi être levés. Ensuite, l'assistance humanitaire doit être absolument autorisée et reprendre rapidement. Nos compatriotes meurent de faim, ils sont victimes de maladies, et ont besoin d'aide tout de suite. Par ailleurs, les sénateurs et parlementaires élus doivent se réunir et commencer leur travail. Enfin, il faut que tous les prisonniers politiques soient libérés immédiatement. En particulier Tendai Biti, le secrétaire général du MDC, ainsi qu'environ 2000 autres personnes jetées en prison depuis les trois dernières semaines ».

La SADC demande le report du second tour

Les déclarations de Morgan Tsvangirai ont été en quelque sorte confortées, quelques heures après, par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) qui a appelé au report du second tour de l’élection présidentielle au Zimbabwe. A la suite d’une réunion extraordinaire au Swaziland de la commission de défense de cette organisation régionale qui réunit 14 Etats, le secrétaire général de la SADC Tomaz Salomao a demandé que le Zimbabwe examine l’idée de « reporter le vote à un autre jour ». Selon le communiqué qui a été rendu public à Mbabane, « la situation politique ne semble pas permettre la tenue d’un second tour de l’élection qui soit libre et équitable. Organiser l’élection dans un tel environnement sape la crédibilité et la légitimité du résultat ».

Encore des pressions et des condamnations

Aux Etats-Unis, George Bush a qualifié hier « d'imposture » le second tour, et a appelé l'Union africaine à augmenter la pression sur le régime d'Hararé. Pour Barack Obama, « Mugabe a commis des violences extraordinaires contre son propre peuple (..) le processus électoral est devenu une imposture complète et absolue... Quel que soit le résultat, je ne crois pas que Mugabe pourra revendiquer la moindre légitimité en tant que dirigeant démocratiquement élu », a affirmé le candidat démocrate à la présidentielle devant des journalistes à Chicago.

De son côté, Nelson Mandela, en visite à Londres, a dénoncé la « tragique défaillance de la direction » du Zimbabwe.